par Jean-Mic » dim. 26 oct. 2014, 18:30
Bon, il faudrait choisir

: I°s. ou VI°s. ? Le sujet a déjà été traité sur ce forum.
La tradition des évangélisateurs envoyés par saint Pierre lui-même pour évangéliser la Gaule, tout comme celle d'apôtres venus directement de Palestine au I°s., sont des légendes tenaces qui ne tiennent pas devant la discipline historique. Ces légendes auxquelles les bollandistes avaient déjà tordu le cou au XVII°s. ont connu un regain d'intérêt au XIX°s. de la part d'auteurs et de prédicateurs catholiques plus soucieux de merveilleux que de rigueur historique. (Pour une première découverte de l'histoire de l'évangélisation de la Gaule et de ses multiples réécritures légendaires au cours des siècles, je vous recommande les ouvrages de Pierre Pierrard, historien très sérieux -et chrétien-, spécialiste de l'histoire de l'Église).
L'histoire est plus prosaïque et plus belle : après une première évangélisation de Marseille, Arles et Bordeaux, embryonnaire mais sans vrai suite, c'est à Lyon, par des missionnaires aux noms grecs, que l'Évangile a véritablement pénétré en Gaule à partir du milieu du II°s. Il faut dire qu'à l'époque, Lyon est une ville créée quasiment ex-nihilo par Rome peu après la conquête (43 av.J.C.) et élevée au rang de capitale de la Gaule Lyonnaise et surtout de siège du pouvoir impérial pour les Trois Gaules par Auguste (27 av.J.C.).
Tout comme la venue à Rome de Paul et Pierre un siècle plus tôt a ouvert le chemin de l'évangélisation du bassin méditerrannéen occidental, la venue dans la capitale DES Gaules de Pothin, arrivé de Smyrne vers 140, est le véritable point de départ de l'évangélisation de la Gaule. Pothin était disciple de Polycarpe, lui-même disciple de Jean. L'épisode de son martyre, en compagnie de plusieurs nouveaux chrétiens, dont Blandine qui émut les plus durs et les plus blasés des spectateurs du cirque, est bien connu. C'est de leur sang qui fut semence de l'Église de France (et cela explique le titre de
Primat des Gaules donné à l'archevêque de Lyon, indépendamment de la hiérarchie de la Conférence des Évêques de France). Trois générations ont donc suffi pour apporter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et l'ancrer en Gaule, et c'est bien de Lyon qu'elle va rayonner, d'abord dans les grandes villes gallo-romaines tout au long du III°s., puis dans les
vicus (≈ les bourgs et petites villes) et enfin dans les
pagus (≈ les campagnes), mais seulement à la toute fin du IV°s.
Pour en revenir à saint Front de Périgueux, l'hypothèse d'un missionnaire du I°s. peut donc être abandonnée sans peine. La date du IV°s. pour ce premier évêque de Périgueux est infiniment plus plausible, mais elle peut recouvrir plusieurs réalités complémentaires. Ce IV°s. voit naître un bon nombre de diocèses, avec un évêque résident permanent. Périgueux est sans doute de ceux-là. Mais entre fin du II°s. et V°s., la Gaule a surtout connu des évêques missionnaires, itinérants, sans résidence fixe. (J'en veux pour exemple le fameux saint Austremoine, qu'on qualifie habituellement de premier évêque de Clermont, alors qu'il s'agit d'un évêque missionnaire, effectivement évangélisateur de Basse et Haute Auvergne et peut-être même du Nivernais, mais sûrement pas un évêque résident de manière permanente dans la
cité/civitas des Arvernes, la création de l'évêché n'étant attestée qu'un siècle plus tard). Saint Front fut-il l'un d'entre eux ou effectivement le premier évêque résident du diocèse ? Je ne trancherai pas ici : peut-être les historiens locaux en savent-ils plus ...
Fraternellement
Jean-Mic
Bon, il faudrait choisir :) : I°s. ou VI°s. ? Le sujet a déjà été traité sur ce forum.
La tradition des évangélisateurs envoyés par saint Pierre lui-même pour évangéliser la Gaule, tout comme celle d'apôtres venus directement de Palestine au I°s., sont des légendes tenaces qui ne tiennent pas devant la discipline historique. Ces légendes auxquelles les bollandistes avaient déjà tordu le cou au XVII°s. ont connu un regain d'intérêt au XIX°s. de la part d'auteurs et de prédicateurs catholiques plus soucieux de merveilleux que de rigueur historique. (Pour une première découverte de l'histoire de l'évangélisation de la Gaule et de ses multiples réécritures légendaires au cours des siècles, je vous recommande les ouvrages de Pierre Pierrard, historien très sérieux -et chrétien-, spécialiste de l'histoire de l'Église).
L'histoire est plus prosaïque et plus belle : après une première évangélisation de Marseille, Arles et Bordeaux, embryonnaire mais sans vrai suite, c'est à Lyon, par des missionnaires aux noms grecs, que l'Évangile a véritablement pénétré en Gaule à partir du milieu du II°s. Il faut dire qu'à l'époque, Lyon est une ville créée quasiment ex-nihilo par Rome peu après la conquête (43 av.J.C.) et élevée au rang de capitale de la Gaule Lyonnaise et surtout de siège du pouvoir impérial pour les Trois Gaules par Auguste (27 av.J.C.).
Tout comme la venue à Rome de Paul et Pierre un siècle plus tôt a ouvert le chemin de l'évangélisation du bassin méditerrannéen occidental, la venue dans la capitale DES Gaules de Pothin, arrivé de Smyrne vers 140, est le véritable point de départ de l'évangélisation de la Gaule. Pothin était disciple de Polycarpe, lui-même disciple de Jean. L'épisode de son martyre, en compagnie de plusieurs nouveaux chrétiens, dont Blandine qui émut les plus durs et les plus blasés des spectateurs du cirque, est bien connu. C'est de leur sang qui fut semence de l'Église de France (et cela explique le titre de [i]Primat des Gaules[/i] donné à l'archevêque de Lyon, indépendamment de la hiérarchie de la Conférence des Évêques de France). Trois générations ont donc suffi pour apporter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et l'ancrer en Gaule, et c'est bien de Lyon qu'elle va rayonner, d'abord dans les grandes villes gallo-romaines tout au long du III°s., puis dans les [i]vicus[/i] (≈ les bourgs et petites villes) et enfin dans les [i]pagus[/i] (≈ les campagnes), mais seulement à la toute fin du IV°s.
Pour en revenir à saint Front de Périgueux, l'hypothèse d'un missionnaire du I°s. peut donc être abandonnée sans peine. La date du IV°s. pour ce premier évêque de Périgueux est infiniment plus plausible, mais elle peut recouvrir plusieurs réalités complémentaires. Ce IV°s. voit naître un bon nombre de diocèses, avec un évêque résident permanent. Périgueux est sans doute de ceux-là. Mais entre fin du II°s. et V°s., la Gaule a surtout connu des évêques missionnaires, itinérants, sans résidence fixe. (J'en veux pour exemple le fameux saint Austremoine, qu'on qualifie habituellement de premier évêque de Clermont, alors qu'il s'agit d'un évêque missionnaire, effectivement évangélisateur de Basse et Haute Auvergne et peut-être même du Nivernais, mais sûrement pas un évêque résident de manière permanente dans la [i]cité/civitas[/i] des Arvernes, la création de l'évêché n'étant attestée qu'un siècle plus tard). Saint Front fut-il l'un d'entre eux ou effectivement le premier évêque résident du diocèse ? Je ne trancherai pas ici : peut-être les historiens locaux en savent-ils plus ...
Fraternellement
Jean-Mic