par elisseievna » ven. 02 mars 2007, 20:12
Voici l'histoire racontée par Léon Poliakov
( dans le meme ouvrage, vous apprendrez que le texte de Pranatis - 1892 - est contemporain des Protocoles des Sages de Sion - 1895 - et des mesures antisemites et pogroms en Russie : quand on veut tuer son chien ...)
Léon Poliakov
Histoire de l' antisémitisme
1. L'âge de la foi
Calmann-Lévy
"Ainsi qu'on le sait, les discussions entre Juifs et Chrr tiens au sujet des vertus comparées de leurs religion ont connu une grande vogue dès les premiers siècles d christianisme. Une abondante littérature patristique leu fut consacrée, et ces controverses reprirent dans I'Europ médiévale, se poursuivant souvent dans un climat d'étot nante franchise et de cordialité, jusqu'à ce que la propa gation d'un mythe d'un nouveau genre : celui d'un doctrine haineuse et scélérate, enseignée en secret dar les livres juifs, soit venue porter à ces débats un cou fatal.
La lutte contre les Albigeois et les Vaudois avz entraîné la création d'institutions spéciales — l'Inquisition, I'ordre des Dominicains — expressément chargé de l'extirpation de toutes les hérésies. Mais si la fonction crée l'organe, l'organe à son tour crée et perpétue la fonction : un inquisiteur se doit de flairer le sacrilège partout, et ces corporations ne pouvaient pas ne pas oanif ester quelque intérêt à l'égard des Infidèles en généal, et des Juifs et de leurs doctrines en premier lieu. Du este, l'occasion directe leur semble avoir été fournie par certains Juifs eux-mêmes.
Entre autres choses, les gardiens de l'orthodoxie chréienne étaient fort préoccupés, en ce début du xIIIe siècle, uar l'influence des idées aristotéliennes qui, par l'internédiaire des traducteurs arabes et juifs, commençaient 1 pénétrer en Europe. En 1210, en 1215, le Saint-Siège rterdit l'enseignement de la « Physique » et de la « Métathysique » d'Aristote ; en 1228, Grégoire IX défend expresiément de « souiller le Verbe divin au contact des fictions les philosophes ». L'effroi de certains théologiens juifs levant la nouvelle tendance rationaliste (dont le principal représentant juif était Maïmonide) était plus grand encore, et ils vouaient les « maïmonistes » à toutes les gémonies. Ne disposant d'aucune autorité coercitive centrale, mais entretenant d'excellents rapports avec les docteurs de l'Inquisition, c'est à eux que s'adressent certains rabbins français, en leur demandant de se constituer en gardiens de la pureté de la foi juive. Deux de ces rabbins, Salomon ben Abraham et Jonas Gerondi, tinrent, assure-t-on, les propos suivants aux dominicains de Montpellier : « Pourquoi ne faites-vous pas attention à nos hérétiques et à nos athées, corrompus par la doctrine de Moïse d'Egypte (c'est-à-dire Moïse Maïmonide), auteur d'ouvrages impies ? Puisque vous déracinez vos hérésies, déracinez les nôtres aussi et ordonnez de brûler les livres malfaisants.» Les inquisiteurs ne se firent pas prier : des perquisitions furent faites, des autodafés solennels des ouvrages de Maïmonide eurent lieu en 1234, tant à Montpellier qu'à Paris.
C'est ainsi, semble-t-il, que l'intérêt de l'Inquisition fut éveillé par le contenu du Talmud. Cet immense et peu accessible traité, rédigé aux Ive-vIe siècles à Babylone, contient un peu de tout, et il est paradoxal de constater que ce sont les disciples de Maïmonide qui recommandaient de faire une distinction entre ses deux parties, Halakha ou la Loi proprement dite, de valeur dogmatique, et Haggada, mélange touffu de contes et paraboles, de préceptes moraux, de superstitions et de recettes médicales, tandis que les orthodoxes se pen-chaient sur chaque mot et sur chaque virgule du tex sacré avec une égale révérence. Quelques années pli tard, à l'époque même où les experts ci-devant Jui convoqués par Frédéric II lavaient le judaïsme de l'ace sation de meurtre rituel, un autre Juif converti enta prenait une action en sens contraire. Frère dominica de la Rochelle, l'apostat Nicolas Donin se rendait à Rom et exposait à Grégoire IX que le Talmud était un liv immoral et offensant pour les Chrétiens. Le pape s'adres aux rois de France, d'Angleterre, de Castille et d'Aragc ainsi qu'à divers évêques, en leur enjoignant d'ouvrir une enquête pour vérifier le bien-fondé de l'accusation.
Saint Louis fut le seul à y donner suite : dans toute France, des exemplaires du Talmud furent saisis, et, 1240, une grande controverse publique s'ouvrait à Par à laquelle prirent surtout part Eudes de Châteauros chancelier de la Sorbonne, et Nicolas Donin du ce chrétien, Yehiel de Paris et Moïse de Coucy du côté ju Nous en possédons des relations circonstanciées, ta latines qu'hébraïques. Les thèmes traités furent group en trente-cinq articles, tels que les suivants :
Etait-il vrai qu'au 1" siècle, après la prise de Jé! salem, le rabbin Simon ben Yohaï ait proclamé : « meilleur des goyim, tuez-le » ? Et que faut-il au juste ente dre par « goy » ? Est-il exact qu'un « goy » qui se repc le samedi, ou qui s'occupe de l'étude de la Loi, mér d'après le Talmud la mort ? Que Jésus était un enfe illégitime ; qu'il serait condamné en enfer au supplice la boue bouillante ? Que, depuis la destruction du Temr Dieu ne dispose dans le monde que d'un espace de qua] coudées carrées ; que dans le paradis, le Léviathan se servi à la table des justes ? Telles furent quelques-ur des questions sur lesquelles porta le débat.
Stoïques honnêtes, les rabbins y firent face avec un grand courage : aux citations de leurs adversaires, ils répliquait par d'autres citations (car, de même que dans tout recu servant à consigner la sagesse des nations, on peut opposer à chaque maxime de la Haggada une maxime exactement contraire 11. De plus, il faut toujours faire la part du style très particulier 1 pre à la Haggada. A peu près à la même époque où Simon ben Yc s'exclamait : « Le meilleur des goyim, tuez-le » R. Eléazar, un ai docteur de la Loi, vitupérait contre les Juifs incultes (am-haaretz) des termes que la Haggada rapporte ainsi : • R. Eléazar a dit : « On a le droit d'abattre un am-haaretz même le • jour du Grand Pardon, même si ce jour tombe un samedi ,, ; ses eleves lui dirent • Maître, dis s tuer » au lieu de « abattre »• M Mais aZ répondit • Il faut une bénédiction pour tuer, il n'en faut pas pour abattre, s (Pesahim, 49 b.)) ;
ils mettaient en avant les nombreux commandements prescrivant de faire preuve à l'égard des Juifs et des non-Juifs d'une charité égale, d'être scrupuleusement honnêtes envers les étrangers, commandements bien plus caractéristiques pour l'esprit du Talmud.
Mais l'issue de la joute, dans laquelle les accusateurs tout comme les juges étaient des champions du Christ vainqueur, était évidemment tranchée d'avance. Le Talmud fut condamné et tous ses exemplaires solennellement brûlés, tout comme huit années auparavant les oeuvres de Maimonide, dont l'un des détracteurs, ce Jonas Gérondi dont nous avons parlé plus haut, s'imposant de cruelles pénitences, errait de communauté en communauté, et proclamait dans les synagogues : « Maimonide a raison et son enseignement est juste : nous fûmes des menteurs ! »
C'est en vain que les Juifs s'efforcèrent de faire réhabiliter leurs textes sacrés. Quelques années plus tard, Innocent IV consentit à faire réexaminer le verdict : mais une seconde commission, présidée par Albert le Grand, ne fit que l'entériner. L'année suivante, le célèbre dominicain allait enseigner à Cologne, où il semble avoir provoqué de nouvelles et retentissantes condamnations, et cette agitation, franchissant le cadre étroit des théologiens spécialisés, ameutait l'opinion publique contre les Juifs.
On en trouve les échos chez divers troubadours allemands de l'époque : ainsi chez Konrad de Würzburg (1268) :
Malheur aux Juifs lâches, sourds et méchants, qui n'ont [cure de se préserver des souffrances de l'enfer. Le Talmud les a abêtis et leur a fait perdre l'honneur. »
En France, la populaire Desputaison de la Sainte Eglise
Chez un anonyme de la même époque :
« Ils sont tombés bien bas Car Gamaliel leur a enseigné L'hérétique Talmud
Dont les faussetés
Leur voilent la vraie foi. »
et de la Synagogue du jongleur Clopin, qui date de la même époque, semble elle aussi être un écho direct de la grande controverse de 1240. S'adressant à un large auditoire, c'est ainsi que se constitue un mythe particulière-ment vivace, dont au xixe siècle, comme au xxe, les agitateurs antisémites feront un abondant usage, et où. les Juifs sont représentés non plus en empoisonneurs des corps, niais en empoisonneurs de l'esprit.
Du reste, il n'y a pas entre ces deux versions de séparation bien nette, tout comme il n'y a pas dans l'esprit du temps, de claire distinction entre salut des corps et salut des âmes. Aussi bien les deux thèmes se confondent-ils dans l'étrange et considérable rôle joué au cours de tout le Moyen Age par les médecins juifs, révérés et craints à l'instar de puissants magiciens aux-quels on impute les crimes les plus atroces et dont on sollicite les services avec une singulière insistance. Nous y reviendrons plus loin. Nous allons en venir maintenant aux formes nouvelles que revêtent à l'ère des croisades la structure et la vie interne des communautés juives. Elles ne manqueront pas de ressentir le double impact des persécutions dont les Juifs font l'objet et des bizarres idées qui commencent à circuler à leur égard ; elles s'en accommoderont par une espèce d'évolution adaptative, laquelle, par un inévitable choc en retour, donnera nais sance à des concepts encore plus fantastiques, qui s'impo seront au sein de la chrétienté aux siècles suivants.
Voici l'histoire racontée par Léon Poliakov
( dans le meme ouvrage, vous apprendrez que le texte de Pranatis - 1892 - est contemporain des Protocoles des Sages de Sion - 1895 - et des mesures antisemites et pogroms en Russie : quand on veut tuer son chien ...)
Léon Poliakov
Histoire de l' antisémitisme
1. L'âge de la foi
Calmann-Lévy
"Ainsi qu'on le sait, les discussions entre Juifs et Chrr tiens au sujet des vertus comparées de leurs religion ont connu une grande vogue dès les premiers siècles d christianisme. Une abondante littérature patristique leu fut consacrée, et ces controverses reprirent dans I'Europ médiévale, se poursuivant souvent dans un climat d'étot nante franchise et de cordialité, jusqu'à ce que la propa gation d'un mythe d'un nouveau genre : celui d'un doctrine haineuse et scélérate, enseignée en secret dar les livres juifs, soit venue porter à ces débats un cou fatal.
La lutte contre les Albigeois et les Vaudois avz entraîné la création d'institutions spéciales — l'Inquisition, I'ordre des Dominicains — expressément chargé de l'extirpation de toutes les hérésies. Mais si la fonction crée l'organe, l'organe à son tour crée et perpétue la fonction : un inquisiteur se doit de flairer le sacrilège partout, et ces corporations ne pouvaient pas ne pas oanif ester quelque intérêt à l'égard des Infidèles en généal, et des Juifs et de leurs doctrines en premier lieu. Du este, l'occasion directe leur semble avoir été fournie par certains Juifs eux-mêmes.
Entre autres choses, les gardiens de l'orthodoxie chréienne étaient fort préoccupés, en ce début du xIIIe siècle, uar l'influence des idées aristotéliennes qui, par l'internédiaire des traducteurs arabes et juifs, commençaient 1 pénétrer en Europe. En 1210, en 1215, le Saint-Siège rterdit l'enseignement de la « Physique » et de la « Métathysique » d'Aristote ; en 1228, Grégoire IX défend expresiément de « souiller le Verbe divin au contact des fictions les philosophes ». L'effroi de certains théologiens juifs levant la nouvelle tendance rationaliste (dont le principal représentant juif était Maïmonide) était plus grand encore, et ils vouaient les « maïmonistes » à toutes les gémonies. Ne disposant d'aucune autorité coercitive centrale, mais entretenant d'excellents rapports avec les docteurs de l'Inquisition, c'est à eux que s'adressent certains rabbins français, en leur demandant de se constituer en gardiens de la pureté de la foi juive. Deux de ces rabbins, Salomon ben Abraham et Jonas Gerondi, tinrent, assure-t-on, les propos suivants aux dominicains de Montpellier : « Pourquoi ne faites-vous pas attention à nos hérétiques et à nos athées, corrompus par la doctrine de Moïse d'Egypte (c'est-à-dire Moïse Maïmonide), auteur d'ouvrages impies ? Puisque vous déracinez vos hérésies, déracinez les nôtres aussi et ordonnez de brûler les livres malfaisants.» Les inquisiteurs ne se firent pas prier : des perquisitions furent faites, des autodafés solennels des ouvrages de Maïmonide eurent lieu en 1234, tant à Montpellier qu'à Paris.
C'est ainsi, semble-t-il, que l'intérêt de l'Inquisition fut éveillé par le contenu du Talmud. Cet immense et peu accessible traité, rédigé aux Ive-vIe siècles à Babylone, contient un peu de tout, et il est paradoxal de constater que ce sont les disciples de Maïmonide qui recommandaient de faire une distinction entre ses deux parties, Halakha ou la Loi proprement dite, de valeur dogmatique, et Haggada, mélange touffu de contes et paraboles, de préceptes moraux, de superstitions et de recettes médicales, tandis que les orthodoxes se pen-chaient sur chaque mot et sur chaque virgule du tex sacré avec une égale révérence. Quelques années pli tard, à l'époque même où les experts ci-devant Jui convoqués par Frédéric II lavaient le judaïsme de l'ace sation de meurtre rituel, un autre Juif converti enta prenait une action en sens contraire. Frère dominica de la Rochelle, l'apostat Nicolas Donin se rendait à Rom et exposait à Grégoire IX que le Talmud était un liv immoral et offensant pour les Chrétiens. Le pape s'adres aux rois de France, d'Angleterre, de Castille et d'Aragc ainsi qu'à divers évêques, en leur enjoignant d'ouvrir une enquête pour vérifier le bien-fondé de l'accusation.
Saint Louis fut le seul à y donner suite : dans toute France, des exemplaires du Talmud furent saisis, et, 1240, une grande controverse publique s'ouvrait à Par à laquelle prirent surtout part Eudes de Châteauros chancelier de la Sorbonne, et Nicolas Donin du ce chrétien, Yehiel de Paris et Moïse de Coucy du côté ju Nous en possédons des relations circonstanciées, ta latines qu'hébraïques. Les thèmes traités furent group en trente-cinq articles, tels que les suivants :
Etait-il vrai qu'au 1" siècle, après la prise de Jé! salem, le rabbin Simon ben Yohaï ait proclamé : « meilleur des goyim, tuez-le » ? Et que faut-il au juste ente dre par « goy » ? Est-il exact qu'un « goy » qui se repc le samedi, ou qui s'occupe de l'étude de la Loi, mér d'après le Talmud la mort ? Que Jésus était un enfe illégitime ; qu'il serait condamné en enfer au supplice la boue bouillante ? Que, depuis la destruction du Temr Dieu ne dispose dans le monde que d'un espace de qua] coudées carrées ; que dans le paradis, le Léviathan se servi à la table des justes ? Telles furent quelques-ur des questions sur lesquelles porta le débat.
Stoïques honnêtes, les rabbins y firent face avec un grand courage : aux citations de leurs adversaires, ils répliquait par d'autres citations (car, de même que dans tout recu servant à consigner la sagesse des nations, on peut opposer à chaque maxime de la Haggada une maxime exactement contraire 11. De plus, il faut toujours faire la part du style très particulier 1 pre à la Haggada. A peu près à la même époque où Simon ben Yc s'exclamait : « Le meilleur des goyim, tuez-le » R. Eléazar, un ai docteur de la Loi, vitupérait contre les Juifs incultes (am-haaretz) des termes que la Haggada rapporte ainsi : • R. Eléazar a dit : « On a le droit d'abattre un am-haaretz même le • jour du Grand Pardon, même si ce jour tombe un samedi ,, ; ses eleves lui dirent • Maître, dis s tuer » au lieu de « abattre »• M Mais aZ répondit • Il faut une bénédiction pour tuer, il n'en faut pas pour abattre, s (Pesahim, 49 b.)) ;
ils mettaient en avant les nombreux commandements prescrivant de faire preuve à l'égard des Juifs et des non-Juifs d'une charité égale, d'être scrupuleusement honnêtes envers les étrangers, commandements bien plus caractéristiques pour l'esprit du Talmud.
Mais l'issue de la joute, dans laquelle les accusateurs tout comme les juges étaient des champions du Christ vainqueur, était évidemment tranchée d'avance. Le Talmud fut condamné et tous ses exemplaires solennellement brûlés, tout comme huit années auparavant les oeuvres de Maimonide, dont l'un des détracteurs, ce Jonas Gérondi dont nous avons parlé plus haut, s'imposant de cruelles pénitences, errait de communauté en communauté, et proclamait dans les synagogues : « Maimonide a raison et son enseignement est juste : nous fûmes des menteurs ! »
C'est en vain que les Juifs s'efforcèrent de faire réhabiliter leurs textes sacrés. Quelques années plus tard, Innocent IV consentit à faire réexaminer le verdict : mais une seconde commission, présidée par Albert le Grand, ne fit que l'entériner. L'année suivante, le célèbre dominicain allait enseigner à Cologne, où il semble avoir provoqué de nouvelles et retentissantes condamnations, et cette agitation, franchissant le cadre étroit des théologiens spécialisés, ameutait l'opinion publique contre les Juifs.
On en trouve les échos chez divers troubadours allemands de l'époque : ainsi chez Konrad de Würzburg (1268) :
Malheur aux Juifs lâches, sourds et méchants, qui n'ont [cure de se préserver des souffrances de l'enfer. Le Talmud les a abêtis et leur a fait perdre l'honneur. »
En France, la populaire Desputaison de la Sainte Eglise
Chez un anonyme de la même époque :
« Ils sont tombés bien bas Car Gamaliel leur a enseigné L'hérétique Talmud
Dont les faussetés
Leur voilent la vraie foi. »
et de la Synagogue du jongleur Clopin, qui date de la même époque, semble elle aussi être un écho direct de la grande controverse de 1240. S'adressant à un large auditoire, c'est ainsi que se constitue un mythe particulière-ment vivace, dont au xixe siècle, comme au xxe, les agitateurs antisémites feront un abondant usage, et où. les Juifs sont représentés non plus en empoisonneurs des corps, niais en empoisonneurs de l'esprit.
Du reste, il n'y a pas entre ces deux versions de séparation bien nette, tout comme il n'y a pas dans l'esprit du temps, de claire distinction entre salut des corps et salut des âmes. Aussi bien les deux thèmes se confondent-ils dans l'étrange et considérable rôle joué au cours de tout le Moyen Age par les médecins juifs, révérés et craints à l'instar de puissants magiciens aux-quels on impute les crimes les plus atroces et dont on sollicite les services avec une singulière insistance. Nous y reviendrons plus loin. Nous allons en venir maintenant aux formes nouvelles que revêtent à l'ère des croisades la structure et la vie interne des communautés juives. Elles ne manqueront pas de ressentir le double impact des persécutions dont les Juifs font l'objet et des bizarres idées qui commencent à circuler à leur égard ; elles s'en accommoderont par une espèce d'évolution adaptative, laquelle, par un inévitable choc en retour, donnera nais sance à des concepts encore plus fantastiques, qui s'impo seront au sein de la chrétienté aux siècles suivants.