par Cinci » sam. 21 juin 2014, 20:42
Paxetbonum,
Pour répondre à la question du revenu de base : « Nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne ; mais, dans le labeur et dans la peine, nous avons travaillé nuit et jour pour n’être à charge à aucun de vous. »
« Que celui qui ne travaille pas mange pas »
St Paul
Aucune aide ne devrait être fournie sans un travail en échange (sauf pour les indigents bien sûr)
Faut voir :
«... bien souvent, l'augmentation du salaire à la tâche n'eut pas pour effet d'accroître mais de faire baisser le rendement de travail dans un intervalle de temps donné, parce que les ouvriers ne réagissaient pas à la hausse de salaire par une augmentation mais par une baisse de production quotidienne.
L'ouvrier payé 1 mark pour faucher un arpent, qui fauchait jusque là deux arpents et demi par jour et gagnait ainsi 2,5 mark quotidiens, ne se mit pas, comme on l'avait escompté à faucher trois arpents pour profiter de l'occasion de gain supplémentaire quand le salaire à l'arpent fut augmenter de 25 pfenning [....] mais il ne fauchait plus que 2 arpents par jour, parce qu'il gagnait ainsi 2,5 marks comme auparavant et «s'en contentait», comme il est dit dans la Bible. Le gain supplémentaire l'attirait moins que la réduction de son travail; il ne se demandait pas combien il pouvait gagner par jour en fournissant le maximum de travail, mais quel travail il devait fournir pour gagner la somme qu'il recevait jusque là et qui couvrait ses besoins traditionnels.
C'est là un exemple de l'attitude qu'il faut appeler traditionnaliste : l'homme ne cherche pas «par nature» à gagner plus d'argent et encore d'avantage, mais simplement à vivre, à vivre comme il a l'habitude de vivre et à gagner ce qui est nécéssaire pour cela.
Partout où le capitalisme moderne a entamé son oeuvre d'accroissment de la productivité du travail humain par l'augmentation de son intensité, il s'est heurté à la résistance opiniâtre de ce leitmotiv du travail précapitaliste, et il s'y heurte encore aujourd'hui d'autant plus que la main d'oeuvre ouvrière à laquelle il doit nécéssairement faire appel est plus arriérée (d'un point de vue capitaliste). Dans la mesure où l'idée de faire appel au «sens du profit» en augmentant les salaires se solda par un échec - pour en revenir à notre exemple - on fut souvent tenté d'avoir recours à la méthode exactement inverse : réduire les salaires afin de contraindre les ouvriers à travailler davantage qu'auparavant pour conserver le même gain.
Le capitalisme a suivi cette voie depuis le début et n'a cessé de la suivre; des siècles durant, on a posé comme article de foi que les bas salaires étaient «productifs», qu'ils augmentaient le rendement du travail et que, comme le disait déjà Pieter de la Court - en parfait accord, de ce point de vue, avec l'esprit du calvinisme ancien, on le verra plus loin -, le peuple ne travaille que parce qu'il est pauvre et aussi longtemps qu'il le reste.»
Source : Max Weber, L'ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Paris, Flammarion, 2009 [1905], p.50
Puis faudra surveiller également celle-ci, en fait de remarque ...
«... une exhortation toujours recommencée et parfois pathétique à travailler durement et sans relâche, qu'il s'agisse d'un travail physique ou intellectuel, traverse ainsi le grand livre de Baxter [XVIIe siècle; pasteur puritain anglais]. Deux motifs se conjugent ici. Le travail est d'abord la vieille méthode ascétique éprouvée, valorisée depuis toujours par l'Église d'Occident, par opposition non seulement à l'Orient, mais presque aussi à toutes les règles monastiques du monde entier. Il est notamment le moyen de prévention adéquat de toutes les tentations que le puritanisme résume dans la notion de «unclean Life». - et son rôle n'est pas mince. [...] contre les tentations sexuelles, la prescription est la même que pour combattre le doute religieux et les scrupules qui travaillent les consciences : outre un régime sobre, la suppression de la viande et les bains froids, il faut travailler dur dans son métier.
Cependant, le travail est aussi et surtout la fin en soi de la vie, prescrite par Dieu [selon l'avis des puritains, les calvinistes]. Le principe de saint Paul «si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus», s'applique à tous et ne connaît pas d'exception. Le fait de rechigner au travail est le symptôme d'une absence d'élection.
On voit bien ce qui sépare une telle attitude de celle qui prévalait au Moyen-Âge. Thomas d'Aquin avait aussi commenté la phrase de saint Paul. Mais, pour lui, le travail n'était nécéssaire que naturali ratione, pour préserver la vie de l'individu et de l'espèce. Lorsque cette fin n'était plus nécéssaire, la prescription cessait d'être valable. Elle ne concernait que l'espèce, non pas l'individu. Elle ne s'appliquait pas à ceux qui pouvaient vivre de leurs possessions sans travailler, et la contemplation, entendue comme une forme spirituelle d'action dans le royaume de Dieu, échappait à toute interprétation littérale du commandement énoncé par saint Paul.»
Source : idem, p.162
Voir
«... cherchons encore à préciser les points sur lesquels la conception puritaine du métier et l'impératif de conduite ascétique eurent nécéssairement un impact direct sur le développement du style de vie capitaliste. L'ascèse, nous l'avons vu combat avec la dernière énergie l'attitude de jouissance naïve de l'existence et des plaisirs que celle-ci peut offrir. Ce trait s'exprime de façon caractéristique dans les luttes qui s'organisent autour du Books of Sports, auquel Jacques 1er et Charles 1er donnèrent force de loi, dans l'intention avouée de lutter contre le puritanisme, et dont le second monarque ordonna la lecture dans toutes les chaires. Les puritains s'opposèrent farouchement à l'ordonnance royale qui autorisait certains divertissements populaires, le dimanche, en dehors des offices [...] Lorsque le roi menaça de réprimer lourdement toute atteinte à la légalité de ces sports, son objectif était précisément de contrer le mouvement ascétique, qui recelait un danger pour l'État en raison de son aspect anti-autoritaire.
La société féodale et monarchique protégeait ceux qui «voulaient se divertir» contre la morale bourgeoise naissante et le conventicule ascétique hostile aux autorités, tout comme la société capitaliste a coutume de protéger aujourd'hui ceux qui «veulent travailler» contre la morale de classe des ouvriers et le syndicat hostile aux autorités.»
Source : id., p. 170
- On voit bien ce qui sépare une telle attitude [une mentalité de protestants d'époque moderne] de celle qui prévalait au Moyen-Âge. Thomas d'Aquin avait aussi commenté la phrase de saint Paul. Mais, pour lui, le travail n'était nécéssaire que naturali ratione, pour préserver la vie de l'individu et de l'espèce. Lorsque cette fin n'était plus nécéssaire, la prescription cessait d'être valable. Elle ne concernait que l'espèce, non pas l'individu. Elle ne s'appliquait pas à ceux qui pouvaient vivre de leurs possessions sans travailler, et la contemplation, entendue comme une forme spirituelle d'action dans le royaume de Dieu, échappait à toute interprétation littérale du commandement énoncé par saint Paul.
- Max Weber
Paxetbonum,
Thomas d'Aquin tenait qu'il n'y avait pas à interpréter littéralement le passage de saint Paul. Le travail ne vaut que par une nécéssité tenant à la survie de l'espèce, et non pas parce qu'il faudrait que les hommes y soient tous enchaînés comme des forçats.
Ce que vous aviez exprimé plus haut était en réalité (possiblement à votre insu, je présume) un point de vue de bourgeois protestant (de janséniste admettons), une vraie vision de puritains et bons pour nous sortir les
Poor law de l'époque élisabéthaine. Et soit c'est exactement la mentalité de conservateur protestant borné et anglophile qui est tout à fait celle se révélant au sortir du psychisme de notre premier ministre canadien actuel, le très honorable Stephen Harper. Lequel ne rêve à rien autant que de parvenir enfin à supprimer totalement l'aide social si ce lui était possible, l'influence des syndicats, les prestations de chômage, les protections pour les travailleurs en général, tout en instaurant la famine artificielle dans le but de «dresser» les ouvriers, par la terreur, par la police, la répression. La vieille rengaine multiséculaire consistant à trier une poignée de «bons pauvres» et seuls aptes à toucher une verre d'eau par jour, un biscuit de marin et une poignée de riz cuit, à condition de s'être humilié d'abord, d'accepter de marcher 2 kilomètre pied nu pour aller entendre le sermon du pasteur Thomas Malthus sur les vices que charrient les pauvres.
Paxetbonum,
[quote] Pour répondre à la question du revenu de base : « Nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne ; mais, [u]dans le labeur et dans la peine[/u], nous avons travaillé nuit et jour pour n’être à charge à aucun de vous. »
« Que celui qui ne travaille pas mange pas »
St Paul
[u]Aucune aide[/u] ne devrait être fournie [u]sans un travail en échange[/u] (sauf pour les indigents bien sûr)[/quote]
Faut voir :
[color=#004080] «... bien souvent, l'augmentation du salaire à la tâche n'eut pas pour effet d'accroître mais de faire [u]baisser[/u] le rendement de travail dans un intervalle de temps donné, parce que les ouvriers ne réagissaient pas à la hausse de salaire par une augmentation mais par une baisse de production quotidienne.
L'ouvrier payé 1 mark pour faucher un arpent, qui fauchait jusque là deux arpents et demi par jour et gagnait ainsi 2,5 mark quotidiens, ne se mit pas, comme on l'avait escompté à faucher trois arpents pour profiter de l'occasion de gain supplémentaire quand le salaire à l'arpent fut augmenter de 25 pfenning [....] mais il ne fauchait plus que 2 arpents par jour, parce qu'il gagnait ainsi 2,5 marks comme auparavant et «s'en contentait», comme il est dit dans la Bible. [u]Le gain supplémentaire l'attirait moins que la réduction de son travail[/u]; il ne se demandait pas combien il pouvait gagner par jour en fournissant le maximum de travail, mais quel travail il devait fournir pour gagner la somme qu'il recevait jusque là et qui couvrait ses besoins traditionnels.
C'est là [u]un exemple de l'attitude qu'il faut appeler traditionnaliste[/u] : l'homme ne cherche pas «par nature» à gagner plus d'argent et encore d'avantage, mais simplement à vivre, à vivre comme il a l'habitude de vivre et à gagner ce qui est nécéssaire pour cela.
Partout où le capitalisme moderne a entamé son oeuvre d'accroissment de la productivité du travail humain par l'augmentation de son intensité, il s'est heurté à la résistance opiniâtre de ce leitmotiv du travail précapitaliste, et il s'y heurte encore aujourd'hui d'autant plus que la main d'oeuvre ouvrière à laquelle il doit nécéssairement faire appel est plus arriérée (d'un point de vue capitaliste). Dans la mesure où l'idée de faire appel au «sens du profit» en augmentant les salaires se solda par un échec - pour en revenir à notre exemple - on fut souvent tenté d'avoir recours à la méthode exactement inverse : réduire les salaires afin de contraindre les ouvriers à travailler davantage qu'auparavant pour conserver le même gain.
Le capitalisme a suivi cette voie depuis le début et n'a cessé de la suivre; des siècles durant, on a posé comme article de foi que les bas salaires étaient «productifs», qu'ils augmentaient le rendement du travail et que, comme le disait déjà Pieter de la Court - en parfait accord, de ce point de vue, avec l'esprit du calvinisme ancien, on le verra plus loin -, [i]le peuple ne travaille que parce qu'il est pauvre et aussi longtemps qu'il le reste[/i].»
Source : Max Weber, [u]L'ethique protestante et l'esprit du capitalisme[/u], Paris, Flammarion, 2009 [1905], p.50 [/color]
Puis faudra surveiller également celle-ci, en fait de remarque ...
[color=#004080]«... une exhortation toujours recommencée et parfois pathétique à travailler [i]durement[/i] et sans relâche, qu'il s'agisse d'un travail physique ou intellectuel, traverse ainsi le grand livre de Baxter [XVIIe siècle; pasteur puritain anglais]. Deux motifs se conjugent ici. Le travail est d'abord la vieille méthode ascétique éprouvée, valorisée depuis toujours par l'Église d'Occident, par opposition non seulement à l'Orient, mais presque aussi à toutes les règles monastiques du monde entier. Il est notamment le moyen de prévention adéquat de toutes les tentations que le puritanisme résume dans la notion de «unclean Life». - et son rôle n'est pas mince. [...] contre les tentations sexuelles, la prescription est la même que pour combattre le doute religieux et les scrupules qui travaillent les consciences : outre un régime sobre, la suppression de la viande et les bains froids, il faut travailler dur dans son métier.
Cependant, le travail est aussi et surtout la fin en soi de la vie, prescrite par Dieu [selon l'avis des puritains, les calvinistes]. Le principe de saint Paul «si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus», s'applique à tous et ne connaît pas d'exception. Le fait de rechigner au travail est le symptôme d'une absence d'élection.
On voit bien [size=150]ce qui sépare[/size] [size=150]une telle attitude[/size] de celle qui prévalait au Moyen-Âge. Thomas d'Aquin avait aussi commenté la phrase de saint Paul. Mais, pour lui, le travail n'était nécéssaire que [i]naturali ratione[/i], pour préserver la vie de l'individu et de l'espèce. Lorsque cette fin n'était plus nécéssaire, la prescription cessait d'être valable. Elle ne concernait que l'espèce, non pas l'individu. Elle ne s'appliquait pas à ceux qui pouvaient vivre de leurs possessions sans travailler, et la contemplation, entendue comme une forme spirituelle d'action dans le royaume de Dieu, échappait à toute interprétation littérale du commandement énoncé par saint Paul.»
Source : idem, p.162 [/color]
Voir
[color=#004080]«... cherchons encore à préciser les points sur lesquels la conception puritaine du métier et l'impératif de conduite ascétique eurent nécéssairement un impact direct sur le développement du style de vie capitaliste. L'ascèse, nous l'avons vu combat avec la dernière énergie l'attitude de [i]jouissance naïve[/i] de l'existence et des plaisirs que celle-ci peut offrir. Ce trait s'exprime de façon caractéristique dans les luttes qui s'organisent autour du [i]Books of Sports[/i], auquel Jacques 1er et Charles 1er donnèrent force de loi, dans l'intention avouée de lutter contre le puritanisme, et dont le second monarque ordonna la lecture dans toutes les chaires. Les puritains s'opposèrent farouchement à l'ordonnance royale qui autorisait certains divertissements populaires, le dimanche, en dehors des offices [...] Lorsque le roi menaça de réprimer lourdement toute atteinte à la légalité de ces sports, son objectif était précisément de contrer le mouvement ascétique, qui recelait un danger pour l'État en raison de son aspect anti-autoritaire.
La société féodale et monarchique protégeait ceux qui «voulaient se divertir» contre la morale bourgeoise naissante et le conventicule ascétique hostile aux autorités, tout comme la société capitaliste a coutume de protéger aujourd'hui ceux qui «veulent travailler» contre la morale de classe des ouvriers et le syndicat hostile aux autorités.»
Source : id., p. 170 [/color]
[list] On voit bien ce qui sépare une telle attitude [color=#FF0000][une mentalité de protestants d'époque moderne][/color] de celle qui prévalait au Moyen-Âge. Thomas d'Aquin avait aussi commenté la phrase de saint Paul. Mais, pour lui, le travail n'était nécéssaire que [i]naturali ratione[/i], pour préserver la vie de l'individu et de l'espèce. Lorsque cette fin n'était plus nécéssaire, la prescription cessait d'être valable. Elle ne concernait que [u]l'espèce[/u], non pas l'individu. Elle ne s'appliquait pas à ceux qui pouvaient vivre de leurs possessions sans travailler, et la contemplation, entendue comme une forme spirituelle d'action dans le royaume de Dieu, échappait à toute interprétation littérale du commandement énoncé par saint Paul.
- [b]Max Weber[/b][/list]
Paxetbonum,
Thomas d'Aquin tenait qu'il n'y avait pas à interpréter littéralement le passage de saint Paul. Le travail ne vaut que par une nécéssité tenant à la survie de l'espèce, et non pas parce qu'il faudrait que les hommes y soient tous enchaînés comme des forçats.
Ce que vous aviez exprimé plus haut était en réalité (possiblement à votre insu, je présume) un point de vue de bourgeois protestant (de janséniste admettons), une vraie vision de puritains et bons pour nous sortir les [i]Poor law[/i] de l'époque élisabéthaine. Et soit c'est exactement la mentalité de conservateur protestant borné et anglophile qui est tout à fait celle se révélant au sortir du psychisme de notre premier ministre canadien actuel, le très honorable Stephen Harper. Lequel ne rêve à rien autant que de parvenir enfin à supprimer totalement l'aide social si ce lui était possible, l'influence des syndicats, les prestations de chômage, les protections pour les travailleurs en général, tout en instaurant la famine artificielle dans le but de «dresser» les ouvriers, par la terreur, par la police, la répression. La vieille rengaine multiséculaire consistant à trier une poignée de «bons pauvres» et seuls aptes à toucher une verre d'eau par jour, un biscuit de marin et une poignée de riz cuit, à condition de s'être humilié d'abord, d'accepter de marcher 2 kilomètre pied nu pour aller entendre le sermon du pasteur Thomas Malthus sur les vices que charrient les pauvres.