par Cinci » sam. 26 avr. 2014, 17:26
(Pour dire ce que j'en peux comprendre ...)
Vous ne pouvez pas servir deux maîtres.
L'article à l'origine du fil semblerait faire écho au fait que les pays les plus avancés technologiquement au monde (ou les plus soumis culturellement aux idées progressistes parmi les plus avant-gardistes de l'heure) seraient également de ces pays dans lesquels le discour dominant (celui du pouvoir, de l'élite qui gère l'ensemble, la structure) accrédite une certaine idée : la catégorie du religieux serait absente des processus décisionnels.
Les gestionnaires efficaces (comme des banquiers suisse ou des techniciens allemand, voire des guerriers «Jedi» comme Pascal Lamy l'ex-patron du FMI; guerriers dédiés à la bonne cause, végétariens, non-fumeurs, cyclistes et dépourvus de mauvais gras; le général Bonaparte à 27 ans) posséderaient une psyché vierge de toute mythologie, libre d'idôlatrie ou d'adoration envers des trucs «sans valeur», obscur ou mystérieux.
Dans un pareil cadre, il est assez certain qu'il ne reste que deux cases dans lesquelles pouvoir loger le phénomène religieux 1) le loisir privé perçu comme activité de délassement (participer d'un culte personnel par exemple comme on s'inscrirait à un cours de «croissance personnelle» et rien d'autre) 2) la divinité exigeante
Des pays avancés comme la Belgique peuvent s'accommoder de la première case sans doute (les loisirs cultuels privés du patron qui ne vont pas se répercuter sur sa «gestion des affaires» et en le sens qu'il ne va pas proposer une révolution pour détrôner les banquiers non plus) et, force sera de l'admettre, comme devant bien s'occuper de mettre en place des garde-fous, pour faire barrière aux exigences de la divinité terrible (lire : la divinité des «extrémistes», des missionnaires catholiques qui exagèrent, la religiosité «redistributive» des Jacobins se piquant pour vrai de l'intérêt général, des fous d'Allah capables de tuer, etc.)
En somme
C'est toujours la logique des Lumières (= profit, développement technique, «croissance», organisation rationnelle, permission accordée à des individus de rechercher leur propre avantage sans devoir s'embarrasser de l'ensemble, etc.) pour contrer le règne de la médiocrité, la frilosité impécunieuse des «faibles», la stagnation économique, l'immobilisme contemplatif, etc.
On a l'héroïsme allégué des «créateurs de richesses» $$$ versus les hippies, c'est à dire les prophètes parlant d'inconsistance, les doux rêveurs, les utopistes, les non-rentables; tout le désordre inadmissible comme improductifs jouissant de privilèges extravagants tels celui de pouvoir manger, etc.
Faut voir :
«... le sacré dans cette société est considéré comme un ensemble de conventions sociales ou de névroses. Il a été jusqu'alors une sorte de maladie de l'humanité qui, se débarrassant effectivement du sacré, accède donc maintenant à la santé.
Car c'est un fait que l'homme moderne ne croit plus à un sacré. Il n'y a plus de sphère du sacré, il a profané concrètement tout ce que les générations précédentes tenaient pour sacré, et il est même habité par une volonté de désacraliser tous les objets sacrés. «Le monde abandonne l'idée religieuse qu'il avait de lui-même»
La sécularisation est donc le fait historique selon lequel la société n'est plus religieuse [...] «La religion est reléguée au domaine privé», dit Cox, ce qui est proprement la laïcisation». «Les dieux des religions traditionnelles ne sont pas morts, ils sont des sortes de fétiches privés, ou l'apanage de certains groupes, ils ne jouent plus aucun rôle dans la vie publique ...», ce qui est proprement pour l'Occident, la post-chrétienté. [...] L'homme moderne est assoiffé d'action, d'efficacité, il juge tout en fonction des résultats et des possibilités d'action. D'autre part, il ne peut comprendre le monde que comme profane, il n'y a plus de grandeur religieuse. Il adhère spontanément à toute explication du religieux par des facteurs économiques ou circonstanciels.» ( Ici c'est le professeur Jacques Ellul qui s'exprime)
ou
«... la laïcité de l'État se réfère à une situation concrète, c'est une certaine conception de l'État qui peut se traduire dans des institutions et qui doit aboutir à une certaine organisation. [...] Celle-ci est le produit de l'État laïque. C'est la société qui est guidée, commandée par un État laïque, ou par conséquent la religion n'a pas de véritable place, mais c'est aussi la société qui a été formée par [ce même État], en particulier grâce à l'éducation, l'instruction, la démocratie. Celle-ci, liée à la laïcisation, implique par exemple que nul débat politique ne peut avoir de thème religieux, ou s'inspirer de motivations religieuses. Lorsque cela se produit, assurément le facteur religieux n'apparaît pas comme un argument sérieux, et une certaine gêne s'installe dans le dialogue. Dans la mesure où la laïcité reste libérale, elle tolère ces incartades, mais ce sont des incartades.
D'ailleurs, dans la mesure où l'instruction est laïque et forme des hommes pensant de cette façon, le débat socio-politique risque de moins en moins de déborder sur le religieux. En réalité, on a pour tendance de considérer celui qui prend des références religieuses comme un «fractionniste», un «sectaire», c'est à dire celui qui vient rompre l'unité de la nation.» (Jacques Ellul, Les Nouveaux possédés, p.52)
[size=85](Pour dire ce que j'en peux comprendre ...)[/size]
Vous ne pouvez pas servir deux maîtres.
L'article à l'origine du fil semblerait faire écho au fait que les pays les plus avancés technologiquement au monde (ou les plus soumis culturellement aux idées progressistes parmi les plus avant-gardistes de l'heure) seraient également de ces pays dans lesquels [b]le discour dominant[/b] (celui du pouvoir, de l'élite qui gère l'ensemble, la structure) [b]accrédite une certaine idée[/b] : [b]la catégorie du religieux serait absente des processus décisionnels[/b].
Les gestionnaires efficaces (comme des banquiers suisse ou des techniciens allemand, voire des guerriers «Jedi» comme Pascal Lamy l'ex-patron du FMI; guerriers dédiés à la bonne cause, végétariens, non-fumeurs, cyclistes et dépourvus de mauvais gras; le général Bonaparte à 27 ans) posséderaient une psyché vierge de toute mythologie, libre d'idôlatrie ou d'adoration envers des trucs «sans valeur», obscur ou mystérieux.
Dans un pareil cadre, il est assez certain qu'il ne reste que deux cases dans lesquelles pouvoir loger le phénomène religieux 1) le loisir privé perçu comme activité de délassement (participer d'un culte personnel par exemple comme on s'inscrirait à un cours de «croissance personnelle» et rien d'autre) 2) la divinité exigeante
Des pays avancés comme la Belgique peuvent s'accommoder de la première case sans doute (les loisirs cultuels privés du patron qui ne vont pas se répercuter sur sa «gestion des affaires» et en le sens qu'il ne va pas proposer une révolution pour détrôner les banquiers non plus) et, force sera de l'admettre, comme devant bien s'occuper de mettre en place des garde-fous, pour faire barrière aux exigences de la divinité terrible (lire : la divinité des «extrémistes», des missionnaires catholiques qui exagèrent, la religiosité «redistributive» des Jacobins se piquant pour vrai de l'intérêt général, des fous d'Allah capables de tuer, etc.)
[size=150]En somme[/size]
C'est toujours [b]la logique des Lumières[/b] (= profit, développement technique, «croissance», organisation rationnelle, permission accordée à des individus de rechercher leur propre avantage sans devoir s'embarrasser de l'ensemble, etc.) pour contrer le règne de la médiocrité, la frilosité impécunieuse des «faibles», la stagnation économique, l'immobilisme contemplatif, etc.
On a l'héroïsme allégué des «créateurs de richesses» $$$ versus les hippies, c'est à dire les prophètes parlant d'inconsistance, les doux rêveurs, les utopistes, les non-rentables; tout le désordre inadmissible comme [i]improductifs jouissant de privilèges extravagants tels celui de pouvoir manger[/i], etc.
Faut voir :
[color=#004080]«... le sacré dans cette société est considéré comme un ensemble de conventions sociales ou de névroses. Il a été jusqu'alors une sorte de maladie de l'humanité qui, se débarrassant effectivement du sacré, accède donc maintenant à la santé.
Car c'est un fait que l'homme moderne ne croit plus à un sacré. Il n'y a plus de sphère du sacré, il a profané concrètement tout ce que les générations précédentes tenaient pour sacré, et il est même habité par une volonté de désacraliser tous les objets sacrés. «Le monde abandonne l'idée religieuse qu'il avait de lui-même»
La sécularisation est donc le fait historique selon lequel la société n'est plus religieuse [...] «La religion est reléguée au domaine privé», dit Cox, ce qui est proprement la laïcisation». «Les dieux des religions traditionnelles ne sont pas morts, ils sont des sortes de fétiches privés, ou l'apanage de certains groupes, ils ne jouent plus aucun rôle dans la vie publique ...», ce qui est proprement pour l'Occident, la [b]post-chrétienté[/b]. [...] L'homme moderne est assoiffé d'action, d'efficacité, il juge tout en fonction des résultats et des possibilités d'action. D'autre part, [b]il ne peut comprendre le monde que comme profane[/b], il n'y a plus de grandeur religieuse. Il adhère spontanément à toute explication du religieux par des facteurs économiques ou circonstanciels.» ( Ici c'est le professeur Jacques Ellul qui s'exprime) [/color]
ou
[color=#004080]«... la laïcité de l'État se réfère à une situation concrète, c'est une certaine conception de l'État qui peut se traduire dans des institutions et qui doit aboutir à [b]une certaine organisation[/b]. [...] [b]Celle-ci est le produit de l'État laïque[/b]. C'est la société qui est guidée, commandée par un État laïque, ou par conséquent la religion n'a pas de véritable place, mais c'est aussi la société qui a été formée par [ce même État], en particulier grâce à l'éducation, l'instruction, la démocratie. Celle-ci, liée à la laïcisation, implique par exemple que nul débat politique ne peut avoir de thème religieux, ou s'inspirer de motivations religieuses. Lorsque cela se produit, assurément le facteur religieux n'apparaît pas comme un argument sérieux, et une certaine gêne s'installe dans le dialogue. Dans la mesure où la laïcité reste libérale, elle tolère ces incartades, mais ce sont des incartades.
D'ailleurs, dans la mesure où l'instruction est laïque et forme des hommes pensant de cette façon, le débat socio-politique risque de moins en moins de déborder sur le religieux. En réalité, [b]on a pour tendance de considérer celui qui prend des références religieuses comme un «fractionniste», un «sectaire», c'est à dire celui qui vient rompre l'unité de la nation[/b].» (Jacques Ellul, [u]Les Nouveaux possédés[/u], p.52) [/color]