par marie du hellfest » ven. 24 janv. 2014, 1:05
Fée Violine a écrit :qu'il est beau, l'auteur de cet article !!!
Huhu, c'est pas pour lui que j'ai mis le lien Fée Violine
Fée Violine a écrit :ça va dans le même sens que l'association le SEL (système d'échange local), que Pierre Rabhi, Hervé Kempf et bien d'autres.
Oui, d'ailleurs ils sont cités dans le livre.
Fée Violine a écrit :Sur RCF (radio chrétienne francophone), il y a chaque jour entre 13h et 13h30 une mission qui recense ce genre d'initiatives. Aujourd'hui c'était une dame qui récupère de vieilles chaussettes dépareillées ou trouées, elle les transforme en fil et s'en sert pour créer des vêtements neufs, ou les découpe pour faire du patchwork. C'est créatif, ça évite le gaspillage, ça crée des emplois, et l'investissement ne coûte pas cher!
http://chaussettesorphelines.blogspot.fr/
C'est chouette qu'ils consacrent un peu de leur temps à ce genre d'initiatives. L'auteure du bouquin parle de dépassement des clivages gauche/droite, ça marche aussi très bien pour les clivages croyants/pas croyants
(Et sinon sympa le recyclage des chaussettes, je connaissais pas.)
Bon, maintenant que je suis lancée, je peux pas m'empêcher de vous parler du premier exemple qui est cité : peut-être le plus spectaculaire de tout le livre. Sans déconner, après les 3 premières pages je pleurais déjà. Aucun scénariste de fiction n'en voudrait tellement les gens trouveraient pas ça crédible.
En 1985, un jeune fonctionnaire de santé lambda, Rajendra Singh, est nommé dans la province du Rajasthan. C'est une province où la désertification est en cours et les zones arables ne cessent de reculer. Il ne peut que constater la situation : la plupart de la population (et surtout les enfants) souffre de malnutrition. Et pour cause, la terre complètement desséchée ne donne plus grand chose, ils peuvent à peine se permettre de faire un repas par jour. La mousson atteint bien cette région mais la terre étant trop sèche, l'eau ruisselle et les nappes phréatiques ne peuvent pas se reconstituer. Les puits se vidant les uns après les autres, les femmes doivent faire jusqu'à 6h de marche par jour pour la corvée d'eau, et les petites filles qui sont embarquées en renfort ne vont plus à l'école. Et quand le dernier puits du coin se tarit, les gens partent vers les villes.
Un jour, en discutant avec un ancien, Singh apprend qu'il existait auparavant des johads, des bassins en terre qui servaient à récupérer l'eau de pluie pour qu'elle ait le temps de s'infiltrer dans les sols. Présents depuis le XIIIe siècle, les colons britanniques les avaient détruits car jugés insalubres à cause de l'eau stagnante. Les moyens modernes ont fait illusion un temps, la nappe phréatique a diminué petit à petit et la désertification a gagné le terrain.
Un jour, Singh réunit les villageois pour leur proposer de remettre en état les johads. Le villageois, fatalistes, refusent, tandis que les autorités ne veulent pas entendre parler d'un système aussi archaïque. Alors, il prend une pioche et se met à creuser un bassin, tout seul comme un con, et y passe entre 10 et 12h chaque jour. Au bout de 3 ans, il arrive à en faire un. Le bassin fait son travail mais Singh se rend rapidement compte qu'il ne va pas faire des miracles à lui tout seul, et qu'il faut recréer un réseau entier aux différents endroits stratégiques de la région. Cette fois-ci les villageois acceptent de l'aider, qui avec un peu d'argent, qui avec des outils, et surtout beaucoup de volontaires, les hommes creusant et les femmes évacuant les gravas. Un an plus tard, 50 johads ont été créés par des villageois, sans ingénieur, sans aide extérieure.
Plus de 26 ans après, 10000 structures d'acheminement et de rétention fournissent une eau potable à 1000 villages, représentant 700000 habitants.
Quelques moussons ont suffi à reconstituer les réserves souterraines d'eau : les villageois ont besoin de construire des puits 3 fois moins profonds qui donnent même après plusieurs années de sécheresse, et 5 rivières mortes (dont certaines depuis 40 ans) sont revenues.
Les paysans du coin ont remis en cultures des terres stériles, font maintenant 2 à 3 récoltes par an et gagnent 3 fois le seuil de pauvreté en Inde. Les petites filles sont retournées à l'école.
L'émigration vers les villes a cessé et les villages se repeuplent.
Les paysans gèrent maintenant démocratiquement leur réserve d'eau. Chaque famille est représentée, sans distinction de caste, les femmes à égalité avec les hommes. Ils ont désobéi à l'administration qui leur ordonnait de détruire les premiers johads sous prétexte qu'il est interdit de distribuer l'eau sans autorisation. Les familles en profitent maintenant gratuitement, et les agriculteurs payent l'irrigation au prorata de ce qu'ils consomment.
Ils ont appris à faire attention à l'écosystème, ils entretiennent leurs bassins, leurs rivières. Ils ont chassé les exploitants de mines illégales qui se trouvaient dans un parc naturel, et ont créé une réserve supplémentaire qu'ils protègent eux-mêmes. Quand une des rivières s'est remise à couler et que des fonctionnaires sont arrivés pour remettre au gout du jour les taxes sur la pêche, ils les ont gentiment renvoyés chez eux (la pêche est maintenant libre de droits).
52 dispensaires de soins ayurvédiques ont été ouverts et des écoles construites, et l'administration n'a eu d'autre choix que d'envoyer les enseignants que les villageois ont exigés.
Voilà, et c'est comme ça (en plus modeste) pendant 300 pages ... oui, ce bouquin redonne vraiment le sourire.
[quote="Fée Violine"]qu'il est beau, l'auteur de cet article !!! :amoureux: [/quote]
Huhu, c'est pas pour lui que j'ai mis le lien Fée Violine ;)
[quote="Fée Violine"]ça va dans le même sens que l'association le SEL (système d'échange local), que Pierre Rabhi, Hervé Kempf et bien d'autres.[/quote]
Oui, d'ailleurs ils sont cités dans le livre.
[quote="Fée Violine"]Sur RCF (radio chrétienne francophone), il y a chaque jour entre 13h et 13h30 une mission qui recense ce genre d'initiatives. Aujourd'hui c'était une dame qui récupère de vieilles chaussettes dépareillées ou trouées, elle les transforme en fil et s'en sert pour créer des vêtements neufs, ou les découpe pour faire du patchwork. C'est créatif, ça évite le gaspillage, ça crée des emplois, et l'investissement ne coûte pas cher!
http://chaussettesorphelines.blogspot.fr/[/quote]
C'est chouette qu'ils consacrent un peu de leur temps à ce genre d'initiatives. L'auteure du bouquin parle de dépassement des clivages gauche/droite, ça marche aussi très bien pour les clivages croyants/pas croyants :)
(Et sinon sympa le recyclage des chaussettes, je connaissais pas.)
Bon, maintenant que je suis lancée, je peux pas m'empêcher de vous parler du premier exemple qui est cité : peut-être le plus spectaculaire de tout le livre. Sans déconner, après les 3 premières pages je pleurais déjà. Aucun scénariste de fiction n'en voudrait tellement les gens trouveraient pas ça crédible.
En 1985, un jeune fonctionnaire de santé lambda, Rajendra Singh, est nommé dans la province du Rajasthan. C'est une province où la désertification est en cours et les zones arables ne cessent de reculer. Il ne peut que constater la situation : la plupart de la population (et surtout les enfants) souffre de malnutrition. Et pour cause, la terre complètement desséchée ne donne plus grand chose, ils peuvent à peine se permettre de faire un repas par jour. La mousson atteint bien cette région mais la terre étant trop sèche, l'eau ruisselle et les nappes phréatiques ne peuvent pas se reconstituer. Les puits se vidant les uns après les autres, les femmes doivent faire jusqu'à 6h de marche par jour pour la corvée d'eau, et les petites filles qui sont embarquées en renfort ne vont plus à l'école. Et quand le dernier puits du coin se tarit, les gens partent vers les villes.
Un jour, en discutant avec un ancien, Singh apprend qu'il existait auparavant des johads, des bassins en terre qui servaient à récupérer l'eau de pluie pour qu'elle ait le temps de s'infiltrer dans les sols. Présents depuis le XIIIe siècle, les colons britanniques les avaient détruits car jugés insalubres à cause de l'eau stagnante. Les moyens modernes ont fait illusion un temps, la nappe phréatique a diminué petit à petit et la désertification a gagné le terrain.
Un jour, Singh réunit les villageois pour leur proposer de remettre en état les johads. Le villageois, fatalistes, refusent, tandis que les autorités ne veulent pas entendre parler d'un système aussi archaïque. Alors, il prend une pioche et se met à creuser un bassin, tout seul comme un con, et y passe entre 10 et 12h chaque jour. Au bout de 3 ans, il arrive à en faire un. Le bassin fait son travail mais Singh se rend rapidement compte qu'il ne va pas faire des miracles à lui tout seul, et qu'il faut recréer un réseau entier aux différents endroits stratégiques de la région. Cette fois-ci les villageois acceptent de l'aider, qui avec un peu d'argent, qui avec des outils, et surtout beaucoup de volontaires, les hommes creusant et les femmes évacuant les gravas. Un an plus tard, 50 johads ont été créés par des villageois, sans ingénieur, sans aide extérieure.
Plus de 26 ans après, 10000 structures d'acheminement et de rétention fournissent une eau potable à 1000 villages, représentant 700000 habitants.
Quelques moussons ont suffi à reconstituer les réserves souterraines d'eau : les villageois ont besoin de construire des puits 3 fois moins profonds qui donnent même après plusieurs années de sécheresse, et 5 rivières mortes (dont certaines depuis 40 ans) sont revenues.
Les paysans du coin ont remis en cultures des terres stériles, font maintenant 2 à 3 récoltes par an et gagnent 3 fois le seuil de pauvreté en Inde. Les petites filles sont retournées à l'école.
L'émigration vers les villes a cessé et les villages se repeuplent.
Les paysans gèrent maintenant démocratiquement leur réserve d'eau. Chaque famille est représentée, sans distinction de caste, les femmes à égalité avec les hommes. Ils ont désobéi à l'administration qui leur ordonnait de détruire les premiers johads sous prétexte qu'il est interdit de distribuer l'eau sans autorisation. Les familles en profitent maintenant gratuitement, et les agriculteurs payent l'irrigation au prorata de ce qu'ils consomment.
Ils ont appris à faire attention à l'écosystème, ils entretiennent leurs bassins, leurs rivières. Ils ont chassé les exploitants de mines illégales qui se trouvaient dans un parc naturel, et ont créé une réserve supplémentaire qu'ils protègent eux-mêmes. Quand une des rivières s'est remise à couler et que des fonctionnaires sont arrivés pour remettre au gout du jour les taxes sur la pêche, ils les ont gentiment renvoyés chez eux (la pêche est maintenant libre de droits).
52 dispensaires de soins ayurvédiques ont été ouverts et des écoles construites, et l'administration n'a eu d'autre choix que d'envoyer les enseignants que les villageois ont exigés.
Voilà, et c'est comme ça (en plus modeste) pendant 300 pages ... oui, ce bouquin redonne vraiment le sourire.