OK, c'est très clair.
Mais déjà, notons que c'est une révélation privée. Je n'ai pas regardé les raisons pour lesquelles Ste Hildegarde a été déclarée Docteur de l'Eglise il y a un an, mais normalement nous ne sommes pas tenus de croire aux révélations privées.
Ceci étant, je présume que Ste Hildegarde a tenu compte des révélations qu'elle a eu lorsqu'elle s'est exprimée en matière de doctrine (car c'est bien pour les questions de doctrine que quelqu'un est déclaré... Docteur). Cela mérite donc qu'on s'y arrête.
Et c'est très intéressant... et embêtant :
"de peur que l'enfant embryonnaire soit souillé par la semence superflue et perdue"
Je constate que ce n'est pas l'acte en lui même qui pose problème. Il n'y a pas de contradiction avec ce que la médecine peut aujourd'hui dire sur le sujet.
Ce qui pose problème, c'est la souillure de la semence superflue et perdue.
Ste Hildegarde nous dit donc que toute semence "superflue et perdue" est une souillure. C'est d'ailleurs ce qu'on appelle le péché d'onanisme.
Et il s'agirait alors de ne pas exposer l'enfant embryonnaire à la proximité physique de la matérialité de ce péché.
Ce que je trouve intéressant, c'est que c'est lourd de conséquence : cela ne fait pas que demander à ne pas avoir de rapports sexuels pendant la grossesse. Cette phrase intègre, en sous-entendu mais de manière très forte, que toute semence "superflue et perdue" est une souillure. A lire ça à la lettre, je vois déjà des gens tourmentés par leurs pollutions nocturnes...

Mais cela a d'autres conséquences : je ne vais pas m'apesantir sur toutes les situations sexuelles où il y aurait émission de semence "superflue et perdue". Ce qui m'intéresse, c'est que la "contraception naturelle", celle qui repose sur le principe de n'avoir de rapports sexuels qu'en période inféconde, en prenant grand soin justement à s'en assurer, se caractérise dans son principe même par l'émission de semence superflue et perdue. C'est même toute l'idée. Et donc, cette vision de Ste Hildegarde nous apprend que c'est une souillure. Ce qui pose un problème, puisque c'est la préconisation actuelle de l'Eglise en matière de contrôle des naissances...
C'est loin d'être anodin. Cette phrase de Ste Hildegarde ramène une fois de plus l'acte sexuel à sa dimension procréative, en considérant que toute émission de semence sans lui laisser au moins la possibilité de donner la vie est une souillure.
Mais alors, si ma femme a dû, par exemple à cause d'un cancer, subir une ablation des ovaires : dois-je en conclure que nous ne devons plus vivre qu'en frère et soeur ? Puisque nous sommes certains que, sauf intervention miraculeuse (Isaac, Jean-Baptiste...), ma semence sera forcément superflue et perdue ?
Personnellement, je me garderai bien de conclure, et je me tournerai vers le Magistère de l'Eglise (à commencer par mon confesseur) pour savoir comment appliquer à ma vie personnelle ce que m'en dit Ste Hildegarde.
J'ai jeté un oeil rapide à la page que vous indiquez, et je trouve d'autres lignes qui posent difficulté à l'interprétation. Par exemple :
Aussi, quand l'envie les mord comme la vipère, et qu'il y a en eux une vicieuse superfluité de semence, sans nulle crainte de Dieu, ni règle de vie humaine, il arrive souvent, pour le châtiment de leur perversité que, par un juste jugement de Dieu, ceux qui naissent d'eux sont disgrâciés de la nature, et ne peuvent jouir d'une vie prospère ; à moins que, acceptant la pénitence qu'ils font de leur crime, je me montre miséricordieux envers eux. (...) C'est pourquoi, quiconque veut se rendre Dieu favorable, ne souillera pas sa semence dans la diversité des vices, car ceux qui prodiguent leur semence dans la fornication ou dans l'adultère, rendent plus vicieux les fils qui naissent d'eux, de cette manière. Comment ? Celui qui met dans un vase purifié de la boue ou des ordures, rend-il le vase intact ? De même, celui qui corrompt sa semence par la fornication ou l'adultère, peut-il engendrer des fils valeureux ?
Si je lis littéralement :
- Si je cède à la "perversité" et que je m'adonne à la fornication, c'est à dire à l'acte sexuel accompli dans le seul but de la satisfaction de mes sens, et pas dans un acte d'amour qui est don de moi et accueil de l'autre, avec possibilité de donner du fruit (procréation), et que de cette union nait un enfant, alors, comment cet enfant pourrait-il avoir de la valeur ? Y'en a qui partent pas aidés, dans la vie... Ils sont même pas nés qu'on leur nie déjà toute valeur...
- Pire, il est dit que Dieu juge alors, et que souvent il condamne l'enfant pour le péché de son père, que cette condamnation est de ne pas pouvoir mener une vie prospère. Et que pour que l'enfant échappe à cette condamnation, c'est au père de faire pénitence...
Dites donc, j'espère qu'Adam fait pénitence, parce que sinon, on ne risque pas d'être pardonné pour son péché...
Mais je sais que Jésus pardonne tous nos péchés, y compris le péché originel. Donc je ne peux pas, en foi, interpréter ainsi cette vision de Ste Hildegarde.
Heureusement que Ste Hildegarde écrit un peu plus bas : "nulle perversité ne peut m'enlever mes élus". Ouf, nous voilà rassurés : par son sacrifice, Jésus peut quand même racheter notre péché, et sauver les enfants de pères fornicateurs.
A mon avis, il faut lire ces révélations comme on lit l'ancien testament : certes, Dieu y parle. Mais ce qui est écrit, c'est ce que les hommes en ont compris. Je soupçonne Ste Hildegarde de ne comprendre sa révélation qu'à la lumière de sa conception du monde, et des connaissances de l'époque.
Typiquement, dans ce qu'elle dit, l'enfant nait dans le corps de la femme uniquement en raison des "germes virils" de la semence du père, qui "coagule dans le ventre de la mère". Heu... et les germes féminins de la mère (les ovules), ils interviennent où, dans l'histoire ?
OK, c'est très clair.
Mais déjà, notons que c'est une révélation privée. Je n'ai pas regardé les raisons pour lesquelles Ste Hildegarde a été déclarée Docteur de l'Eglise il y a un an, mais normalement nous ne sommes pas tenus de croire aux révélations privées.
Ceci étant, je présume que Ste Hildegarde a tenu compte des révélations qu'elle a eu lorsqu'elle s'est exprimée en matière de doctrine (car c'est bien pour les questions de doctrine que quelqu'un est déclaré... Docteur). Cela mérite donc qu'on s'y arrête.
Et c'est très intéressant... et embêtant :
"de peur que l'enfant embryonnaire soit souillé par la semence superflue et perdue"
Je constate que ce n'est pas l'acte en lui même qui pose problème. Il n'y a pas de contradiction avec ce que la médecine peut aujourd'hui dire sur le sujet.
Ce qui pose problème, c'est la souillure de la semence superflue et perdue.
Ste Hildegarde nous dit donc que toute semence "superflue et perdue" est une souillure. C'est d'ailleurs ce qu'on appelle le péché d'onanisme.
Et il s'agirait alors de ne pas exposer l'enfant embryonnaire à la proximité physique de la matérialité de ce péché.
Ce que je trouve intéressant, c'est que c'est lourd de conséquence : cela ne fait pas que demander à ne pas avoir de rapports sexuels pendant la grossesse. Cette phrase intègre, en sous-entendu mais de manière très forte, que toute semence "superflue et perdue" est une souillure. A lire ça à la lettre, je vois déjà des gens tourmentés par leurs pollutions nocturnes... ;)
Mais cela a d'autres conséquences : je ne vais pas m'apesantir sur toutes les situations sexuelles où il y aurait émission de semence "superflue et perdue". Ce qui m'intéresse, c'est que la "contraception naturelle", celle qui repose sur le principe de n'avoir de rapports sexuels qu'en période inféconde, en prenant grand soin justement à s'en assurer, se caractérise dans son principe même par l'émission de semence superflue et perdue. C'est même toute l'idée. Et donc, cette vision de Ste Hildegarde nous apprend que c'est une souillure. Ce qui pose un problème, puisque c'est la préconisation actuelle de l'Eglise en matière de contrôle des naissances...
C'est loin d'être anodin. Cette phrase de Ste Hildegarde ramène une fois de plus l'acte sexuel à sa dimension procréative, en considérant que toute émission de semence sans lui laisser au moins la possibilité de donner la vie est une souillure.
Mais alors, si ma femme a dû, par exemple à cause d'un cancer, subir une ablation des ovaires : dois-je en conclure que nous ne devons plus vivre qu'en frère et soeur ? Puisque nous sommes certains que, sauf intervention miraculeuse (Isaac, Jean-Baptiste...), ma semence sera forcément superflue et perdue ?
Personnellement, je me garderai bien de conclure, et je me tournerai vers le Magistère de l'Eglise (à commencer par mon confesseur) pour savoir comment appliquer à ma vie personnelle ce que m'en dit Ste Hildegarde.
J'ai jeté un oeil rapide à la page que vous indiquez, et je trouve d'autres lignes qui posent difficulté à l'interprétation. Par exemple :
[quote]Aussi, quand l'envie les mord comme la vipère, et qu'il y a en eux une vicieuse superfluité de semence, sans nulle crainte de Dieu, ni règle de vie humaine, il arrive souvent, pour le châtiment de leur perversité que, par un juste jugement de Dieu, ceux qui naissent d'eux sont disgrâciés de la nature, et ne peuvent jouir d'une vie prospère ; à moins que, acceptant la pénitence qu'ils font de leur crime, je me montre miséricordieux envers eux. (...) C'est pourquoi, quiconque veut se rendre Dieu favorable, ne souillera pas sa semence dans la diversité des vices, car ceux qui prodiguent leur semence dans la fornication ou dans l'adultère, rendent plus vicieux les fils qui naissent d'eux, de cette manière. Comment ? Celui qui met dans un vase purifié de la boue ou des ordures, rend-il le vase intact ? De même, celui qui corrompt sa semence par la fornication ou l'adultère, peut-il engendrer des fils valeureux ?[/quote]
Si je lis littéralement :
- Si je cède à la "perversité" et que je m'adonne à la fornication, c'est à dire à l'acte sexuel accompli dans le seul but de la satisfaction de mes sens, et pas dans un acte d'amour qui est don de moi et accueil de l'autre, avec possibilité de donner du fruit (procréation), et que de cette union nait un enfant, alors, comment cet enfant pourrait-il avoir de la valeur ? Y'en a qui partent pas aidés, dans la vie... Ils sont même pas nés qu'on leur nie déjà toute valeur...
- Pire, il est dit que Dieu juge alors, et que souvent il condamne l'enfant pour le péché de son père, que cette condamnation est de ne pas pouvoir mener une vie prospère. Et que pour que l'enfant échappe à cette condamnation, c'est au père de faire pénitence...
Dites donc, j'espère qu'Adam fait pénitence, parce que sinon, on ne risque pas d'être pardonné pour son péché...
Mais je sais que Jésus pardonne tous nos péchés, y compris le péché originel. Donc je ne peux pas, en foi, interpréter ainsi cette vision de Ste Hildegarde.
Heureusement que Ste Hildegarde écrit un peu plus bas : "nulle perversité ne peut m'enlever mes élus". Ouf, nous voilà rassurés : par son sacrifice, Jésus peut quand même racheter notre péché, et sauver les enfants de pères fornicateurs.
A mon avis, il faut lire ces révélations comme on lit l'ancien testament : certes, Dieu y parle. Mais ce qui est écrit, c'est ce que les hommes en ont compris. Je soupçonne Ste Hildegarde de ne comprendre sa révélation qu'à la lumière de sa conception du monde, et des connaissances de l'époque.
Typiquement, dans ce qu'elle dit, l'enfant nait dans le corps de la femme uniquement en raison des "germes virils" de la semence du père, qui "coagule dans le ventre de la mère". Heu... et les germes féminins de la mère (les ovules), ils interviennent où, dans l'histoire ?