par archi » lun. 05 août 2013, 20:14
Suliko a écrit :Cette même source ajouterait que la cause tient tant à coeur le pontife romain - autant que celle de Jean XXIII - qu'il envisagerait de se dispenser de la phase de béatification.
Au risque de me répéter, je ne pense pas qu'il soit possible, même pour un pape, de changer les règles à sa guise...Pourquoi personne ne rappelle-t-il cette évidence?
Il y a vraiment 2 conceptions de la Papauté qui s'affrontent.
Celle rappelée par le Magistère constant des papes, des évêques, des conciles, y compris lors de la réforme grégorienne, selon laquelle le pape est tenu de respecter les canons de l'Eglise, les règles héritées des Pères, et les déterminations de ses prédécesseurs en matière de discipline ecclésiale et pas seulement en matière de doctrine. Le Card. Congar en cite une liste longue comme le bras (Tradition et traditions vol I): S Etienne Ier, Zosime, Boniface Ier, S Léon le Grand, Gélase Ier, Hormisdas, Théodore Ier, Agathon, Zacharie, Léon IV, Benoît III, Jean VIII, Nicolas Ier, Hadrien II, S Léon IX et même Grégoire VII, pour les papes. Parmi les évêques notoires, Hincmar et Durand de Mende. Les Conciles qui "commencent toujours par la lecture des décrets et professions de foi des conciles précédents". Les canonistes jusqu'à Gratien inclusivement. Et le climat général ("il s'exprime bien dans ce mot de S Augustin : quand des lois sont posées, il n'est pas permis "de ipsis judicare, sed secundum ipss. Un prince doit régir "iuxta mores patrum"..."). Etc... Je vous passe toutes les citations latines pour les références précédentes.
Les références sont trop nombreuses et constantes pour douter qu'il s'agit là de l'authentique tradition de l'Eglise, de la "mens ecclesiae".
L'autre conception est celle qu'on lit aujourd'hui chez une grande partie des catholiques de tout bord, des plus libéraux (qui n'ont aucun respect pour quelque forme de tradition que ce soit et rêvent d'un remodèlement complet de l'Eglise selon les canons de l'époque actuelle) aux conservateurs (souvent dits "traditionalistes" quoi qu'en la matière, le terme convienne peu) même les plus extrêmes (sédévacantistes), qui conçoivent l'Eglise comme une monarchie absolue où le Pape ne pouvant être jugé par personne et étant à la source de toutes les lois, peut faire essentiellement ce qu'il veut en matière disciplinaire, n'étant tenu aux déterminations de ses prédécesseurs qu'en matière de foi et de moeurs (puisque Vatican I a opportunément rappelé ce dernier principe dans son décret sur l'infaillibilité).
La 2e conception est finalement une conséquence logique de la suprématie papale et de la centralisation constante depuis l'époque de la "Réforme grégorienne". Pourtant, l'autorité papale absolue a continué d'être contrebalancée à la fois par la profession, par l'Eglise en général (papes, évêques et conciles) d'un attachement aux traditions reçues, et ce jusqu'à Vatican I. Depuis, j'ai du mal à en trouver des traces effectives. (Je constate aussi qu'au milieu du XIXe Siècle, des conciles diocésains étaient encore régulièrement tenus, alors que les conciles généraux, nombreux jusqu'au XVIe Siècle, se sont ensuite interrompus jusqu'aux 2 conciles du Vatican. C'est aussi une indication importante sur l'évolution de la vie de l'Eglise).
Sans rien nier de la primauté de juridiction confiée au siège de Pierre, du rôle important des papes dans le développement des canons ecclésiaux à l'époque des Pères - rôle d'ailleurs sensiblement plus important en Occident qu'en Orient - , de son "charisme" largement attesté de maintien de la fidélité doctrinale et de l'unité ecclésiale, je ne peux que constater une altération importante, qui s'est développée de façon progressive au long du 2e millénaire. Au contraire, on peut voir que les Orthodoxes continuent à considérer l'époque des Pères, celle où la discipline de l'Eglise s'est providentiellement forgée, comme la référence en matière de discipline ecclésiale.
Les 2 conceptions se sont sans doute longtemps équilibrées l'une l'autre, mais la disparition de la 1ere dans la mentalité dominante est inquiétante, il est en effet difficile de fonder une vie ecclésiale sérieuse sur des disciplines qui changent tout le temps, aussi bien pour les fidèles déroutés que pour les observateurs étrangers à l'Eglise qui vont se dire que cette Eglise manque de sérieux, pour changer aussi souvent de discipline et d'avis...
Finalement, l'organe dépositaire d'une autorité aura une autorité d'autant plus forte qu'il respecte les lois et coutumes qu'il a lui-même établies par le passé. Au contraire, si ces lois ont un aspect arbitraire et changent en permanence, c'est sa propre autorité qu'il affaiblit peu à peu.
In Xto,
archi.
[quote="Suliko"][quote]Cette même source ajouterait que la cause tient tant à coeur le pontife romain - autant que celle de Jean XXIII - qu'il envisagerait de se dispenser de la phase de béatification. [/quote]
Au risque de me répéter, je ne pense pas qu'il soit possible, même pour un pape, de changer les règles à sa guise...Pourquoi personne ne rappelle-t-il cette évidence?[/quote]
Il y a vraiment 2 conceptions de la Papauté qui s'affrontent.
Celle rappelée par le Magistère constant des papes, des évêques, des conciles, y compris lors de la réforme grégorienne, selon laquelle le pape est tenu de respecter les canons de l'Eglise, les règles héritées des Pères, et les déterminations de ses prédécesseurs en matière de discipline ecclésiale et pas seulement en matière de doctrine. Le Card. Congar en cite une liste longue comme le bras (Tradition et traditions vol I): S Etienne Ier, Zosime, Boniface Ier, S Léon le Grand, Gélase Ier, Hormisdas, Théodore Ier, Agathon, Zacharie, Léon IV, Benoît III, Jean VIII, Nicolas Ier, Hadrien II, S Léon IX et même Grégoire VII, pour les papes. Parmi les évêques notoires, Hincmar et Durand de Mende. Les Conciles qui "commencent toujours par la lecture des décrets et professions de foi des conciles précédents". Les canonistes jusqu'à Gratien inclusivement. Et le climat général ("il s'exprime bien dans ce mot de S Augustin : quand des lois sont posées, il n'est pas permis "de ipsis judicare, sed secundum ipss. Un prince doit régir "iuxta mores patrum"..."). Etc... Je vous passe toutes les citations latines pour les références précédentes. :cool:
Les références sont trop nombreuses et constantes pour douter qu'il s'agit là de l'authentique tradition de l'Eglise, de la "mens ecclesiae".
L'autre conception est celle qu'on lit aujourd'hui chez une grande partie des catholiques de tout bord, des plus libéraux (qui n'ont aucun respect pour quelque forme de tradition que ce soit et rêvent d'un remodèlement complet de l'Eglise selon les canons de l'époque actuelle) aux conservateurs (souvent dits "traditionalistes" quoi qu'en la matière, le terme convienne peu) même les plus extrêmes (sédévacantistes), qui conçoivent l'Eglise comme une monarchie absolue où le Pape ne pouvant être jugé par personne et étant à la source de toutes les lois, peut faire essentiellement ce qu'il veut en matière disciplinaire, n'étant tenu aux déterminations de ses prédécesseurs qu'en matière de foi et de moeurs (puisque Vatican I a opportunément rappelé ce dernier principe dans son décret sur l'infaillibilité).
La 2e conception est finalement une conséquence logique de la suprématie papale et de la centralisation constante depuis l'époque de la "Réforme grégorienne". Pourtant, l'autorité papale absolue a continué d'être contrebalancée à la fois par la profession, par l'Eglise en général (papes, évêques et conciles) d'un attachement aux traditions reçues, et ce jusqu'à Vatican I. Depuis, j'ai du mal à en trouver des traces effectives. (Je constate aussi qu'au milieu du XIXe Siècle, des conciles diocésains étaient encore régulièrement tenus, alors que les conciles généraux, nombreux jusqu'au XVIe Siècle, se sont ensuite interrompus jusqu'aux 2 conciles du Vatican. C'est aussi une indication importante sur l'évolution de la vie de l'Eglise).
Sans rien nier de la primauté de juridiction confiée au siège de Pierre, du rôle important des papes dans le développement des canons ecclésiaux à l'époque des Pères - rôle d'ailleurs sensiblement plus important en Occident qu'en Orient - , de son "charisme" largement attesté de maintien de la fidélité doctrinale et de l'unité ecclésiale, je ne peux que constater une altération importante, qui s'est développée de façon progressive au long du 2e millénaire. Au contraire, on peut voir que les Orthodoxes continuent à considérer l'époque des Pères, celle où la discipline de l'Eglise s'est providentiellement forgée, comme la référence en matière de discipline ecclésiale.
Les 2 conceptions se sont sans doute longtemps équilibrées l'une l'autre, mais la disparition de la 1ere dans la mentalité dominante est inquiétante, il est en effet difficile de fonder une vie ecclésiale sérieuse sur des disciplines qui changent tout le temps, aussi bien pour les fidèles déroutés que pour les observateurs étrangers à l'Eglise qui vont se dire que cette Eglise manque de sérieux, pour changer aussi souvent de discipline et d'avis...
Finalement, l'organe dépositaire d'une autorité aura une autorité d'autant plus forte qu'il respecte les lois et coutumes qu'il a lui-même établies par le passé. Au contraire, si ces lois ont un aspect arbitraire et changent en permanence, c'est sa propre autorité qu'il affaiblit peu à peu.
In Xto,
archi.