par spk » dim. 09 juin 2013, 14:34
Suliko a écrit :spk:Tout d'abord, merci pour votre message. J'ai toujours du plaisir à vous lire.
C'est moi qui vous remercie pour vos encouragements, qui me vont droit au coeur.
Suliko a écrit :
Pour moi, séparation signifie que la religion est reléguée à la sphère privée et que le pouvoir temporel ne doit en rien être influencé par le pouvoir spirituel. Je ne trouve pas cela du tout catholique et parle dans ce cas de laïcisme et non pas de saine laïcité.
Quand je dis "séparation" j'entends par là qu'aucun des deux pouvoirs n'est soumis à l'autre. Et j'ai parlé de laïcité parce que c'en est le principe, je parle de la laïcité bien comprise, telle qu'elle fait consensus en occident. Cela n'exclut évidemment pas une intervention des autorités spirituelles dans le débat politique.
Suliko a écrit :Et dans le cas où l'on contesterait les règles constitutionnelles en elles-mêmes? Je vais prendre un exemple très simple: celui d'un musulman pratiquant considérant que la souveraineté appartient à Dieu et qu'un dirigeant d'un pays islamique (càd dont la majorité de la population est de religion musulmane) qui ne serait pas musulman et/ou contre l'application (au moins partielle) de la sharia n'est pas légitime. Or, on peut bien imaginer un pays islamique s'étant fortement occidentalisé dans l'élite et ayant adopté des règles constitutionnelles (entre autres) en rupture avec la tradition du lieu (fortement influencée par la pensée religieuse).On aurait donc un président en réalité peu soucieux de faire appliquer la sharia face à un peuple resté globalement traditionnel. Le pouvoir, dans ce cas, est-il légitime? Et au fond, n'est-ce pas l'assentiment de la majorité de la population qui fait la légitimité? J'ai l'impression que dans la pratique, c'est le cas. Cependant, cela ne me satisfait pas, car on oublie la question du bien commun, du respect de la loi naturelle...
Votre exemple n'est pas pris au hasard! C'est une originalité de l'islam, et pour moi sa grande faiblesse, que de confondre le spirituel et le temporel au motif que rien n'échappe à la religion. On voit les horreurs que cela peut donner.
Mais pourquoi ne serait-ce pas le musulman qui a raison? parce qu'il ne faut pas confondre l'absolu et le relatif. Parce que les décisions politiques dans l'immense majorité des cas n'ont de valeur que relative, même s'il arrive qu'elles provoquent le déchaînement des passions. C'est en ce sens que j'interprète le fameux "Rendez à César ce qui est à César", qu'on peut rapprocher de "Soyez doux comme des colombes et prudents comme des serpents". Le relatif ne doit pas être négligé, mais il ne faut pas non plus lui sacrifier toute son énergie et lui donner son âme. Par exemple, quelques impôts de plus ou de moins ne justifient pas une révolution, même si bien entendu la question de la justice fiscale est à prendre au sérieux.
Donc, la légitimité politique est elle-même relative, et jamais inconditionnelle. Un pouvoir est légitime lorsque le peuple consent à le tenir pour celui qui a la charge du maintien de l'ordre. Oublie-t-on en cela la question du droit naturel? Il me semble que l'offense au droit naturel crée le désordre, et ainsi ce qui donnait sa légitimité au pouvoir est en passe de disparaître.
Je suis bien conscient du flou qu'il y a dans mes réponses. Il tient à mes faiblesses, mais aussi je crois à la nature du problème politique, qui est sans solution définitive, mais qui nous demande d'agir au mieux, malgré notre incapacité à saisir clairement où est le bien, que vient de rappeler Johnny. Le droit naturel n'est pas non plus une solution, car qui en sera juge, au cas où tous ne s'accorderaient pas sur ce qui en relève?
Ce qui me paraît important, même si c'est banal, c'est de rappeler que ce n'est pas parce qu'un pouvoir est légitime que l'on n'est pas autorisé à le contester, ni même à combattre toutes ses tendances à l'abus.
[quote="Suliko"]spk:Tout d'abord, merci pour votre message. J'ai toujours du plaisir à vous lire.[/quote]C'est moi qui vous remercie pour vos encouragements, qui me vont droit au coeur.
[quote="Suliko"]
Pour moi, séparation signifie que la religion est reléguée à la sphère privée et que le pouvoir temporel ne doit en rien être influencé par le pouvoir spirituel. Je ne trouve pas cela du tout catholique et parle dans ce cas de laïcisme et non pas de saine laïcité. [/quote]Quand je dis "séparation" j'entends par là qu'aucun des deux pouvoirs n'est soumis à l'autre. Et j'ai parlé de laïcité parce que c'en est le principe, je parle de la laïcité bien comprise, telle qu'elle fait consensus en occident. Cela n'exclut évidemment pas une intervention des autorités spirituelles dans le débat politique.
[quote="Suliko"]Et dans le cas où l'on contesterait les règles constitutionnelles en elles-mêmes? Je vais prendre un exemple très simple: celui d'un musulman pratiquant considérant que la souveraineté appartient à Dieu et qu'un dirigeant d'un pays islamique (càd dont la majorité de la population est de religion musulmane) qui ne serait pas musulman et/ou contre l'application (au moins partielle) de la sharia n'est pas légitime. Or, on peut bien imaginer un pays islamique s'étant fortement occidentalisé dans l'élite et ayant adopté des règles constitutionnelles (entre autres) en rupture avec la tradition du lieu (fortement influencée par la pensée religieuse).On aurait donc un président en réalité peu soucieux de faire appliquer la sharia face à un peuple resté globalement traditionnel. Le pouvoir, dans ce cas, est-il légitime? Et au fond, n'est-ce pas l'assentiment de la majorité de la population qui fait la légitimité? J'ai l'impression que dans la pratique, c'est le cas. Cependant, cela ne me satisfait pas, car on oublie la question du bien commun, du respect de la loi naturelle...[/quote]
Votre exemple n'est pas pris au hasard! C'est une originalité de l'islam, et pour moi sa grande faiblesse, que de confondre le spirituel et le temporel au motif que rien n'échappe à la religion. On voit les horreurs que cela peut donner.
Mais pourquoi ne serait-ce pas le musulman qui a raison? parce qu'il ne faut pas confondre l'absolu et le relatif. Parce que les décisions politiques dans l'immense majorité des cas n'ont de valeur que relative, même s'il arrive qu'elles provoquent le déchaînement des passions. C'est en ce sens que j'interprète le fameux "Rendez à César ce qui est à César", qu'on peut rapprocher de "Soyez doux comme des colombes et prudents comme des serpents". Le relatif ne doit pas être négligé, mais il ne faut pas non plus lui sacrifier toute son énergie et lui donner son âme. Par exemple, quelques impôts de plus ou de moins ne justifient pas une révolution, même si bien entendu la question de la justice fiscale est à prendre au sérieux.
Donc, la légitimité politique est elle-même relative, et jamais inconditionnelle. Un pouvoir est légitime lorsque le peuple consent à le tenir pour celui qui a la charge du maintien de l'ordre. Oublie-t-on en cela la question du droit naturel? Il me semble que l'offense au droit naturel crée le désordre, et ainsi ce qui donnait sa légitimité au pouvoir est en passe de disparaître.
Je suis bien conscient du flou qu'il y a dans mes réponses. Il tient à mes faiblesses, mais aussi je crois à la nature du problème politique, qui est sans solution définitive, mais qui nous demande d'agir au mieux, malgré notre incapacité à saisir clairement où est le bien, que vient de rappeler Johnny. Le droit naturel n'est pas non plus une solution, car qui en sera juge, au cas où tous ne s'accorderaient pas sur ce qui en relève?
Ce qui me paraît important, même si c'est banal, c'est de rappeler que ce n'est pas parce qu'un pouvoir est légitime que l'on n'est pas autorisé à le contester, ni même à combattre toutes ses tendances à l'abus.