Et une amusante ici à propos du personnage de la cantatrice de Hergé.
Bianca Castafiore alias Emma-Rose Calvé
Le personnage de Bianca Castafiore est sans aucun doute inspiré de celui de la cantatrice internationalement adulée à son époque, la Française Emma-Rose Calvé (1858-1942). Surnommé la «Diva du siècle», les amateurs d'opéra du monde entier se pressaient à ses représentations pour ensuite la couvrir de vivats. Par exemple, en 1906 à New-York environ 30 000 admirateurs l'avaient porté en triomphe sur un pavois. La reine Victoria appréciait tellement Calvé qu'après l'avoir couverte de cadeaux dont un somptueux bijoux, elle la fit statufier. Le tsar Nicolas II un soir avait étendu sa cape sous ses pas afin qu'elle ne marchât pas dans la neige. Du fait de son immense succès, tous les salons mondains ou littéraires lui étaient ouverts. Pour plus de détails sur la vie de Calvé, nous invitons le lecteur à lire l'excellente biographie que Jean Contrucci lui a consacrée. Intitulé évidemment
Emma Calvé, la Diva du siècle, cet ouvrage est publié chez Albin Michel.
1. A l'origine de sa carrière, Emma Calvé signa son premier contrat pour interpréter le
Faust de Gounod au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Le directeur de cette prestigieuse scène lyrique l'avait engagée définitivement après lui avoir fait jouer avec succès le rôle de Marguerite chantant le célèbre «Air des bijoux» de cet opéra.
A ce sujet, le biographe de Calvé écrit :
- «La voix froide d'Emma se joue des trilles du fameux Air des bijoux : Ah ! je ris de me vois si belle en ce miroir [...] mais par ailleurs elle a des accents, une couleur, un éclat capable de faire passer le frisson sur une salle quand elle fait éclater ses dramatiques appels dans le trio final ''Anges purs, anges radieux''. Elle y met un coeur étonnant.»
Cet extrait de la Ballade du roi de Thulé du
Faust de Gounod reste une des mélodies préférées de Calvé. Elle n'hésitait pas à l'entonner à l'improviste, n'importe où, quand on lui en faisait la demande. Voilà qui nous rappelle une manie récurrente de la Castafiore. Et le rôle de Marguerite marqua Calvé à tel point qu'elle demanda de faire graver sur sa tombe les dernières paroles de l'héroïne du
Faust : «Dieu juste, à toi je m'abandonne, Dieu bon, je suis à toi, pardonne !»
Edgar P. Jacobs disait avoir choisi, comme premier métier de devenir chanteur d'art lyrique en assistant à une représentation de
Faust de Gounod au théâtre de la Monnaie. Ensuite il entraîna à de nombreuses reprises son ami d'enfance, Jacques Von Melkebeke, voir cet opéra. [...] lors de la refonte du livre
Le Sceptre d'Ottokar, la Diva entonne son fameux Air des bijoux en présence de Jacobs (p.38). Pour cette occasion, Hergé a dessiné son ami en officier de la cour du roi Muskar assistant au premier rang, en connaisseur, au récital de la Castafiore.
Bizarrement, lorsque Haddock et Tintin écoutent la Castafiore entonner l'Air des bijoux, ils semblent ne pas apprécier le timbre de sa voix qui cependant ne peut être faux. Nous trouvons une explication à ce paradoxe en lisant Jean Contrucci à propos de la singulière façon de chanter de la Diva.
- «Calvé avait une exceptionnelle longueur de voix. La fameux colonel Mapelson, pionier de l'enregistrement sur le vif et dont les rouleaux sont devenus mythiques pour les amateurs d'enregistrements préhistoriques, a capté Calvé sur scène du ''Met'' au début du siècle, pendant une représentation du Faust. Dans l'air des bijoux on entend cette étrange technique lorsque arrivée sur la dernière note, un si majeur, Emma passe tout à coup de la voix de poitrine à un falsetto désincarné. L'effet est déconcertant et il n'est pas sûr qu'il serait apprécié de nos jours.»
En effet, cette façon de chanter n'est manifestement pas au goût de Capitaine et de Tintin. Emma était aussi réputé pour l'extrême aigu de sa voix. Ainsi, nous comprenons pourquoi dans
Le sceptre d'Ottokar, la voiture de la Castafiore est équipée de vitres Securitt (p.28)
Lorsqu'il entend chanter la Castafiore, le Capitaine dit :
«Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que je l'entends, je pense à ce cyclone qui s'est un jour abattu sur mon bateau alors que je naviguais dans la mer des Antilles» (
Les sept boules de cristal, p.11)
Jean Contrucci raconte l'histoire suivante à propos d'Emma-Rose Calvé :
- «Une tempête sévère assaillit le Savoie en plein Atlantique. Emma a été stoïque dans les flots déchaînés. La tempête était telle que les passagers cédaient à la panique. Les officiers et l'équipage étaient impuissants à rétablir le calme. Mais laissons parler le journal Le Gaulois : Soudain une voix délicieuse se fit entendre accompagnée d'un piano. Les admirables mélodies de Carmen résonnèrent, pures et fraîches au milieu du bruit. Mademoiselle Calvé, mue par une inspiration merveilleuse chantait. Au beau milieu de l'Atlantique, Emma Calvé tisse sa légende avec ses complices de la presse parisienne.»
Calvé parlait couramment l'Italien, ce qui est quasiment obligatoire pour une grande cantatrice internationale. Cela lui permit entre autres d'obtenir de véritables triomphes à la Scala de Milan. [...] Surnommée le «Rossignol milanais» , la Diva d'Hergé porte un nom de famille qui fleure bon l'Italie. De plus, la Castafiore se produit souvent à la Scala de Milan où elle est acclamée, tout comme Calvé.
Emma-Rose avait parfois l'esprit un peu confus. Elle se trompait souvent sur les dates et déformait les noms propres, tant à l'oral qu'à l'écrit. Par exemple, Spinoza devenait Spinozz, Nietzsche : Nietze, l'abbé Saunière : l'abbé Sommière, etc. Selon Contrucci : «Elle mélangeait tout avec une touchante maladresse : les époques et les pharaons, les dieux et les dynasties, les styles et les cultes, les lieux et les symboles.» Ainsi nous comprenons que la Castafiore arrive à Moulinsart le 16 au lieu du 17 annoncé, qu'elle déforme le nom d'Haddock en Kappock, Mastock, Bartock, etc. Nous ne nous étonnons pas non plus qu'elle confonde le style Louis XIII avec celui, plus hypothétique, d'Henri XV (
Les bijoux de la Castafiore)
Emma-Rose Calvé aimait la compagnie des gitans. Pour améliorer son rôle de
Carmen, ils lui avaient appris à danser le Flamenco. Elle fit même avec eux le pélerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer lié au culte de Marie-Madeleine. Notons que dans
Les bijoux de la Castafiore, la Diva d'Hergé n'accuse jamais les bohémiens de lui avoir dérobé son émeraude.
Dans son autobiographie, le «Rossignol de Cabrières» et non «de Milan», disait porter une immense admiration à Wagner. [...] Calvé devint une amie de Cosima Wagner, née Liszt, qui veillait jalousement sur l'héritage musical de son époux. Tout aussi naturellement, la Castafiore ne se sépare jamais de son répétiteur nommé Wagner. Le répétiteur habituel de Calvé se nommait le marquis de Vriendt (1907-2001), belge de naissance, qui passa ensuite au service de Ravel.
[...]
Calvé fut passionnée par les sciences occultes et appartint à l'ordre martiniste de Papus dont elle fut Supérieure Inconnue. Calvé fut aussi très longtemps la maitresse d'un grand nom de l'occultisme :
Jules Bois (1860-1943) qui appartint à la
Golden Dawn, puis influença considérablement le mouvement rosicrucien en France et aux États-Unis.
Ce fut la Diva qui fit connaître aux milieux occultistes parisiens le personnage central du mystère de Rennes-le-Château : l'abbé Saunière qui aurait été un disciple du mage Péladan. Outre son grand ami Papus, Emma Calvé fut en relation suivie avec nombre de personnages dont nous avons cité les noms au cours de cet ouvrage : Paul le Cour, Stanislas de Guaita, Camille Flammarion, Maurice Barrès, Erik Satie, etc. Nous sommes ici au coeur de
la grande famille française occultiste de cette époque. Mais ce qui rend encore aujourd'hui Calvé célèbre dans ce milieu, concerne le fameux Prieuré ou Ordre de Sion, remis à l'honneur par le
DaVinciCode de Dan Brown.
[...]
Calvé, la Castafiore et Blanche de Castille
Nous savons que ce fut grâce à Emma Calvé que l'histoire du trésor de Rennes-le-Château se répandit dans les milieux occultes parisiens [...] A propos des légendes de trésor caché concernant Rennes-le-Château , le spécialiste de cette affaire, le frère Gérard de Sède écrit ceci :
«On dit d'abord que la reine Blanche de Castille, chassée de Paris par la croisade des pastoureaux, serait venue se réfugier dans le Razès (où se trouve Rennes-le-Château), y aurait fait bâtir le château de Blanchefort et y aurait caché son or. Les troubles apaisés, elle serait rentrée dans la capitale et aurait confié le secret de la cachette à son fils, saint Louis. Celui-ci l'aurait à son tour transmis à son propre fils, Philippe le Hardi, qui fut brusquement saisi par la mort avant d'en avoir pu informer Philippe le Bel (le persécuteur des templiers). Ainsi le secret du trésor du château de Blanchefort se serait-il perdu.» (
Le trésor maudit de Rennes-le-Château, p.65)
Revenons au personnage de Bianca Castafiore alias Emma-Rose Calvé. Son prénom,
Bianca, sigifie en français : Blanche. Avec les lettres composant son nom complet francisé : Blanche Castafiore, nous pouvons facilement former le mot «castel» qui en occitan désigne un château. Mais aussi l'adjectif «fort» Blanche Castafiore peut donc se traduire, par jeu de mots, par «château de Blanchefort» soit celui construit par Blanche de Castille dans le village de Razès précisément appelé depuis Rennes-le-Château.
Regardons la couverture des «Bijoux de la Castafiore» où nous voyons la Diva , toute de rouge vêtue, chanter dos à une fenêtre au montant en forme de croix. Calvé alias la Castafiore, se prénommait Emma-Rose [...] Ainsi symboliquement nous retrouvons la rose rouge rosicrucienne au centre d'une croix. Et Tintin l'index sur la bouche impose le silence du secret. Ce geste est très proche de celui pratiqué comme signe de reconnaissance par les maîtres secrets du 4e degré du Rite Écossais Ancien. Cela semble logique car Tintin, p. 60 de cet album, déclare très maçonniquement à propos de la conclusion de cette aventure : «Pour moi ça été la lumière.»
Source : O. Reibel,
La vie secrète d'Hergé, ?
Peut-être que tout ce que raconte Reibel n'est pas fondé nécéssairement. Probablement pas. Il n'en reste pas moins que le personnage de Hergé est calqué pour vrai sur la vie d'Emma-Rose Calvé, ensuite que cette dernière était entichée aussi de mysticisme et de secrets occultes jusqu'à un certain point - elle faisait des séjours à Rennes-le-Château, connaissait l'abbé Saunière, Jules Bois, etc.
Il apparaît comme ''très vraisemblable'' que Hergé fait de Tintin une sorte d'initié, une sorte de chevalier templier à sa façon, dédié au bon côté des puissances spirituelles. Tintin doit tout le temps (ou presque) affronter des regroupements occultes liés au mal ou à un matérialisme grossier, la domination mauvaise et la cupidité malfaisante. Hergé a lié dans ses intrigues la question de «trésors cachés ou enfouis» avec celle des ordres rosicruciens ou néotempliers.
Enfin
J'ai voulu livrer ces extraits afin d'expliquer pourquoi j'aurai trouvé intéressant naguère l'audition d'un programme de radio portant sur le sujet. C'est ce qui fait ensuite que je ne suis pas tellement surpris par le questionnement de françois67 au départ du fil.
Personnellement, je crois qu'il s'agissait surtout d'un amusement du côté de Hergé. Il trouvait simplement intéressant de pimenter les intrigues ou alors les doubler discrètement par ces liaisons «plus ou moins ésotériques» reliant un album à l'autre. Une manière pour donner un peu de profondeur d'arrière-champ aux albums, tout en faisant la jonction avec des intérêts réels partagés par des amis et connaissances à lui. Très possible ...
Sinon, je ne m'inquiète pas pour les enfants (sourire).
Et une amusante ici à propos du personnage de la cantatrice de Hergé.
[b]Bianca Castafiore alias Emma-Rose Calvé[/b]
Le personnage de Bianca Castafiore est sans aucun doute inspiré de celui de la cantatrice internationalement adulée à son époque, la Française Emma-Rose Calvé (1858-1942). Surnommé la «Diva du siècle», les amateurs d'opéra du monde entier se pressaient à ses représentations pour ensuite la couvrir de vivats. Par exemple, en 1906 à New-York environ 30 000 admirateurs l'avaient porté en triomphe sur un pavois. La reine Victoria appréciait tellement Calvé qu'après l'avoir couverte de cadeaux dont un somptueux bijoux, elle la fit statufier. Le tsar Nicolas II un soir avait étendu sa cape sous ses pas afin qu'elle ne marchât pas dans la neige. Du fait de son immense succès, tous les salons mondains ou littéraires lui étaient ouverts. Pour plus de détails sur la vie de Calvé, nous invitons le lecteur à lire l'excellente biographie que Jean Contrucci lui a consacrée. Intitulé évidemment [u]Emma Calvé, la Diva du siècle[/u], cet ouvrage est publié chez Albin Michel.
1. A l'origine de sa carrière, Emma Calvé signa son premier contrat pour interpréter le [i]Faust[/i] de Gounod au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Le directeur de cette prestigieuse scène lyrique l'avait engagée définitivement après lui avoir fait jouer avec succès le rôle de Marguerite chantant le célèbre «Air des bijoux» de cet opéra.
A ce sujet, le biographe de Calvé écrit :
[list] «La voix froide d'Emma se joue des trilles du fameux Air des bijoux : Ah ! je ris de me vois si belle en ce miroir [...] mais par ailleurs elle a des accents, une couleur, un éclat capable de faire passer le frisson sur une salle quand elle fait éclater ses dramatiques appels dans le trio final ''Anges purs, anges radieux''. Elle y met un coeur étonnant.» [/list]
Cet extrait de la Ballade du roi de Thulé du [i]Faust[/i] de Gounod reste une des mélodies préférées de Calvé. Elle n'hésitait pas à l'entonner à l'improviste, n'importe où, quand on lui en faisait la demande. Voilà qui nous rappelle une manie récurrente de la Castafiore. Et le rôle de Marguerite marqua Calvé à tel point qu'elle demanda de faire graver sur sa tombe les dernières paroles de l'héroïne du [i]Faust[/i] : «Dieu juste, à toi je m'abandonne, Dieu bon, je suis à toi, pardonne !»
Edgar P. Jacobs disait avoir choisi, comme premier métier de devenir chanteur d'art lyrique en assistant à une représentation de [i]Faust[/i] de Gounod au théâtre de la Monnaie. Ensuite il entraîna à de nombreuses reprises son ami d'enfance, Jacques Von Melkebeke, voir cet opéra. [...] lors de la refonte du livre [i]Le Sceptre d'Ottokar[/i], la Diva entonne son fameux Air des bijoux en présence de Jacobs (p.38). Pour cette occasion, Hergé a dessiné son ami en officier de la cour du roi Muskar assistant au premier rang, en connaisseur, au récital de la Castafiore.
Bizarrement, lorsque Haddock et Tintin écoutent la Castafiore entonner l'Air des bijoux, ils semblent ne pas apprécier le timbre de sa voix qui cependant ne peut être faux. Nous trouvons une explication à ce paradoxe en lisant Jean Contrucci à propos de la singulière façon de chanter de la Diva.
[list]«Calvé avait une exceptionnelle longueur de voix. La fameux colonel Mapelson, pionier de l'enregistrement sur le vif et dont les rouleaux sont devenus mythiques pour les amateurs d'enregistrements préhistoriques, a capté Calvé sur scène du ''Met'' au début du siècle, pendant une représentation du [i]Faust[/i]. Dans l'air des bijoux on entend cette étrange technique lorsque arrivée sur la dernière note, un si majeur, Emma passe tout à coup de la voix de poitrine à un falsetto désincarné. L'effet est déconcertant et il n'est pas sûr qu'il serait apprécié de nos jours.» [/list]
En effet, cette façon de chanter n'est manifestement pas au goût de Capitaine et de Tintin. Emma était aussi réputé pour l'extrême aigu de sa voix. Ainsi, nous comprenons pourquoi dans [i]Le sceptre d'Ottokar[/i], la voiture de la Castafiore est équipée de vitres Securitt (p.28)
Lorsqu'il entend chanter la Castafiore, le Capitaine dit :
«Je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que je l'entends, je pense à ce cyclone qui s'est un jour abattu sur mon bateau alors que je naviguais dans la mer des Antilles» ([i]Les sept boules de cristal[/i], p.11)
Jean Contrucci raconte l'histoire suivante à propos d'Emma-Rose Calvé :
[list]«Une tempête sévère assaillit le [i]Savoie[/i] en plein Atlantique. Emma a été stoïque dans les flots déchaînés. La tempête était telle que les passagers cédaient à la panique. Les officiers et l'équipage étaient impuissants à rétablir le calme. Mais laissons parler le journal [i]Le Gaulois[/i] : Soudain une voix délicieuse se fit entendre accompagnée d'un piano. Les admirables mélodies de [i]Carmen [/i]résonnèrent, pures et fraîches au milieu du bruit. Mademoiselle Calvé, mue par une inspiration merveilleuse chantait. Au beau milieu de l'Atlantique, Emma Calvé tisse sa légende avec ses complices de la presse parisienne.» [/list]
Calvé parlait couramment l'Italien, ce qui est quasiment obligatoire pour une grande cantatrice internationale. Cela lui permit entre autres d'obtenir de véritables triomphes à la Scala de Milan. [...] Surnommée le «Rossignol milanais» , la Diva d'Hergé porte un nom de famille qui fleure bon l'Italie. De plus, la Castafiore se produit souvent à la Scala de Milan où elle est acclamée, tout comme Calvé.
Emma-Rose avait parfois l'esprit un peu confus. Elle se trompait souvent sur les dates et déformait les noms propres, tant à l'oral qu'à l'écrit. Par exemple, Spinoza devenait Spinozz, Nietzsche : Nietze, l'abbé Saunière : l'abbé Sommière, etc. Selon Contrucci : «Elle mélangeait tout avec une touchante maladresse : les époques et les pharaons, les dieux et les dynasties, les styles et les cultes, les lieux et les symboles.» Ainsi nous comprenons que la Castafiore arrive à Moulinsart le 16 au lieu du 17 annoncé, qu'elle déforme le nom d'Haddock en Kappock, Mastock, Bartock, etc. Nous ne nous étonnons pas non plus qu'elle confonde le style Louis XIII avec celui, plus hypothétique, d'Henri XV ([i]Les bijoux de la Castafiore[/i])
Emma-Rose Calvé aimait la compagnie des gitans. Pour améliorer son rôle de [i]Carmen[/i], ils lui avaient appris à danser le Flamenco. Elle fit même avec eux le pélerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer lié au culte de Marie-Madeleine. Notons que dans [u]Les bijoux de la Castafiore[/u], la Diva d'Hergé n'accuse jamais les bohémiens de lui avoir dérobé son émeraude.
Dans son autobiographie, le «Rossignol de Cabrières» et non «de Milan», disait porter une immense admiration à Wagner. [...] Calvé devint une amie de Cosima Wagner, née Liszt, qui veillait jalousement sur l'héritage musical de son époux. Tout aussi naturellement, la Castafiore ne se sépare jamais de son répétiteur nommé Wagner. Le répétiteur habituel de Calvé se nommait le marquis de Vriendt (1907-2001), belge de naissance, qui passa ensuite au service de Ravel.
[...]
Calvé fut passionnée par les sciences occultes et appartint à l'ordre martiniste de Papus dont elle fut Supérieure Inconnue. Calvé fut aussi très longtemps la maitresse d'un grand nom de l'occultisme : [b]Jules Bois [/b](1860-1943) qui appartint à la [i]Golden Dawn[/i], puis influença considérablement le mouvement rosicrucien en France et aux États-Unis.
Ce fut la Diva qui fit connaître aux milieux occultistes parisiens le personnage central du mystère de Rennes-le-Château : l'abbé Saunière qui aurait été un disciple du mage Péladan. Outre son grand ami Papus, Emma Calvé fut en relation suivie avec nombre de personnages dont nous avons cité les noms au cours de cet ouvrage : Paul le Cour, Stanislas de Guaita, Camille Flammarion, Maurice Barrès, Erik Satie, etc. Nous sommes ici au coeur de [u]la grande famille française occultiste de cette époque[/u]. Mais ce qui rend encore aujourd'hui Calvé célèbre dans ce milieu, concerne le fameux Prieuré ou Ordre de Sion, remis à l'honneur par le [i]DaVinciCode[/i] de Dan Brown.
[...]
[b]Calvé, la Castafiore et Blanche de Castille[/b]
Nous savons que ce fut grâce à Emma Calvé que l'histoire du trésor de Rennes-le-Château se répandit dans les milieux occultes parisiens [...] A propos des légendes de trésor caché concernant Rennes-le-Château , le spécialiste de cette affaire, le frère Gérard de Sède écrit ceci :
«On dit d'abord que la reine Blanche de Castille, chassée de Paris par la croisade des pastoureaux, serait venue se réfugier dans le Razès (où se trouve Rennes-le-Château), y aurait fait bâtir le château de Blanchefort et y aurait caché son or. Les troubles apaisés, elle serait rentrée dans la capitale et aurait confié le secret de la cachette à son fils, saint Louis. Celui-ci l'aurait à son tour transmis à son propre fils, Philippe le Hardi, qui fut brusquement saisi par la mort avant d'en avoir pu informer Philippe le Bel (le persécuteur des templiers). Ainsi le secret du trésor du château de Blanchefort se serait-il perdu.» ([i]Le trésor maudit de Rennes-le-Château[/i], p.65)
Revenons au personnage de Bianca Castafiore alias Emma-Rose Calvé. Son prénom, [i]Bianca[/i], sigifie en français : Blanche. Avec les lettres composant son nom complet francisé : Blanche Castafiore, nous pouvons facilement former le mot «castel» qui en occitan désigne un château. Mais aussi l'adjectif «fort» Blanche Castafiore peut donc se traduire, par jeu de mots, par «château de Blanchefort» soit celui construit par Blanche de Castille dans le village de Razès précisément appelé depuis Rennes-le-Château.
Regardons la couverture des «Bijoux de la Castafiore» où nous voyons la Diva , toute de rouge vêtue, chanter dos à une fenêtre au montant en forme de croix. Calvé alias la Castafiore, se prénommait Emma-Rose [...] Ainsi symboliquement nous retrouvons la rose rouge rosicrucienne au centre d'une croix. Et Tintin l'index sur la bouche impose le silence du secret. Ce geste est très proche de celui pratiqué comme signe de reconnaissance par les maîtres secrets du 4e degré du Rite Écossais Ancien. Cela semble logique car Tintin, p. 60 de cet album, déclare très maçonniquement à propos de la conclusion de cette aventure : «Pour moi ça été la lumière.»
Source : O. Reibel, [i]La vie secrète d'Hergé[/i], ?
Peut-être que tout ce que raconte Reibel n'est pas fondé nécéssairement. Probablement pas. Il n'en reste pas moins que le personnage de Hergé est calqué pour vrai sur la vie d'Emma-Rose Calvé, ensuite que cette dernière était entichée aussi de mysticisme et de secrets occultes jusqu'à un certain point - elle faisait des séjours à Rennes-le-Château, connaissait l'abbé Saunière, Jules Bois, etc.
Il apparaît comme ''très vraisemblable'' que Hergé fait de Tintin une sorte d'initié, une sorte de chevalier templier à sa façon, dédié au bon côté des puissances spirituelles. Tintin doit tout le temps (ou presque) affronter des regroupements occultes liés au mal ou à un matérialisme grossier, la domination mauvaise et la cupidité malfaisante. Hergé a lié dans ses intrigues la question de «trésors cachés ou enfouis» avec celle des ordres rosicruciens ou néotempliers.
Enfin
J'ai voulu livrer ces extraits afin d'expliquer pourquoi j'aurai trouvé intéressant naguère l'audition d'un programme de radio portant sur le sujet. C'est ce qui fait ensuite que je ne suis pas tellement surpris par le questionnement de françois67 au départ du fil.
Personnellement, je crois qu'il s'agissait surtout d'un amusement du côté de Hergé. Il trouvait simplement intéressant de pimenter les intrigues ou alors les doubler discrètement par ces liaisons «plus ou moins ésotériques» reliant un album à l'autre. Une manière pour donner un peu de profondeur d'arrière-champ aux albums, tout en faisant la jonction avec des intérêts réels partagés par des amis et connaissances à lui. Très possible ...
Sinon, je ne m'inquiète pas pour les enfants (sourire).