Vers l'utérus artificiel

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Vers l'utérus artificiel

par etienne lorant » mar. 05 févr. 2013, 15:49

Je suis un bébé-éprouvette. Enfin, je pourrais l'être. Je suis née en 1982, à l’hôpital Antoine Béclère, à Clamart. Comme Amandine, premier enfant né en France d’une fécondation in vitro. Le documentaire de Marie Mandy a l’intelligence de rappeler le combat que cela fut, à l’époque, pour les équipes de René Frydman, d'expliquer à l’opinion les mérites de la fécondation in vitro. 28 ans plus tard, elle est entrée dans nos moeurs, et nous nous posons désormais d’autres questions, aux enjeux bien plus importants : l’homoparentalité, les mères porteuses, et bientôt - peut-être - l’utérus artificiel. Oui, depuis quelques années, nous explique ce film, est débattue dans le monde entier l'eventualité de l’ectogénèse, c’est-à-dire l’incroyable possibilité de procréer sans avoir recours à un ventre maternel. Fascinante et troublante question.

D’abord, débarrassons-nous de nos oripeaux judéo-chrétiens, de nos présupposés sur la maternité (d’autant plus facile pour moi que je ne suis pas mère), et regardons les choses en face. Qui aurait besoin d’un utérus artificiel ? Réponse : les femmes sans utérus qui voudraient procréer sans nécessairement passer par l’adoption ou une mère porteuse.Ou alors les couples qui voudraient sauver leur bébé né trop tôt : à 22 semaines par exemple. Autant dire de très, très grands prématurés. Car un enfant né d'un accident à 22 semaines n’a quasiment aucune chance de survivre, même en couveuse.

A première vue, l’utérus artificiel effraie. La plus grande peur de ceux qui y sont opposés, selon moi principalement pour des raisons religieuses, est que le monde entier se mette à procréer ainsi. Je n’y crois guère. De la même façon que les fécondations in vitro sont nombreuses, mais pas systématiques, l’homme et la femme préfèrent en général enfanter de manière traditionnelle. Même après la naissance, les coutumes naturelles demeurent : les tire-laits et autres laits en poudre n’ont pas fait disparaître l’allaitement maternel, loin de là.

Donc, non, le monde entier ne va pas se mettre brusquement à enfanter via un incubateur. Mais dire cela ne change rien à l’affaire pour les opposants à l’utérus artificiel, qui jetteront cet argument imparable : “Rien de tel que le ventre d’une mère pour que l’enfant soit en bonne santé”. Le film de Marie Mandy nous apprend aussi que le contact avec la peau maternelle est un important facteur de réassurance pour un grand prématuré. Je suis d’accord avec tout cela. Mais j’ajoute qu’approuver par principe l’utérus artificiel n’équivaut pas à remettre systématiquement en cause notre bonne vieille gestation ancestrale.

La principale leçon de ces temps modernes, selon moi, c’est que la parentalité n’est pas seulement du fait des femmes. Ainsi, l’adoption, l’homoparentalité, et la grossesse pour autrui nous montrent que le corps des femmes n’est pas forcément la matrice de la parentalité.

C'est clair pour moi: certains humains ont résolu de "se faire Dieu"... et ce monde, qu'ils empoisonnent de leurs éructations orgueilleuses, m'intéresse de moins en moins...

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http://www.arte.tv/fr/l-uterus-artifici ... 33660.html

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