par ti'hamo » ven. 19 oct. 2012, 21:59
Et bien, petit à petit, je me suis posé la question.
(Je laisse de côté les fantasmes sur le sens caché satanique ou subversif - certaines personnes ont besoin de se faire peur et de stimuler leur imagination : certaines lisent Harry Potter, d'autres jouent à voir dans Harry Potter un complot satanique, chacun ses jeux, hein.)
Je repensais aux griefs qui étaient formulés à l'encontre de cette série : notamment, ce n'est pas sain, pour les enfants, toute cette noirceur, ces morts ou ces allusions aux morts, ces monstres, cette ambiance parfois opressante, sombre, etc...
Mon premier mouvement, c'était de me dire qu'après tout, si on y regarde de près, les contes qu'on lit aux enfants, en terme d'ambiance opressante et de noirceur, ne sont pas mieux : l'ogre qui cherche partout en disant que ça sent la chair fraîche, qui égorge ses propres filles (!), la Barbe-Bleue et son placard à cadavres (c'est d'un glauque...), la sorcière poussée dans son propre four, etc...
Mais.
Mais, j'ai un exemplaire en poche des contes de Perrault. Et bien, c'est fou, tous les contes tiennent dans un petit livre de poche. C'est amusant de voir comment ce qui prenait des pages dans nos livre d'enfants parce que c'était écrit gros et abondamment illustré, est en fait un texte très court.
(d'ailleurs, je ne sais même pas si Perrault écrivait, alors, pour les enfants)
C'est très court, donc c'est vite fini. Enfin, "vite"... évidemment, il faut prendre le temps de le lire, faire les voix, laisser un peu de suspense... mais disons que c'est le temps d'une soirée. Début, péripéties, dénouement, fin, le tout en un soir.
Et puis, il ne me semble pas qu'il s'étende sur les descriptions. On laisse l'auditoire à sa propre imagination - ce qui est suffisamment effrayant d'ailleurs, et les meilleurs récits d'angoisse sont évidemment ceux où l'on suggère plus qu'on ne décrit. mais, tout de même, on ne s'appesantit pas sur les cadavres du placard ni les filles égorgées, on ne décrit pas les goges ouvertes ou le sang sur les draps.
Évidemment, Harry Potter n'est pas un récit "gore". Mais, tout de même, sombre et parfois oppressant - de plus en plus à mesure qu'on avance vers la fin, mais déjà dès les premiers tomes.
Or, c'est un roman, pas un conte : c'est un récit long, qui prend le temps des descriptions aussi bien des lieux que des personnages et de leur psychologie ;
c'est donc un récit qui fait vivre et ressentir ce qui s'y passe, les angoisses des personnages et l'ambiance des lieux et des événements ; il ne fait pas seulement voir, se dérouler sous les yeux du public.
Et il est long, plus détaillé : c'est une véritable plongée dans un univers, pas seulement le divertissement d'une soirée. Et une plongée qui dure : chaque tome est d'une épaisseur qui renvoie déjà les contes de Perrault au rang de nouvelles, et il y en a 7.
(je pense à une autre comparaison : "Bilbo le Hobbit", c'est lisible par les enfants ; "le Seigneur des Anneaux", non - et de toute façon ils décrocheraient dès les premiers chapitres)
C'est pourquoi, finalement, l'argument "oui mais les contes pour enfants aussi ce n'est pas le monde des bisounours" ne m'apparaît pas valable : il ne s'agit pas que de l'ambiance, il s'agit de la vivre plus fort, plus intensément, et beaucoup, beaucoup plus longtemps.
En plus de cela, l'ambiance, elle s'épaissit un peu plus à chaque opus - alors même que pour le lecteur, les personnages font, à force, quasiment partie de la famille : pas comme le Petit Poucet dont on parle souvent, certes, mais pour en dire toujours la même chose. (une sorte de lointain cousin pas très connu, en quelque sorte)
En plus au début les lecteurs grandissaient en même temps que les héros, à raison d'un tome chaque année. Mais ceux qui découvrent la série maintenant, voudront tout lire à la suite.
C'est ce qui fait que les Harry Potter ne sont pas du tout faits pour un public trop jeune, en tout cas pas aussi jeunes que ceux à qui ils sont proposés.
Personnellement, j'ai beaucoup aimé... mais j'ai commencé à lire alors que j'étais au lycée, ou étudiant, lorsque le 3e tome venait de sortir. Je n'étais pas en 6e.
Depuis, j'ai lu aussi une interview de J.K.Rowling qui dit, à un moment donné, qu'elle n'était pas habituée à ce genre d'histoires, qu'elle-même ne connaît pas bien voire pas du tout la littérature jeunesse, pour les enfants. Et bien, oui, c'est vrai - elle a écrit un récit un peu hybride, dans un style simple, accessible aux enfants, dépeignant des enfants, des aventures et un monde pour enfant - mais en même temps tout cousu et habité de thèmes, de procédés, qui en font autre chose qu'un récit pour enfants.
Si elle-même ne connaît pas bien la littérature pour la jeunesse, pas sûr qu'elle s'en soit vraiment rendu compte - quant à son éditeur, il n'a même pas dû se poser la question.
Et bien, petit à petit, je me suis posé la question.
[size=85](Je laisse de côté les fantasmes sur le sens caché satanique ou subversif - certaines personnes ont besoin de se faire peur et de stimuler leur imagination : certaines lisent Harry Potter, d'autres jouent à voir dans Harry Potter un complot satanique, chacun ses jeux, hein.)[/size]
Je repensais aux griefs qui étaient formulés à l'encontre de cette série : notamment, ce n'est pas sain, pour les enfants, toute cette noirceur, ces morts ou ces allusions aux morts, ces monstres, cette ambiance parfois opressante, sombre, etc...
Mon premier mouvement, c'était de me dire qu'après tout, si on y regarde de près, les contes qu'on lit aux enfants, en terme d'ambiance opressante et de noirceur, ne sont pas mieux : l'ogre qui cherche partout en disant que ça sent la chair fraîche, qui égorge ses propres filles (!), la Barbe-Bleue et son placard à cadavres (c'est d'un glauque...), la sorcière poussée dans son propre four, etc...
Mais.
Mais, j'ai un exemplaire en poche des contes de Perrault. Et bien, c'est fou, tous les contes tiennent dans un petit livre de poche. C'est amusant de voir comment ce qui prenait des pages dans nos livre d'enfants parce que c'était écrit gros et abondamment illustré, est en fait un texte très court.
(d'ailleurs, je ne sais même pas si Perrault écrivait, alors, pour les enfants)
C'est très court, donc c'est vite fini. Enfin, "vite"... évidemment, il faut prendre le temps de le lire, faire les voix, laisser un peu de suspense... mais disons que c'est le temps d'une soirée. Début, péripéties, dénouement, fin, le tout en un soir.
Et puis, il ne me semble pas qu'il s'étende sur les descriptions. On laisse l'auditoire à sa propre imagination - ce qui est suffisamment effrayant d'ailleurs, et les meilleurs récits d'angoisse sont évidemment ceux où l'on suggère plus qu'on ne décrit. mais, tout de même, on ne s'appesantit pas sur les cadavres du placard ni les filles égorgées, on ne décrit pas les goges ouvertes ou le sang sur les draps.
Évidemment, Harry Potter n'est pas un récit "gore". Mais, tout de même, sombre et parfois oppressant - de plus en plus à mesure qu'on avance vers la fin, mais déjà dès les premiers tomes.
Or, [b]c'est un roman, pas un conte[/b] : c'est un récit long, qui prend le temps des descriptions aussi bien des lieux que des personnages et de leur psychologie ;
c'est donc un récit qui [b]fait vivre[/b] et ressentir ce qui s'y passe, les angoisses des personnages et l'ambiance des lieux et des événements ; il ne fait pas seulement voir, se dérouler sous les yeux du public.
Et il est long, plus détaillé : c'est une véritable plongée dans un univers, pas seulement le divertissement d'une soirée. Et une plongée qui dure : chaque tome est d'une épaisseur qui renvoie déjà les contes de Perrault au rang de nouvelles, et il y en a 7.
(je pense à une autre comparaison : "Bilbo le Hobbit", c'est lisible par les enfants ; "le Seigneur des Anneaux", non - et de toute façon ils décrocheraient dès les premiers chapitres)
C'est pourquoi, finalement, l'argument "oui mais les contes pour enfants aussi ce n'est pas le monde des bisounours" ne m'apparaît pas valable : il ne s'agit pas que de l'ambiance, il s'agit de la vivre plus fort, plus intensément, et beaucoup, beaucoup plus longtemps.
En plus de cela, l'ambiance, elle s'épaissit un peu plus à chaque opus - alors même que pour le lecteur, les personnages font, à force, quasiment partie de la famille : pas comme le Petit Poucet dont on parle souvent, certes, mais pour en dire toujours la même chose. (une sorte de lointain cousin pas très connu, en quelque sorte)
En plus au début les lecteurs grandissaient en même temps que les héros, à raison d'un tome chaque année. Mais ceux qui découvrent la série maintenant, voudront tout lire à la suite.
C'est ce qui fait que les Harry Potter ne sont pas du tout faits pour un public trop jeune, en tout cas pas aussi jeunes que ceux à qui ils sont proposés.
Personnellement, j'ai beaucoup aimé... mais j'ai commencé à lire alors que j'étais au lycée, ou étudiant, lorsque le 3e tome venait de sortir. Je n'étais pas en 6e.
Depuis, j'ai lu aussi une interview de J.K.Rowling qui dit, à un moment donné, qu'elle n'était pas habituée à ce genre d'histoires, qu'elle-même ne connaît pas bien voire pas du tout la littérature jeunesse, pour les enfants. Et bien, oui, c'est vrai - elle a écrit un récit un peu hybride, dans un style simple, accessible aux enfants, dépeignant des enfants, des aventures et un monde pour enfant - mais en même temps tout cousu et habité de thèmes, de procédés, qui en font autre chose qu'un récit pour enfants.
Si elle-même ne connaît pas bien la littérature pour la jeunesse, pas sûr qu'elle s'en soit vraiment rendu compte - quant à son éditeur, il n'a même pas dû se poser la question.