par ami de la Miséricorde » sam. 15 oct. 2011, 2:46
Au chapitre XXI du Chemin de la Perfection
de sainte Thérèse d'Avila
L'eau vive désaltère
L'autre propriété de l'eau consiste à nous désaltérer et à étancher notre soif. La soif, en effet, exprime, ce me semble, le désir d'une chose dont le besoin est tellement pressant que nous mourons si nous en sommes privés. Chose étrange, si l'eau nous manque, c'est la mort ; et d'un autre côté, si nous en buvons avec excès, c'est encore la mort : car c'est ainsi que meurent beaucoup de noyés.
O mon Seigneur ! Que ne m'est-il donné d'être engloutie dans cette eau vive pour y perdre la vie ! Mais, comment ? cela est-il possible ? Oui. Notre amour pour Dieu, notre désir de Dieu peuvent grandir au point que notre nature y succombe ; aussi y a-t-il des personnes qui en sont mortes. Pour moi, j'en connais une qui eût été dans ce cas si Dieu ne s'était empressé de la secourir en lui donnant de cette eau vive avec tant d'abondance qu'il la tira pour ainsi dire hors d'elle-même pour la faire entrer dans le ravissement. Je dis qu'il la tira, pour ainsi dire, hors d'elle-même, car elle trouve alors le repos qu'elle désire. Il lui semble étouffer, tant elle éprouve d'aversion pour le monde, et elle ressuscite en Dieu ; Sa Majesté la rend alors capable de jouir d'un bien qu'elle n'aurait pu posséder sans mourir, si elle n'eût été n'y a rien en notre souverain Bien qui ne soit parfait, il ne nous donne rien qui ne soit pour notre avantage. Il peut donner l'eau en très grande abondance, car il n'y a jamais d'excès dans ce qui vient de sa main. S'il en donne beaucoup, il rend l'âme apte, comme je l'ai dit, à en boire beaucoup, semblable au verrier qui donne au vase la capacité nécessaire pour contenir ce qu'il veut y mettre.
Quant au désir, comme il vient de nous, il n'est jamais sans quelque imperfection, s'il contient quelque chose de bon il le doit à l'assistance du Seigneur ; et comme nous manquons de discernement, la peine où nous sommes étant suave et pleine de délices, nous croyons ne pouvoir jamais nous rassasier de cette peine. Nous prenons cette nourriture sans mesure ; nous excitons encore ce désir autant que nous le pouvons ; et quelquefois on en meurt. Heureuse mort, certes ! mais si l'on avait continué à vivre, on eût peut-être aidé d'autres personnes à mourir du désir de cette mort. Selon moi, nous devons redouter les ruses du démon. Il voit les dommages que cette sorte de personnes de lui occasionnent en restant sur la terre. Il les tente, les pousse à des mortifications inopportunes pour ruiner leur santé, c'est là un grand point pour lui.
L'âme arrivée à cette soif ardente de Dieu doit donc se tenir avec soin sur ses gardes, parce qu'elle aura cette tentation ; si elle ne meurt pas de cette soif, elle ruinera sa santé. Elle laissera malgré elle transpirer au dehors les sentiments qui l'animent et qu'elle devrait à tout prix tenir secrets. Parfois ses efforts seront inutiles, et elle ne pourra les tenir aussi cachés qu'elle le voudrait. Néanmoins, elle doit prendre garde à ne pas exciter ces ardents désirs pour ne pas les augmenter, et y couper court doucement par quelque autre considération. Peut-être notre nature elle-même se montrera-t-elle parfois aussi active que l'amour de Dieu, car il y a des personnes qui se portent avec une extrême ardeur vers tout ce qu'elles désirent, alors même que ce serait quelque chose de mauvais ; celles-là, à mon avis, ne sont pas très conformes à la mortification, qui pourtant nous est utile en tout. Mais ne semble-t-il pas déraisonnable de mettre un frein à une chose de mauvais ; celles-là, à mon avis, ne sont pas très conformes à la mortification, qui pourtant nous est utile en tout. Mais me semble-t-il pas déraisonnable de mettre un frein à une chose si excellente ? Non, car je ne dis pas qu'il faille étouffer ce désir, mais que nous devons le modérer par une autre qui nous aidera peut-être à gagner autant de mérite.
Je veux vous donner une explication qui fera mieux comprendre ma pensée. Il nous vient un vif désir, comme à S. Paul, d'être délivrés de cette prison du corps et de nous voir avec Dieu. Pour modérer une peine qui part d'un motif si élevé et bien grande mortification ; et encore on n'y réussit pas complètement. Parfois cette angoisse sera telle qu'elle enlèvera presque le jugement. C'est ce que j'ai constaté, il n'y a pas si longtemps, chez une personne impétueuse par nature et cependant habituée à briser sa volonté, et qui me semble avoir perdu tout bon sens, comme on a pu le voir dans certaines circonstances. Je l'ai vue un instant comme hors d'elle-même, tant sa peine était profonde et tant elle faisait d'efforts pour la dissimuler. Quand ces souffrances étreignent l'âme, il faut, alors même qu'elles viendraient de Dieu, pratiquer l'humilité et craindre. Nous ne devons pas nous imaginer que notre charité est assez vive pour nous jeter dans de telles angoisses. De plus, il ne serait pas mal, à mon avis, que l'âme, si elle le peut, et elle ne le pourra pas toujours, change l'objet de son désir.
Qu'elle se persuade que si elle continuait à vivre sur cette terre, elle servirait Dieu davantage et éclairerait quelque âme qui sans cela était perdue ; si elle travaillait à servir Dieu ainsi, elle acquerrait de nouveaux mérites et pourrait un jour posséder Dieu plus pleinement ; enfin elle doit être remplie de crainte à la pensée qu'elle l'a encore bien peu servi. Ce sont là de bons motifs de consolation pour l'aider à supporter une telle épreuve et calmer son chagrin. Elle gagnera, en outre, de nombreux mérites, puisqu'elle veut demeurer sur la terre avec sa peine afin de glorifier Dieu davantage. Je la compare à une personne qui se trouverait sous le coup d'une terrible épreuve ou d'un chagrin profond, et que je consolerais par ces paroles : Prenez patience, et remettez-vous entre les mains de Dieu ; que sa volonté s'accomplisse en vous, car le plus sûr est de nous abandonner en tout à sa Providence.
Mais le démon ne favorise-t-il pas de quelque manière un tel désir de voir Dieu ? C'est là une chose possible. Cassien, si je ne me trompe, rapporte en effet qu'un ermite de vie très austère se laissa persuader qu'il devait se jeter dans un puits afin d'aller voir Dieu au plus tôt. A mon avis, cet ermite ne devait pas avoir servi le Seigneur avec perfection et humilité. Le Seigneur, en effet, est fidèle, et il n'aurait pas permis que cet homme fût assez aveuglé pour ne pas comprendre une chose aussi évidente. Il est clair que, lorsque le désir vient de Dieu, loin de pousser au mal il apporte avec lui la lumière, le discernement, la mesure ; cela est évident ; mais le démon, notre mortel ennemi, ne néglige rien pour chercher à nous nuire ; et dès lors qu'il déploie tant d'activités, ne cessons jamais d'être en garde contre lui. C'est là un point très important pour beaucoup de choses ; il l'est en particulier pour abréger le temps de l'oraison, si douce qu'elle soit, lorsque les forces du corps nous trahissent ou que la tête n'y trouve que fatigue ; la modération est très nécessaire en tout.
Pourquoi, mes filles ai-je voulu vous montrer le but à atteindre et vous exposer la récompense avant le combat lui-même, en vous parlant du bonheur que goûte l'âme quand elle boit à cette fontaine céleste, et s'abreuve à ces eaux vives ? C'est afin que vous ne vous affligiez pas des travaux ni des obstacles de la route, que vous marchiez avec courage et que vous ne succombiez pas à la fatigue ; car, ainsi que je l'ai dit, il peut se faire qu'étant déjà arrivés jusqu'au bord de la fontaine, vous n'ayez plus qu'à vous pencher pour y boire, mais que vous abandonniez tout et perdiez un bien si précieux, en vous imaginant que vous n'avez pas la force d'y parvenir et que vous n'y êtes point appelées.
Veuillez considérer que le Seigneur appelle tout le monde. Or, il est la Vérité même ; on ne saurait douter de sa parole. Si son banquet n'était pas pour tous, il ne nous appellerait pas tous, ou alors même qu'il nous appellerait, il ne dirait pas :
Je vous donnerai à boire. Il aurait pu dire : Venez tous, car enfin vous n'y perdrez rien, et je donnerai à boire à ceux qu'il me plaira. Mais, je le répète, il ne met pas de restriction ; oui, il nous appelle tous. Je regarde donc comme certain que tous ceux qui ne resteront pas en chemin boiront de cette eau vive. Plaise au Seigneur, qui nous le promet, de nous donner la grâce de le chercher comme il faut ! Je le lui demande par sa bonté infinie.
Source : missel.free.fr
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde
Au chapitre XXI du Chemin de la Perfection
de sainte Thérèse d'Avila
L'eau vive désaltère
L'autre propriété de l'eau consiste à nous désaltérer et à étancher notre soif. La soif, en effet, exprime, ce me semble, le désir d'une chose dont le besoin est tellement pressant que nous mourons si nous en sommes privés. Chose étrange, si l'eau nous manque, c'est la mort ; et d'un autre côté, si nous en buvons avec excès, c'est encore la mort : car c'est ainsi que meurent beaucoup de noyés.
O mon Seigneur ! Que ne m'est-il donné d'être engloutie dans cette eau vive pour y perdre la vie ! Mais, comment ? cela est-il possible ? Oui. Notre amour pour Dieu, notre désir de Dieu peuvent grandir au point que notre nature y succombe ; aussi y a-t-il des personnes qui en sont mortes. Pour moi, j'en connais une qui eût été dans ce cas si Dieu ne s'était empressé de la secourir en lui donnant de cette eau vive avec tant d'abondance qu'il la tira pour ainsi dire hors d'elle-même pour la faire entrer dans le ravissement. Je dis qu'il la tira, pour ainsi dire, hors d'elle-même, car elle trouve alors le repos qu'elle désire. Il lui semble étouffer, tant elle éprouve d'aversion pour le monde, et elle ressuscite en Dieu ; Sa Majesté la rend alors capable de jouir d'un bien qu'elle n'aurait pu posséder sans mourir, si elle n'eût été n'y a rien en notre souverain Bien qui ne soit parfait, il ne nous donne rien qui ne soit pour notre avantage. Il peut donner l'eau en très grande abondance, car il n'y a jamais d'excès dans ce qui vient de sa main. S'il en donne beaucoup, il rend l'âme apte, comme je l'ai dit, à en boire beaucoup, semblable au verrier qui donne au vase la capacité nécessaire pour contenir ce qu'il veut y mettre.
Quant au désir, comme il vient de nous, il n'est jamais sans quelque imperfection, s'il contient quelque chose de bon il le doit à l'assistance du Seigneur ; et comme nous manquons de discernement, la peine où nous sommes étant suave et pleine de délices, nous croyons ne pouvoir jamais nous rassasier de cette peine. Nous prenons cette nourriture sans mesure ; nous excitons encore ce désir autant que nous le pouvons ; et quelquefois on en meurt. Heureuse mort, certes ! mais si l'on avait continué à vivre, on eût peut-être aidé d'autres personnes à mourir du désir de cette mort. Selon moi, nous devons redouter les ruses du démon. Il voit les dommages que cette sorte de personnes de lui occasionnent en restant sur la terre. Il les tente, les pousse à des mortifications inopportunes pour ruiner leur santé, c'est là un grand point pour lui.
L'âme arrivée à cette soif ardente de Dieu doit donc se tenir avec soin sur ses gardes, parce qu'elle aura cette tentation ; si elle ne meurt pas de cette soif, elle ruinera sa santé. Elle laissera malgré elle transpirer au dehors les sentiments qui l'animent et qu'elle devrait à tout prix tenir secrets. Parfois ses efforts seront inutiles, et elle ne pourra les tenir aussi cachés qu'elle le voudrait. Néanmoins, elle doit prendre garde à ne pas exciter ces ardents désirs pour ne pas les augmenter, et y couper court doucement par quelque autre considération. Peut-être notre nature elle-même se montrera-t-elle parfois aussi active que l'amour de Dieu, car il y a des personnes qui se portent avec une extrême ardeur vers tout ce qu'elles désirent, alors même que ce serait quelque chose de mauvais ; celles-là, à mon avis, ne sont pas très conformes à la mortification, qui pourtant nous est utile en tout. Mais ne semble-t-il pas déraisonnable de mettre un frein à une chose de mauvais ; celles-là, à mon avis, ne sont pas très conformes à la mortification, qui pourtant nous est utile en tout. Mais me semble-t-il pas déraisonnable de mettre un frein à une chose si excellente ? Non, car je ne dis pas qu'il faille étouffer ce désir, mais que nous devons le modérer par une autre qui nous aidera peut-être à gagner autant de mérite.
Je veux vous donner une explication qui fera mieux comprendre ma pensée. Il nous vient un vif désir, comme à S. Paul, d'être délivrés de cette prison du corps et de nous voir avec Dieu. Pour modérer une peine qui part d'un motif si élevé et bien grande mortification ; et encore on n'y réussit pas complètement. Parfois cette angoisse sera telle qu'elle enlèvera presque le jugement. C'est ce que j'ai constaté, il n'y a pas si longtemps, chez une personne impétueuse par nature et cependant habituée à briser sa volonté, et qui me semble avoir perdu tout bon sens, comme on a pu le voir dans certaines circonstances. Je l'ai vue un instant comme hors d'elle-même, tant sa peine était profonde et tant elle faisait d'efforts pour la dissimuler. Quand ces souffrances étreignent l'âme, il faut, alors même qu'elles viendraient de Dieu, pratiquer l'humilité et craindre. Nous ne devons pas nous imaginer que notre charité est assez vive pour nous jeter dans de telles angoisses. De plus, il ne serait pas mal, à mon avis, que l'âme, si elle le peut, et elle ne le pourra pas toujours, change l'objet de son désir.
Qu'elle se persuade que si elle continuait à vivre sur cette terre, elle servirait Dieu davantage et éclairerait quelque âme qui sans cela était perdue ; si elle travaillait à servir Dieu ainsi, elle acquerrait de nouveaux mérites et pourrait un jour posséder Dieu plus pleinement ; enfin elle doit être remplie de crainte à la pensée qu'elle l'a encore bien peu servi. Ce sont là de bons motifs de consolation pour l'aider à supporter une telle épreuve et calmer son chagrin. Elle gagnera, en outre, de nombreux mérites, puisqu'elle veut demeurer sur la terre avec sa peine afin de glorifier Dieu davantage. Je la compare à une personne qui se trouverait sous le coup d'une terrible épreuve ou d'un chagrin profond, et que je consolerais par ces paroles : Prenez patience, et remettez-vous entre les mains de Dieu ; que sa volonté s'accomplisse en vous, car le plus sûr est de nous abandonner en tout à sa Providence.
Mais le démon ne favorise-t-il pas de quelque manière un tel désir de voir Dieu ? C'est là une chose possible. Cassien, si je ne me trompe, rapporte en effet qu'un ermite de vie très austère se laissa persuader qu'il devait se jeter dans un puits afin d'aller voir Dieu au plus tôt. A mon avis, cet ermite ne devait pas avoir servi le Seigneur avec perfection et humilité. Le Seigneur, en effet, est fidèle, et il n'aurait pas permis que cet homme fût assez aveuglé pour ne pas comprendre une chose aussi évidente. Il est clair que, lorsque le désir vient de Dieu, loin de pousser au mal il apporte avec lui la lumière, le discernement, la mesure ; cela est évident ; mais le démon, notre mortel ennemi, ne néglige rien pour chercher à nous nuire ; et dès lors qu'il déploie tant d'activités, ne cessons jamais d'être en garde contre lui. C'est là un point très important pour beaucoup de choses ; il l'est en particulier pour abréger le temps de l'oraison, si douce qu'elle soit, lorsque les forces du corps nous trahissent ou que la tête n'y trouve que fatigue ; la modération est très nécessaire en tout.
Pourquoi, mes filles ai-je voulu vous montrer le but à atteindre et vous exposer la récompense avant le combat lui-même, en vous parlant du bonheur que goûte l'âme quand elle boit à cette fontaine céleste, et s'abreuve à ces eaux vives ? C'est afin que vous ne vous affligiez pas des travaux ni des obstacles de la route, que vous marchiez avec courage et que vous ne succombiez pas à la fatigue ; car, ainsi que je l'ai dit, il peut se faire qu'étant déjà arrivés jusqu'au bord de la fontaine, vous n'ayez plus qu'à vous pencher pour y boire, mais que vous abandonniez tout et perdiez un bien si précieux, en vous imaginant que vous n'avez pas la force d'y parvenir et que vous n'y êtes point appelées.
Veuillez considérer que le Seigneur appelle tout le monde. Or, il est la Vérité même ; on ne saurait douter de sa parole. Si son banquet n'était pas pour tous, il ne nous appellerait pas tous, ou alors même qu'il nous appellerait, il ne dirait pas :
Je vous donnerai à boire. Il aurait pu dire : Venez tous, car enfin vous n'y perdrez rien, et je donnerai à boire à ceux qu'il me plaira. Mais, je le répète, il ne met pas de restriction ; oui, il nous appelle tous. Je regarde donc comme certain que tous ceux qui ne resteront pas en chemin boiront de cette eau vive. Plaise au Seigneur, qui nous le promet, de nous donner la grâce de le chercher comme il faut ! Je le lui demande par sa bonté infinie.
Source : missel.free.fr
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde