Parce que vous pensez que cette épître est de Paul?
Je croyais qu'il était certain qu'elle n'est pas de lui?
Comme gerardh, quand je la lis je pense à Paul. Mais je ne ferais jamais de mon "impression" une certitude.
Par contre je suis très sceptiques quand au degré de certitude de certaines affirmations de "scientifiques" en matière de stylistique. Les études sont souvent intéressantes, voire passionnantes, et peut-être même sont-elles globalement justes. Mais appliquer ainsi des statistiques et des théories sur des personnes que l'on ne connaît que grâce à une poignée de lettres à 20 siècles de distance... je suis dubitatif.
Pour clarifier mon sentiment, voici un extrait d'une lettre de Blondel à Hügel :
«Que vous ayez pu m'attribuer les allures de pensée et les tours de style d'un autre [Wehrlé], alors que vous m'aviez dit à plusieurs reprises que vous vous étiez assimilé mes habitudes intellectuelles et mes procédés d'exposition, c'est là ce qui me rend encore un peu plus circonspect en matière de critique textuelle et littéraire»
Et au même moment, de Blondel à Wehrlé :
«je me puis m'empêcher de rire en pensant à la méprise du baron [Hügel], qui démêle les Isaïe et les Marc et ne sait pas constater une différence entre votre accent et le mien»
Il faut préciser que Blondel, Wehrlé et Hügel étaient des amis qui se connaissaient
personnellement. De plus, ils étaient au courant du style de chacun, ayant tous écris des livres. Des centaines de pages, et non une poignée de lettres.
Alors, évidemment, une petite anecdote comme celle-ci n'est pas une preuve. Mais, je vous la donne car je suis tombé dessus aujourd'hui même et qu'elle me semble être une illustration parfaite de ce que je pense depuis bien longtemps,
instinctivement, sur ces problèmes d'attribution de textes.
Au fond, en ces matières, je suis moins un "sceptique" qu'un partisant de "l'humilité scientifique" et du respect des témoignages.
Plus précisément : peut-être l'épître aux hébreux n'est pas de Paul. C'est peut-être très vrai. Je ne conteste pas qu'il puisse y avoir des arguments très solides en ce sens. Mais ils ne seront jamais définitifs. La méthodologie historique ne peut, normalement, donner des arguments définitifs, par principe. Or bien souvent on présente comme sûres des conclusions qui relèvent d'une méthodologie qui n'offre que des solutions provisoires.
Pourquoi ? Parce qu'il est impossible de savoir si nous disposons de tous les éléments permettant de clore un débat. Si l'histoire s'appuie sur des sources, nous savons que des sources ont disparues, furent détruites, sont partiellement fausse. Et surtout : nous ne connaîtrons JAMAIS le contexte de ces sources comme les contemporains le connaissait, partiellement.
Bref, nous présentons des conjectures comme des certitudes, et non les remettons en cause, tranquillement, 20 ans plus tard avec de nouvelles conjectures présentées comme des certitudes.
C'est inévitable, la méthodologie veut ça, l'ontologie qui fonde cette méthodologie (refus d'une autorité extrahumaine etc.) le nécessite.