Marie ne ment pas puisqu'elle se présente à Joseph avec ses "formes", ce qui est éloquent. Elle n'a fait que retarder l'annonce à son époux, ce qui est tout à fait différent. Elle n'a jamais voulu cacher sa grossesse à Joseph.
Mais le problème est très complexe. Voyez ce beau passage du dialogue sur le
Mensonge de saint Augustin :
«Qui en effet dit le vrai pour la raison qu'il voit bien qu'on ne le croit pas dit systématiquement le vrai pour une raison : pour tromper»
Quelques lignes plus loin :
«Ment plutôt celui qui dit le vrai, tout en croyant que c'est le faux, car il faut juger selon l'état d'esprit de chacun»
Mais Augustin, va plus loin : on ne peut pas mentir même lorsque l'on croit que cela permettra à autrui de parvenir à la vie éternelle :
VII.11 Si quelqu'un s'imagine qu'on peut mentir pour un autre, afin de lui sauver la vie, ou de lui épargner quelque blessure dans ses plus chères affections, et de le faire ainsi parvenir, au moyen de l'instruction, à la vie éternelle ; celui-là ne fait pas attention qu'il n'est pas de crime qu'on ne fût forcé de commettre dans les mêmes conditions, comme nous l'avons démontré plus haut, et, encore, que l'autorité de la doctrine elle-même serait ébranlée et sapée par la base, si ceux que nous cherchons à y conduire, venaient à se persuader, par l'effet de notre mensonge, qu'il est quelquefois permis de mentir.
Typiquement, je pense que nous pouvons prendre comme exemple celui-ci : je dis à quelqu'un qui est pour l'avortement que l'Église laisse la conscience libre sur ce sujet pour l'individu particulier, espérant que mon mensonge lui ouvrira les portes de l'Église.
Mais, par rapport au sujet qui nous concerne, Augustin traite également de la dissimulation (mensonge par omission donc) dans le chapitre XII de
Contre le Mensonge
Car la dissimulation de Pierre et de Barnabé obligeant les gentils à judaïser, a été justement blâmée et corrigée, soit pour obvier au mal qu'elle pouvait produire alors, soit pour qu'on ne pût s'en prévaloir dans la suite. En effet l'apôtre Paul voyant qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Evangile, dit à Pierre devant tous : « Si toi, étant juif, tu vis à la manière des Gentils, et non en juif, comment forces-tu les Gentils à judaïser (1)? »
L'argument est identique à celui donné dans le cas précédent : dissimuler la vérité pour ce que l'on pense être un bien cause toujours le mal suivant : donner un "droit à mentir" par la suite à la personne trompée.
Au fond, Augustin nous dit ceci : il n'est jamais bon de mentir, que ce soit en disant la vérité (croyant que l'on comprendra l'inverse), que ce soit en dissimulant la vérité, que ce soit en trompant.
Il faut, bien sûr, distinguer la "règle morale", du jugement particulier. C'est la fameuse notion de "moindre mal" qui a donné naissance à tous les traités de casuistique.
On connaît la critique véhémente d'un Pascal envers les jésuites sur ce sujet.
Ainsi certains pencheront plus vers un "maximalisme" augustinien, d'autre vers le "réalisme" des casuistes.
Il reste que, une chose est sûre : le mensonge est un mal, au mieux, un moindre mal, mais un mal quand même.
Il reste que le mensonge comme dissimulation est une réalité (cf. Paul, Pierre et Barnabé), aussi lorsque vous dites :
- « Il est possible de ne rien dire dans l’intention de tromper. »
Ben non ! On laisse l’autre se tromper. C’est très différent.
Je répondrais que non. Lorsque vous savez qu'en ne disant rien vous laissez l'autre se tromper, vous dissimulez par définition la vérité, puisque vous la connaissez.
Par exemple : ne pas annoncer le Christ à quelqu'un qui ne connaît que Bouddha, c'est lui dissimuler la Vérité par excellence puisque vous en êtes précisément le témoin.
En revanche, ce qui doit entrer en jeu c'est : quand et comment dois-je faire ?
Si j'annonce la vérité (le Christ) à un moment où je sais qu'elle ne sera comprise que comme une erreur, ne dois-je pas attendre un moment plus propice ? Je pense que oui.
D'où votre questionnement sur Marie : Marie ne ment pas car elle a toujours eu l'intention de dire la vérité à Joseph, elle attend donc le moment propice, et ne cache rien.
Marie ne ment pas puisqu'elle se présente à Joseph avec ses "formes", ce qui est éloquent. Elle n'a fait que retarder l'annonce à son époux, ce qui est tout à fait différent. Elle n'a jamais voulu cacher sa grossesse à Joseph.
Mais le problème est très complexe. Voyez ce beau passage du dialogue sur le [i]Mensonge[/i] de saint Augustin :
[quote]«Qui en effet dit le vrai pour la raison qu'il voit bien qu'on ne le croit pas dit systématiquement le vrai pour une raison : pour tromper»[/quote]
Quelques lignes plus loin :
[quote]«Ment plutôt celui qui dit le vrai, tout en croyant que c'est le faux, car il faut juger selon l'état d'esprit de chacun»[/quote]
Mais Augustin, va plus loin : on ne peut pas mentir même lorsque l'on croit que cela permettra à autrui de parvenir à la vie éternelle :
[quote]VII.11 Si quelqu'un s'imagine qu'on peut mentir pour un autre, afin de lui sauver la vie, ou de lui épargner quelque blessure dans ses plus chères affections, et de le faire ainsi parvenir, au moyen de l'instruction, à la vie éternelle ; celui-là ne fait pas attention qu'il n'est pas de crime qu'on ne fût forcé de commettre dans les mêmes conditions, comme nous l'avons démontré plus haut, et, encore, que l'autorité de la doctrine elle-même serait ébranlée et sapée par la base, si ceux que nous cherchons à y conduire, venaient à se persuader, par l'effet de notre mensonge, qu'il est quelquefois permis de mentir.[/quote]
Typiquement, je pense que nous pouvons prendre comme exemple celui-ci : je dis à quelqu'un qui est pour l'avortement que l'Église laisse la conscience libre sur ce sujet pour l'individu particulier, espérant que mon mensonge lui ouvrira les portes de l'Église.
Mais, par rapport au sujet qui nous concerne, Augustin traite également de la dissimulation (mensonge par omission donc) dans le chapitre XII de [i]Contre le Mensonge[/i]
[quote][b]Car la dissimulation de Pierre et de Barnabé obligeant les gentils à judaïser, a été justement blâmée et corrigée, soit pour obvier au mal qu'elle pouvait produire alors, soit pour qu'on ne pût s'en prévaloir dans la suite.[/b] En effet l'apôtre Paul voyant qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Evangile, dit à Pierre devant tous : « Si toi, étant juif, tu vis à la manière des Gentils, et non en juif, comment forces-tu les Gentils à judaïser (1)? »[/quote]
L'argument est identique à celui donné dans le cas précédent : dissimuler la vérité pour ce que l'on pense être un bien cause toujours le mal suivant : donner un "droit à mentir" par la suite à la personne trompée.
Au fond, Augustin nous dit ceci : il n'est jamais bon de mentir, que ce soit en disant la vérité (croyant que l'on comprendra l'inverse), que ce soit en dissimulant la vérité, que ce soit en trompant.
Il faut, bien sûr, distinguer la "règle morale", du jugement particulier. C'est la fameuse notion de "moindre mal" qui a donné naissance à tous les traités de casuistique.
On connaît la critique véhémente d'un Pascal envers les jésuites sur ce sujet.
Ainsi certains pencheront plus vers un "maximalisme" augustinien, d'autre vers le "réalisme" des casuistes.
Il reste que, une chose est sûre : le mensonge est un mal, au mieux, un moindre mal, mais un mal quand même.
Il reste que le mensonge comme dissimulation est une réalité (cf. Paul, Pierre et Barnabé), aussi lorsque vous dites :
[quote]- « Il est possible de ne rien dire dans l’intention de tromper. »
Ben non ! On laisse l’autre se tromper. C’est très différent.[/quote]
Je répondrais que non. Lorsque vous savez qu'en ne disant rien vous laissez l'autre se tromper, vous dissimulez par définition la vérité, puisque vous la connaissez.
Par exemple : ne pas annoncer le Christ à quelqu'un qui ne connaît que Bouddha, c'est lui dissimuler la Vérité par excellence puisque vous en êtes précisément le témoin.
En revanche, ce qui doit entrer en jeu c'est : quand et comment dois-je faire ?
Si j'annonce la vérité (le Christ) à un moment où je sais qu'elle ne sera comprise que comme une erreur, ne dois-je pas attendre un moment plus propice ? Je pense que oui.
D'où votre questionnement sur Marie : Marie ne ment pas car elle a toujours eu l'intention de dire la vérité à Joseph, elle attend donc le moment propice, et ne cache rien.