par ti'hamo » jeu. 22 mars 2012, 10:46
Les lieux communs sur "le moyen-âge" vous viennent-ils de la même professeur ? Remarquez, il serait assez logique que glorification de l'humanisme de la "renaissance" et dénigrement du "moyen-âge" aillent de pair, étant donné que c'est un peu un travers de l'époque de la renaissance, ça, de dénigrer les époques qui les ont précédé.
(ils s'imaginent tout inventer, y compris la langue française, et semblent très imbus d'eux-mêmes)
J'avoue être moi-même assez influencé, dans ma vision de l'Histoire, par une auteur telle que Régine Pernoud, grande médiéviste, qui elle, au contraire, s'est passionnée pour le "moyen âge" (dont elle rejette cette appellation, d'ailleurs), et porte un regard peu amène sur ce qu'on a appelé "la renaissance" et l'humanisme.
Elle se fait un plaisir de remarquer, d'ailleurs, que le rôle accordé aux femmes dans la société et le monde littéraire et intellectuel décroit grandement à cette époque, par rapport aux siècles précédents de l'âge féodal : c'est à partir de cette époque que certains métiers comme mire (médecin) leur sont interdits, l'université est réservée aux hommes, etc...
Sur le plan littéraire, intellectuel et artistique, elle souligne, et il me semble bien qu'il y a lieu de la suivre sur cette interprétation, que la renaissance, qu'on présente souvent comme une redécouverte des textes antiques que le moyen-âge aurait méprisé, a surtout consisté en une soumission de la pensée et de l'art au modèle antique : l'antiquité grecque et romaine se trouve quasi idolâtrée, et les intellectuels de cette époque décrètent (mais avec quelle autorité et sur quelle base ?) que l'art de ces époques serait le modèle de tout art et de toute beauté :
la littérature, la sculpture... vont alors procéder essentiellement par copie et imitation des "anciens", et, en conséquence, tout l'art précédent (chapiteaux romanes, voûtes gothiques, vitraux...) est méprisé car n'imitant pas les canons de beauté de l'antiquité.
Et cette image et ce mépris du "moyen âge" seront transmis aux générations suivantes. Mais c'est purement arbitraire : pourquoi un chapiteau roman serait moins beau qu'une copie de l'art antique ?
Régine Pernoud là encore se fait plaisir en remarquant que cet art et cette littérature si dénigrés depuis les humanistes de la renaissance, procédaient par réelle création - l'art roman ne copie rien, il invente au fur et à mesure, de même, le roman est une invention médiévale - alors que l'art de la renaissance procède par copie (servile, ajouterait-elle, mais bon... :-)
Ce contexte rappelé, on peut sans doute mieux comprendre et remettre en perspective le dénigrement de la part d'un auteur de cette époque envers les époques qui l'ont précédé (c'est peut-être une impression de ma part, mais certains auteurs de la renaissance (rien que cette appellation est une imposture) ont une certaine tendance à s'imaginer avoir tout inventé : la langue française, l'art, la poésie, la réflexion, la philosophie...)
(Ce contexte rappelé, on comprend aussi différemment le "recentrage sur l'être humain" qu'on présente comme spécifique à la renaissance : pour beaucoup, il semble y entrer surtout une grande part d'orgueil.
D'après certains, d'ailleurs, ce souci de l'être humain est d'abord idolâtrie d'un homme idéal, à l'image des idéaux antiques, un homme bien fait et bien instruit... d'où le sort des pauvres, des malades et des contrefaits dans l'Italie de la renaissance par exemple, rejetés et ignorés des beaux esprits, et dont personne ne s'occupe vraiment.)
On ne doit sans doute pas non plus idéaliser l'époque féodale, mais enfin sur toutes ces questions la lecture des ouvrages de mme Pernoud est passionnante :
"pour en finir avec le moyen âge", "la femme au temps des cathédrales", "la femme au temps des croisades", "le moyen âge, pour quoi faire ?"
Les lieux communs sur "le moyen-âge" vous viennent-ils de la même professeur ? Remarquez, il serait assez logique que glorification de l'humanisme de la "renaissance" et dénigrement du "moyen-âge" aillent de pair, étant donné que c'est un peu un travers de l'époque de la renaissance, ça, de dénigrer les époques qui les ont précédé.
(ils s'imaginent tout inventer, y compris la langue française, et semblent très imbus d'eux-mêmes)
J'avoue être moi-même assez influencé, dans ma vision de l'Histoire, par une auteur telle que Régine Pernoud, grande médiéviste, qui elle, au contraire, s'est passionnée pour le "moyen âge" (dont elle rejette cette appellation, d'ailleurs), et porte un regard peu amène sur ce qu'on a appelé "la renaissance" et l'humanisme.
Elle se fait un plaisir de remarquer, d'ailleurs, que le rôle accordé aux femmes dans la société et le monde littéraire et intellectuel décroit grandement à cette époque, par rapport aux siècles précédents de l'âge féodal : c'est à partir de cette époque que certains métiers comme mire (médecin) leur sont interdits, l'université est réservée aux hommes, etc...
Sur le plan littéraire, intellectuel et artistique, elle souligne, et il me semble bien qu'il y a lieu de la suivre sur cette interprétation, que la renaissance, qu'on présente souvent comme une redécouverte des textes antiques que le moyen-âge aurait méprisé, a surtout consisté en une [b]soumission[/b] de la pensée et de l'art au modèle antique : l'antiquité grecque et romaine se trouve quasi idolâtrée, et les intellectuels de cette époque décrètent (mais avec quelle autorité et sur quelle base ?) que l'art de ces époques serait le modèle de tout art et de toute beauté :
la littérature, la sculpture... vont alors procéder essentiellement par copie et imitation des "anciens", et, en conséquence, tout l'art précédent (chapiteaux romanes, voûtes gothiques, vitraux...) est méprisé car n'imitant pas les canons de beauté de l'antiquité.
Et cette image et ce mépris du "moyen âge" seront transmis aux générations suivantes. Mais c'est purement arbitraire : pourquoi un chapiteau roman serait moins beau qu'une copie de l'art antique ?
Régine Pernoud là encore se fait plaisir en remarquant que cet art et cette littérature si dénigrés depuis les humanistes de la renaissance, procédaient par réelle création - l'art roman ne copie rien, il invente au fur et à mesure, de même, le roman est une invention médiévale - alors que l'art de la renaissance procède par copie (servile, ajouterait-elle, mais bon... :-)
Ce contexte rappelé, on peut sans doute mieux comprendre et remettre en perspective le dénigrement de la part d'un auteur de cette époque envers les époques qui l'ont précédé (c'est peut-être une impression de ma part, mais certains auteurs de la renaissance (rien que cette appellation est une imposture) ont une certaine tendance à s'imaginer avoir tout inventé : la langue française, l'art, la poésie, la réflexion, la philosophie...)
(Ce contexte rappelé, on comprend aussi différemment le "recentrage sur l'être humain" qu'on présente comme spécifique à la renaissance : pour beaucoup, il semble y entrer surtout une grande part d'orgueil.
D'après certains, d'ailleurs, ce souci de l'être humain est d'abord idolâtrie d'un homme idéal, à l'image des idéaux antiques, un homme bien fait et bien instruit... d'où le sort des pauvres, des malades et des contrefaits dans l'Italie de la renaissance par exemple, rejetés et ignorés des beaux esprits, et dont personne ne s'occupe vraiment.)
On ne doit sans doute pas non plus idéaliser l'époque féodale, mais enfin sur toutes ces questions la lecture des ouvrages de mme Pernoud est passionnante :
[i]"[u]pour en finir avec le moyen âge[/u]", "[u]la femme au temps des cathédrales[/u]", "[u]la femme au temps des croisades[/u]", "[u]le moyen âge, pour quoi faire ?[/u]"[/i]