par MB » lun. 16 janv. 2012, 21:11
Avé
Ce post en forme de précisions / rectifications, en réponse à Charles et Emmanuel Lyasse.
- Sur la France pétainiste en 1940, je maintiens. Mais il faut préciser : en juin 1940, déjà (alors qu'à l'automne, après Montoire, nombreux sont ceux qui s'indignent du début de la collaboration assumée) ; et surtout, "pétainiste", ou plutôt, "maréchaliste", c'est-à-dire, ni "nazie", ni "collabo". Pétain était une figure très respectée, et ce dans un pays qui cultivait l'image du vieux sage (un peu comme lorsque Poincaré était redevenu Président du Conseil en 1926). Encore en 1942, alors que l’État français est manifestement rejeté par la population, et que Laval est extrêmement impopulaire, le Maréchal continue d'être cette figure.
Alors oui, nuançons : "toute" la France n'est pas pétainiste en juin 1940 ; disons que c'est sa plus grande partie. Beaucoup de gaullistes étaient méprisés à ce moment. Pétain n'a pas reçu les pleins pouvoirs dans le but d'établir une dictature, mais officiellement pour rédiger une nouvelle Constitution (dont le texte existe, d'ailleurs), qu'il a préféré ne jamais appliquer, en ne respectant pas son mandat. Mais encore une fois, on ne se rend pas compte du cataclysme de juin 1940 (= fin définitive de la puissance mondiale de la France, au cours d'une bataille très violente), et de la panique d'alors. Sans compter le fait que nombre de députés étaient plus ou moins menacés par Laval dans les couloirs des hôtels de Vichy.
- Sur la construction européenne. Effectivement, ses débuts ne sont pas totalement démocratiques : c'est même le principe de l'édification de la CECA. Comme le suggérait Jean Monnet : créer des solidarités telles qu'il soit impossible aux opinions publiques de désirer faire la guerre.
Je pense, contrairement à Charles, que cette démarche était la seule qui permît effectivement la paix. On a du mal à le concevoir, mais les opinions publiques des pays concernés, à cette époque, n'étaient pas du tout pacifistes. Les Belges, les Hollandais, les Tchèques, les Polonais, voulaient vraiment la peau des Allemands, ce qui peut se comprendre. Les Français étaient favorables à l'abaissement maximal de l'Allemagne, et ne se sont pas privés de piller les zones qu'ils en occupaient ; une partie de l'opinion publique française, alignée sur un PCF très nationaliste, était particulièrement virulente - sans parler du complexe de rattrapage de la défaite de 1940.
Quant aux Allemands eux-mêmes, on a tendance à oublier qu'ils n'étaient pas moins remontés. Les anciens nazis pullulaient dans toute la population et n'éprouvaient aucun regret. Ils étaient confortés dans leurs opinions par le fait que, la population allemande ayant beaucoup souffert à la fin de la guerre, comme on sait, elle ne se sentait coupable de rien. Cela nous paraît étonnant, mais c'est un fait... Autre élément, paradoxal, que l'on connaît peu : les dirigeants de la jeune RFA étaient très nationalistes, et ne s'en privaient pas, ayant un argument imparable : on ne pouvait pas les accuser de complicité avec les nazis, puisque ces derniers les avaient persécutés...
Je conviens sans problème que ce processus n'est plus du tout légitime dans le contexte actuel, et que les institutions communautaires d'aujourd'hui sont à considérer comme caduques. Mais dans le contexte d'alors, franchement, il était justifié ; oui, je l'approuve à fond, et j'approuve à fond la présence américaine dans l'Europe de cette époque. Elle nous a obligés à nous tenir tranquilles et à ne pas méditer une nouvelle guerre, car c'était vraiment possible (sans parler de la menace communiste qui était réelle). N'oublions pas, par exemple, que la RFA a attendu les années 1970, et jusqu'après, pour reconnaître les pertes territoriales subies au profit de la Pologne.
Du reste, le processus européen, dans les années 50, s'est rapidement démocratisé, puisqu'il a été en général approuvé par les partis majoritaires au Parlement (SFIO + MRP + partie des radicaux et libéraux), en y comptant, du reste, les gaullistes : après tout, c'est eux qui ont entériné le traité de Rome. Aujourd'hui, je l'admets, c'est une autre affaire. Mais pour l'époque, non, rien n'est à jeter.
Au demeurant, le flashback sur cette époque-là ne fait que justifier le rejet que nous inspirent les réactions actuelles de l'UE à la politique de M. Orban. On peut discuter de cette dernière à de nombreux titres (j'en ai déjà parlé plus haut), mais il est incontestable qu'il bénéficie d'une légitimité démocratique et que, du reste, rien de ce qu'il fait - en dehors de la confiscation de l'argent de la banque centrale - n'est contraire aux traités en vigueur...
Amicalement
MB
PS. Et vraiment, Schuman comme patron des casques à pointe, c'est une grossière resucée de la propagande communiste de l'époque... ça, par contre, c'est à jeter.
Avé
Ce post en forme de précisions / rectifications, en réponse à Charles et Emmanuel Lyasse.
- Sur la France pétainiste en 1940, je maintiens. Mais il faut préciser : en juin 1940, déjà (alors qu'à l'automne, après Montoire, nombreux sont ceux qui s'indignent du début de la collaboration assumée) ; et surtout, "pétainiste", ou plutôt, "maréchaliste", c'est-à-dire, ni "nazie", ni "collabo". Pétain était une figure très respectée, et ce dans un pays qui cultivait l'image du vieux sage (un peu comme lorsque Poincaré était redevenu Président du Conseil en 1926). Encore en 1942, alors que l’État français est manifestement rejeté par la population, et que Laval est extrêmement impopulaire, le Maréchal continue d'être cette figure.
Alors oui, nuançons : "toute" la France n'est pas pétainiste en juin 1940 ; disons que c'est sa plus grande partie. Beaucoup de gaullistes étaient méprisés à ce moment. Pétain n'a pas reçu les pleins pouvoirs dans le but d'établir une dictature, mais officiellement pour rédiger une nouvelle Constitution (dont le texte existe, d'ailleurs), qu'il a préféré ne jamais appliquer, en ne respectant pas son mandat. Mais encore une fois, on ne se rend pas compte du cataclysme de juin 1940 (= fin définitive de la puissance mondiale de la France, au cours d'une bataille très violente), et de la panique d'alors. Sans compter le fait que nombre de députés étaient plus ou moins menacés par Laval dans les couloirs des hôtels de Vichy.
- Sur la construction européenne. Effectivement, ses débuts ne sont pas totalement démocratiques : c'est même le principe de l'édification de la CECA. Comme le suggérait Jean Monnet : créer des solidarités telles qu'il soit impossible aux opinions publiques de désirer faire la guerre.
Je pense, contrairement à Charles, que cette démarche était la seule qui permît effectivement la paix. On a du mal à le concevoir, mais les opinions publiques des pays concernés, à cette époque, n'étaient pas du tout pacifistes. Les Belges, les Hollandais, les Tchèques, les Polonais, voulaient vraiment la peau des Allemands, ce qui peut se comprendre. Les Français étaient favorables à l'abaissement maximal de l'Allemagne, et ne se sont pas privés de piller les zones qu'ils en occupaient ; une partie de l'opinion publique française, alignée sur un PCF très nationaliste, était particulièrement virulente - sans parler du complexe de rattrapage de la défaite de 1940.
Quant aux Allemands eux-mêmes, on a tendance à oublier qu'ils n'étaient pas moins remontés. Les anciens nazis pullulaient dans toute la population et n'éprouvaient aucun regret. Ils étaient confortés dans leurs opinions par le fait que, la population allemande ayant beaucoup souffert à la fin de la guerre, comme on sait, elle ne se sentait coupable de rien. Cela nous paraît étonnant, mais c'est un fait... Autre élément, paradoxal, que l'on connaît peu : les dirigeants de la jeune RFA étaient très nationalistes, et ne s'en privaient pas, ayant un argument imparable : on ne pouvait pas les accuser de complicité avec les nazis, puisque ces derniers les avaient persécutés...
Je conviens sans problème que ce processus n'est plus du tout légitime dans le contexte actuel, et que les institutions communautaires d'aujourd'hui sont à considérer comme caduques. Mais dans le contexte d'alors, franchement, il était justifié ; oui, je l'approuve à fond, et j'approuve à fond la présence américaine dans l'Europe de cette époque. Elle nous a obligés à nous tenir tranquilles et à ne pas méditer une nouvelle guerre, car c'était vraiment possible (sans parler de la menace communiste qui était réelle). N'oublions pas, par exemple, que la RFA a attendu les années 1970, et jusqu'après, pour reconnaître les pertes territoriales subies au profit de la Pologne.
Du reste, le processus européen, dans les années 50, s'est rapidement démocratisé, puisqu'il a été en général approuvé par les partis majoritaires au Parlement (SFIO + MRP + partie des radicaux et libéraux), en y comptant, du reste, les gaullistes : après tout, c'est eux qui ont entériné le traité de Rome. Aujourd'hui, je l'admets, c'est une autre affaire. Mais pour l'époque, non, rien n'est à jeter.
Au demeurant, le flashback sur cette époque-là ne fait que justifier le rejet que nous inspirent les réactions actuelles de l'UE à la politique de M. Orban. On peut discuter de cette dernière à de nombreux titres (j'en ai déjà parlé plus haut), mais il est incontestable qu'il bénéficie d'une légitimité démocratique et que, du reste, rien de ce qu'il fait - en dehors de la confiscation de l'argent de la banque centrale - n'est contraire aux traités en vigueur...
Amicalement
MB
PS. Et vraiment, Schuman comme patron des casques à pointe, c'est une grossière resucée de la propagande communiste de l'époque... ça, par contre, c'est à jeter.