Christophe
L'anti-cléricalisme : évincer de la sphère publique - voir de la sphère sociale - toute référence à Dieu ou à la religion. Cette conception est la traduction politique de l'athéisme. De celle-ci relève la suppression des jours religieux chômés, l'interdiction du port de signe religieux par les enseignants - voir par les élèves, etc.
[…]
j'espère avoir été clair.
Vous avez été très clair, cher Christophe, comme d’hab’,

mais votre intervention n’est pas pertinente. Les classifications que vous établissez ne rendent pas compte des véritables enjeux.
Par exemple, la suppression des jours religieux chômés n’est pas identique dans sa logique et ses effets à l’interdiction des signes religieux dans les écoles, bien que vous les fourriez dans la même catégorie.
Le port de signes religieux ne lèse personne. Il relève d’une décision personnelle. Ces signes manifestent l’appartenance à un groupe (comme le crâne skinhead ou les tatouages). Les uns aiment, les autres n’aiment pas, on recherche la compagnie de ces gens ou on s’en écarte. Ce n’est pas et ce ne doit pas être l’affaire du législateur.
L’imposition de jours fériés coïncidant avec des fêtes religieuses, en revanche, lèse deux populations : celle qui souhaite travailler ces jours-là, quelle que soit la raison, et celle qui, appartenant à une autre religion, devra prendre sur ses vacances pour participer aux célébrations de sa communauté. L’Etat, qui se prétend l’Etat de tous, établit entre ses citoyens une discrimination illégitime.
Je ne vais pas reprendre chaque paragraphe de votre intervention ; vous avez saisi où je veux en venir. (Et vous avez donc bien compris que je partage avec vous un refus total de la conception islamique de l’Etat).
Boris
Où donc est la séparation entre droit et morale ?
Le droit est une branche de la morale.
Le droit est cette partie de la morale que nous pouvons imposer à autrui en recourant à la force s’il le faut.
Nous percevons bien qu’une action exercée sous la contrainte, ou la menace de la contrainte, cesse d’avoir une valeur morale. Une femme violée n’est pas une femme adultère. Le caissier qui remet l’argent de la banque à des braqueurs n’est pas leur complice. Le contribuable n’est pas ‘solidaire’, encore moins généreux. Le jugement moral dans toutes ces situations porte sur l’usage de la violence par ceux qui l’exercent, et pas sur l’action contrainte de ceux qui la subissent.
Pour répondre aux exigences de la morale, le Droit ne doit donc jamais faire appel à la violence. Il ne doit jamais « forcer à », ou « contraindre à .. sous la menace ». Les politiques d’
ordre moral, qu’elles soient l’œuvre de socialos, de cathos, de fachos ou de muslims, sont une contradiction dans les termes. Cet ordre maintenu par la peur du gendarme, quelque forme qu’il prenne, est tout sauf moral.
Alors, à quoi sert le droit ?
A interdire l’initiative de la violence. Tu ne tueras pas, tu ne violeras pas, tu ne voleras pas… Nous trouvons là l’exacte définition du champ d’application du Droit, c’est-à-dire la limite que la morale pose aux interventions légitimes des Etats (prétendument gardiens du Droit). Les Etats n’ont pas d’autre mission légitime que de faire respecter ces quelques prohibitions. (1)
A nous de faire connaître tous les autres préceptes moraux par l’exhortation et l’exemple.
Cordialement
Christian
(1) Dans la mesure où les hommes de l’Etat (et c’est une simple constatation historique) sont ceux qui ont avec le plus d’assiduité pratiqué le meurtre, la torture et le vol, je ne crois pas qu’ils soient les mieux qualifiés pour nous en protéger. Mais c’est un autre débat.
La contrainte peut prévenir certaines vilénies; mais elle retire leur beauté à toutes les actions qu'elle suscite, même celles qui sont légales. La liberté tolère certaines transgressions, mais elle confère au vice lui-même un caractère moins ignoble.
Karl Wilhelm von Humboldt (1767-1835)