par Virgile » ven. 03 févr. 2012, 5:53
christophe colomb a écrit :" Si l'orientation de l'église n'est pas respectée, quelle est serait l'importance? la conséquence? "
L'orientation est-ouest et la théologie sous tendue (Crhistus, Sol oriens) des églises n'est pas très importante.
La structure gothique (pour faciliter l'élévation de l'âme) ou romane (favorise le recueillement), idem.
C'était plus une tradition qu'un support théologique pur.
Si vous parlez des accessoires (chasuble, surplis, encens), cela n'enlève rien n'y n'ajoute quelque chose dans la compréhension de la liturgie eucharistique. Sauf le côté esthétique peut-être. Perso, je ne suis pas très attaché à ce genre de chose.
Si vous parlez de théologie liturgique, il me semble normal qu'on ne l'explique pas ou plus.
Bonjour,
la symbolique déployée dans le déroulement de l'action liturgique ne se réduit pas à une suite de détails qu'il faudrait automatiquement qualifier d'un "ce n'est pas important", "ce n'est pas important" multiplié autant de fois que l'exige la volonté de "vivre" des réalités qu'il ne faudrait jamais "expliquer", pour croire ensuite qu’il serait si simple de "montrer" tout en effaçant justement ce qui est donné à voir et à comprendre et auquel il ne faudrait pas être "attaché ».
Le sommet de toute la liturgie catholique c'est l'Incarnation du Christ et son Sacrifice sur la Croix pour notre Salut. Pas seulement, c'est l'adoration du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés par le prêtre. Or, la possibilité d'une communication réelle, véritable et authentique entre Dieu et les hommes est ordonnée à la symbolique liturgique.
En conséquence, se refuser à comprendre l'importance vitale de cette symbolique liturgique interdit aussi, et absolument, de comprendre la dimension véritable du rite liturgique lui-même. Le résultat, invariablement, consiste en une incompréhension de la tradition liturgique, désastreuse parce qu'elle porte atteinte à l'Eglise elle-même. En gros, on pourrait arrêter ici s’il s’agissait seulement d’expliquer en quoi consiste la "crise" liturgique de l’Eglise depuis le dernier Concile. Il y a plus, naturellement.
Toute symbolique liturgique est une mémoire inscrite dans l’âme et dans le corps, et c'est cette mémoire qui seule permet d’accéder au temps liturgique, ce temps par excellence qui n’est ni un hier, ni un aujourd’hui, mais bien un présent éternel.
La symbolique liturgique déployée dans le rite – et aucun rite ne peut prétendre se passer entièrement de cette dimension symbolique (pas même la Forme ordinaire du rite romain - et elle moins que tout autre), démontre de façon expérimentale que cette mémoire incrite dans notre âme et notre corps nous permet de recevoir le don de Dieu, le don d’une entrée dans un temps autre, éternel.
Par ailleurs, le rite liturgique chrétien est le seul qui permette non seulement de fonder un véritable symbolisme, mais aussi de réaliser tout ce que le symbolisme promet lui-même.
Pour dire les choses autrement, la contemplation du mystère de l’Incarnation du Christ nous montre non seulement que Dieu, Lui, l'Eternel, le Transcendant, prend une forme sensible, matérielle, qui est la nôtre, mais que de surcroît cette "descente" qu'il opère est elle-même fondatrice d’une exigence : celle du rite et de sa symbolique liturgique. Et si nous contemplons le mystère de la Transfiguration du Christ, nous saisissons immédiatement que la symbolique liturgique est une exigence fondamentale parce que sans elle le rite perd toute consistance et toute signification pour se réduire à une suite de postures statiques et stériles dans laquelle plus rien n’a d’importance et tout se réduit à du détail.
L'orientation des églises n'est pas très importante ? Le style architectural idem ? Les accessoires (chasuble, surplis, encens) itou ? La « théologie liturgique » n’a pas besoin d’être expliquée ?
Je crois bien que vous manquez l’essentiel. Seul le rite liturgique, avec tout le déploiement symbolique qu’il exige de par sa nature même, permet, ici , aujourd’hui et maintenant, de transfigurer le temps que nous vivons. Et à notre époque bien davantage qu’à aucune autre époque. Pourquoi ?
Parce que nos contemporains entretiennent avec le temps un rapport qui n'est plus de l'ordre de la réalité. Et plus particulièrement parce que leur expérience existentielle du temps est devenue anormale. Parce que pour beaucoup d’entre eux, le temps a perdu toute forme de réalité intelligible et n’est plus qu’une "manière d’être dans le temps". Le plus souvent un "malaise d’être" dans le temps. Alors que le temps est ce qui permet à l’homme d’être conscience de lui-même, tout en échappant entièrement à sa maîtrise et ne cessant jamais de le renvoyer à sa propre finitude.
Et sans cesse renvoyés à ce qu’ils ne peuvent maîtriser, sans cesse confrontés à leur propre finitude, les hommes de la culture occidentale en sont venus à mépriser leur passé parce qu’il était l’indication maximum de leur absence de maîtrise du temps, et à refuser aussi d’accepter leur finitude radicale parce qu’elle était l’indication maximale d’une différence qui est le propre de Dieu.
Alors, plutôt que de soumettre : détruire les hommes et la société, l’histoire et la nation, Dieu et l’Eglise. Plutôt que d’accepter la finitude, disparaître : l’effondrement de la natalité, le refus de la vie, d’une sexualité responsable, l’euthanasie, l’avortement... et puis vivre dans le ressentiment permanent en niant à la fois le passé, le présent et l’avenir, pour enfin accéder à la "liberté" totalitaire du néant pur et simple...
Celui qui prétendrait se passer de la symbolique liturgique manquerait vraiment l’essentiel. Et l’essentiel c’est que seule une grâce transcendante peut vraiment nous libérer du temps où nous sommes maintenus prisonniers. Cette grâce transcendante, c’est celle que nous offre la Résurrection du Christ elle-même offerte à notre contemplation et offerte pour notre vie éternelle dans le rite liturgique.
Aussi, puisque nos vies doivent s’inscrire dans le temps liturgique, et précisément dans le temps de la beauté intelligible des symboles, est-il de la première urgence que l’on restaure ce qui a été détruit et que l’on sauve ce qui peut l’être. Et que l’on accorde aux détails l’importance qui leur revient de droit et de fait. C’est, me semble-t-il, l’objectif d’une certaine réforme de la réforme...
D'autre part, et pour finir, je constate que vous n'avez pas vraiment compris ce qu'était la liturgie cartusienne: ce n'est pas un refus de la symbolique, bien au contraire, c'est une ascèse.
Amicalement.
Virgile.
[quote="christophe colomb"]" Si l'orientation de l'église n'est pas respectée, quelle est serait l'importance? la conséquence? "
L'orientation est-ouest et la théologie sous tendue (Crhistus, Sol oriens) des églises n'est pas très importante.
La structure gothique (pour faciliter l'élévation de l'âme) ou romane (favorise le recueillement), idem.
C'était plus une tradition qu'un support théologique pur.
Si vous parlez des accessoires (chasuble, surplis, encens), cela n'enlève rien n'y n'ajoute quelque chose dans la compréhension de la liturgie eucharistique. Sauf le côté esthétique peut-être. Perso, je ne suis pas très attaché à ce genre de chose.
Si vous parlez de théologie liturgique, il me semble normal qu'on ne l'explique pas ou plus.[/quote]
Bonjour,
la symbolique déployée dans le déroulement de l'action liturgique ne se réduit pas à une suite de détails qu'il faudrait automatiquement qualifier d'un "ce n'est pas important", "ce n'est pas important" multiplié autant de fois que l'exige la volonté de "vivre" des réalités qu'il ne faudrait jamais "expliquer", pour croire ensuite qu’il serait si simple de "montrer" tout en effaçant justement ce qui est donné à voir et à comprendre et auquel il ne faudrait pas être "attaché ».
Le sommet de toute la liturgie catholique c'est l'Incarnation du Christ et son Sacrifice sur la Croix pour notre Salut. Pas seulement, c'est l'adoration du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés par le prêtre. Or, la possibilité d'une communication réelle, véritable et authentique entre Dieu et les hommes est ordonnée à la symbolique liturgique.
En conséquence, se refuser à comprendre l'importance vitale de cette symbolique liturgique interdit aussi, et absolument, de comprendre la dimension véritable du rite liturgique lui-même. Le résultat, invariablement, consiste en une incompréhension de la tradition liturgique, désastreuse parce qu'elle porte atteinte à l'Eglise elle-même. En gros, on pourrait arrêter ici s’il s’agissait seulement d’expliquer en quoi consiste la "crise" liturgique de l’Eglise depuis le dernier Concile. Il y a plus, naturellement.
Toute symbolique liturgique est une mémoire inscrite dans l’âme et dans le corps, et c'est cette mémoire qui seule permet d’accéder au temps liturgique, ce temps par excellence qui n’est ni un hier, ni un aujourd’hui, mais bien un présent éternel.
La symbolique liturgique déployée dans le rite – et aucun rite ne peut prétendre se passer entièrement de cette dimension symbolique (pas même la Forme ordinaire du rite romain - et elle moins que tout autre), démontre de façon expérimentale que cette mémoire incrite dans notre âme et notre corps nous permet de recevoir le don de Dieu, le don d’une entrée dans un temps autre, éternel.
Par ailleurs, le rite liturgique chrétien est le seul qui permette non seulement de fonder un véritable symbolisme, mais aussi de réaliser tout ce que le symbolisme promet lui-même.
Pour dire les choses autrement, la contemplation du mystère de l’Incarnation du Christ nous montre non seulement que Dieu, Lui, l'Eternel, le Transcendant, prend une forme sensible, matérielle, qui est la nôtre, mais que de surcroît cette "descente" qu'il opère est elle-même fondatrice d’une exigence : celle du rite et de sa symbolique liturgique. Et si nous contemplons le mystère de la Transfiguration du Christ, nous saisissons immédiatement que la symbolique liturgique est une exigence fondamentale parce que sans elle le rite perd toute consistance et toute signification pour se réduire à une suite de postures statiques et stériles dans laquelle plus rien n’a d’importance et tout se réduit à du détail.
L'orientation des églises n'est pas très importante ? Le style architectural idem ? Les accessoires (chasuble, surplis, encens) itou ? La « théologie liturgique » n’a pas besoin d’être expliquée ?
Je crois bien que vous manquez l’essentiel. Seul le rite liturgique, avec tout le déploiement symbolique qu’il exige de par sa nature même, permet, ici , aujourd’hui et maintenant, de transfigurer le temps que nous vivons. Et à notre époque bien davantage qu’à aucune autre époque. Pourquoi ?
Parce que nos contemporains entretiennent avec le temps un rapport qui n'est plus de l'ordre de la réalité. Et plus particulièrement parce que leur expérience existentielle du temps est devenue anormale. Parce que pour beaucoup d’entre eux, le temps a perdu toute forme de réalité intelligible et n’est plus qu’une "manière d’être dans le temps". Le plus souvent un "malaise d’être" dans le temps. Alors que le temps est ce qui permet à l’homme d’être conscience de lui-même, tout en échappant entièrement à sa maîtrise et ne cessant jamais de le renvoyer à sa propre finitude.
Et sans cesse renvoyés à ce qu’ils ne peuvent maîtriser, sans cesse confrontés à leur propre finitude, les hommes de la culture occidentale en sont venus à mépriser leur passé parce qu’il était l’indication maximum de leur absence de maîtrise du temps, et à refuser aussi d’accepter leur finitude radicale parce qu’elle était l’indication maximale d’une différence qui est le propre de Dieu.
Alors, plutôt que de soumettre : détruire les hommes et la société, l’histoire et la nation, Dieu et l’Eglise. Plutôt que d’accepter la finitude, disparaître : l’effondrement de la natalité, le refus de la vie, d’une sexualité responsable, l’euthanasie, l’avortement... et puis vivre dans le ressentiment permanent en niant à la fois le passé, le présent et l’avenir, pour enfin accéder à la "liberté" totalitaire du néant pur et simple...
Celui qui prétendrait se passer de la symbolique liturgique manquerait vraiment l’essentiel. Et l’essentiel c’est que seule une grâce transcendante peut vraiment nous libérer du temps où nous sommes maintenus prisonniers. Cette grâce transcendante, c’est celle que nous offre la Résurrection du Christ elle-même offerte à notre contemplation et offerte pour notre vie éternelle dans le rite liturgique.
Aussi, puisque nos vies doivent s’inscrire dans le temps liturgique, et précisément dans le temps de la beauté intelligible des symboles, est-il de la première urgence que l’on restaure ce qui a été détruit et que l’on sauve ce qui peut l’être. Et que l’on accorde aux détails l’importance qui leur revient de droit et de fait. C’est, me semble-t-il, l’objectif d’une certaine réforme de la réforme...
D'autre part, et pour finir, je constate que vous n'avez pas vraiment compris ce qu'était la liturgie cartusienne: ce n'est pas un refus de la symbolique, bien au contraire, c'est une ascèse.
Amicalement.
Virgile.