Journal de Julien Green

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Re: Le Journal de Julien Green

par etienne lorant » mar. 09 avr. 2013, 19:16

Fée Violine a écrit :
Étienne, si tu reçois les informations sur ce Frère, tu nous en feras part?
Bonjour Fée Violine !

Mieux vaut tard que jamais ! Voici l'allocution prononcée lors des obsèques de celui que Julien Green avait baptisé "le vieux berger":

Allocution du P. Destombes, aux obsèques du Frère Boittiaux à la chapelle du Séminaire des Missions Etrangères, le 3 février 1969.

Je recommande à vos prières, à votre souvenir au saint sacrifice de la messe, l’âme de M. Bénoni Maurice Boittiaux, frère coadjuteur de la Société des Missions Etrangères, rappelé à Dieu dans la 97e année de sa vie et la 69e de son appartenance à la Société.


Cette assemblée de prières n’a pas besoin d’autres paroles que celles que la liturgie met sur nos lèvres dans sa supplication pour les défunts ; aussi bien l’âme discrète du Frère Boittiaux préférerait qu’on le laissât dans son effacement volontaire.

L’Eglise, qui sait le poids du péché qui alourdit nos consciences, n’aime pas d’ailleurs qu’on s’attarde aux vertus des humains qui ne sont que des reflets de l’Exemplaire divin que nous devons imiter ; toutefois l’Eglise accepte qu’on parle des morts pour trouver dans leur vie un exemple et dans leur souvenir une leçon.

Quelle est donc la leçon que nous laisse le cher Frère Boittiaux ?

C’est d’abord une leçon d’unité et de stabilité. Entré au Séminaire des Missions Etrangères en 1900, il a vécu, sauf l’interruption imposée par la première guerre mondiale, 69 ans durant dans la même maison, consacrant sa longue existence aux diverses tâches confiées par ses supérieurs, avec un invariable dévouement qui le faisait estimer et aimer de tous, avec une continuité sans défaillance jusqu’au jour où, âgé de plus de 90 ans, il avoua : « Ma vue commence à baisser ».

On a l’impression de s’être trouvé devant un homme qui, ayant reçu une mission et s’étant fixé une règle de conduite, y a conformé ses actes avec une rigueur tranquille.

C’est le signe d’une générosité authentique et c’est une leçon dont nous avons besoin.

Dans la mobilité extrême que manifestent trop souvent les jeunes générations, et même celles qui ne le sont plus, le Frère Boittiaux nous laisse l’exemple d’une fidélité absolue, il a été de ceux qui, ayant mis la main à la charrue, ne regardent plus en arrière et n’ont qu’un souci : tracer droit leur sillon.

Et voici l’autre leçon que semble nous indiquer l’existence du cher disparu. Au travail de chaque jour — et Dieu sait combien il fut rude à certaine époque — avec une fidélité qui dénote une austérité personnelle remarquable, le Frère Boittiaux unit toujours une vie de prière remarquable, centrée sur l’Eucharistie et la dévotion mariale. La messe, il l’aimait et il y croyait. Pendant toute la durée du Concile, il s’était imposé, malgré son âge, l’assistance quotidienne à trois messes matinales, après s’y être préparé par une oraison dès l’ouverture de la chapelle, à 6 heures.

La messe, il la revivait au cours de ses visites régulières et prolongées au Saint Sacrement qui faisaient de cette chapelle, son lieu privilégié de rencontre avec le Seigneur.

La Sainte Vierge, il la vénérait comme une Mère, il égrenait même tant de chapelets en son honneur qu’il avouait un jour ne plus savoir combien il en récitait quotidiennement.

De Jésus et de Marie, il ne dissociait pas le bon Saint Joseph ; il avait gardé dans sa piété une âme d’enfant et si les nouveautés liturgiques l’ont parfois un peu dérouté dans ses habitudes de prière, elles ne l’ont jamais troublé dans sa foi profonde.

Pour lui, Dieu fut toujours « le Bon Dieu », Celui qui sait ce qu’Il fait, Celui à qui il s’abandonnait en toute sécurité et confiance.

« Comme le Bon Dieu voudra ! Quand Il voudra ! » répétait-il volontiers, et cela lui valut de tracer droit son sillon dans la vie et de regarder la mort en face avec la sérénité d’un vieillard qui a gardé, selon l’esprit évangélique, une âme d’enfant, à l’aise dans ses relations avec le bon Dieu et l’Assemblée des saints.

Mes frères, après avoir rendu un juste hommage à notre défunt, il nous reste à prier pour que Dieu l’accueille comme un bon et fidèle serviteur et qu’Il permette à celui qui a tant aimé et servi les Missions, d’exercer en leur faveur le secours d’une amitié devenue toute puissante.

Lien sous le spoiler :
[+] Texte masqué
http://archives.mepasie.org/notices/not ... -1873-1969

Re: Comment Jésus cherche à sauver les âmes

par etienne lorant » mer. 01 août 2012, 17:50

La vision que rapporte Julien Green, c'est mon opinion, concerne toutes les âmes en général - et donc pas seulement celles qui seraient égarées dans un "inter-monde" spirituel. Ces gens qui vont tous dans la même direction, cela ne vous rappelle rien ? Je pense tout de suite à Matthieu 7:13

"Entrez par la porte étroite; car large est la porte, et spacieuse la voie qui conduit à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent; car étroite est la porte, et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent!"

Et ainsi, dès ce monde, le Seigneur cherche à parler au cœur des hommes et des femmes qui sont en train de se perdre, mais ces âmes étant peu attentives, et préoccupées surtout des choses de ce monde, négligent leur maître et sauveur, venu comme le bon berger pour les sauver... C'est une terrible chose, mais étant moi-même converti, je peux vous assurer que durant pas moins de dix ans, le Seigneur m'a poursuivi ainsi, jusqu'au jour où il s'est pleinement manifesté un matin d'août 1985 - sur sa croix, en me laissant cette Parole : qu'il me faudrait comme Lui, remettre mon esprit.

Re: Comment Jésus cherche à sauver les âmes

par Géraldine » mer. 01 août 2012, 0:30

Cela peut être représentatif de l' indifférence du monde, le désert des âmes et celui que Mère Térésa dit avoir traversé toute sa vie...
Victor Hugo, lui , était tourmenté par les âmes tristes....à lire....
En Christ.

Re: Comment Jésus cherche à sauver les âmes

par Isabelle47 » mer. 01 août 2012, 0:10

Merci Etienne Lorant pour ce texte.
Je pense, comme vous, que Julien Green parle de lui-même.
Etait-il visionnaire? Je verrais plutôt ce récit comme symbolique, une image de l'indifférence et la sècheresse de certains hommes et la grâce d'un autre.

Re: Comment Jésus cherche à sauver les âmes

par Géraldine » mer. 01 août 2012, 0:00

angel_christ_apparition_picture-270x400.jpg
angel_christ_apparition_picture-270x400.jpg (14.8 Kio) Consulté 4109 fois
Etienne, ce témoignage est pour le moins- et très beau- et surprenant!
Je me pose UNE question: ces gens qui repoussaient le Christ étaient- ce des âmes égarées selon la personne qui a eu cette vision?
Si c' étaient des âmes du Purgatoire, elles auraient été heureuses de leur délivrance.....
Je pense aussi à ceux qui ne prennent pas conscience qu' ils sont morts( en cas de mort violente.)
Je crois également. aux athées maiscavec ça, je sens que mon raisonnement n' est pas le bon car si ces gens repoussent le Christ pour CHACUN D' EUX quel peut être le motif de ce rejet? La personne qui a " vu" cette scène surprenante, a-t-elle pu vous fournir sa propre idée?
C' est fort troublant et dire que je pense souvent que Dieu est là pour chacun de nous et voilà que vous en témoignez par le biais de cette personne!
Cela m' intéresserait que vous m' en disiez plus sur cette connaissance car c' est rare, des âmes aussi sensibles qui perçoivent ce genre de choses!
Rendez vous à mon adresse si le :coeur: vous en dit.....Julien Green: visionnaire?
Je suis toujours émerveillée .....
J' ai pensé à vous en allant glaner des petits pains bibliques dans la Basilique de Koekelberg.lors d' une Session......Mais pourquoi refuser la grâce de Jésus?Et celui qui voit a la conscience. de ne pas donner assez d'amour....et souffre comme ces âmes.


En Christ.

Re: Comment Jésus cherche à sauver les âmes

par Zborg » mar. 24 juil. 2012, 17:13

C'est magnifique.

Comment Jésus cherche à sauver les âmes

par etienne lorant » mar. 24 juil. 2012, 15:21

Ce texte est extrait du Journal de Julien Green. Il "une personne de sa connaissance", mais je suis convaincu que c'est de lui-même qu'il parle. Car il avait de ces rêveries qui ressemblaient à des visions et des visions qu'il donnait pour des rêveries. Qu'on en juge:

"L'autre jour, en pensant à la bonté du Christ, une personne que je connais a eu devant les yeux une sorte de représentation si précise et si vive que les mots ne peuvent en donner qu'une faible idée.

Elle a vu d'abord une foule de gens qui semblaient à la fois pressés et malheureux et qui tous se dirigeaient du même côté. Elle a compris qu'ils étaient malheureux car ils avaient perdu la grâce et qu'ils étaient pressés sans raison, comme on l'est dans le monde.

Et elle a vu le Christ qui allait de l'un à l'autre, et d'une manière qui ne peut se décrire, il allait à chacune de ses personnes en même temps, essayant de lui parler et, même doucement, de l'arrêter; mais tout ce monde le repoussait avec impatience et allait de l'avant, refusant d'entendre ce qu'il avait à dire; et à chaque fois, il avait l'air si peiné, si offensé, et il y avait dans ses yeux une si grande tristesse que des larmes ont jailli des larmes ont jailli des yeux de la personne qui voyait ces choses.

Alors, elle lui a demandé, puisque personne ne voulait de lui, s'il ne voulait pas d'elle, et elle éprouvait en disant cela autant de chagrin que d'amour parce qu'elle se rendait compte qu'elle n'avait pas grand chose à lui offrir.

Cette scène a duré plusieurs minutes; le spectateur voyait tout distinctement et à chaque nouveau refus, il recevait comme un coup dans la poitrine et se demandait comment on pouvait traiter ainsi Notre-Seigneur."

Julien Green

par etienne lorant » lun. 26 déc. 2011, 11:31

Basiles a écrit :Je ne connaissais pas Julien Green non plus...
J'ai découvert Julien Green non à travers de ses romans (je n'en ai lu que trois) mais de son Journal. Il m'a été d'une réelle utilité car nulle part l'on y trouve les répétitions, ou les lourdeurs, dont ma propre écriture était souvent chargée. C'est en citant des phrases tirées du Journal que j'ai ressenti le goût d'affiner ma propre façon d'écrire. Outre ce point essentiel, Julien Green est comme moi, un converti, et un homme "dans le monde": l'écriture chaque jour est une forme de lutte. Elle consiste à se 'ressaisir à tous moments. Oh, je sais que Julien Green fut homosexuel, ce qui n'est pas mon cas. Cependant, la chair est la chair et je suis soumis aux mêmes types de combat dont un "Journal de bord" permet de garder les traces.

Re: Fioretti de Julien Green

par stephlorant » lun. 26 sept. 2011, 15:19

7 janvier 1974

Après la visite d'un jeune mystique qui n'a jamais lu les mystiques, voici un jeune homme de vingt ans qui a connu Maritain et me parle de lui. Il se dit désespéré par l'état actuel de l'Eglise, par les prêtres qui lui recommandent la lecture de Bultmann (*)et de je ne sais quel écrivain fantaisiste qui fait l'analyse structuraliste de l'épisode de Zachée. Il parle doucement. C'est un garçon à barbiche, sérieux comme un Français d'avant 14, car c'est surtout à cela qu'il me fait penser, à un compagnon de Péguy.
Nous parlons un peu de musique et il me dit qu'elle lui est indispensable, comme à moi, et qu'il préfèrerait devenir aveugle que sourd. Comme je réponds qu'il ne peut s'agir de cela en ce qui le concerne, il me dit que si, sa vue est gravement menacée. Il parle de ces choses avec un calme exemplaire, la foi lui donnant la force de tout envisager.

"Bultmann" ?

Rudolf Bultmann (20 août 1884 - 30 juillet 1976) était un théologien allemand de tradition luthérienne. Fils d'un pasteur luthérien allemand, il étudia à Tübingen, Berlin et Marburg avant de devenir lui-même professeur d'études néo-testamentaires à Marburg. C'est dans cette université qu'il marqua d'une profonde influence nombre d'étudiants en théologie et en philosophie, parmi lesquels Gerhard Krüger.

Il a développé la « démythologisation » du Nouveau Testament en se fondant sur l'étude des genres littéraires (Formgeschichte) des récits composant les évangiles , soutenant que ces derniers ne sont pas contemporains à Jésus-Christ.

La démythologisation bultmanienne, avec plus d’acuité que le désenchantement du monde formulé par Max Weber, et, actuellement, par Marcel Gauchet, rend compte de la situation du fait religieux au sein même de la post-modernité. Elle soumet aux méthodes de l’histoire la plus rigoureuse l’ensemble du corpus scriptural néo-testamentaire et ne fait commencer la théologie chrétienne qu’après cette critique.

Re: Fioretti de Julien Green

par stephlorant » lun. 26 sept. 2011, 14:54

5janvier 1974

Visite d'un jeune catholique très croyant. Figure innocente dans une masse de boucles acajou. Il me parle très librement et sincèrement des grâces sensibles qu'il a reçues : le feu dans la poitrine, l'enveloppement de tout l'être en Dieu, la joie indicible. Il veut aller à Fontgombault (*) ou à la Trappe pour fuir l'horreur du monde. Cet entretien restera comme un souvenir très pur.


(*)

Image

A ce propos:
Bénédiction abbatiale - diocèse de Luçon. 7 Octobre 2011
5 Octobre: fête de st Placide
11 et 12 Octobre: Grande Solennité de la fête de la Dédicace, abbayes de Solesmes et Fontgombault. heureux anniversaires!

Re: Fioretti de Julien Green

par PriereUniverselle » mar. 20 sept. 2011, 22:50

stephlorant a écrit :4 janvier 1974

Des ballades de Chopin jouée par Harasiewicz. Il y a comme des explosions de désespoir, un désespoir à la fois bruyant et brillant, mais comment résister au charme funèbre de ce langage précieux et violent ? J'écoute comme si c'était pour la première fois. Je ne sais par quel sortilège, c'est toujours la première fois que j'entends Chopin. La même impression qu'en lisant Baudelaire. Ce n'est jamais le même Baudelaire ni le même Chopin.


Chacun y découvre un sens différent, c'est curieux ! Je l'entends de façon différente, comme une promenade au lever de l'aurore, ou dans un parc à la fin du printemps quand les pétales des fleurs valsent sous l'effet léger de la brise, et puis sur le ton de la confidence, des amis qui échangent leur point de vue, la lumière du soleil jouant à travers le bruissement du feuillage des arbres, un petit clin du Bon Dieu qui sait ... ! Au centre, un fond de ciel bleu où paissent paisiblement des petits moutons de nuage.

Re: Fioretti de Julien Green

par stephlorant » mar. 20 sept. 2011, 18:18

4 janvier 1974

Des ballades de Chopin jouée par Harasiewicz. Il y a comme des explosions de désespoir, un désespoir à la fois bruyant et brillant, mais comment résister au charme funèbre de ce langage précieux et violent ? J'écoute comme si c'était pour la première fois. Je ne sais par quel sortilège, c'est toujours la première fois que j'entends Chopin. La même impression qu'en lisant Baudelaire. Ce n'est jamais le même Baudelaire ni le même Chopin.

Re: Fioretti de Julien Green

par stephlorant » mar. 20 sept. 2011, 11:51

26 décembre 1973

Avant le déjeuner, seul et ayant fini mon travail, j'ai eu tout d'un coup une crise de neurasthénie comme cela m'arrive rarement. Présence du néant, désespoir absolu. C'est là le démon, car l'enfer c'est l'ennui dans une détresse perpétuelle.





Note: J'ai extrait ces quelques lignes car elles me disent deux ou trois choses intéressantes. Et, d'abord, la "neurasthénie," en 1973, c'était ce que l'on nomme aujourd'hui la dépression. Combien d'entre nous en souffrent aujourd'hui ? Il se vendrait quelques 65 millions de boîtes d’antidépresseurs par an en France (championne du monde de la consommation !) alors que l’efficacité de ces médicaments est régulièrement remise en question. (*) Le chiffre est énorme, mais je me pose une question que je crois importante : accepte-t-on encore de supporter une quelconque souffrance morale ?

Lorsque je suis sorti d'une dépression - consécutive à un régime très dur contre le cholestérol, ce fut pour découvrir le monastère des sœurs Clarisses; je voulais dire 'merci' pour ma guérison soudaine... et durant les quinze années qui ont suivi, j'ai participé chaque jour à tous les offices (sauf Vêpres). Un bonheur de chaque jour, durable et profond.

Or, le premier jour de ma dépression (état de panique au réveil, pouls à 140), à peine le médecin avait-il : "La dépression, c'est cela: on peut dire que c'est 'l'élan vital' qui est momentanément suspendu"..., j'ai compris que le Seigneur avait permis cela. Et bien que n'étant plus capable que de travailler cinq heures par jour, en me soutenant de divers cachets - dont le Prozac, j'avais écrit ma propre "prière dans la dépression" que je livre ici
:

- Très haut, tout puissant et bon Seigneur,
C'est Toi qui chaque jour me donne le souffle de la vie.
Chaque jour, depuis ma naissance, Tu me l'as donné.
A ma dernière heure, tu me le reprendras,
Pour le bonheur parfait de demeurer éternellement auprès de Toi.

Alors, quand le médecin a dit:
"La dépression, c'est l'élan vital qui est suspendu",
Aussitôt j'ai reconnu que c'est Toi qui as permis cela.

Car si Tu donnes le souffle de la vie
Et si Tu as le pouvoir de le reprendre,
C'est que Tu peux aussi le suspendre
- et c'est cela qui m'est advenu.

Aujourd'hui, paralysé de peur,
Petit enfant prisonnier dans le noir,
Affligé d'une immense tristesse, vraie mélancolie des Cieux,
D'une langueur de tout l'être, d'un isolement du cœur jamais éprouvé,
C'est comme si Tu avais soudain suspendu Ton souffle en mon âme.

Mais Seigneur, j'ai foi que cette souffrance est grâce encore !
Grâce pour partager, très humblement, un tout petit instant,
L'immense agonie de Ton Fils.
Oui, cette souffrance est une grâce encore, pour aimer tous mes frères,
Tout spécialement ceux qui sont dans le refus de Ton amour
Ou qui croyaient que leurs forces propres suffiraient pour tout.

Mais, Seigneur, j'ai fois que cette souffrance est, tout autant,
Pour une guérison plus grande,
Pour le renouvellement de mon être,
Pour ma purification,
Pour la délivrance de mes peurs,
Pour un cœur toujours plus abandonné en Toi,
Et capable de tout entreprendre !

C'est pourquoi, du fond de ma détresse,
Je Te le dis, je Te le crie, je Te le chante,
Je T'adore et je T'aime, O mon Seigneur !

Malgré mon cœur blessé qui sue de désespoir,
Mon esprit torturé Te glorifie encore:
"Ma vie n'appartient qu'au Seigneur: la voici !
Pour vivre, pour aimer, pour souffrir, pour mourir,
Toujours le Seigneur demeure en moi et moi en Lui !"
Non comme je veux, mon Dieu, mais comme Toi, Tu veux !

Depuis lors, à chaque rencontre avec une personne dépressive, je commence par pointer du doigt les "anticipations négatives". Je dis : si c'est pour toi comme ce fut pour moi, alors tu as peur de te rendre dans une banque et d'être incapable de retirer de l'argent du distributeur. Et très souvent, je tombe "dans le mille". Je raconte ensuite que le dernier jour de ma dépression, je me suis relevé de mon lit, j'ai pris mon vélo et je suis parti. Au moment de monter sur l'engin, je me disais (anticipation négative): "Je n'arriverai même pas à parcourir trente mètres sans tomber" - mais au compteur kilométrique, en rentrant, j'avais parcouru quinze kilomètres !

Conclusion: il faut se battre contre ses idées noires et c'est d'autant plus difficiles qu'on les croit justes, naturelles, normales. Si beaucoup de personnes en dépression pouvaient lire ce témoignage, je suis certain que cela en aiderait efficacement une partie d'entre elles.


(*)Posté par Surf Prevention dans ACTUALITES, Etudes, Les Conseils du Docteur Surf, Point de vue, Prévention le 17 janvier 2010

Re: Fioretti de Julien Green

par stephlorant » lun. 19 sept. 2011, 18:14

27 novembre 1973

Une jeune fille de Suisse vient me voir. Dans son petit visage blanc, les grands yeux noirs sont pleins de questions. On lui a donné le conseil de venir me confier ses difficultés (comme si je n'avais pas moi-même besoin de conseils, plus peut-être que les autres). Je lui dis de penser à moi et elle s'en va après de grands et profonds regards. Une demi-heure se passe et la voilà de retour, elle me dit qu'elle a prié pour le romancier. Comment n'être pas remué ?

Note: Ce petit 'interlude' m'a rappelé quelque chose. Dans les premiers mois qui ont suivi ma conversion, je me suis trouvé un jour à souper chez un couple d'amis, non pas athées, mais des catholiques "non pratiquants" - comme ils disent. Voici que le plat arrive et que Viviane le pose délicatement sur la table. Et moi, pendant ce temps, sans ouvrir la bouche je disais mon Bénédicité. Or, voici que la jeune fille à ma droite dit tout haut: c'est curieux, j'ai cru un moment qu'on allait "dire les grâces" comme dans le temps passé ! Et Viviane, entendant cela, s'écrie: "Ça, c'est fort ! Tu dois avoir un don de devin, car j'ai eu exactement la même pensée !". Qu'elles furent heureuses ces trois années après ma vision ! Jésus s'invitait à l'improviste partout où j'allais... Oh, je ne doute pas une seconde qu'il est ici au moment où je raconte cette histoire, mais des signes aussi flagrants, je n'en reçois plus que dans des occasions très particulières...

Re: Fioretti de Julien Green

par stephlorant » lun. 19 sept. 2011, 17:44

27 novembre 1973

Je suis rentré dans une grande librairie catholique remplie de livres et en quantité telle qu'à les voir, on se croirait dans une époque de renouveau spirituel. (...) J'ai ouvert et refermé un certain nombre de livres écrits dans le style d'aujourd'hui qui fait du français une langue à peu près incompréhensible pour les non-initiés. Mon impression n'est pas bonne. J'ai l'impression d'être à côté de la nouvelle Église et encore dans l'autre, celle dont on ne veut plus et à laquelle je me suis converti. Loin de moi la pensée de me séparer de l’Église, mais pour tout dire en un mot, je m'y sens aujourd'hui dépaysé. Il en résulte chez moi un grand et profond malaise.
En rentrant chez moi, j'ai fait un détour pour aller à la chapelle miraculeuse de la rue du Bac et c'est à grand peine que j'ai pu y entrer tant la foule était dense. On disait le chapelet. Je suis resté. On va vers l’Église, celle qui est en place, l’Église visible. Il n'y en a pas d'autre. J'y vais, moi aussi, d'un cœur troublé.

Note: En 1973, j'avais dix-sept ans et j'avais été troublé moi-même au point d'aller voir ailleurs. Ce qui fit mon malheur durant plusieurs années, mais qui fut ma chance aussi - car le bon Berger était déjà parti à ma recherche. La raison de mon départ avait été si soudaine ! J'étais dans mon service d'enfant de chœur (trois ou quatre ans plus tôt) et j'ai assisté à une séance de flirt qui m'avait choqué; puis en tournant la tête, j'avais remarqué deux dames en pleine conversation durant l'homélie; j'avais enfin regardé vers le prêtre - je m'attendais à un rappel à l'ordre, mais lui, imperturbablement à continué à lire son texte... c'est là que mon cœur s'est rompu : "si même lui n'ose pas dire ou faire quelque chose, alors c'est que tout le monde s'en fout. Je ne viendrai plus, c'est fini".

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