par ti'hamo » lun. 29 août 2011, 23:13
@Wawatata
Ah, oui, j'ai déjà entendu ce type d'argumentation (n'est-ce pas dans Kant qu'on trouve ce genre de problème ?). Pour un chrétien, si on y réfléchit bien cela ne pose pas de problème.
. Il me semble que le problème vient de vouloir à tout prix qualifier et définir le bien, l'altruisme, uniquement en terme d'intérêts:
l'acte "véritablement altruiste" serait celui qu'on ferait en visant le bien d'autrui, sans que cela nous apporte rien. D'où, ensuite, soit le scrupule de ne surtout rien ressentir d'agréable, pour être sûr de faire le bien, soit l'affirmation désabusée qu'aucun de nos actes n'est réellement bon, puisque nous le faisons au moins en partie pour nous.
Or, tournons la question autrement :
qu'y a-t-il de mauvais, en soi, dans le fait de prendre plaisir à faire le bien d'autrui, à aider autrui ?
A priori, rien.
. Maintenant creusons un peu la logique sous-jacente aux affirmations de vos interlocuteurs :
ce qu'ils affirment signifierait que le véritable altruiste serait celui qui détesterait aider autrui, mais qui les aiderait quand-même, et que celui qui aimerait aider autrui, serait égoïste : ainsi, en toute logique, celui qui voudrait être réellement altruiste devrait s'efforcer de détester aider autrui, si au départ il ressentait quelque bien à le faire :
cela ne vous semble-t-il pas complètement absurde ?
. Considérons donc maintenant les choses telles que nous les présentent la philosophie chrétienne et certains philosophes de l'antiquité (notamment Platon, dans sa recherche du bon-en-soi et du bien-en-soi) :
tout bien, toute chose bonne, provient de cette même source et y conduit : le bien-en-soi, le bon-en-soi (qui est ce que nous appelons, nous, "Dieu").
Toute chose bonne, donc, est bonne. Ça a l'air d'une lapalissade, mais il est certaines évidences qu'il ne faut pas craindre de rappeler noir sur blanc.
Or, donc, dans cette perspective, ressentir du bien en faisant le bien, c'est bien. Aider autrui est bon, faire le bien d'autrui est bon, ...ressentir le bien que l'on fait est également bon.
.
Dans cette perspective, le problème n'est pas une question d'intérêts, le problème n'est pas de se demander les intérêts de qui on vise par nos actes,
la question fondamentale est plutôt l'ordre du bien : tous les biens proviennent de la même source et y pointent, mais il existe un certain ordre dans ce bien.
Notamment, dans le cas qui nous occupe : aider autrui est un acte que nous reconnaissons comme un bien moral ; la satisfaction ressentie serait plutôt un bien sensible (une sensation agréable, gratifiante).
. Maintenant, partant de là, prenons des exemples concrets :
> celui qui recherche le bien d'autrui (qui recherche le vrai bien d'autrui, on ne parle pas ici simplement de "faire du bien") et qui en ressent une certaine satisfaction, ce qu'il fait est bien, point, sans se casser la tête ; il n'est ici nulle question "d'intérêt" : il est question de bien ; or, faire le bien, c'est bien, donc ressentir du bien en faisant le bien, c'est bien.
> mais, il se peut pour tout un tas de raison qu'aider autrui, dans certaines circonstances, ne nous fasse rien ressentir de particulier (parce qu'on a d'autres soucis plus graves par ailleurs, parce qu'il ne fait pas beau, parce qu'on a raté son café du matin...) ; dans ce cas deux solutions :
1. soit on aide tout de même notre semblable qui en a besoin, parce que, quoique ne ressentant rien sur le moment, on demeure capable de se rendre compte que c'est bien ;
2. soit on n'aide pas notre semblable, parce que cette fois ça ne nous apporte aucune satisfaction.
Dans le premier cas, on choisit librement d'agir bien, parce qu'on reconnaît un bien à accomplir, et malgré qu'on soit alors privé du bien sensible qui pouvait appuyer notre motivation.
Dans le deuxième cas, on choisit de renoncer à bien agir, parce qu'on se retrouve privé d'un bien sensible (la sensation agréable de bien agir) ; alors, dans ce deuxième cas uniquement, on se montre égoïste de façon certaine et évidente.
. Ce n'est donc pas ressentir et apprécier un bien sensible comme soutien à notre motivation de bien agir, qui est égoïste : ce bien sensible est un bien comme le bien moral est un bien, ces deux biens se complètent, et il n'y a qu'à se réjouir qu'ils se complètent ainsi puisqu'ils nous facilitent la tâche d'agir pour le bien d'autrui !
Mais ce qui est égoïste, c'est de renverser l'ordre dans le bien : ici, donc, accorder plus d'importance à un bien sensible qu'à un bien moral ; autrement dit, n'agir que, si et seulement si, on en reçoit un bien sensible.
C'est d'ailleurs ainsi que se définit le mal en théologie chrétienne : c'est prendre un bien inférieur comme une fin en soi, et le placer au-dessus de biens supérieurs et préférables.
De ce point de vue là, donc, le dilemme posé au départ n'existe pas :
. on choisit de faire le bien, le bien moral, parce qu'on le reconnaît comme un bien : c'est bien.
. on ressent en plus un bien sensible qui soutient et facilite notre motivation à bien agir : ben, c'est bien, pourquoi s'en plaindre ?
. on ne ressent pas toujours ce bien sensible : et bien, quand on l'a, on s'en réjouit, parce qu'il nous facilite la tâche, et quand on ne l'a pas on se réjouit, parce qu'alors nous pouvons faire le bien pour le bien, ce qui est bien ;
(c'est le "tout est grâce" de Ste Thérèse de l'enfant Jésus, qui est assez difficile à pratiquer cela dit)
. mais rechercher d'abord le bien sensible, quitte à ignorer un bien moral qui ne nous apporte pas de bien sensible, cela est un désordre dans l'ordre du bien, c'est alors effectivement égoïste.
Vous voyez, je ne dis pas non plus qu'il ne faut pas se méfier de soi-même : évidemment qu'il faut savoir se remettre en question et se poser des questions sur ses propres motivations ; mais, si on sait regarder autour de soi, on ne manque pas d'occasions de faire le bien pour le bien sans que cela nous apporte de bien sensible (quoique, en toute logique, à force de pratiquer le bien de cette façon, on devrait, comme les saints, finir par prendre plaisir à faire un bien qui sur le moment ne nous apporte pas de plaisir...

)
Simplement,
le dilemme posé introduisait le problème d'une façon erronée, en raisonnant en termes d'intérêts là où il convient de raisonner en terme de biens, et d'ordre dans le bien. De cette façon, on se casse beaucoup moins la tête, et la réflexion obtenue est bien plus apte à être mise en pratique.
J'ajouterai que
le dilemme de départ n'est pas exempt ...d'orgueil : vouloir à tout prix pouvoir se prouver qu'on agit par abnégation pure, et, observant qu'on ne peut pas se le prouver, désespérer et affirmer qu'il est impossible d'agir par abnégation puisqu'on agit toujours par égoïsme.
(cet orgueil est d'ailleurs exprimé dans le titre que vous donnez de façon tout à fait adéquate à ce dilemme : le mérite du paradis ; or, le paradis ne se mérite pas, il s'accepte)
L'autre façon de voir répond à cet orgueil (qui mène à l'absurde, comme on l'a vu) par l'humilité : se réjouir du bien que l'on se voit capable de réaliser (bien moral) comme du bien que l'on reçoit (bien sensible)... et comme d'ailleurs du bien qu'on ne reçoit pas (vous remarquerez qu'en ne recevant pas un bien sensible, dans ce cas, on reçoit un bien moral : la connaissance de notre propre capacité au bien), et agir pour le bien quel que soient les circonstances.
@Wawatata
Ah, oui, j'ai déjà entendu ce type d'argumentation (n'est-ce pas dans Kant qu'on trouve ce genre de problème ?). Pour un chrétien, si on y réfléchit bien cela ne pose pas de problème.
. Il me semble que le problème vient de vouloir à tout prix qualifier et définir le bien, l'altruisme, uniquement en terme d'intérêts:
l'acte "véritablement altruiste" serait celui qu'on ferait en visant le bien d'autrui, sans que cela nous apporte rien. D'où, ensuite, soit le scrupule de ne surtout rien ressentir d'agréable, pour être sûr de faire le bien, soit l'affirmation désabusée qu'aucun de nos actes n'est réellement bon, puisque nous le faisons au moins en partie pour nous.
Or, tournons la question autrement :
qu'y a-t-il de mauvais, en soi, dans le fait de prendre plaisir à faire le bien d'autrui, à aider autrui ?
A priori, rien.
. Maintenant creusons un peu la logique sous-jacente aux affirmations de vos interlocuteurs :
ce qu'ils affirment signifierait que le véritable altruiste serait celui qui détesterait aider autrui, mais qui les aiderait quand-même, et que celui qui aimerait aider autrui, serait égoïste : ainsi, en toute logique, celui qui voudrait être réellement altruiste devrait s'efforcer de détester aider autrui, si au départ il ressentait quelque bien à le faire :
cela ne vous semble-t-il pas complètement absurde ?
. Considérons donc maintenant les choses telles que nous les présentent la philosophie chrétienne et certains philosophes de l'antiquité (notamment Platon, dans sa recherche du bon-en-soi et du bien-en-soi) :
tout bien, toute chose bonne, provient de cette même source et y conduit : le bien-en-soi, le bon-en-soi (qui est ce que nous appelons, nous, "Dieu").
Toute chose bonne, donc, est bonne. Ça a l'air d'une lapalissade, mais il est certaines évidences qu'il ne faut pas craindre de rappeler noir sur blanc.
Or, donc, dans cette perspective, ressentir du bien en faisant le bien, c'est bien. Aider autrui est bon, faire le bien d'autrui est bon, ...ressentir le bien que l'on fait est également bon.
. [b]Dans cette perspective, le problème n'est pas une question d'intérêts, le problème n'est pas de se demander les intérêts de qui on vise par nos actes,
la question fondamentale est plutôt l'ordre du bien[/b] : tous les biens proviennent de la même source et y pointent, mais il existe un certain ordre dans ce bien.
Notamment, dans le cas qui nous occupe : aider autrui est un acte que nous reconnaissons comme un bien moral ; la satisfaction ressentie serait plutôt un bien sensible (une sensation agréable, gratifiante).
. Maintenant, partant de là, prenons des exemples concrets :
> celui qui recherche le bien d'autrui (qui recherche le vrai bien d'autrui, on ne parle pas ici simplement de "faire du bien") et qui en ressent une certaine satisfaction, ce qu'il fait est bien, point, sans se casser la tête ; il n'est ici nulle question "d'intérêt" : il est question de bien ; or, faire le bien, c'est bien, donc ressentir du bien en faisant le bien, c'est bien.
> mais, il se peut pour tout un tas de raison qu'aider autrui, dans certaines circonstances, ne nous fasse rien ressentir de particulier (parce qu'on a d'autres soucis plus graves par ailleurs, parce qu'il ne fait pas beau, parce qu'on a raté son café du matin...) ; dans ce cas deux solutions :
1. soit on aide tout de même notre semblable qui en a besoin, parce que, quoique ne ressentant rien sur le moment, on demeure capable de se rendre compte que c'est bien ;
2. soit on n'aide pas notre semblable, parce que cette fois ça ne nous apporte aucune satisfaction.
Dans le premier cas, on choisit librement d'agir bien, parce qu'on reconnaît un bien à accomplir, et malgré qu'on soit alors privé du bien sensible qui pouvait appuyer notre motivation.
Dans le deuxième cas, on choisit de renoncer à bien agir, parce qu'on se retrouve privé d'un bien sensible (la sensation agréable de bien agir) ; alors, dans ce deuxième cas uniquement, on se montre égoïste de façon certaine et évidente.
. Ce n'est donc pas ressentir et apprécier un bien sensible comme soutien à notre motivation de bien agir, qui est égoïste : ce bien sensible est un bien comme le bien moral est un bien, ces deux biens se complètent, et il n'y a qu'à se réjouir qu'ils se complètent ainsi puisqu'ils nous facilitent la tâche d'agir pour le bien d'autrui !
Mais ce qui est égoïste, c'est de renverser l'ordre dans le bien : ici, donc, accorder plus d'importance à un bien sensible qu'à un bien moral ; autrement dit, n'agir que, si et seulement si, on en reçoit un bien sensible.
C'est d'ailleurs ainsi que se définit le mal en théologie chrétienne : c'est prendre un bien inférieur comme une fin en soi, et le placer au-dessus de biens supérieurs et préférables.
De ce point de vue là, donc, le dilemme posé au départ n'existe pas :
. on choisit de faire le bien, le bien moral, parce qu'on le reconnaît comme un bien : c'est bien.
. on ressent en plus un bien sensible qui soutient et facilite notre motivation à bien agir : ben, c'est bien, pourquoi s'en plaindre ?
. on ne ressent pas toujours ce bien sensible : et bien, quand on l'a, on s'en réjouit, parce qu'il nous facilite la tâche, et quand on ne l'a pas on se réjouit, parce qu'alors nous pouvons faire le bien pour le bien, ce qui est bien ;
(c'est le "tout est grâce" de Ste Thérèse de l'enfant Jésus, qui est assez difficile à pratiquer cela dit)
. mais rechercher d'abord le bien sensible, quitte à ignorer un bien moral qui ne nous apporte pas de bien sensible, cela est un désordre dans l'ordre du bien, c'est alors effectivement égoïste.
Vous voyez, je ne dis pas non plus qu'il ne faut pas se méfier de soi-même : évidemment qu'il faut savoir se remettre en question et se poser des questions sur ses propres motivations ; mais, si on sait regarder autour de soi, on ne manque pas d'occasions de faire le bien pour le bien sans que cela nous apporte de bien sensible (quoique, en toute logique, à force de pratiquer le bien de cette façon, on devrait, comme les saints, finir par prendre plaisir à faire un bien qui sur le moment ne nous apporte pas de plaisir... :s )
Simplement, [b]le dilemme posé introduisait le problème d'une façon erronée, en raisonnant en termes d'intérêts là où il convient de raisonner en terme de biens, et d'ordre dans le bien[/b]. De cette façon, on se casse beaucoup moins la tête, et la réflexion obtenue est bien plus apte à être mise en pratique.
J'ajouterai que[b] le dilemme de départ n'est pas exempt ...d'orgueil[/b] : vouloir à tout prix pouvoir se prouver qu'on agit par abnégation pure, et, observant qu'on ne peut pas se le prouver, désespérer et affirmer qu'il est impossible d'agir par abnégation puisqu'on agit toujours par égoïsme.
(cet orgueil est d'ailleurs exprimé dans le titre que vous donnez de façon tout à fait adéquate à ce dilemme : le mérite du paradis ; or, le paradis ne se mérite pas, il s'accepte)
L'autre façon de voir répond à cet orgueil (qui mène à l'absurde, comme on l'a vu) par l'humilité : se réjouir du bien que l'on se voit capable de réaliser (bien moral) comme du bien que l'on reçoit (bien sensible)... et comme d'ailleurs du bien qu'on ne reçoit pas (vous remarquerez qu'en ne recevant pas un bien sensible, dans ce cas, on reçoit un bien moral : la connaissance de notre propre capacité au bien), et agir pour le bien quel que soient les circonstances.