par Pneumatis » jeu. 04 août 2011, 10:39
Bonjour,
Cela fait un moment que je voulais retrouver le temps de revenir sur ce fil de discussion... Entre temps il a bien avancé, mais je me permets tout de même de dire ce que je voulais dire au départ.
Je pense que le fond de l'incompréhension qui persiste à habiter les débats autour du dialogue interreligieux vient de la fixation que l'on fait sur les doctrines. Bien entendu, professer une doctrine juste est essentielle. Mais si l'Eglise elle-même nous engage, essentiellement depuis Vatican II, à reconnaitre dans les autres religions les germes de Vérité qui y sont semés et à les "arroser" pour qu'elles poussent, c'est qu'il y a dans le dialogue un au-delà de la doctrine.
L'évangélisation est une nécessité pour tout chrétien : nous devons porter l'évangile à nos lèvres sans quoi tout ce que nous avons reçu est vain. Nous l'apprenons notamment de Saint Paul, mais c'est également une certitude qui se dégage de l'étude des Saintes Ecritures. Cependant, il faut savoir ce que signifie porter l'évangile à nos lèvres, et ne pas le faire hypocritement, c'est-à-dire en se trompant de but.
Il ne s'agit nullement d'être prosélyte. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, et c'est volontairement provocateur, on n'annonce pas l'évangile à quelqu'un dans le but de le convertir. Dans l'espoir, peut-être, car nous gardons l'espoir pour nous-même et pour tout homme qu'il soit converti. Mais le but premier de l'évangélisation, pour qui professe le Christ, n'est pas de convertir celui qui l'entend. Ce serait s'approprier une fonction qui ne revient qu'à Dieu seul par sa grâce.
Le but premier, c'est de se laisser soi-même convertir par la parole qu'on professe ! C'est capital à saisir : pour être configuré au Christ, nous devons bien entendu recevoir la parole de Dieu. Mais si nous nous arrêtons-là, si la parole de Dieu reçue "s'écrase" en nous et qu'elle ne rejailli pas de nos lèvres, alors elle est morte en nous, et c'est pour nous cause de grande malédiction que d'avoir retenu en nous cette parole, de l'avoir rendu stérile. Porter l'évangile à nos lèvres est une nécessité pour le propre salut de celui qui l'a reçu, car c'est la condition de sa fécondité réelle. Plus de détails ici, si vous le souhaitez :
http://pneumatis.over-blog.com/article- ... 27514.html
Bref, on comprend alors mieux tout l'intérêt du dialogue : la semence au semeur, et le pain au consommateur (Isaïe 55, 10), qui donne tout son sens aux paroles de Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (chapitre 9, versets 13 à 16). Le dialogue interreligieux est en lui-même un acte véritable d'évangélisation, car la vocation de ce dialogue est de parler de Dieu. Bien sur on peut y dire tout et n'importe quoi, potentiellement. Mais :
- au moins une part est inspiré par Dieu (il y a quand même des catholiques fidèles à l'enseignement du Christ qui s'y expriment)
- on y est globalement motivé par la recherche de la paix et de la vérité
De sorte que par le fait même du dialogue, on rend le Christ présent ! Le Christ est la Vérité, et lorsque deux ou trois sont réunis en sont nom, il est au milieu d'eux. Nul ne possède la vérité, et même le plus érudit des catholiques n'a pas embrassé la vérité toute entière. En cela, il se trouve, relativement au Christ, tout comme un musulman ou un juif, en marche vers la Vérité. Je conçois d'avance tous les "mais" et les "si" qu'on a envie d'ajouter à cette phrase, qui doit choquer un catholique. Mais justement, commençons d'emblée par nous garder de "comparer" les religions. Nous savons, ou pensons savoir ce qui est vrai : que l'Eglise est la voie du salut, dans le Christ. OK. Prenons un peu de distance par rapport à ce "moi je sais".
Ce qui est important, dans le dialogue interreligieux, c'est que nous nous rassemblons au nom de la vérité sur Dieu, pour parler de Dieu. Alors ce dialogue devient par-là même évangélisation. Alors ce que nos bouches proclament, si imparfait et incomplet soit-il, est acte d'évangélisation. C'est le cas principalement pour ceux qui ont reçu l'évangile et qui l'annoncent à cette occasion, c'est-à-dire qui parlent de Dieu et de son royaume avec les mots de Jésus. C'est la semence au semeur. Mais la parole ainsi transmise est aussi pain au consommateur, et les paroles d'évangiles qui sont dites à l'occasion d'un tel dialogue devienne l'offrande du pain, au consommateur, un pain proprement eucharistique puisque des mots mêmes de Jésus, il devient présent dans cette réunion de ceux qui dialoguent au nom de la Vérité.
Voilà, le dialogue interreligieux, dès lors évidemment qu'il est sincère, et c'est-à-dire justement NON-prosélyte, est intrinsèquement un acte d'évangélisation, et je crois que nos Papes l'ont compris, sinon les rencontres d'Assise n'auraient aucun intérêt. Le fait que le fruit de ces rencontres puissent être de progresser dans la paix n'est finalement qu'un juste retour des choses, le fruit dont finalement on sait bien ce qu'est l'arbre.
Bonjour,
Cela fait un moment que je voulais retrouver le temps de revenir sur ce fil de discussion... Entre temps il a bien avancé, mais je me permets tout de même de dire ce que je voulais dire au départ.
Je pense que le fond de l'incompréhension qui persiste à habiter les débats autour du dialogue interreligieux vient de la fixation que l'on fait sur les doctrines. Bien entendu, professer une doctrine juste est essentielle. Mais si l'Eglise elle-même nous engage, essentiellement depuis Vatican II, à reconnaitre dans les autres religions les germes de Vérité qui y sont semés et à les "arroser" pour qu'elles poussent, c'est qu'il y a dans le dialogue un au-delà de la doctrine.
L'évangélisation est une nécessité pour tout chrétien : nous devons porter l'évangile à nos lèvres sans quoi tout ce que nous avons reçu est vain. Nous l'apprenons notamment de Saint Paul, mais c'est également une certitude qui se dégage de l'étude des Saintes Ecritures. Cependant, il faut savoir ce que signifie porter l'évangile à nos lèvres, et ne pas le faire hypocritement, c'est-à-dire en se trompant de but.
Il ne s'agit nullement d'être prosélyte. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, et c'est volontairement provocateur, on n'annonce pas l'évangile à quelqu'un dans le but de le convertir. Dans l'espoir, peut-être, car nous gardons l'espoir pour nous-même et pour tout homme qu'il soit converti. Mais le but premier de l'évangélisation, pour qui professe le Christ, n'est pas de convertir celui qui l'entend. Ce serait s'approprier une fonction qui ne revient qu'à Dieu seul par sa grâce.
Le but premier, c'est de se laisser soi-même convertir par la parole qu'on professe ! C'est capital à saisir : pour être configuré au Christ, nous devons bien entendu recevoir la parole de Dieu. Mais si nous nous arrêtons-là, si la parole de Dieu reçue "s'écrase" en nous et qu'elle ne rejailli pas de nos lèvres, alors elle est morte en nous, et c'est pour nous cause de grande malédiction que d'avoir retenu en nous cette parole, de l'avoir rendu stérile. Porter l'évangile à nos lèvres est une nécessité pour le propre salut de celui qui l'a reçu, car c'est la condition de sa fécondité réelle. Plus de détails ici, si vous le souhaitez : http://pneumatis.over-blog.com/article-donne-nous-aujourd-hui-notre-pain-de-ce-jour-80727514.html
Bref, on comprend alors mieux tout l'intérêt du dialogue : la semence au semeur, et le pain au consommateur (Isaïe 55, 10), qui donne tout son sens aux paroles de Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (chapitre 9, versets 13 à 16). Le dialogue interreligieux est en lui-même un acte véritable d'évangélisation, car la vocation de ce dialogue est de parler de Dieu. Bien sur on peut y dire tout et n'importe quoi, potentiellement. Mais :
- au moins une part est inspiré par Dieu (il y a quand même des catholiques fidèles à l'enseignement du Christ qui s'y expriment)
- on y est globalement motivé par la recherche de la paix et de la vérité
De sorte que par le fait même du dialogue, on rend le Christ présent ! Le Christ est la Vérité, et lorsque deux ou trois sont réunis en sont nom, il est au milieu d'eux. Nul ne possède la vérité, et même le plus érudit des catholiques n'a pas embrassé la vérité toute entière. En cela, il se trouve, relativement au Christ, tout comme un musulman ou un juif, en marche vers la Vérité. Je conçois d'avance tous les "mais" et les "si" qu'on a envie d'ajouter à cette phrase, qui doit choquer un catholique. Mais justement, commençons d'emblée par nous garder de "comparer" les religions. Nous savons, ou pensons savoir ce qui est vrai : que l'Eglise est la voie du salut, dans le Christ. OK. Prenons un peu de distance par rapport à ce "moi je sais".
Ce qui est important, dans le dialogue interreligieux, c'est que nous nous rassemblons au nom de la vérité sur Dieu, pour parler de Dieu. Alors ce dialogue devient par-là même évangélisation. Alors ce que nos bouches proclament, si imparfait et incomplet soit-il, est acte d'évangélisation. C'est le cas principalement pour ceux qui ont reçu l'évangile et qui l'annoncent à cette occasion, c'est-à-dire qui parlent de Dieu et de son royaume avec les mots de Jésus. C'est la semence au semeur. Mais la parole ainsi transmise est aussi pain au consommateur, et les paroles d'évangiles qui sont dites à l'occasion d'un tel dialogue devienne l'offrande du pain, au consommateur, un pain proprement eucharistique puisque des mots mêmes de Jésus, il devient présent dans cette réunion de ceux qui dialoguent au nom de la Vérité.
Voilà, le dialogue interreligieux, dès lors évidemment qu'il est sincère, et c'est-à-dire justement NON-prosélyte, est intrinsèquement un acte d'évangélisation, et je crois que nos Papes l'ont compris, sinon les rencontres d'Assise n'auraient aucun intérêt. Le fait que le fruit de ces rencontres puissent être de progresser dans la paix n'est finalement qu'un juste retour des choses, le fruit dont finalement on sait bien ce qu'est l'arbre.