Combattre la rhétorique athée

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Re: Combattre la rhétorique athée

par marie du hellfest » dim. 24 juil. 2011, 0:21

Monte-Cristo a écrit :Bonjour,

venant d'une famille complètement déchristianisée, je projète d'essayer d'évangéliser mon entourage, pour son salut. Avant de me lancer tête baissée, j'attends d'être mieux formé que je le suis actuellement, ce qui pourrait prendre plusieurs années.

Lorsque je commencerai mon travail, je sais que je vais faire face à cette question :

Si Dieu existe, pourquoi laisse-t-il faire le mal ?

Et celle-ci : Pourquoi un Dieu et non pas plusieurs dieux ?

Quels contre-arguments à ces questions ?

Merci pour vos réponses, et désolé si j'ai choisi la mauvaise section, ou si ces questions ont déjà été formulées :oops:
Bonsoir,

Comme d'autres, je souscris largement aux conseils d'éviter une évangélisation trop active, pour beaucoup de personnes qui ne s'y intéresse pas c'est le meilleur moyen de vous les mettre à dos.

Évitez aussi les vérités assénées par le dogme, j'ai déjà eu l'occasion de discuter du sujet avec des personnes qui étaient là spécialement pour évangélisation, et rien n'est plus frustrant que quelqu'un qui se contente d'aller chercher des citations dans la Bible pour contredire vos arguments.
Ça ne vous empêche pas, bien sûr, de démontrer que votre croyance est cohérente en interne, que si on part de l'hypothèse que Dieu existe etc, ... ça se tient. Mais l'argument de "c'est comme ça parce que Dieu l'a dit" à quelqu'un qui ne croit pas en Dieu, on ne va jamais bien loin avec.

J'aurai tendance à penser que la conversion n'est pas une affaire d'argumentaire, c'est beaucoup plus personnel que cela. On peut préparer le terrain en informant les gens, en proposant une solution, mais le reste est un cheminement personnel. Ne perdez pas votre temps à tenter de faire accepter des idées à des gens dont le référentiel ne le permet pas (un peu comme en mathématique quand vous soutenez que i² = -1 à quelqu'un qui n'utilise pas les nombres imaginaires dans son référentiel, je ne sais pas si vous me suivez). Mais plutôt, donnez envie aux gens de se tourner vers vous si jamais ils en éprouvent le besoin.

Concrètement, vivez en chrétien, tout simplement. Proposez à votre entourage de les informer s'ils le souhaitent, profitez d'une conversation sur le sujet pour corriger les idées reçues ("Tiens, c'est marrant, c'est pas ce qu'il a dit, le Pape ..."). Pas besoin d'être vindicatif (ce serait même contre-productif), soyez patient et précis. Sans avoir un QI surdéveloppé je me suis rapidement rendue compte en fréquentant ce forum de la partialité des médias par exemple, quand j'avais leur version et les communiqués de l'Eglise sous le nez (lors de l'affaire du Pisschrist par exemple) ; pas besoin des lamentations envers les médias intello-gaucho-bobo-vendus-décadents de certaines personnes ici pour que je m'en méfie maintenant (ça aurait plus tendance à m'énerver qu'autre chose). Bref, quand les gens ont les éléments en main, ils sont parfaitement capable d'en tirer les conclusions - pas besoin de les faire à leur place, ça évitera de leur donner l'impression de vous plaindre en permanence.

Je suis par contre beaucoup plus touchée par les personnes qui resplendissent de l'intérieur (si je puis dire), qui débordent de charité, de patience et de compréhension. Je n'en ai pas croisées beaucoup dans la vie mais elles laissent toujours des traces, elles me donnent envie de croire, même si je n'y crois pas. C'est un peu difficile à expliquer ; j'en viens presque à espérer que ce soient elles qui aient raison et pas moi, même si je ne crois toujours pas à leur religion ...

Voilà, je ne voudrais pas non plus généraliser, mais c'est ce qui marche avec moi ; peut-être avez-vous dans votre entourage des personnes aux réactions similaires, je n'en sais rien.

Et pour répondre aux questions :
- dieu autorise le mal : ben oui, parce que sinon nous serions des marionnettes et pas des hommes. On ne fait pas des enfants pour les garder toute leur vie enfermés dans la maison pour éviter qu'ils fassent le mal. Si jamais, demandez à vos interlocuteurs où ils fixeraient la limite : le meurtre ? le viol ? le vol ? les attaques psychologiques ne sont-elles finalement pas plus mauvaises que les physiques ? le harcèlement ? le mensonge ? Bref, on ne pourrait rien faire ...

- pourquoi un Dieu et pas plusieurs : j'avoue que je n'en sais rien et ça ne me paraît pas le plus important (la forme sur le fond), mais c'est aussi parce que je suis déiste et pas croyante en un dogme particulier. Mais ce qui vous a donné envie d'y croire, est-ce que c'est parce le catholicisme parle d'un Dieu unique ou est-ce parce qu'il prêche l'Amour de son prochain ?

Bon courage en tout cas.

Re: Combattre la rhétorique athée

par Fée Violine » sam. 23 juil. 2011, 10:39

L'Esprit est féminin en hébreu (ruah), neutre en grec (pneuma) et masculin en latin (spiritus).

Re: Combattre la rhétorique athée

par Anne » sam. 23 juil. 2011, 6:11

Raistlin a écrit : Dans la Bible, Dieu est décrit tour à tour avec des attributs masculins et féminins (certains commentateurs diront même que Dieu est un Père avec des entrailles de Mère). Cependant, il est indéniable qu'il est davantage décrit avec des attributs masculins.
Il me semble avoir lu quelque part que c'est surtout l'Esprit qui est souvent "féminin"... Faudrait que je retrouve ce truc...

Re: Combattre la rhétorique athée

par Raistlin » ven. 22 juil. 2011, 11:40

Théo d'Or a écrit :On aurait pu imaginer la phrase suivante: "nul ne vient à moi sans passer par ma Mère". A moins que le genre du Dieu-parent de Jésus était neutre dans les textes d'origine? (Après tout, je crois bien avoir entendu que certains textes d'origine parlaient même de Dieu... au pluriel!)
Si vous réfléchissez bien, vous verrez que ce que vous ne dites ne résout rien : en effet parler de Dieu comme une Mère continue de lui donner un genre. Quoiqu'on fasse, on n'y échappe pas !

Dans la Bible, Dieu est décrit tour à tour avec des attributs masculins et féminins (certains commentateurs diront même que Dieu est un Père avec des entrailles de Mère). Cependant, il est indéniable qu'il est davantage décrit avec des attributs masculins. Par exemple, nous appelons Dieu notre Père et non pas notre Mère. L'explication est que la relation que Dieu entretient avec nous est davantage analogue à une relation de parternité qu'à une relation de maternité. Rémi Brague a écrit des choses assez intéressantes sur le sujet, je vous invite à consulter son livre: Du Dieu des chrétiens.

Iulita a écrit :L'appellation au masculin serait donc une trace d'anthropomorphisme ?
Il est certain que l’imaginaire hébreu était plus propice à attribuer à Dieu des attributs masculins que féminins. Cependant, il n’y a pas que ça : de fait, Dieu est pour nous plus proche de l’image d’un Père que de celle d’une Mère.

Iulita a écrit :Du coup, est-il possible de supposer que la figure de Marie a été glorifiée pour éviter une sur-masculinisation ?
Ca n’a strictement rien à voir. Marie a été glorifiée car elle est la mère du Seigneur, et qu’elle est immaculée. C’est la plus belle créature de Dieu.

Que cela compense une sur-masculinisation, nous ne pouvons que rendre grâce à Dieu, mais en aucun cas l’Église n’a glorifié Marie pour cette raison. D’ailleurs, la dévotion à Marie a commencé très tôt dans le christianisme, à une époque où les femmes étaient encore largement dévalorisées et où le concept de compensation d’une sur-masculinisation ne serait probablement venu à personne.

Re: Combattre la rhétorique athée

par Iulita » ven. 22 juil. 2011, 10:54

Très bonne remarque. L'appellation au masculin serait donc une trace d'anthropomorphisme ? Une manière de parler aux gens de l'essence de dieu dans un vocabulaire qui leur permettrait de le saisir avec leurs propres référents culturels : en l'occurrence, dans les sociétés antiques du pourtour méditerranéen, le "pater familias" ou le chef de clan est la figure du pouvoir et de l'autorité ?
Du coup, est-il possible de supposer que la figure de Marie a été glorifiée pour éviter une sur-masculinisation ?

Re: Combattre la rhétorique athée

par Théo d'Or » ven. 22 juil. 2011, 10:34

Raistlin a écrit :
Théo d'Or a écrit : C'est vrai ça, pourquoi Dieu et pas Déesse?
C'est quoi la question au juste ?

Car si c'est de savoir pourquoi dans le christianisme, Dieu est de sexe mâle, la réponse est simple : ce n'est pas le cas, Dieu n'est ni mâle ni femelle.

Quant à savoir pourquoi certaines langues n'ont pas de genre neutre et qu'il faut bien qu'on utilise quand même des mots pour parler de Dieu, ça je n'en sais rien.
On aurait pu imaginer la phrase suivante: "nul ne vient à moi sans passer par ma Mère". A moins que le genre du Dieu-parent de Jésus était neutre dans les textes d'origine? (Après tout, je crois bien avoir entendu que certains textes d'origine parlaient même de Dieu... au pluriel!)

Re: Combattre la rhétorique athée

par Iulita » ven. 22 juil. 2011, 10:18

Bonjour,
voici la question entière, qui était une sorte de développement de questions que des athées pourraient poser à Montecristo dans son entreprise d'évangélisation :
Iulita a écrit :
Et celle-ci : Pourquoi un Dieu et non pas plusieurs dieux ?
j'ai envie de répondre : "pourquoi plusieurs dieux et pas un dieu ?" ou encore "pourquoi Dieu et pas Déesse ?"
Est-ce un problème de principe ou une question de vocabulaire ?
Mais vous avez raison, Raistlin, "Dieu" est bien une question de vocabulaire, pas d'essence, un choix qui date de la rencontre du monothéisme hébraïque avec la philosophie grec, qui parle du divin et de la transcendance avec un mot du genre masculin.

Re: Combattre la rhétorique athée

par Raistlin » ven. 22 juil. 2011, 9:09

Théo d'Or a écrit :
Iulita a écrit :"pourquoi Dieu et pas Déesse ?"
C'est vrai ça, pourquoi Dieu et pas Déesse?
C'est quoi la question au juste ?

Car si c'est de savoir pourquoi dans le christianisme, Dieu est de sexe mâle, la réponse est simple : ce n'est pas le cas, Dieu n'est ni mâle ni femelle.

Quant à savoir pourquoi certaines langues n'ont pas de genre neutre et qu'il faut bien qu'on utilise quand même des mots pour parler de Dieu, ça je n'en sais rien.

Re: Combattre la rhétorique athée

par Théo d'Or » jeu. 21 juil. 2011, 20:48

Iulita a écrit :"pourquoi Dieu et pas Déesse ?"
C'est vrai ça, pourquoi Dieu et pas Déesse?

Re: Combattre la rhétorique athée

par lmx » jeu. 07 juil. 2011, 22:31

Donc dans l’hindouisme (et encore, il faudrait peut-être préciser parce qu’il me semblait qu’il y avait plusieurs formes d’hindouisme),
Je parle en effet de l'advaita vedanta formalisé ou fondé par le philosophe Shankara l'école principale de ce qu'on appelle l'hindouisme.
Il y a côté de cela l'hindouisme dans sa forme populaire avec son folklore, sa multitude de dieux, son polythéisme qui ressemble aux vieilles religions païennes mais cela se comprend car pour l'hindou moyen et illettré la doctrine de Shankara est tout simplement inaccessible, tout comme pouvait l'être le platonisme ou le pythagorisme à l'époque.
Voilà donc effectivement un élément qui manquait à ma bonne compréhension de l’hindouisme : le bouddhisme, qui perçoit le monde comme entièrement illusoire, est considéré comme hérétique. Ok, merci pour l’info.
Oui Shankara a réfuté le jaïnisme et le bouddhisme, cette doctrine commettant pour lui l'erreur de nier le Soi et donc d'être athée. Il prêchait l'Etre pur tandis que les bouddhistes prêchaient le vide.
il a aussi réfuté la forme d'hindouisme centré sur le rite (mimsaka) qui existait encore à son époque mais qui a été par la suite supplantée par sa doctrine qui s'est finalement imposée durablement.
Cela met d'ailleurs en pièce l'idée répandue que dans l'hindouisme toutes les religions seraient égales.
Par contre, désolé d’y revenir mais ce n’est vraiment pas clair pour moi : est-ce vraiment une création ou une émanation ? Si vous préférez : le monde est-il créé ex nihilo dans l’hindouisme, ou bien « sort-il » de la divinité ? Je crois que c’est un bon moyen de savoir si l’hindouisme est théiste ou panthéiste.
Il est bien "créé", "manifesté".
Maintenant, si on reconnait l'univers comme relatif, changeant, éphémère par opposé à l'Etre pur infini immuable, non composé et relatif à rien, alors l'univers ne peut pas être une partie de lui.
"l'homme se charge lui-même des fers parce que, dans sa folie, il regarde comme réelles des choses qui n'ont qu'une existence éphémère."
En ce sens "l'ignorance", le pêché vient de ce qu'on prend l'éphémère pour la Réalité suprême.


Comme je l'ai dit le point de vue vedantique est relativement systématique. Il est articulé autours de couples Réel / irréel, Infini/ relatif Eternel/temporel et il s'agit pour l'ascète hindou de prendre conscience qu'on ne peut penser les choses en tant que conditionnés par le temps et l'espace lesquels conditionnement sont éphémères.
S'arrêter à la seule pensée de Dieu comme Seigneur (Ishwara) est encore un point de vue inférieur et non absolue. Ce qu'il faut c'est "parvenir" à concevoir Brahma en tant qu'il est réellement c'est à dire libre de toute détermination que notre pensée par ses représentations peut lui imposer.

"comme le parfum du bois de santal, le parfum du Soi suprême est étouffé par la poussière de ces désirs véhéments et persistants qui ont imprégné notre esprit, il est perçu clairement quand il est purifié par le contact intime avec la connaissance"

Ok avec tout ce que vous dites mais il me semblait que vous disiez que, du coup, ce qui se passe dans le temps n’a aucune réalité pour Dieu.
Ce n'est pas que ce soit irréel, mais devant considérer le temps (et l'espace) comme étant un conditionnement temporaire et donc non absolue, on ne peut pas par conséquent parvenir à une connaissance absolue des choses tant qu'elles sont pensées dans le temps et dans l'espace.
"Voilà les surimpositions qui s'appliquent, les unes à Ishvara (Dieu en tant que Créateur), les autres au jivâ (l'âme). Si tu parviens à les écarter toutes, tu ne trouveras plus ni Ishvara ni jîva."
Quand on a pris conscience que les "surimpositions", c'est à dire que les conditionnements spatiaux et temporels, sont éphémères "illusoires" alors il ne subsiste plus rien que le Brahma non qualifié

L'objectif c'est de parvenir au point de vue inconditionné qui est celui de Brahma et donc de l'Infini:

"Que l'Etre soit contemplé dans sa totalité
Que l'univers entier soit comme annihilé par Lui"
est-il dit dans un des poème de Shankara

Au risque de me répéter dans cette doctrine il n'y pas vraiment place pour le temps. C'est ainsi qu'envisageant les choses dans l'éternité , ce qui a été créé est déjà retourné dans sa Cause.
Et c'est pourquoi aussi il est dit que la délivrance ne change rien et que nous sommes libérés de toute éternité (il ne semble en effet pas y avoir d'enfer et de paradis)
Pourtant, le but dans cette doctrine est bien de travailler activement pour atteindre la délivrance qui s'acquiert par la grâce divine et ainsi faire cesser le cycle des réincarnations. De plus, le saint qui a atteint cet état est enterré pour signifier qu'il ne se réincarnera plus, tandis que l'hindou moyen destiné à se réincarner est incinéré.

Au final, l'advaita vedanta est pénétré dans un grand sens de l'absolu. Mais toutefois, si je ne sais pas comment les ascètes hindous vivent cette doctrine, je reconnais qu'il y a un risque de néantisation de la création et de céder à la tentation de la volonté de fusionner dans l'infini.

Voyez-vous, l’Incarnation a bien eu lieu dans le temps.
C'est vrai et cela complique le point de vue strictement métaphysique des choses.
Le christianisme révèle quelque chose de neuf qui vient bouleverser tous les systèmes métaphysiques existants qui ne sont qu'humains.

Encore une fois je ne dis pas que tout soit juste et compatible avec le christianisme.

Re: Combattre la rhétorique athée

par Raistlin » jeu. 07 juil. 2011, 10:28

lmx a écrit :Irréel est synonyme d'éphémère, de relatif. Aussi la création est bien dans le vedanta un produit de maya la puissance de Dieu (l'art divin aussi traduit par "illusion"). Elle est créée, "manifestée", par opposé à Dieu qui est "non manifesté" c'est-à-dire incréé.
Donc dans l’hindouisme (et encore, il faudrait peut-être préciser parce qu’il me semblait qu’il y avait plusieurs formes d’hindouisme), si je comprends bien ce que vous dites, le monde est bien créé et non pas illusoire.

Comprenez bien que la confusion peut exister à ce sujet particulièrement parce que le bouddhisme – qui, je crois, est issu de l’hindouisme – prône le caractère illusoire du monde, illusion dont il faudrait se détacher. D’où la confusion.

Par contre, désolé d’y revenir mais ce n’est vraiment pas clair pour moi : est-ce vraiment une création ou une émanation ? Si vous préférez : le monde est-il créé ex nihilo dans l’hindouisme, ou bien « sort-il » de la divinité ? Je crois que c’est un bon moyen de savoir si l’hindouisme est théiste ou panthéiste.

lmx a écrit :En définitive, seul Dieu est suprêmement réel, l'Etre, la Réalité des réalités (Grégoire de nysse), les choses n'étant pas absolues comme Dieu elles ont moins d'être et moins de réalité que Dieu. Et à cet égard il y a chez St Augustin une "métaphysique de la conversion" envisagée comme constitutive d'être (Gilson), car c'est le retours à Dieu qui permet d'enrayer la chute de la créature dans le non être, et donc qui permet aux êtres humains d'être et de vivre véritablement.
Je n’ai aucun problème avec ça : Dieu étant le seul Être existant par Lui-même, et la Création ne recevant son existence que de Lui, Lui seul est suprêmement réel. Ou plutôt, Lui seul possède l’être comme Il le possède. Mais cela ne signifie pas que la Création n’est pas, ou qu’elle n’existe pas : elle existe sous un mode différent de Dieu (je ne dis pas ça pour vous, c’est juste pour qu’on se comprenne bien).

lmx a écrit :Ceci dit si le vedanta considérait vraiment la création comme une illusion pure et simple, il ne pourrait pas offrir une vision panthéiste du monde. On ne peut soupçonner cette doctrine de choses contradictoires.
Pas forcément. Il me semble (à vérifier) que les aborigènes d’Australie considèrent le monde comme un « rêve » divin, donc quelque chose d’émanant de la divinité.

lmx a écrit :
Raistlin a écrit :Elle a une consistance qui lui est propre.
C'est un point de vue qui se discute. La création étant je cite Gilson soutenue dans "l'exister" par Dieu. C'est en effet Dieu qui la soutient directement dans l'être et donc hors du néant, ce qui lui donne sa réalité.
Je crois surtout que je me suis mal exprimé : il va de soi que la Création est maintenue dans l’être par Dieu. Mais lorsque je dis qu’elle sa consistance propre, je veux dire qu’elle n’est pas une illusion. Nous ne sommes pas des êtres illusoires. Certes notre existence est tout entière dépendante de Dieu mais pour autant, nous existons et cette existence que Dieu nous donne n’est pas « irréelle » au sens où on peut l’entendre traditionnellement.

lmx a écrit :Si tout n'était qu'illusion pure au sens strict du terme, je ne crois pas que les fondateurs du vedanta se soient fatigués à défendre ce qu'ils considéraient être la révélation hindou (shruti) et à réfuter les doctrines comme le bouddhisme qui sont hérétiques par rapport à leur interprétation de la révélation.
Voilà donc effectivement un élément qui manquait à ma bonne compréhension de l’hindouisme : le bouddhisme, qui perçoit le monde comme entièrement illusoire, est considéré comme hérétique. Ok, merci pour l’info.

lmx a écrit :En effet, on sait bien que Dieu sait tout, même les futurs possibles qui ne se réaliseront pas disent les scolastiques. Il connait toute chose en se connaissant Lui même, et donc sait déjà tout ce qui s'est passé. Faut-il donc dire comme les calvinistes qui ont eu une compréhension erronés de la prédestination que certaines personnes sont destinées à aller en enfer ? Non. Le fait que Dieu sache ce qu'il s'est passé, n'ayant pour Lui aucun passé présent ou future et connaissant toute chose en tant qu'il se conçoit Lui même éternellement, n'empêche pas par nous qu'il se passe réellement des choses.
Mais il reste que dans le point de vue divin, il n'y a pas de temps, pas de successions d'instants, or ce point de vue divin n'est pas à proprement parler un point de vue.
Ok avec tout ce que vous dites mais il me semblait que vous disiez que, du coup, ce qui se passe dans le temps n’a aucune réalité pour Dieu. Je vous cite : C'est ainsi que du point de vue de l'absolu qui est celui de l'éternité, il n'est s'est comme rien passé. Tout l'enchainement des phénomènes étant illusoire au regard de l'éternité. Ai-je mal compris ?

Voyez-vous, l’Incarnation a bien eu lieu dans le temps.

Re: Combattre la rhétorique athée

par lmx » mer. 06 juil. 2011, 22:00

Premier point il est difficile de comprendre une doctrine si on ne parvient pas à se détacher de l'esprit de sa doctrine de prédilection.
Le grand thomiste E. Gilson est approximatif sur Platon qu'il expédie en quelques pages dans son histoire de la métaphysique et dit ailleurs des bêtises sur Denys qu'il soupçonne de "panthéisme". Depuis, on a largement fait justice à Denys (voir les ouvrages d'Ysabel de Andia).
Il y a un danger à vouloir interpréter une doctrine par une autre, c'est ainsi qu'on ne peut pas comprendre la théorie de Idées platonicienne si on en reste à une ontologie aristotélicienne chosiste pour laquelle il n'y a d'être que substantielle, car c'est alors qu'on en vient à croire que Platon pensait que ces idées sont des objets (comme Marx le croyait), des choses, ce qui devient alors vraiment absurde.
On ne peut pas non plus comprendre pourquoi dans le platonisme l'être relatif (qui comme le dit St Augustin est comme n'étant pas), ne peut pas être objet de connaissance absolue si d'une part on fait comme Aristote (et à l'inverse de Platon) de la connaissance discursive (dianoia) la connaissance par excellence et si d'autre part on fait de l'être relatif un être par soi et indépendant de son Principe, car c'est alors qu'on en vient à oublier que pour Platon la véritable connaissance est essentielle (spirituelle) laquelle ne peut être donnée que par une grâce divine et d'autre part que toute connaissance est ordonnée à son objet de sorte qu'il ne puisse avoir de connaissance absolue d'un objet relatif et dépendant du principe ; l'objet n'étant pas totalement déterminé en lui même la connaissance purement rationnelle ne peut pas l'analyser totalement.
Alors s'il n'est pas aisé de comprendre Platon avec un oeil Aristotélicien sans le caricaturer, il est encore plus difficile de comprendre le Vedanta .

La Création a beau être maintenue dans l'existence par Dieu, elle n'en est pas irréelle pour autant.
Irréel est synonyme d'éphémère, de relatif. Aussi la création est bien dans le vedanta un produit de maya la puissance de Dieu (l'art divin aussi traduit par "illusion"). Elle est créée, "manifestée", par opposé à Dieu qui est "non manifesté" c'est-à-dire incréé.

Quand St Augustin (de concert avec la tradition platonicienne) dit que l'être créé est comme n'étant pas et que seul Dieu est véritablement, il ne nie pas l'existence du monde et il n'est pas entrain de "dévaluer" le monde comme cela a pu être pensé par de nombreux penseurs athées. C'est d'ailleurs dans le fait que le monde soit entièrement dépendant de Dieu, et qu'il en soit un reflet créé, un vestige, qu'il tient sa dignité propre.

En définitive, seul Dieu est suprêmement réel, l'Etre, la Réalité des réalités (Grégoire de nysse), les choses n'étant pas absolues comme Dieu elles ont moins d'être et moins de réalité que Dieu. Et à cet égard il y a chez St Augustin une "métaphysique de la conversion" envisagée comme constitutive d'être (Gilson), car c'est le retours à Dieu qui permet d'enrayer la chute de la créature dans le non être, et donc qui permet aux êtres humains d'être et de vivre véritablement.

Ceci dit si le vedanta considérait vraiment la création comme une illusion pure et simple, il ne pourrait pas offrir une vision panthéiste du monde. On ne peut soupçonner cette doctrine de choses contradictoires.
Elle a une consistance qui lui est propre.
C'est un point de vue qui se discute. La création étant je cite Gilson soutenue dans "l'exister" par Dieu. C'est en effet Dieu qui la soutient directement dans l'être et donc hors du néant, ce qui lui donne sa réalité.
C'est Dieu qui est le Vrai en soi, la Réalité des réalités que les réalités inférieures participent.
Je ne crois pas qu'il y ait là une très grande difficulté, d'ailleurs le thomisme permet d'exprimer cela limpidement avec les notions d'acte, d'esse, et de causalité et participation.
Mais on peut évidemment avoir un point de vue autre sur le statut ontologique de la création.
J’avoue que c’est peu clair. Ce n’est pas parce que Dieu vit dans l’éternité que ce qui se passe dans le temps n’existe pas.
Il me semble avoir dit que le point de vue humain était légitime. Sinon pourquoi les ascètes hindous travailleraient activement à atteindre la délivrance et ainsi à faire cesser pour eux le cycle des réincarnations.
Si tout n'était qu'illusion pure au sens strict du terme, je ne crois pas que les fondateurs du vedanta se soient fatigués à défendre ce qu'ils considéraient être la révélation hindou (shruti) et à réfuter les doctrines comme le bouddhisme qui sont hérétiques par rapport à leur interprétation de la révélation.

Mais en tout état de cause il est difficile de rendre humainement logique l'enchaînement des points de vues humain et divin.
En effet, on sait bien que Dieu sait tout, même les futurs possibles qui ne se réaliseront pas disent les scolastiques. Il connait toute chose en se connaissant Lui même, et donc sait déjà tout ce qui s'est passé. Faut-il donc dire comme les calvinistes qui ont eu une compréhension erronés de la prédestination que certaines personnes sont destinées à aller en enfer ? Non. Le fait que Dieu sache ce qu'il s'est passé, n'ayant pour Lui aucun passé présent ou future et connaissant toute chose en tant qu'il se conçoit Lui même éternellement, n'empêche pas par nous qu'il se passe réellement des choses.
Mais il reste que dans le point de vue divin, il n'y a pas de temps, pas de successions d'instants, or ce point de vue divin n'est pas à proprement parler un point de vue.


Voilà ce que je peut dire , le point de vue du vedanta est abstrait, difficile et souvent, il faut le reconnaitre, très systématique, aussi je ne suis pas entrain de dire qu'il est en tout point acceptable pour un chrétien. Le platonisme a été reçu moyennant des correctifs, mais je ne crois pas que le vedanta lequel use d'un langage, de catégories et de vues propres soit panthéiste.

C’est là une erreur qu’on entend parfois chez les détracteurs du théisme : Dieu, dans le théisme, ferait nombre avec Sa Création, ce qui est contradictoire s’Il est infini.
Et pourquoi le critique-t-il ? Parce que celui-ci depuis la fin du moyen age et avec ce qu'on a appelé l'onto théologisme (qui réduit l'être à l'étant, et Dieu à un super Etant) pense Dieu comme un objet, massif, fermé, écrasant ce qui a pour effet de le poser face à la création et ce qui tend aussi à susciter la révolte de celui-ci à son égard. Aussi, la grandeur de Gilson a été de montrer à une époque où l'on soutenait qu'il n'y avait pas de philosophie chrétienne que St Thomas notamment échappait à cette critique et par là même que la pensée chrétienne s'est belle et bien élevée à la pensée de l'être.

Re: Combattre la rhétorique athée

par Raistlin » mer. 06 juil. 2011, 19:42

lmx a écrit :j'ai comme la désagréable impression que vous ne voulez lu ou voulu comprendre ce que j'ai écrit. Mais peu importe je ne suis pas là pour défendre le vedanta.
Hé bien excusez-moi si je ne vous ai pas compris.

lmx a écrit :Par ailleurs je sais parfaitement ce qu'est la panthéisme, et en ce sens je vous prie de ne pas me prendre pour un idiot.
Ah, je vous ai pris pour un idiot ? Où ça ? Comme ce n'était pas mon intention, il serait bon que je vois où je me suis mal exprimé pour ne plus recommencer.


P.S.: Oserais-je avancer la possibilité que votre propos ne fut point d'une limpidité cristalline ? Peut-être que la source de ma confusion est à chercher dans cette direction plutôt que de ma volonté de vous prendre pour un idiot (et dans quel intérêt au juste ?)...

Re: Combattre la rhétorique athée

par lmx » mer. 06 juil. 2011, 19:04

j'ai comme la désagréable impression que vous n'avez pas voulu comprendre ce que j'ai écrit et que vous êtes tout de suite partie dans l'idée de "réfuter" l'hérésie. Mais peu importe je ne suis pas là pour défendre le vedanta.
Par ailleurs je sais parfaitement ce qu'est la panthéisme et ce que dit l'Eglise, et en ce sens je vous prie de ne pas me prendre pour un idiot en me faisant la leçon comme à un écolier. Et non il n'y a pas unité d'essence entre Brahma et la création.

Re: Combattre la rhétorique athée

par Raistlin » mer. 06 juil. 2011, 12:35

lmx a écrit :N'ayant donc aucune réalité en elle même sinon par Dieu qu'elle participe, la création est en ce sens "irréel" car en effet, si on "enlève" Dieu, la création s'évanouit complètement.
Je ne suis pas certain qu'on puisse identifier le côté illusoire du monde selon les doctrines de l'Inde avec le fait que la Création ne tient son existence que parce que Dieu la lui donne.

La Création a beau être maintenue dans l'existence par Dieu, elle n'en est pas irréelle pour autant. Elle a une consistance qui lui est propre. L'erreur non dualiste (et donc panthéiste) est de croire qu'il n'y a que la divinité comme réalité et que donc tout découle d'elle. La Création ne découle pas de Dieu pour un chrétien.

lmx a écrit :D'autre part aussi, comme dit plus haut on envisage Dieu en tant qu'infini , et donc en tant qu'il englobe tout et ne laisse rien en dehors de lui. Dieu ne s'oppose à rien. Il n'est pas une réalité écrasante et totalement séparé de nous.
C’est là une erreur qu’on entend parfois chez les détracteurs du théisme : Dieu, dans le théisme, ferait nombre avec Sa Création, ce qui est contradictoire s’Il est infini.

A la source de cette erreur, il y a méconnaissance du fait que Dieu n’est pas sur le même plan ontologique que Sa Création : Dieu ne fait pas nombre avec Sa Création car Dieu n’est pas créé. Tout comme, pour prendre une analogie, vous ne comptez pas les chiens et les chats lorsque vous dénombrez les membres d’un foyer français.

Donc oui, Dieu est infini, mais pas au sens matériel du terme, comme s’Il prenait toute la place et qu’il avait fallu qu’Il en fasse pour que Sa Création puisse exister (théorie du tsim-tsoum dans l’ésotérisme juif).

lmx a écrit :Quant au monde il n'est pas un bloc auto consistant ayant la capacité de s'opposer à Lui et de le limiter. Nicolas de Cues disait ainsi que le Principe étant le Maximum de Distinction il est aussi le Minimum de distinction, c'est-à-dire que transcendant il est aussi immanent au monde qui est un vestige de Dieu.
De fait, l’Église confesse que Dieu est à la fois transcendant et immanent. Non pas parce que le monde serait une partie de Dieu, mais parce que Dieu est présent à Sa Création.

lmx a écrit :C'est pourquoi aussi il est maintes fois répété que Brahma est tout, ou même que l'âme individuelle est Brahma, ce qui peut prêter à confusion, mais c'est que du point de vue de l'éternité, tout s'est résorbé en Dieu comme s'il ne s'était rien passé.
J’avoue que c’est peu clair. Ce n’est pas parce que Dieu vit dans l’éternité que ce qui se passe dans le temps n’existe pas.

lmx a écrit :Il y aurait encore des choses à préciser mais je ne pense pas que cela soit le lieu. Toutefois je ne pense pas que cette doctrine soit panthéiste et fondamentalement différente du platonisme longtemps utilisé par les plus grands théologiens chrétiens St Thomas compris.
Ben ça dépend. La question essentielle est de savoir si l’Univers est une émanation de la divinité ou pas, si sa nature est divine ou non. En répondant à cette question, vous saurez ce qu’il en est.

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