par Iulita » mer. 08 juin 2011, 9:27
Je remonte un peu ce fil pour faire part d'un petit témoignage et quelques réflexions faites hier, quand je n'avais pas encore lu les articles en lien sur ce fil : deux de mes lycéennes sont venues me voir hier pour me demander si je ne délivrais pas des "pass contraception", car l'infirmière était introuvable. Je précise que je suis leur CPE. Non, je ne distribue pas de pass contraception.
Petite histoire de rien, mais qui a soulevé beaucoup d'interrogations, notamment sur la pertinence de ce pass - ou au moins de son usage. Je précise tout de suite que la contraception ne me pose pas de problème en elle-même, que j'ai pris la pillule pendant plus de douze ans (et j'ajoute qu'aucun problème de fécondité n'est apparu. J'ai arrêté de la prendre le jour, non pas où j'ai désiré des enfants, mais où j'ai estimé que mon compagnon et moi pouvions accueillir des enfants au cas où ils se présenteraient. Le vrai désir d'enfant est venu quelques années plus tard). En bref, sur ce plan, je ne suis pas vraiment sur la même longueur d'onde que l'église catholique.
Revenons à nos lycéennes : celle qui m'a posé la question, d'une manière fort peu discrète, dans un couloir, n'était pas la jeune fille concernée, mais elle menait son amie, plus en retrait. Et ce qui est apparu comme une évidence, c'est l'irresponsabilité totale de l'une et de l'autre. Pour le dire tout net, le pass contraception m'est apparu comme la solution de facilité : "j'ai couché ? pas grave, demain, j'irai demander le pass au lycée" "je n'ai pas osé dire non à mon copain ? tanpis, etc..." etc... En d'autres termes, au lieu de "prévenir", on se contente de "guérir" après coup et on ne se pose plus aucune question. Je nuance : les questions, on se les pose toujours à soi, mais on peut plus facilement les occulter si elles présentent un caractère gênant, avec le risque qu'elles vous reviennent en pleine figure plus tard.
Je vois bien que le pass est là pour éviter au maximum que les jeunes filles aient recours à l'avortement (et je me demande dans quelle mesure la décision n'a pas été prise par les autorités publiques uniquement dans le but de faire faire quelques économies à la sécu), mais je ne crois absolument pas à sa vertu éducative. Je le crois même contre-productif. Le pass permet de faire l'économie de visites chez le médecin-gynécologue, donc d'un moyen pour la jeune fille de connaître mieux son corps; il n'incite pas non plus à avoir le courage de refuser des relations sexuelles, au risque que de passer pour une fille coincée; il n'incite pas les garçons à avoir une attitude responsable dans leur relation ("je peux faire l'amour avec ma copine, c'est pas grave, elle ira chercher un pass contraception") puisque la contraception est aux seules mains des filles. La liste n'est pas exhaustive. Bref, comme dit plus haut, c'est la solution de facilité.
Reste une problématique : je suis en zep, la grande majorité de mes lycéennes vivent dans des familles où le poids de la tradition est très lourd, où parler de sexualité est tabou, où la fille se doit d'arriver vierge au mariage mais surtout sans jamais en parler en famille. Une visite chez le gynéco est impensable. Des familles où l'éducation à la relation amoureuse et toutes ses conséquences est impossible puisqu'il est interdit d'en parler, sauf à propos de l'officiel futur mari. Donc, mes jeunes n'apprennent qu'entre eux et à travers les médias populaires. Le mariage du "tout caché" et du "tout facile" me semble désastreux dans l'éducation à l'autonomie et la responsabilité.
A mon petit niveau, j'ai juste décidé de revoir seule la jeune fille qui avait besoin du pass et de prendre le temps de discuter avec elle, en començant par l'écouter, car je ne crois pas que sa copine ait véritablement écouté tout ce qu'elle pouvait avoir à dire (ni sans doute toutes les questions qu'elle doit se poser et qu'on ose pas poser aux copines parce qu'on craint pour sa propre image).
Voilà. Le genre d'expérience qui fait réfléchir et reconsidérer beaucoup de choses.
Je remonte un peu ce fil pour faire part d'un petit témoignage et quelques réflexions faites hier, quand je n'avais pas encore lu les articles en lien sur ce fil : deux de mes lycéennes sont venues me voir hier pour me demander si je ne délivrais pas des "pass contraception", car l'infirmière était introuvable. Je précise que je suis leur CPE. Non, je ne distribue pas de pass contraception.
Petite histoire de rien, mais qui a soulevé beaucoup d'interrogations, notamment sur la pertinence de ce pass - ou au moins de son usage. Je précise tout de suite que la contraception ne me pose pas de problème en elle-même, que j'ai pris la pillule pendant plus de douze ans (et j'ajoute qu'aucun problème de fécondité n'est apparu. J'ai arrêté de la prendre le jour, non pas où j'ai désiré des enfants, mais où j'ai estimé que mon compagnon et moi pouvions accueillir des enfants au cas où ils se présenteraient. Le vrai désir d'enfant est venu quelques années plus tard). En bref, sur ce plan, je ne suis pas vraiment sur la même longueur d'onde que l'église catholique.
Revenons à nos lycéennes : celle qui m'a posé la question, d'une manière fort peu discrète, dans un couloir, n'était pas la jeune fille concernée, mais elle menait son amie, plus en retrait. Et ce qui est apparu comme une évidence, c'est l'irresponsabilité totale de l'une et de l'autre. Pour le dire tout net, le pass contraception m'est apparu comme la solution de facilité : "j'ai couché ? pas grave, demain, j'irai demander le pass au lycée" "je n'ai pas osé dire non à mon copain ? tanpis, etc..." etc... En d'autres termes, au lieu de "prévenir", on se contente de "guérir" après coup et on ne se pose plus aucune question. Je nuance : les questions, on se les pose toujours à soi, mais on peut plus facilement les occulter si elles présentent un caractère gênant, avec le risque qu'elles vous reviennent en pleine figure plus tard.
Je vois bien que le pass est là pour éviter au maximum que les jeunes filles aient recours à l'avortement (et je me demande dans quelle mesure la décision n'a pas été prise par les autorités publiques uniquement dans le but de faire faire quelques économies à la sécu), mais je ne crois absolument pas à sa vertu éducative. Je le crois même contre-productif. Le pass permet de faire l'économie de visites chez le médecin-gynécologue, donc d'un moyen pour la jeune fille de connaître mieux son corps; il n'incite pas non plus à avoir le courage de refuser des relations sexuelles, au risque que de passer pour une fille coincée; il n'incite pas les garçons à avoir une attitude responsable dans leur relation ("je peux faire l'amour avec ma copine, c'est pas grave, elle ira chercher un pass contraception") puisque la contraception est aux seules mains des filles. La liste n'est pas exhaustive. Bref, comme dit plus haut, c'est la solution de facilité.
Reste une problématique : je suis en zep, la grande majorité de mes lycéennes vivent dans des familles où le poids de la tradition est très lourd, où parler de sexualité est tabou, où la fille se doit d'arriver vierge au mariage mais surtout sans jamais en parler en famille. Une visite chez le gynéco est impensable. Des familles où l'éducation à la relation amoureuse et toutes ses conséquences est impossible puisqu'il est interdit d'en parler, sauf à propos de l'officiel futur mari. Donc, mes jeunes n'apprennent qu'entre eux et à travers les médias populaires. Le mariage du "tout caché" et du "tout facile" me semble désastreux dans l'éducation à l'autonomie et la responsabilité.
A mon petit niveau, j'ai juste décidé de revoir seule la jeune fille qui avait besoin du pass et de prendre le temps de discuter avec elle, en començant par l'écouter, car je ne crois pas que sa copine ait véritablement écouté tout ce qu'elle pouvait avoir à dire (ni sans doute toutes les questions qu'elle doit se poser et qu'on ose pas poser aux copines parce qu'on craint pour sa propre image).
Voilà. Le genre d'expérience qui fait réfléchir et reconsidérer beaucoup de choses.