AnneT a écrit :Si on prend quelques-uns de ces "abus"... Prenons l'ingérence des prêtres dans la vie familiale en insistant sur la procréation, mettons... Suffit de regarder chacun notre arbre généalogique et de voir à quelle génération nous disparaissons...
Moi, c'est pas long: je suis la 5e vivante des enfants de mes parents. Ma mère et mon père n'étaient pas les ainés, ni même les 2e et 3e de leurs frateries respectives... (Je sous-entends que si nos parents et grands-parents avaient "empêché la famille" avec la même rigueur que nos contemporains... On serait pas une grosse gang à jaser ici !)
Un abus exercé dans la contrainte entraîne souvent, quand "l'élastique" se rompt, une réaction proportionnelle vers son extrême opposé et porte une part de responsabilité dans ce qui s'ensuit.
(le balancier...)
Je note au passage qu'après un creux de vague, il y a maintenant une augmentation de la natalité au Québec, un mini baby-boum dû principalement à des mesures gouvernementales visant à encourager la natalité et aider les jeunes couples.
Il n'a pas été nécessaire de sortir le fouet...ou la bible, simplement donner un coup de main aux jeunes familles et laisser les couples faire le reste comme des grands garçons et des grandes filles. Et le résultat est souvent beau à voir, des couples qui prennent leur vie en main de façon responsable, des jeunes pères qui s'occupent maintenant de leurs petits avec le même plaisir et le même amour que maman.
C'est une erreur de croire que les jeunes gens ne veulent plus d'enfants.
C'est une erreur de croire que tout va mal aujourd'hui.
AnneT a écrit :Mes parents ont vécu à cette époque. Ils en éprouvent une certaine nostalgie, car les valeurs d'alors avaient du bon: entraide, simplicité, convivialité, joies et peines partagées à plusieurs, soirées passées avec les autres (pas devant la télé ou l'ordi) à parler, chanter, etc. Ils se rappellent les moments difficiles et la pauvreté, mais "tout le monde était pareil" et les riches étaient rares (du moins dans notre bled).
Il faut être prudent, Anne, avec la nostalgie qui nous fait souvent enjoliver le passé et n'en voir que les bons côtés (cela s'adresse aussi à Etienne).
Il y a sûrement par ailleurs des femmes qui ont trouvé leur bonheur dans cette époque, et dans ce qui leur était offert (ou imposé) mais il y en a beaucoup aussi qui ont souffert.
J'en ai décrit quelques cas concrets sur ce forum il y a quelques mois, des histoires pathétiques de femmes que j'ai connues. Je n'y reviendrai pas.
La question ici n'est pas d'encenser ou de condamner un mode de vie. La question n'est pas là. Il s'agit du
respect des gens, de leur conscience, de leurs aspirations, de leur liberté d'adulte. Il s'agit aussi de la confiance qu'on a en eux.
Il y a encore aujourd'hui, malgré les apparences, des femmes qui souhaitent avoir une famille nombreuse, sans pour autant avoir douze, quinze ou vingt enfants. A part le fait que ce serait difficile financièrement, je ne crois pas que les femmes souhaitent être enceintes de leur mariage jusqu'à la ménopause...mais bon, comme je disais il y en a encore qui veulent plusieurs enfants et je n'ai rien contre ça, bien au contraire.
Si un homme et une femme en santé désirent une grosse famille, pourquoi pas, c'est un beau projet de vie.
Le problème est qu'à l'époque de nos parents et grands-parents, il n'était pas permis à une femme d'envisager sa vie autrement. Toutes les portes étaient fermées. Et la contrainte était d'autant plus forte et oppressante qu'elle portait le poids de l'autorité divine.
Nostalgie, nostalgie, je doute que les femmes aimeraient retourner à l'époque où, jeunes filles intelligentes aspirant à s'instruire, on leur disait simplement: "tu n'as pas besoin de ça pour changer des couches...". point barre.
Pour en venir de façon plus générale à l'impact qu'a eu l'Eglise catholique sur le développement du Québec, il a été très important et bénéfique dans un premier temps pour devenir plus tard un frein à ce même développement. C'est ce que je crois (comme beaucoup).
On peut faire une analogie avec une relation père-enfants. Un père aimant et respectueux peut continuer, pendant toute sa vie, d'être de bons conseils pour ses enfants, d'être une source d'inspiration, un guide, même quand ils sont adultes.
Mais s'il persiste, alors que ses enfants sont adultes, à vouloir les contrôler, les encadrer, leur servir des autorisations et des interdits comme à des gamins, il perdra ses enfants qui s'éloigneront de lui pour vivre leur vie, même s'ils lui doivent tout.
Je crois que l'église au Québec aurait pu continuer à garder la faveur populaire et à faire partie de notre vie quotidienne si le clergé ne s'était pas lui-même tiré dans le pied.
Quand la société a évolué, ce qui était inévitable et souhaitable, beaucoup de membres du clergé étaient si habitués et depuis si longtemps au pouvoir (sur les consciences, la vie quotidienne, la politique, les arts, etc) qu'ils semblaient incapables de voir leur rôle évoluer autrement. Ils ont opposé une forte résistance à tout changement et se sont aliéné la population.
Peut-être ont-ils perdu de vue le but premier de leur action, peut-être ont-ils fait passer leurs propres intérêts avant ceux de leur monde, peut-être ont-ils manqué de vision, peut-être se sont-ils attachés au pouvoir et aux devants de scène, en tout cas une chose m'apparaît plus clairement que toute autre, c'est qu'ils ont fait preuve d'un manque total de confiance envers leurs fidèles, et c'est ce ressentiment que je perçois encore souvent chez les québécois envers l'Eglise et la religion qu'ils ont connue.
[quote="AnneT"]Si on prend quelques-uns de ces "abus"... Prenons l'ingérence des prêtres dans la vie familiale en insistant sur la procréation, mettons... Suffit de regarder chacun notre arbre généalogique et de voir à quelle génération nous disparaissons...
Moi, c'est pas long: je suis la 5e vivante des enfants de mes parents. Ma mère et mon père n'étaient pas les ainés, ni même les 2e et 3e de leurs frateries respectives... (Je sous-entends que si nos parents et grands-parents avaient "empêché la famille" avec la même rigueur que nos contemporains... On serait pas une grosse gang à jaser ici !)[/quote]
Un abus exercé dans la contrainte entraîne souvent, quand "l'élastique" se rompt, une réaction proportionnelle vers son extrême opposé et porte une part de responsabilité dans ce qui s'ensuit.
(le balancier...)
Je note au passage qu'après un creux de vague, il y a maintenant une augmentation de la natalité au Québec, un mini baby-boum dû principalement à des mesures gouvernementales visant à encourager la natalité et aider les jeunes couples.
Il n'a pas été nécessaire de sortir le fouet...ou la bible, simplement donner un coup de main aux jeunes familles et laisser les couples faire le reste comme des grands garçons et des grandes filles. Et le résultat est souvent beau à voir, des couples qui prennent leur vie en main de façon responsable, des jeunes pères qui s'occupent maintenant de leurs petits avec le même plaisir et le même amour que maman.
C'est une erreur de croire que les jeunes gens ne veulent plus d'enfants.
C'est une erreur de croire que tout va mal aujourd'hui.
[quote="AnneT"]Mes parents ont vécu à cette époque. Ils en éprouvent une certaine nostalgie, car les valeurs d'alors avaient du bon: entraide, simplicité, convivialité, joies et peines partagées à plusieurs, soirées passées avec les autres (pas devant la télé ou l'ordi) à parler, chanter, etc. Ils se rappellent les moments difficiles et la pauvreté, mais "tout le monde était pareil" et les riches étaient rares (du moins dans notre bled).
[/quote]
Il faut être prudent, Anne, avec la nostalgie qui nous fait souvent enjoliver le passé et n'en voir que les bons côtés (cela s'adresse aussi à Etienne).
Il y a sûrement par ailleurs des femmes qui ont trouvé leur bonheur dans cette époque, et dans ce qui leur était offert (ou imposé) mais il y en a beaucoup aussi qui ont souffert.
J'en ai décrit quelques cas concrets sur ce forum il y a quelques mois, des histoires pathétiques de femmes que j'ai connues. Je n'y reviendrai pas.
La question ici n'est pas d'encenser ou de condamner un mode de vie. La question n'est pas là. Il s'agit du [u]respect[/u] des gens, de leur conscience, de leurs aspirations, de leur liberté d'adulte. Il s'agit aussi de la confiance qu'on a en eux.
Il y a encore aujourd'hui, malgré les apparences, des femmes qui souhaitent avoir une famille nombreuse, sans pour autant avoir douze, quinze ou vingt enfants. A part le fait que ce serait difficile financièrement, je ne crois pas que les femmes souhaitent être enceintes de leur mariage jusqu'à la ménopause...mais bon, comme je disais il y en a encore qui veulent plusieurs enfants et je n'ai rien contre ça, bien au contraire.
Si un homme et une femme en santé désirent une grosse famille, pourquoi pas, c'est un beau projet de vie.
Le problème est qu'à l'époque de nos parents et grands-parents, il n'était pas permis à une femme d'envisager sa vie autrement. Toutes les portes étaient fermées. Et la contrainte était d'autant plus forte et oppressante qu'elle portait le poids de l'autorité divine.
Nostalgie, nostalgie, je doute que les femmes aimeraient retourner à l'époque où, jeunes filles intelligentes aspirant à s'instruire, on leur disait simplement: "tu n'as pas besoin de ça pour changer des couches...". point barre.
Pour en venir de façon plus générale à l'impact qu'a eu l'Eglise catholique sur le développement du Québec, il a été très important et bénéfique dans un premier temps pour devenir plus tard un frein à ce même développement. C'est ce que je crois (comme beaucoup).
On peut faire une analogie avec une relation père-enfants. Un père aimant et respectueux peut continuer, pendant toute sa vie, d'être de bons conseils pour ses enfants, d'être une source d'inspiration, un guide, même quand ils sont adultes.
Mais s'il persiste, alors que ses enfants sont adultes, à vouloir les contrôler, les encadrer, leur servir des autorisations et des interdits comme à des gamins, il perdra ses enfants qui s'éloigneront de lui pour vivre leur vie, même s'ils lui doivent tout.
Je crois que l'église au Québec aurait pu continuer à garder la faveur populaire et à faire partie de notre vie quotidienne si le clergé ne s'était pas lui-même tiré dans le pied.
Quand la société a évolué, ce qui était inévitable et souhaitable, beaucoup de membres du clergé étaient si habitués et depuis si longtemps au pouvoir (sur les consciences, la vie quotidienne, la politique, les arts, etc) qu'ils semblaient incapables de voir leur rôle évoluer autrement. Ils ont opposé une forte résistance à tout changement et se sont aliéné la population.
Peut-être ont-ils perdu de vue le but premier de leur action, peut-être ont-ils fait passer leurs propres intérêts avant ceux de leur monde, peut-être ont-ils manqué de vision, peut-être se sont-ils attachés au pouvoir et aux devants de scène, en tout cas une chose m'apparaît plus clairement que toute autre, c'est qu'ils ont fait preuve d'un manque total de confiance envers leurs fidèles, et c'est ce ressentiment que je perçois encore souvent chez les québécois envers l'Eglise et la religion qu'ils ont connue.