Boanergès,
Comment donc l'Église Romaine a-t-elle fixé au 25 décembre la fête de Noël ?
Au départ, avant même qu'il y eut jamais célébration de la naissance de Jésus à Rome : il existait déjà cette célébration dans les églises orientales et ainsi que dans l'église de Jérusalem en Palestine. Et cette fête commémorative de la naissance du Sauveur plus ancienne, correspondait au 6 janvier du calendrier liturgique. On pense donc que l'église à Rome aura tout simplement décidé un moment donné (IVe siècle) de partager la célébration initiale du 6 janvier entre le 25 décembre et ce même 6 janvier. On aura divisé la fête commémorative initiale du 6 janvier, qui comprenait elle-même la naissance du Sauveur, la révélation du Verbe fait chair au monde (païens; mages, etc.), le baptême dans le Jourdain («Celui-ci est mon fils bien-aimé»). Le 6 janvier condensait à l'origine une triple commémoration.
On penserait bien sûr que la décision ecclésiale romaine aura pu être influencée par le désir d'ôter de l'esprit de nos polythéistes anciens cette connotation profane au solstice d'hiver. On aura certainement voulu au passage christianiser les habitudes.
Cependant, il s'agit toujours d'une célébration commémorative avec le 25 décembre et non pas d'une date anniversaire. Faut faire la différence. Le 6 juin 1944 correspond aujourd'hui à une date anniversaire et qui pourrait se célébrer chaque année le 6 juin précisément. La cérémonie du 11 novembre 1918 correspond à une date anniversaire. Mais le 1er mai où l'on fêterait les travailleurs représente une commémoration, tout comme le serait la fête des mères ( ou le mois de mai dans l'Église : le mois de Marie = commémoration). N'importe qui peut commémorer n'importe quoi la journée qu'il veut, la semaine ou le mois entier. L'Église commémore mais n'affirme pas la nécéssité qu'il faille que Jésus soit né le 25 très précisément.
Reste que le choix du moment retenu par l'église locale à Rome et pour commémorer la naissance du Sauveur n'est vraiment pas arbitraire non plus.
1) Dans le sens qu'il demeure lié traditionnellement à ce 6 janvier initial.
2) Dans le sens que la symbolique est belle avec l'idée d'une victoire de la lumière sur les ténèbres et si l'on se réfère au prologue de saint Jean («Il venait dans le monde et les siens ne l'ont pas accueilli [...] mais les ténèbres ne l'ont pas saisi»; «Il faut que lui croisse et que moi je diminue», dixit Jean le baptiste)
3) Dans le sens qu'il existait déjà chez les juifs la fête commémorative des lumières en décembre, autrement dit la fête de la dédicace du Temple (la purification du Temple). Or l'Église dit que Notre Seigneur est le Temple véritable («Détruisez ce Temple, et je me charge de le rebâtir en trois jours.» Ainsi l'Église chrétienne va célébrer l'avénement du Temple véritable (le vrai de vrai) avec le surgissement du Verbe incarné ... en décembre.
Rappel :
Échantillonage de dates civiles de la fête juive de Hanoukkah 1990-2010
1990 ..................... 12 au 19 décembre
1992 ..................... 20 au 27 décembre
1995 ..................... 18 au 25 décembre
1997 ..................... 24 au 31 décembre
1998 ..................... 14 au 21 décembre
2003 ..................... 20 au 27 décembre
2005 ..................... 26 au 1er janvier
2006 ..................... 16 au 23 décembre
2008 ..................... 22 au 29 décembre
2009 ..................... 12 au 19 décembre
2010 ..................... 2 au 9 décembre
[...]
Fête (mobile) qui dure huit jours à partir du 23 Kislev et commémore la victoire des Maccabées sur les Syriens qui entendaient détruire la religion juive et helléniser la totalité de leur royaume [...] Pour parvenir à leur fin, les Grecs n'hésitèrent pas à profaner le temple de Jérusalem [...] Après trois ans de combats, les Maccabées, reconquirent Jérusalem, démolirent l'autel profané et en édifièrent un nouveau [...] Selon la tradition talmudique, pendant la purification du temple, on découvrit un flacon d'huile sainte servant à alimenter le chandelier (Menorah). Bien qu'elle fut suffisante pour une seule journée, cette huile brûla pendant huit jours. C'est pourquoi, disent les sages, l'on instaura la fête qui dure huit jours destinée à commémorer ce miracle.
[...]
Il est courant d'organiser des fêtes de Hanoukkah avec des chants et des jeux, surtout pour les enfants. Le plus connu des jeux de Hanoukkah est la toupie (dreydel en yiddish). Sur les quatre faces de la toupie sont inscrites les lettres hébraïques noun, gimmel, hé, chin, acrostiche signifiant «un grand miracle se produisit là-bas».
Source :
Dictionnaire encyclopédique du judaïsme
Un grand miracle ?
Isaïe 9, 1
Le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu une grande lumière;
sur ceux qui habitaient au pays de l'obscurité
une lumière a brillé.
Tu as augmenté l'allégresse,
multiplié la joie;
On est joyeux devant toi
comme de la joie de la moisson,
comme lorsque l'on jubile
au partage du butin.
Car le joug qui pesait sur lui,
et la barre sur son épaule,
le gourdin de son geôlier,
tu les as écrasés comme au jour de Madiân;
car toute chaussure portée dans la mêlée
et tout manteau souillé de sang
deviendront la proie des flammes,
la pâture du feu.
Car un enfant nous est né,
un fils nous a été donné.
L'empire repose sur son épaule
et on lui donne pour nom :
«Conseiller merveilleux, Dieu-héros, Père à jamais,
Prince de la paix»
[...]
- Jean 10, 22
Arriva alors à Jérusalem la fête de la Dédicace. C'était l'hiver, et Jésus circulait dans le Temple sous le portique de Salomon. Les juifs donc l'entourèrent et lui dirent : «Jusqu'à quand nous tiendras-tu l'âme en suspens ? Si c'est toi le Christ, dis-le nous ouvertement.» Jésus leur répondit : «Je vous l'ai dit, et vous ne croyez pas. Les oeuvres que moi je fais au nom de mon Père, ce sont elles qui témoignent à mon sujet; mais vous, vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes pas de mes brebis à moi. Mes brebis à moi écoutent ma voix, et moi je les connais, et elles me suivent, et elles ne péririont jamais [...] Moi et le Père, nous sommes un.»
Les juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider. Jésus leur répondit : «Je vous ai montré, venant du Père, beaucoup de belles oeuvres; pour laquelle de ces oeuvres voulez-vous me lapider ?» Les juifs lui répondirent : «Ce n'est pas pour une belle oeuvre que nous voulons te lapider, mais pour blasphème, et parce que, toi, étant homme, tu te fais Dieu.»
4) Dans le sens qu'il n'est pas impossible (loin de là !) que Jésus ait pu paraître dans le monde - nourrisson, nouveau-né - vers le temps de cette fête de la Dédicace. Ce serait assez logique (même un peu plus !) et comme un saint Jean Chrysostôme pouvait le faire remarquer, lorsque lui-même usait tout simplement
du récit évangélique de Luc. Les indices temporels donnés dans le texte de Luc pointeraient vers une naissance de Jésus en décembre (le calcul des mois débutant avec le moment de la fête de Kippour en octobre et qui serait ce dont Luc se réfère avec Zacharie; ensuite l'annonciation, le nombre de mois, etc.)
BREF
Autant il serait absurde de dire que Jésus est né en aucun temps, autant il serait spécieux de vouloir faire naître Jésus n'importe quand sauf en décembre tout spécialement (
Si l'Église le pense alors il faudrait que ce soit faux naturellement, et bla-bla-bla), et puis tenir mordicus ensuite à ce qu'il n'y ait jamais de commémoration de quoi que ce soit resterait une position digne de Témoin de Jéhovah; position d'extrémiste en rupture totale d'avec
la tradition biblique (juive, rabbinique et tout),
laquelle ne se gênait nullement pour commémorer les grands événements. Jésus lui-même fêtait la Dédicace, participait è des noces. La naissance de Jésus vers le temps de la fête des lumières, comme en fin d'année pour ceux qui usent de notre calendrier civil : c'est juste
un repère commémoratif qui fait sens et qui fait sens à plein, en long, en large et en hauteur. La liturgie de l'Église catholique romaine continue donc de célébrer à la fois le 25 décembre et le 6 janvier. On pourrait appeler ça la période des fêtes de la nativité (25 décembre au 6 janvier).