par coeurderoy » jeu. 25 nov. 2010, 16:40
Bonjour,
Vous savez, les jardins de Versailles sont plein de statues de Flore, Saturne, Apollon, Castor et Pollux et autres dieux ou demi-dieux...L'antiquomanie est surtout le fait de la Renaissance italienne (XV ème s.), des grandes familles érudites plaçant leurs rejetons au pouvoir en se cherchant des ancêtres mythologiques (les Médicis prétendaient descendre d'un Roi-Mage) et ce goût humaniste s'est propagé dans l'Europe du XVI ème siècle : on peut regretter la coupure entre les élites lettrées frottées au latin et au grec d'avec le peuple mais parler de paganisme est, de l'avis de tous les spécialistes de la Renaissance, une erreur de perspective historique : la fureur des passions religieuses au XVI ème, la querelle du Jansénisme et l'essor des ordres issus de la Contre-Réforme au XVII ème s. prouvent que la foi était sincère et vécue à la Renaissance et à l'époque classique.
Evidemment, je préfère aussi une société où l'Art chrétien est compris de tous mais j'avoue ma fascination devant les belles réussites de l'Ecole de Fontainebleau (les superbes fresques du château d'Oiron par ex. donnent une idée de la culture classique des élites de la Renaissance).
Concernant Henri III, j'ai apprécié les interventions intelligentes (et historiquement fondées) du jeune historien : sachez que ce roi, intelligent et particulièrement attaché au rôle de médiateur et pacificateur qu'incarnait sa personne, a été la cible de deux camps aussi violents qu'intéressés politiquement : Sainte-Ligue d'un côté ( prétendant descendre de Charlemagne le Duc de Guise briguait le trône), et Huguenots d'autre part : c'est d'eux je crois que sont venues les principales attaques contre la cour des "hermaphrodites", légende noire reprise pour des raisons idéologiques par les historiens et romanciers du XIX ème s.
Aucune preuve fondée n'existe de l'homosexualité d'Henri III. Le terme "mon mignon, ma mignonne" est un poncif de la préciosité de Cour des XVI et XVII ème s. On appelait ainsi les enfants. Les "favoris" sont les amis que rois et reines de toutes époques appréciaient de voir à leurs côtés.
Des rois très virils, multipliant les maitresses, offraient l'honneur de partager leur lit à leurs familiers : cela depuis la période médiévale, comme on invitait un hôte de marque à s'étuver sans penser forcément à mal.
Pour le rôle de l'étiquette (très complexe au XVIème, chez les Habsbourg notamment), c'est vrai qu'Henri III joue un rôle de premier plan dans son développement à la Renaissance.
La propreté du roi "fait tache" au XVI ème. s époque où les habitudes médiévales de l'hygiène se perdent : on préfère alors les parfums violents venus d'Italie qui, sous Louis XIV remplaceront définitivement la toilette matinale (Louis XIII disait "je suis comme mon père, je sens le gousset").
Le parallèlisme Henri III efféminé (fidèle à son épouse, propre, intelligent mais trop élégant) et Henri IV, plutôt...macho, bon enfant, proche du peuple, etc était très intéressant dans ce reportage.
On sait par ailleurs qu'Henri IV (remarquablement intelligent quoique mené par ses passions et écrivant admirablement bien) avait un sens élevé de son autorité et était doué dans la mise en scène des "public relations" : c'est pourquoi le milieu légitimiste exaltera tant "le bon roi Henry" vers 1830.
Par ailleurs on a répandu au XIX ème s. l'idée que les derniers Valois n'étaient que le fruit "du sang pourri des Médicis" (les banquiers de Florence : l'union de Catherine avec Henri II, descendant de Saint-Louis avait scandalisé les cours d 'Europe). Protestants et Ligueurs ont noirci à plaisir l'image de "La Florentine", comme plus tard pamphlets et gazettes noirciront Marie-Antoinette.
La reine Catherine, aimée et défendue par François Ier, son beau père, n'a eu que le malheur de vivre dans une époque violente, orgueilleuse et débridée : épouse fidèle elle tenta au colloque de Poissy un rapprochement avec les protestants (qui ravagèrent un royaume aux reins solides, détruisant, pillant, tuant et calomniant surtout les souverains légitimes).
Aimant la musique et les arts, on lui doit l'introduction des premiers violons en France ; sportive elle fut la première à monter "en amazone" (la jambe de la femme calée sur l'arçon) et de galoper au lieu de suivre gentiment les chasses "à la planchette" comme le faisaient les dames du Moyen-Age.
Quant-à-sa prétendue superstition, rappelez-vous que tous les souverains d'Europe consultaient leur astrologue particulier avant une bataille, un mariage ou un traité de paix.
Dire que le vrai catholicisme français est mort avec les Valois est une erreur historique : le dernier roi couronné, Charles X, avait conscience de l'acte qu'il posait en recevant l'onction à Reims en 1825,, comme son frère, Louis XVI, élevé comme lui au temps des "Lumières" sut faire preuve d'un admirable courage chrétien dans ses épreuves...
Cordialement !
Un très bon livre : La Cour de Henri III. Jacqueline Boucher (coll. de mémoire d'homme). Ouest France Université 1986. Le renouveau spirituel catholique et la vive pitié du roi Henri III protégeant plusieurs ordres religieux sont remarquablement analysés : roi bien moins "païen" ni ribaud que son grand-père François Ier que...je n'aime guère pour ma part !
Bonjour,
Vous savez, les jardins de Versailles sont plein de statues de Flore, Saturne, Apollon, Castor et Pollux et autres dieux ou demi-dieux...L'antiquomanie est surtout le fait de la Renaissance italienne (XV ème s.), des grandes familles érudites plaçant leurs rejetons au pouvoir en se cherchant des ancêtres mythologiques (les Médicis prétendaient descendre d'un Roi-Mage) et ce goût humaniste s'est propagé dans l'Europe du XVI ème siècle : on peut regretter la coupure entre les élites lettrées frottées au latin et au grec d'avec le peuple mais parler de paganisme est, de l'avis de tous les spécialistes de la Renaissance, une erreur de perspective historique : la fureur des passions religieuses au XVI ème, la querelle du Jansénisme et l'essor des ordres issus de la Contre-Réforme au XVII ème s. prouvent que la foi était sincère et vécue à la Renaissance et à l'époque classique.
Evidemment, je préfère aussi une société où l'Art chrétien est compris de tous mais j'avoue ma fascination devant les belles réussites de l'Ecole de Fontainebleau (les superbes fresques du château d'Oiron par ex. donnent une idée de la culture classique des élites de la Renaissance).
Concernant Henri III, j'ai apprécié les interventions intelligentes (et historiquement fondées) du jeune historien : sachez que ce roi, intelligent et particulièrement attaché au rôle de médiateur et pacificateur qu'incarnait sa personne, a été la cible de deux camps aussi violents qu'intéressés politiquement : Sainte-Ligue d'un côté ( prétendant descendre de Charlemagne le Duc de Guise briguait le trône), et Huguenots d'autre part : c'est d'eux je crois que sont venues les principales attaques contre la cour des "hermaphrodites", légende noire reprise pour des raisons idéologiques par les historiens et romanciers du XIX ème s.
Aucune preuve fondée n'existe de l'homosexualité d'Henri III. Le terme "mon mignon, ma mignonne" est un poncif de la préciosité de Cour des XVI et XVII ème s. On appelait ainsi les enfants. Les "favoris" sont les amis que rois et reines de toutes époques appréciaient de voir à leurs côtés.
Des rois très virils, multipliant les maitresses, offraient l'honneur de partager leur lit à leurs familiers : cela depuis la période médiévale, comme on invitait un hôte de marque à s'étuver sans penser forcément à mal.
Pour le rôle de l'étiquette (très complexe au XVIème, chez les Habsbourg notamment), c'est vrai qu'Henri III joue un rôle de premier plan dans son développement à la Renaissance.
La propreté du roi "fait tache" au XVI ème. s époque où les habitudes médiévales de l'hygiène se perdent : on préfère alors les parfums violents venus d'Italie qui, sous Louis XIV remplaceront définitivement la toilette matinale (Louis XIII disait "je suis comme mon père, je sens le gousset").
Le parallèlisme Henri III efféminé (fidèle à son épouse, propre, intelligent mais trop élégant) et Henri IV, plutôt...macho, bon enfant, proche du peuple, etc était très intéressant dans ce reportage.
On sait par ailleurs qu'Henri IV (remarquablement intelligent quoique mené par ses passions et écrivant admirablement bien) avait un sens élevé de son autorité et était doué dans la mise en scène des "public relations" : c'est pourquoi le milieu légitimiste exaltera tant "le bon roi Henry" vers 1830.
Par ailleurs on a répandu au XIX ème s. l'idée que les derniers Valois n'étaient que le fruit "du sang pourri des Médicis" (les banquiers de Florence : l'union de Catherine avec Henri II, descendant de Saint-Louis avait scandalisé les cours d 'Europe). Protestants et Ligueurs ont noirci à plaisir l'image de "La Florentine", comme plus tard pamphlets et gazettes noirciront Marie-Antoinette.
La reine Catherine, aimée et défendue par François Ier, son beau père, n'a eu que le malheur de vivre dans une époque violente, orgueilleuse et débridée : épouse fidèle elle tenta au colloque de Poissy un rapprochement avec les protestants (qui ravagèrent un royaume aux reins solides, détruisant, pillant, tuant et calomniant surtout les souverains légitimes).
Aimant la musique et les arts, on lui doit l'introduction des premiers violons en France ; sportive elle fut la première à monter "en amazone" (la jambe de la femme calée sur l'arçon) et de galoper au lieu de suivre gentiment les chasses "à la planchette" comme le faisaient les dames du Moyen-Age.
Quant-à-sa prétendue superstition, rappelez-vous que tous les souverains d'Europe consultaient leur astrologue particulier avant une bataille, un mariage ou un traité de paix.
Dire que le vrai catholicisme français est mort avec les Valois est une erreur historique : le dernier roi couronné, Charles X, avait conscience de l'acte qu'il posait en recevant l'onction à Reims en 1825,, comme son frère, Louis XVI, élevé comme lui au temps des "Lumières" sut faire preuve d'un admirable courage chrétien dans ses épreuves...
Cordialement !
Un très bon livre : [i]La Cour de Henri III[/i]. Jacqueline Boucher (coll. de mémoire d'homme). Ouest France Université 1986. Le renouveau spirituel catholique et la vive pitié du roi Henri III protégeant plusieurs ordres religieux sont remarquablement analysés : roi bien moins "païen" ni ribaud que son grand-père François Ier que...je n'aime guère pour ma part !