Mzaray a écrit :Correct. La question est de savoir si l'Union Européenne est basée sur cet héritage commun où sur d'autres liens historiques ou non.
Cela pose la question de la légitimité de l'entrée de la Turquie par exemple. En acceptant un tel héritage commun, on ferme la porte à cette entité politique laïque et moderne (oui monsieur) qui partage pourtant notre culture européenne (il n'y pas de grosse différence entre la Turquie et la Grèce si ce n'est la religion, et puis Istanbul et LE centre du monde orthoxe non?).
Je suis bien d’accord avec vous : cette référence au christianisme aurait des répercutions sur l’élargissement, et notamment sur la question de la Turquie. Je connais plutôt bien la Turquie, ma famille étant originaire de Kyzikos (Bandirma) et de Constantinople, ce qui me permet d’affirmer que la culture turque - aussi remarquable soit-elle sur de nombreux aspects - n’est pas européenne et que la religion y est sans doute pour beaucoup, la laïcité turque ressemblant de plus en plus à celle instaurée par les Jeunes Turcs en 1909.
Constantinople était depuis longtemps séparé de l'Europe occidentale lors de sa conquête.
Cela permet d'ailleurs, sans aucun problème, d'assurer à la Turquie son entrée dans l'Europe, si je te suis bien...
Ce n’est pas tant la géographie qui doit primer que la culture de ses habitants, ainsi on ne peut comparer Constantinople à Istanbul, d’ailleurs les Turcs eux-mêmes ne se sont jamais réellement remis de leur entrée dans la nouvelle Rome. À ce jeu de la filiation culturelle, c’est incontestablement la Russie qui prit la succession de l’Empire Byzantin.
D'un point de vue culturel, c'est le monde musulman qui a permis, entre autre la redécouverte du savoir grecque (dû aux échanges entre les grands penseurs de l'Espagne musulmane entre autres). Son rôle n'a pas toujours été destructeur.
Et heureusement qu’il n’a pas été toujours destructeur, l’Histoire est faite de nuances, néanmoins les savoirs grecs ont surtout été préservés par les byzantins qui eurent la bonne idée de se réfugier en Italie après la chute de Constantinople, favorisant ainsi la Renaissance italienne. Maintenant des auteurs comme Saint Augustin ou Saint Thomas d’Aquin - qui par ailleurs ne cachait pas certaines de ses références aux penseurs arabes - ont également assuré la survie de la pensée antique, et l’ont même modernisée.
Et qu'en est-il des juifs, par exemple? Sans doute une minorité, mais une minorité qui a joué un rôle très important: en Europe du nord, avec le développement de la culture ashkhénaze, en Espagne, avant la reconquète chrétienne et l'expulsion des musulmans et des juifs; ces derniers trouvant refuge à Istanbul...
« Spirituellement nous sommes tous des Sémites » disait Pie XI, maintenant il est bien beau de parler des Juifs de Smyrne (Izmir) mais c’est oublier la taxation de leurs biens à près de 80% de la part du gouvernement turc qui les ruina dans les années 40. Je passe également le fait que Hitler considérait encore la Turquie comme un « pays ami du Reich » en février 1945 ou que la Turquie n'attendait que la défaite de l’URSS à Stalingrad pour fondre sur le Caucase.
L'Union Européenne n'est pas et n'a pas vocation à devenir (espérons ), un nouvel empire chrétien, ou même une entité politique équivalente aux Etats-Unis.
L’impérialisme est de toutes façons peu compatible avec le christianisme, mais qu’est-ce qui vous gênerait si la Chrétienté - celle d’avant 1204 - devait renaître ?
C'est avant tout un accord entre différents pays souverains qui partagent les mêmes intérets et les mêmes valeurs. Ces dernières peuvent être inspirés par le message chrétien, et c'est très bien, mais ne sont pas pour autant fermés à d'autres cultures.
Le « message chrétien » est universel et ne pose pas tant un problème de cultures que de valeurs, hélas l’Europe se dessinant actuellement n’annonce pas les prémices d’une civilisation bâtie sur l’amour.
Un exemple: admettons que la paix et le calme apparaissent enfin dans les Balkans, ce qui parait fort probable dans les trente prochaines années. Devrons nous refuser les pays à majorité musulmane comme la Bosnie ou le Kosovo?
Question intéressante mais il ne me semble pas qu’il y ait de pays à majorité musulmane au sein de l’Union Européenne - hormis peut-être l’Albanie - le Kosovo étant en effet partie intégrante de la Serbie-Monténégro et la Bosnie n’étant pas majoritairement musulmane mais partagée entre d’un côté la R. Srpska (orthodoxes) et l’entité croate-musulmane (catholique et musulmane donc).
Chrétiens contre musulmans, puis catholiques contre protestants ou chrétiens contre juifs.
Le Liban, par exemple, a bien compris, à ses dépends, que le seul moyen d'avancer, était de faire des concessions. Un exemple à suivre (excepté pour la mainmise de la Syrie, mais c'est une autre histoire...)
J’ai pu constater de mes yeux ce qu’il en est actuellement au Liban et nous sommes loin de la société multiculturelle que vous décrivez, les chrétiens vivent au nord, les chiites à l’est et les sunnites au sud et personne n’aurait l’idée de se
mélanger, le temps semble s’être arrêté avec le cessez-le-feu, c’est bien triste à voir.
Franck
[quote="Mzaray"]Correct. La question est de savoir si l'Union Européenne est basée sur cet héritage commun où sur d'autres liens historiques ou non.
Cela pose la question de la légitimité de l'entrée de la Turquie par exemple. En acceptant un tel héritage commun, on ferme la porte à cette entité politique laïque et moderne (oui monsieur) qui partage pourtant notre culture européenne (il n'y pas de grosse différence entre la Turquie et la Grèce si ce n'est la religion, et puis Istanbul et LE centre du monde orthoxe non?). [/quote]
Je suis bien d’accord avec vous : cette référence au christianisme aurait des répercutions sur l’élargissement, et notamment sur la question de la Turquie. Je connais plutôt bien la Turquie, ma famille étant originaire de Kyzikos (Bandirma) et de Constantinople, ce qui me permet d’affirmer que la culture turque - aussi remarquable soit-elle sur de nombreux aspects - n’est pas européenne et que la religion y est sans doute pour beaucoup, la laïcité turque ressemblant de plus en plus à celle instaurée par les Jeunes Turcs en 1909.
[quote]Constantinople était depuis longtemps séparé de l'Europe occidentale lors de sa conquête.
Cela permet d'ailleurs, sans aucun problème, d'assurer à la Turquie son entrée dans l'Europe, si je te suis bien...[/quote]
Ce n’est pas tant la géographie qui doit primer que la culture de ses habitants, ainsi on ne peut comparer Constantinople à Istanbul, d’ailleurs les Turcs eux-mêmes ne se sont jamais réellement remis de leur entrée dans la nouvelle Rome. À ce jeu de la filiation culturelle, c’est incontestablement la Russie qui prit la succession de l’Empire Byzantin.
[quote]D'un point de vue culturel, c'est le monde musulman qui a permis, entre autre la redécouverte du savoir grecque (dû aux échanges entre les grands penseurs de l'Espagne musulmane entre autres). Son rôle n'a pas toujours été destructeur. [/quote]
Et heureusement qu’il n’a pas été toujours destructeur, l’Histoire est faite de nuances, néanmoins les savoirs grecs ont surtout été préservés par les byzantins qui eurent la bonne idée de se réfugier en Italie après la chute de Constantinople, favorisant ainsi la Renaissance italienne. Maintenant des auteurs comme Saint Augustin ou Saint Thomas d’Aquin - qui par ailleurs ne cachait pas certaines de ses références aux penseurs arabes - ont également assuré la survie de la pensée antique, et l’ont même modernisée.
[quote]Et qu'en est-il des juifs, par exemple? Sans doute une minorité, mais une minorité qui a joué un rôle très important: en Europe du nord, avec le développement de la culture ashkhénaze, en Espagne, avant la reconquète chrétienne et l'expulsion des musulmans et des juifs; ces derniers trouvant refuge à Istanbul... [/quote]
« Spirituellement nous sommes tous des Sémites » disait Pie XI, maintenant il est bien beau de parler des Juifs de Smyrne (Izmir) mais c’est oublier la taxation de leurs biens à près de 80% de la part du gouvernement turc qui les ruina dans les années 40. Je passe également le fait que Hitler considérait encore la Turquie comme un « pays ami du Reich » en février 1945 ou que la Turquie n'attendait que la défaite de l’URSS à Stalingrad pour fondre sur le Caucase.
[quote]L'Union Européenne n'est pas et n'a pas vocation à devenir (espérons ), un nouvel empire chrétien, ou même une entité politique équivalente aux Etats-Unis.[/quote]
L’impérialisme est de toutes façons peu compatible avec le christianisme, mais qu’est-ce qui vous gênerait si la Chrétienté - celle d’avant 1204 - devait renaître ?
[quote]C'est avant tout un accord entre différents pays souverains qui partagent les mêmes intérets et les mêmes valeurs. Ces dernières peuvent être inspirés par le message chrétien, et c'est très bien, mais ne sont pas pour autant fermés à d'autres cultures. [/quote]
Le « message chrétien » est universel et ne pose pas tant un problème de cultures que de valeurs, hélas l’Europe se dessinant actuellement n’annonce pas les prémices d’une civilisation bâtie sur l’amour.
[quote]Un exemple: admettons que la paix et le calme apparaissent enfin dans les Balkans, ce qui parait fort probable dans les trente prochaines années. Devrons nous refuser les pays à majorité musulmane comme la Bosnie ou le Kosovo? [/quote]
Question intéressante mais il ne me semble pas qu’il y ait de pays à majorité musulmane au sein de l’Union Européenne - hormis peut-être l’Albanie - le Kosovo étant en effet partie intégrante de la Serbie-Monténégro et la Bosnie n’étant pas majoritairement musulmane mais partagée entre d’un côté la R. Srpska (orthodoxes) et l’entité croate-musulmane (catholique et musulmane donc).
[quote]Chrétiens contre musulmans, puis catholiques contre protestants ou chrétiens contre juifs.
Le Liban, par exemple, a bien compris, à ses dépends, que le seul moyen d'avancer, était de faire des concessions. Un exemple à suivre (excepté pour la mainmise de la Syrie, mais c'est une autre histoire...)[/quote]
J’ai pu constater de mes yeux ce qu’il en est actuellement au Liban et nous sommes loin de la société multiculturelle que vous décrivez, les chrétiens vivent au nord, les chiites à l’est et les sunnites au sud et personne n’aurait l’idée de se [i]mélanger[/i], le temps semble s’être arrêté avec le cessez-le-feu, c’est bien triste à voir. :(
Franck