par etienne lorant » ven. 26 déc. 2008, 19:35
Une bonne Fée m'ayant fait parvenir un ouvrage que je ne cherchais pas mais qui m'est un véritable enchantement, je voudrais citer ici le passage d'une lettre de Jacques Maritain à Julien Green. Ce dernier ayant parlé de la vieillesse sur un ton de "crainte et tremblement", et voici ce que Jacques répond, avec un ton d'une extrême douceur:
"Il n'y a de vieillesse que là où il n'y a pas d'amour. Nous connaissons tous de malheureux êtres chez qui le péché sous ses formes les plus laides a tué dans leurs coeurs jusqu'au souvenir de Dieu, mais Dieu garde les siens, et c'est pour cela que le prêtre octogénaire qui dit la messe de sept heures à la chapelle des Missions étrangères, appuyé sur une canne, peut lever son beau visage vers l'autel et parler au Dieu qui réjouit sa jeunesse, non dans le passé mais dans le présent. Vous qui êtes loin d'avoir son âge, vous passerez comme lui à côté de la vieillesse. Un des plus grands dons de l'Enfant à Noël, c'est l'enfance du coeur. Si nous la gardons, le délabrement du corps ne comptera pas. Quand j'avais vingt-cinq ans, l'idée de parler à un vieillard (c'est-à-dire à un homme de cinquante ans !) me remplissait de tristesse et d'ennui. Ai-je besoin de vous dire que mon point de vue est autre à présent ? "Rien avant quarante ans", disait Tauler, mais il me semble que Dieu réserve ses plus grandes grâces pour la fin comme s'il voulait de la dernière saison un printemps plus beau que le premier. Lorsque nous étions plus jeunes, nous savions certaines choses sans bien les comprendre. La lumière n'est venue que plus tard. Il y a dans l'amour de Dieu une tendresse que les jeunes ne connaissent pas toujours... Vous vous souvenez du cantique de William Cowper: "Oh, for a closer walk with God !"
Cette tendresse de Dieu, quelque chose me dit qu'à longueur de patience, je la connaîtrai, moi aussi. Certains matins, c'est vrai, je tremble un peu à l'idée du risque que je prends, lorsque, sans hésiter, je choisis la solitude aux fréquentations nombreuses que l'argent pourrait me payer à présent. Mais c'est que dans le monde, il y a des hommes et des femmes de trente ans qui sont plus âgés que moi (qui en ai cinquante-deux): ils me regardent et j'ai le sentiment qu'ils sont en train de compter. Je parle littérature, ils répondent Harry Potter, sans même savoir que cette écrivaine a dans sa tête tout l'avenir des personnages qu'elle a créés, alors qu'elle n'écrit plus. Quand je parle poésie, je suis coupé. Quand le mot Dieu sort de ma bouche, il n'y a plus personne. Car Dieu, dans le monde, est synonyme de mort. Parler de Dieu aux gens, çà dérange beaucoup, car c'est parler de la vieillesse et de la mort - et çà n'est pas poli !
Je termine avec un autre mot sur l'esprit d'enfance, que je puise chez Bernanos et qui rejoint tout à fait ce qu'écrit ici Jacques Maritain : "« D’où vient que le temps de notre petite enfance nous apparaît si doux, si rayonnant? Un gosse a des peines comme tout le monde, et il est, en somme, si désarmé contre la douleur, la maladie! L’enfance et l’extrême vieillesse devraient être les deux grandes épreuves de l’homme. Mais c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie. Il s’en rapporte à sa mère, comprends-tu? Présent, passé, avenir, toute sa vie, la vie entière tient dans un regard, et ce regard est un sourire."
Une bonne Fée m'ayant fait parvenir un ouvrage que je ne cherchais pas mais qui m'est un véritable enchantement, je voudrais citer ici le passage d'une lettre de Jacques Maritain à Julien Green. Ce dernier ayant parlé de la vieillesse sur un ton de "crainte et tremblement", et voici ce que Jacques répond, avec un ton d'une extrême douceur:
"Il n'y a de vieillesse que là où il n'y a pas d'amour. Nous connaissons tous de malheureux êtres chez qui le péché sous ses formes les plus laides a tué dans leurs coeurs jusqu'au souvenir de Dieu, mais Dieu garde les siens, et c'est pour cela que le prêtre octogénaire qui dit la messe de sept heures à la chapelle des Missions étrangères, appuyé sur une canne, peut lever son beau visage vers l'autel et parler au Dieu qui réjouit sa jeunesse, non dans le passé mais dans le présent. Vous qui êtes loin d'avoir son âge, vous passerez comme lui à côté de la vieillesse. Un des plus grands dons de l'Enfant à Noël, c'est l'enfance du coeur. Si nous la gardons, le délabrement du corps ne comptera pas. Quand j'avais vingt-cinq ans, l'idée de parler à un vieillard (c'est-à-dire à un homme de cinquante ans !) me remplissait de tristesse et d'ennui. Ai-je besoin de vous dire que mon point de vue est autre à présent ? "Rien avant quarante ans", disait Tauler, mais il me semble que Dieu réserve ses plus grandes grâces pour la fin comme s'il voulait de la dernière saison un printemps plus beau que le premier. Lorsque nous étions plus jeunes, nous savions certaines choses sans bien les comprendre. La lumière n'est venue que plus tard. Il y a dans l'amour de Dieu une tendresse que les jeunes ne connaissent pas toujours... Vous vous souvenez du cantique de William Cowper: "Oh, for a closer walk with God !"
Cette tendresse de Dieu, quelque chose me dit qu'à longueur de patience, je la connaîtrai, moi aussi. Certains matins, c'est vrai, je tremble un peu à l'idée du risque que je prends, lorsque, sans hésiter, je choisis la solitude aux fréquentations nombreuses que l'argent pourrait me payer à présent. Mais c'est que dans le monde, il y a des hommes et des femmes de trente ans qui sont plus âgés que moi (qui en ai cinquante-deux): ils me regardent et j'ai le sentiment qu'ils sont en train de compter. Je parle littérature, ils répondent Harry Potter, sans même savoir que cette écrivaine a dans sa tête tout l'avenir des personnages qu'elle a créés, alors qu'elle n'écrit plus. Quand je parle poésie, je suis coupé. Quand le mot Dieu sort de ma bouche, il n'y a plus personne. Car Dieu, dans le monde, est synonyme de mort. Parler de Dieu aux gens, çà dérange beaucoup, car c'est parler de la vieillesse et de la mort - et çà n'est pas poli !
Je termine avec un autre mot sur l'esprit d'enfance, que je puise chez Bernanos et qui rejoint tout à fait ce qu'écrit ici Jacques Maritain : "« D’où vient que le temps de notre petite enfance nous apparaît si doux, si rayonnant? Un gosse a des peines comme tout le monde, et il est, en somme, si désarmé contre la douleur, la maladie! L’enfance et l’extrême vieillesse devraient être les deux grandes épreuves de l’homme. Mais c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie. Il s’en rapporte à sa mère, comprends-tu? Présent, passé, avenir, toute sa vie, la vie entière tient dans un regard, et ce regard est un sourire."