par Christian » mer. 08 sept. 2010, 11:05
Bonjour à tous,
Je jette un œil sur ce forum après une longue abstinence, et j’y retrouve en souriant les mêmes conversations (il est vrai que ça fait deux millénaires et demi qu’elles durent)
Sokrates
Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas l'adultère, etc. C'est une morale qui demande de respecter personnellement certaines règles d'action
Ou plutôt des règles
d’inaction. C’est pourquoi cette morale est universalisable. Tout le monde, du Sahara au Saskatchewan, riche ou pauvre, jeune ou vieux, est physiquement capable
de ne pas agir, ne pas assassiner, ne pas voler (à la rare exception de malades mentaux), et même de ne pas commettre d’adultère.
On peut constater par la simple observation et les moyens de la science que Mme Tartemolle n’a pas été tuée, violée, volée, etc. Heureusement, car en matière de droit, il faut être sérieux, précis et objectif. On ne doit pas entrer dans les domaines flous de la subjectivité, de la ‘sensibilité’, des ‘pressions morales’ ou des ‘gros mots’. Il en va de notre protection à tous. Si la justice n’est pas rendue, nous sommes tous des victimes potentielles. Si elle est mal rendue, nous risquons tous l’erreur judiciaire.
Simone Weill (citée par etienne lorant)
Les hommes de 1789 [...] ont commencé par la notion de droit. Mais en même temps ils ont voulu poser des principes absolus. Cette contradiction les a fait tomber dans une confusion de langage et d’idées qui est pour beaucoup dans la confusion politique et sociale actuelle
J’ai la plus profonde admiration pour Simone Weill, pour son authenticité, sa foi, et la richesse de sa pensée. Mais elle se trompe ici. La confusion qu’elle dénonce ne vient pas d’un conflit entre la notion de droit et la nécessité de poser des principes absolus. Nous venons de le voir : Il existe des notions de droit qui peuvent être élevés en principes absolus et universels : ceux qui nous imposent seulement de ne pas agresser physiquement l’innocent.
Si ces principes de droit peuvent être universels, le seul devoir qui peut l’être aussi est de respecter ces droits. Tout autre devoir ne peut pas être imposé à tout le monde, car tout le monde n’a pas la capacité physique de le remplir. A l’impossible nul n’est tenu. J’ai le devoir d’aider mon prochain ; en suis-je capable ? de le nourrir quand il a faim, mais ai-je du pain moi-même ? de l’instruire, mais que sais-je qu’il ait envie d’apprendre ?
Ah, mais ces devoirs seraient ceux d’une collectivité, pas d’un individu ? Mais là non plus, la condition d’universalité ne saurait être remplie, puisque chaque collectivité, par définition, est différente d’une autre, et les moyens que l’une peut consacrer à la santé, à l’éducation, à la sécurité, au développement des âmes, des corps et des comptes en banque, n’égalera pas ceux d’une autre communauté.
Il n’existe qu’une façon de ne pas agresser physiquement autrui, elle ne demande aucune capacité, et ses effets profitent également à tout le monde. Tout devoir exigé au-delà du respect de la non agression dépend de notre capacité, individuelle et collective, et ceux à qui nous rendons ces devoirs seront traités différemment selon la sympathie, la famille, le milieu social, la collectivité, le pays, c’est-à-dire le hasard de la naissance et la chance des rencontres.
Or le législateur peut, et doit, exiger le respect d’un principe universel, dont chacun bénéficie à égalité avec tous les autres. Mais le législateur peut-il licitement imposer une contrainte, des devoirs, qui
créent des inégalités ?
Tout devoir, autre que celui de ne pas agresser un innocent, est une obligation
en conscience, qui doit rester étrangère à toute législation.
Cordialement
Christian
Bonjour à tous,
Je jette un œil sur ce forum après une longue abstinence, et j’y retrouve en souriant les mêmes conversations (il est vrai que ça fait deux millénaires et demi qu’elles durent) :D
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[b]Sokrates[/b]
Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas l'adultère, etc. C'est une morale qui demande de respecter personnellement certaines règles d'action [/quote]
Ou plutôt des règles [i]d’inaction[/i]. C’est pourquoi cette morale est universalisable. Tout le monde, du Sahara au Saskatchewan, riche ou pauvre, jeune ou vieux, est physiquement capable [i]de ne pas agir[/i], ne pas assassiner, ne pas voler (à la rare exception de malades mentaux), et même de ne pas commettre d’adultère.
On peut constater par la simple observation et les moyens de la science que Mme Tartemolle n’a pas été tuée, violée, volée, etc. Heureusement, car en matière de droit, il faut être sérieux, précis et objectif. On ne doit pas entrer dans les domaines flous de la subjectivité, de la ‘sensibilité’, des ‘pressions morales’ ou des ‘gros mots’. Il en va de notre protection à tous. Si la justice n’est pas rendue, nous sommes tous des victimes potentielles. Si elle est mal rendue, nous risquons tous l’erreur judiciaire.
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[b]Simone Weill[/b] (citée par etienne lorant)
Les hommes de 1789 [...] ont commencé par la notion de droit. Mais en même temps ils ont voulu poser des principes absolus. Cette contradiction les a fait tomber dans une confusion de langage et d’idées qui est pour beaucoup dans la confusion politique et sociale actuelle [/quote]
J’ai la plus profonde admiration pour Simone Weill, pour son authenticité, sa foi, et la richesse de sa pensée. Mais elle se trompe ici. La confusion qu’elle dénonce ne vient pas d’un conflit entre la notion de droit et la nécessité de poser des principes absolus. Nous venons de le voir : Il existe des notions de droit qui peuvent être élevés en principes absolus et universels : ceux qui nous imposent seulement de ne pas agresser physiquement l’innocent.
Si ces principes de droit peuvent être universels, le seul devoir qui peut l’être aussi est de respecter ces droits. Tout autre devoir ne peut pas être imposé à tout le monde, car tout le monde n’a pas la capacité physique de le remplir. A l’impossible nul n’est tenu. J’ai le devoir d’aider mon prochain ; en suis-je capable ? de le nourrir quand il a faim, mais ai-je du pain moi-même ? de l’instruire, mais que sais-je qu’il ait envie d’apprendre ?
Ah, mais ces devoirs seraient ceux d’une collectivité, pas d’un individu ? Mais là non plus, la condition d’universalité ne saurait être remplie, puisque chaque collectivité, par définition, est différente d’une autre, et les moyens que l’une peut consacrer à la santé, à l’éducation, à la sécurité, au développement des âmes, des corps et des comptes en banque, n’égalera pas ceux d’une autre communauté.
Il n’existe qu’une façon de ne pas agresser physiquement autrui, elle ne demande aucune capacité, et ses effets profitent également à tout le monde. Tout devoir exigé au-delà du respect de la non agression dépend de notre capacité, individuelle et collective, et ceux à qui nous rendons ces devoirs seront traités différemment selon la sympathie, la famille, le milieu social, la collectivité, le pays, c’est-à-dire le hasard de la naissance et la chance des rencontres.
Or le législateur peut, et doit, exiger le respect d’un principe universel, dont chacun bénéficie à égalité avec tous les autres. Mais le législateur peut-il licitement imposer une contrainte, des devoirs, qui [i]créent[/i] des inégalités ?
Tout devoir, autre que celui de ne pas agresser un innocent, est une obligation [i]en conscience[/i], qui doit rester étrangère à toute législation.
Cordialement
Christian