Sur la matière et le pêché originel :
On sait que la philosophie grecque notamment avec Aristote identifie la matière (materia prima que la Tradition chrétienne identifie aux eaux de la Genèse) à une pure potentialité, à un quelque chose de totalement indéterminé qui n'existe pas par lui même mais qui vient à l'existence uniquement grâce à l'aide d'une forme substantielle.
Cette notion loin d'être dépassée semble être "confirmé" par la physique quantique.
Selon Heinsenberg, ce qui est analysé par la physique quantique, les particules , tiennent le milieu entre la réalité et la possibilité et c'est pourquoi il en a fait un parallèle avec la "potentia" aristotelicienne.
Wolfgang Smith physicien et mathématicien explique dans son livre "Sagesse de la cosmologie ancienne" que la grandeur de la physique quantique est de pouvoir "observer" ce niveau ontologique sub existentiel se situant pour ainsi dire avant l'union avec la forme, en d'autre terme ce qui est observé c'est la materia secunda qui sous tend le monde corporel et qui possède le plus faible degré de détermination.
L'expérience du chat de Schrodinger a montré que dans un plan donné les particules étaient totalement indéterminées, qu'elles se trouvaient dans des états de superpositions (dans plusieurs états à la fois, le chat étant dans l'histoire à la fois vivant et mort), mais que quand on venait les mesurer avec l'instrument de mesure corporel la particule étudiée se fixait dans un état précis.
Voyant cela certains physiciens se sont donc demandés (et n'ont semble-t-il pas trouvé de réponse "physique") pourquoi est ce qu'une particule peut se trouver dans deux états à la fois, mais pas une balle de golf ? Smith plaidant pour la connaissance métaphysique , répond que la notion de forme permettrait d'expliquer la différence entre un quelque chose qui est en puissance, une particule, et une balle de golf qui est un objet déterminé, fixé par une forme.
L'expérience du "chat" est aussi importante car elle montre en quoi l'interaction avec ce qui est étudié influence le résultat , en d'autre terme que le modus operandi du physicien participe à la formation du résultat, à la formation de l'objet physique.
L'auteur, en outre critique le scientisme et rappelle , en citant des grands comme Eddington, Heinseberg , "la physique est la science de la mesure" (Lord Kelvin), et que la mesure faite dépend intrinsèquement de l'outil de mesure et du cadre de référence utilisé. Et même s'il y a des invariants, tout est intrinsèquement relationnel , tout étant dépendant d'une certaine façon de tel ou tel système coordonné ou cadre de référence.
C'est pourquoi le résultat physique n'est que partiellement objectif , car une dose de subjectif y étant nécessairement introduit pour pouvoir analyser l'objet. Le physicien cherche donc en "créant" dit W. Smith. Mais le scientisme veut faire croire que l'objet physique (c'est à dire le résultat étudié, le modèle) correspond totalement à l'objet corporel , c'est à dire à l'objet tel qu'il est et tel que nous le percevons. Postulat que Whitehead a appelé "bifurcationnisme".
Au final, contre l'effet débilitant du scientisme pour la pensée qui limite la réalité au quantifiable et au mesurable (et donc quelque part à ce qu'il y a de plus superficielle dans une chose) , Smith plaide donc pour la perception cognitive sensorielle , car l'homme avec la métaphysique (donc simplement avec ses yeux et son cerveau) a accès un plus haut degré de connaissance. En effet, à la question "qu'est ce que ce que ceci", "qu'est ce que cela" , que est le sens d'une chose , bref des questions fondamentales pour l'esprit humain appartenant à un univers de signification supra physique, seule la vraie philosophie peut répondre.
En définitive la physique est très précieuse mais elle est limitée à son domaine , et ce dont nous parle la Genèse et la métaphysique lui échappe. La connaissance par l'intermédiaire de la simple "perception sensorielle cognitive" est donc pour Smith finalement plus haute que celle de la physique. Et en cela , on peut dire que nos sens ne nous trompe pas et que ce nous voyons est vrai. Pour cette raison son livre est vraiment salutaire , en détruisant le scientisme qui veut s'accaparer le monopole de la connaissance en prétendant que seule la connaissance scientifique est valable et peut dire la vérité, "Ce que la science ne sait pas, l'humanité ne peut pas le savoir" disait le logicien B. Russel, il réhabilite le réalisme philosophique et donc l'expérience de la "pensée qui médite" selon l'expression de Heidegger et qui est donnée à tout homme quand il décide de s'interroger un peu sur le sens de choses par opposition à la "pensée qui calcule", pensée technique orientée vers l'utile et le matériel et que l'époque juge comme étant la seule rationnelle.
Mais, il n’y a qu’une seule réalité. Et c’est bien Dieu qui l’a créée.
Oui je suis d'accord. Il y a toutefois des degrés de profondeur dans cette réalité correspondant à des modes d'existence différents.
Le monde est ontologiquement profond , il est intérieurement profond et varié. Ce que nous percevons est donc rigoureusement vrai, ce n'est pas une illusion, mais il correspond à un degré de réalité qui nous est accessible, de la même façon la physique ne peut percevoir que le mesurable et le quantifiable, mais tout ce qui concerne le sens ne la concerne pas. Néanmoins Dieu a pu donné accès à une quantité de Saints et prophètes aux degrés supérieurs de réalité comme St Paul qui a été ravi au 3e "ciel" mais qui n'a pu expliquer ce qu'il a vu car cela dépassant surement le mode corporel que nous connaissons, ce n'était pas explicable en termes humains.
Le drame de l'époque moderne est qu'elle nous a enfermé dans un monde extérieurement illimité (en étendue), réduit à une grande machine, mais pauvre car dépourvu de sens. Mais la cosmologie chrétienne exige une cosmologie qualitativement infinie , un monde potentiellement intérieurement illimité avec des formes et des modes d'existence variés. Ainsi je crois qu'il est clair que dans la Bible Adam ne vivait pas selon les mêmes modalités que nous , que son plan d'existence n'était pas soumis aux même limitations physiques que nous connaissons mais qu'il s'est dégradé avec la chute.
Pour en revenir à la notion de matière , Grégoire de Nysse a donné une notion dynamique qui permet de comprendre qu'il peut y avoir des degrés différents de matérialité et qu'après la chute, la nature son organisation et ses lois aient pu changer, et qui permet aussi de comprendre que cette dispersion, distension ou affaiblissement des éléments composant le matériel a pu affaiblir notre nature.
"Rien dans le corps ni sa forme, ni son étendue, ni son volume , ni son poids , ni sa couleur , ni d'autres qualités prises en elles-mêmes ne sont le corps, mais des pures intelligibles. Cependant leurs concours devient le corps." St Grégoire de Nysse
Dans la Genèse le passage indiquant le vêtement de peaux peut signifier le passage à un autre de degré de corporéite, le chapitre 2,7 dit aussi :
2:7 L'Eternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre (traduction TOB)
que Jean Borella dans "Un homme et une femme au Paradis" traduit par :
"Et forma 'ou plutôt compacta' YHWH-Elohim l'Adam poussière (haphar) à partir de l'adamah"
Dans ce chapitre haphar est spécialement utilisé pour Adam , et si le terme peut tout à fait indiquer l'humilité de la condition humaine, on peut voir avec Borella dans ce terme, en gardant à l'esprit qu'il y a des degrés de compréhension du texte (sens littéral, spirituel, symbolique etc), une description de l'état d'Adam avec son corps subtile léger comme la poussière.
On peut toutefois rétorquer qu'il est écrit plus loin au chapitre III : "car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière." Mais cela peut aussi désigner la séparation de l'âme et du corps , en d'autre terme la mort matériel que nous connaissons. Toujours selon le même auteur , Adam s'il n'avait pas péché aurait peut-être connu le même sort que Henoch, Elie ou la Sainte Vierge dont le corps n'a pas connu la corruption et qui est "montée au ciel".
Il y a une autre tradition que je crois intéressante, la cosmologie ancienne considérait que le corps était formé des quatre éléments : eau, terre, feu, air, et les anciens les faisaient correspondre avec les 4 points cardinaux. Anatole , Dusis , Arktos, Mesembria.
Ainsi, Levant (Anatole) correspondait à l'air , le couchant (D) avec la Terre, Nord (A) avec l'Eau , et le Sud (M) avec le Feux.
La Tradition chrétienne avec St Augustin a repris et mise cette tradition en parallèle avec le rassemblement des élus des quatre vents (Matt 24:31) de façon très parlante à nous montrer les conséquences du pêché. En effet ce rassemblement au son de la trompette pour qu'ils ressuscitent avec un corps glorieux , symbolise aussi la reconstitution du nom Adam dont les lettres (pouvant symboliser le corps) ont été dispersés par le pêché.
Selon moi, aussi -car Dieu ne laisse rien au hasard- la croix avec ses 4 parties où est mort le nouvel Adam, Jésus , symbolise la reconstitution de ce que le premier Adam a dispersé par son pêché, et de même, dans la Genèse le fleuve avec ses 4 branches qui arrosent l'Arbre de Vie qui se trouve au milieux du Jardin d'Eden symbolise la Croix et le Sacré Coeur de Jésus est la source de ce fleuve , de cette croix vivifiante qui rassemble l'homme dispersé.