Création, miracles et Bible par la contingence

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Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Morgane » sam. 13 mars 2010, 14:43

Ah oui, le péché originel... Je n'y pensais plus... mais c'est vrai !

La foi, quelle force ! Oui, mais les miracles existent pour ceux qu les voient. Il suffit d'ouvrir les yeux, il y en a beaucoup autour de nous, des tous petits, mais qui contribuent à nous rendre belle la vie.

Merci Xavi et bonne journée

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Xavi » sam. 13 mars 2010, 14:37

Morgane a écrit : Vous etes partis sur de très grands miracles...
La confiance (autre miracle vous ne trouvez pas?) qu'il faut faire à Dieu, et à soi, pour que la "chose surnaturelle" se produise...
C'est tout à fait juste.

Depuis le péché originel, c'est bien le manque de confiance qui a cassé la communion avec Dieu dans laquelle l'homme aurait pu faire tant de "miracles". Il suffit de regarder ce que le Christ vrai Dieu a fait comme vrai homme, semblable à nous en tout sans le péché.

La foi, que le Christ suscite en nous, nous rétablit miraculeusement dans une réalité qui nous est devenue cachée, mais notre foi est encore si minuscule...

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Morgane » sam. 13 mars 2010, 11:17

Vous etes partis sur de très grands miracles, la résurrection, la multiplication des pains et la conversion de l'eau en vin...

Un miracle quotidien, tellement quotidien qu'i passe inaperçu : l'amour ! Combien faut-il pour que l'amour existe ? Quelles qualités ont les différents amours ? Juste ça.

Et je pourrais dire aussi autre miracle issu de l'amour, la naissance...

Je crois que puor qu'il y ait miracle il faut une chose dont Xavi parle, au milieu d'une phrase:

D’abord (avec un clin d’œil fraternel à Bon Seb…), parce qu’il y a eu deux multiplications très différentes. Dans un cas (les 5.000 : Mt 14, 15 et sv)), ce sont les disciples qui pensent que la nourriture va manquer, et le Christ les appelle à faire confiance. Dans l’autre cas (les 4.000 : Mt, 15, 32 et sv), c’est le contraire, c’est le Christ qui pense lui-même que la nourriture va manquer.

La confiance (autre miracle vous ne trouvez pas?) qu'il faut faire à Dieu, et à soi, pour que la "chose surnaturelle" se produise...

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Laurent L. » mer. 10 mars 2010, 14:50

Raistlin a écrit :La toute-puissance de Dieu ne signifie pas qu'il puisse faire des choses contradictoires et absurdes (par exempler un cercle carré
Ben quoi ? Je sais bien faire un triangle rectangle. ;)

Je me suis surpassé, là... :s

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Raistlin » mer. 10 mars 2010, 12:41

touriste a écrit :Si je vous comprends bien, quand on parle de miracles, il n'y a rien d'impossible

Le Christ aurait pu, par exemple, transvaser 3 litres d'eau d'une jarre de 3 litres ....dans une jarre d' UN litre .... sans que rien ne déborde ...

Ce n'est pas ma conception des miracles, mais je conçois que cela puisse être la vôtre :
"à Dieu, rien d'impossible" ..
La toute-puissance de Dieu ne signifie pas qu'il puisse faire des choses contradictoires et absurdes (par exempler un cercle carré, créer un dieu plus puissant que Lui et autres sophismes dans le genre). Bref, non, Dieu ne peut pas a priori faire entrer 3 litres d'eau dans une jarre d'un seul litre, sans en changer l'état.

Ou alors, il triche en faisant un trou dans le vase. :D

Mais pour continuer sur votre problème de "rajout" de matière dans l'Univers, je ne vous pas où est le problème. Etant donné qu'Il a créé la matière ex nihilo, Il peut très bien en rajouter. Du coup, oui, la masse de matière de l'Univers augmente, mais en quoi cela pose un problème ? Je vois mal l'Univers s'écrouler à cause de ça.

Bien cordialement,

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Invité » mar. 09 mars 2010, 23:28

Si je vous comprends bien, quand on parle de miracles, il n'y a rien d'impossible

Le Christ aurait pu, par exemple, transvaser 3 litres d'eau d'une jarre de 3 litres ....dans une jarre d' UN litre .... sans que rien ne déborde ...

Ce n'est pas ma conception des miracles, mais je conçois que cela puisse être la vôtre :
"à Dieu, rien d'impossible" ..

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Xavi » mar. 09 mars 2010, 16:46

Je ne peux rien ajouter à la réaction de Pneumatis qui me semble tout à fait juste et pertinente.

A DA95, il me semble utile de préciser qu’il y a, bien sûr, un changement entre le corps physique et le corps glorieux, mais il y a aussi une continuité que nous montrent les apparitions du Christ ressuscité lorsqu’il présente ses plaies.

Mais, comme le dit Raistlin à propos de la multiplication des pains évoqué par Touriste, il y a un moment où il nous faut bien admettre actuellement que nous ne savons pas comment les choses se passent.

L’exemple de la multiplication des pains est assez intéressant pour le sujet qui nous occupe.

D’abord (avec un clin d’œil fraternel à Bon Seb…), parce qu’il y a eu deux multiplications très différentes. Dans un cas (les 5.000 : Mt 14, 15 et sv)), ce sont les disciples qui pensent que la nourriture va manquer, et le Christ les appelle à faire confiance. Dans l’autre cas (les 4.000 : Mt, 15, 32 et sv), c’est le contraire, c’est le Christ qui pense lui-même que la nourriture va manquer.

Personnellement, je ne suis pas convaincu qu’il y a eu miracle dans le premier cas. N’y avait-il pas parmi la foule bien plus de nourriture que ce que pensaient les disciples remplis de crainte ? Le Christ n’a-t-il pas misé sur l’intelligence des gens à prévoir la situation en emportant de la nourriture et sur le sens du partage ? Je ne suis pas certain qu’il y a eu miracle dans la première multiplication qui se produit à la fin normale d’une journée.

Dans le second cas, c’est différent, car c’est le Christ lui-même qui constate, parce que des gens sont restés près de lui depuis trois jours, qu’il n’y a pas la nourriture nécessaire. Là, il semble qu’il y a eu un vrai miracle, mais nous ne savons comment. A priori, je suis plutôt réticent à penser à une création de matière supplémentaire, et je pense plutôt volontiers que la nature recèle des possibilités inconnues, mais, je dois bien être d’accord avec Raistlin : on ne peut rien affirmer.

L’insistance de Jésus sur les deux multiplications (Mt 16, 9-10) nous invite peut-être discrètement à comprendre que les faits extraordinaires sont susceptibles d’une double compréhension et qu’un miracle inexpliqué est parfois très semblable à un fait très explicable.

Bref, il est au moins prudent de ne pas écarter trop vite les possibilités qui existent dans et par la création, la nature créée dans toute sa réalité, y compris ses liens avec la transcendance qui la traverse et l’accompagne.

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Raistlin » mar. 09 mars 2010, 15:21

touriste a écrit :Il fallait bien, miracle ou non, qu'ils soient constitués de matière (atomes etc..)

Or, dans notre univers, "rien ne se crée, rien ne se perds, tout se transforme"
Autrement dit, s'il y a eu "création" de pains, il y a eu RAJOUT de matière dans l'univers ... donc "déséquilibre"

Je penche plus pour une "transformation" de matière ...

Et vous tous, quel est votre avis ?
Honnêtement, Dieu seul le sait. :D
Vous savez, Dieu est bien assez puissant pour rajouter de la matière dans l'Univers sans créer de déséquilibre comme vous dites. Donc les deux hypothèses me paraissent plausible.

Cordialement,

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Invité » mar. 09 mars 2010, 13:06

Au sujet des miracles, comment expliquez vous la chose suivante en ce qui concerne la multiplication des pains :

y a t il eu "création" de pains, dans le sens où ils n'existaient pas ét ont été tirés du néant ?

ou bien "transformation" de matière pour en faire des pains ?

Il fallait bien, miracle ou non, qu'ils soient constitués de matière (atomes etc..)

Or, dans notre univers, "rien ne se crée, rien ne se perds, tout se transforme"
Autrement dit, s'il y a eu "création" de pains, il y a eu RAJOUT de matière dans l'univers ... donc "déséquilibre"

Je penche plus pour une "transformation" de matière ...

Et vous tous, quel est votre avis ?

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par DA95 » mar. 09 mars 2010, 11:42

Pneumatis a écrit :On peut dire que de ressusciter pour l'homme est quelque chose de conforme à sa nature. Cela ne peut trahir sa nature, puisqu'au contraire la résurrection l'accompli parfaitement. C'est donc l'événement naturel le plus parfait pour ce qui concerne la nature humaine.
Je comprends pas bien. Vous dites que notre nature sera accompli par la réssurection? cela veut dire qu'il y aura une continuité dans l'ordre de la nature?

Il me semble que la réssurection est une re-création. Le passage du corps physique à un corps glorieux qui suppose nécessairement un changement de nature.
une personne humaine = un corps physique + une âme
une personne "glorieuse" = un corps glorieux + une âme où une âme = une âme (la même)

Mes égalités sont elles fausses? qu'elle est la position du philosophe? Celle de l'église?

Merci

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Pneumatis » lun. 08 mars 2010, 23:21

Bonsoir,

Je m'immisce dans la discussion en passant...

Juste pour dire que ce que je crois avoir compris de l'exposé de Xavi, et qui est certainement le plus compliqué à bien expliquer, c'est justement cette non-opposition entre naturel et surnaturel. L'exemple de la résurrection choisi par Xavi est véritablement exemplaire :

On peut dire que de ressusciter pour l'homme est quelque chose de conforme à sa nature. Cela ne peut trahir sa nature, puisqu'au contraire la résurrection l'accompli parfaitement. C'est donc l'événement naturel le plus parfait pour ce qui concerne la nature humaine.

Mais on peut aussi dire que le Christ seul sauve, que c'est Dieu qui nous ressuscitera. Et donc c'est aussi un acte tout ce qui il y a de plus surnaturel.

La résurrection est donc un mariage parfait du surnaturel et du naturel, à l'image de tout ce que Dieu nous enseigne par son incarnation : le verbe divin qui s'incarne dans la nature humaine. C'est parfaitement surnaturel et parfaitement naturel à la fois.

De là, pour être plus concret, on peut dire que la science, face à un événement tout ce qu'il y a de plus naturel, pourra peut-être un jour en décrire précisément les mécanismes. Mais en aucun cas la science ne pourra un jour en expliquer l'origine. La science pourra peut-être un jour décrire certaines caractéristiques de la chair du Christ ressuscité, comme elle est à même d'ailleurs de décrire des stigmates, du sang miraculeux, etc... Mais en aucun cas elle ne pourra prétendre en expliquer le pourquoi. Et vraisemblablement, pour un miracle dont l'origine est purement divine, en aucun cas elle ne pourra prétendre le reproduire. De la même manière d'ailleurs que les sciences du vivant sont extrêmement poussées, mais qu'un scientifique ne sera jamais capable de créer la vie. Ce qui fait du don de la vie le premier et le plus courant des miracles.

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Xavi » lun. 08 mars 2010, 21:41

Merci à Ti’hamo et à Raistlin de permettre d’approfondir la question en relevant toute l’attachement qu’on peut avoir pour le mot « surnaturel ».

Il faut bien sûr s’en remettre au jugement de l’Eglise qui, par son silence sur le « comment » des miracles, nous invite à la prudence.

Il faut être attentif au sens des mots utilisés par rapport à la réalité concrète des faits extraordinaires et inexpliqués que sont les miracles.

Si l’on entend par l'expression « lois de la nature » uniquement celles que la science connaît, il faut admettre des actions « surnaturelles ». De même si le mot « nature » ne vise que la réalité matérielle, les miracles sont alors « surnaturels ».

Les exemples de Raistlin permettent d’affiner la réflexion.

Prenons le plus grand des miracles : la résurrection du Christ qui a franchi la mort et est apparu corporellement à ses disciples.

La question se pose par rapport à l’immortalité du premier Adam qui a été créé avec un corps biologiquement mortel : n’a-t-il pas reçu à sa création des dons préternaturels, dans sa nature même, qui lui permettaient de franchir la mort sans s’y perdre et d’accomplir ce que nous appellerions des miracles ?

La nature ne comprend-t-elle pas des liens avec la réalité spirituelle que la science athée ignore ?

N’est-ce pas se soumettre excessivement à la science que de considérer la nature uniquement dans ses aspects physiques ? Ne faut-il pas plutôt avoir de la nature créée une perception plus vaste qui inclut une réalité plus grande ?

Sans le péché originel, les humains n’auraient-ils pas pu conduire le monde naturel vers un accomplissement qui aurait dépassé ce que nous croyons parfois être les limites de la nature ?

Par sa résurrection, le Christ nous montre-t-il la vraie nature de l’homme sans péché ou un fait étranger à la nature créée ? Quelle continuité du corps physique au corps glorieux ? N’y a-t-il pas continuité d’une même nature ?

Le mot « surnaturel » montre-t-il suffisamment la réalité créée et la transcendance qui y est présente ou nous incite-t-il à concevoir, inconsciemment, une nature pas si bonne que cela ? Ne faudrait-il pas redécouvrir que la nature est dans les douleurs de l’enfantement et que sa maturation est riche de promesses ? Le mot « préternaturel » exprime mieux une transcendance qui n’est pas étrangère à la matière, ni contraire à la nature, mais participe à son vrai développement.

Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les mots qui doivent ici accrocher, mais la réflexion sur ce qu’est vraiment la nature créée et l’action de Dieu qui s’y déploie en respectant la liberté de l’homme tout en l’attirant vers la vie.

Une chose est sûre : il n’y a pas de contradiction dans l’action de Dieu et lui fait tout dans l’harmonie et la cohérence malgré le désordre que cause le péché des hommes.

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par Raistlin » lun. 08 mars 2010, 10:57

Xavi a écrit :Il ne faut pas nécessairement attribuer aux miracles une origine contraire aux lois de la nature, ni le caractère d’exceptions à ces lois. Le réel et ses possibilités sont bien plus grands que ce que notre intelligence en connaît.

Il serait peut-être plus sain de les considérer plutôt a priori comme nous regardons les actes des prestidigitateurs : On sait qu’il y a un truc, une explication, même si on est incapable de la trouver. Nous savons qu’il n’y a pas de magie. Pourquoi faudrait-il nécessairement considérer les miracles comme de la magie ?
Honnêtement, je ne comprends pas l'acharnement de certains théologiens à nier le surnaturel au sens fort du terme et à priver Dieu de sa capacité à faire des miracles qui transcendent les lois de la Nature.
Je suis un peu étonné par les courbettes que font ces théologiens à la Science : il faut tout réduire au champ de la Science, sinon ça ne va pas. Voilà donc que, maintenant, l'action de Dieu devra se conformer aux exigences scientifiques et s'inscrire uniquement dans le cadres des lois de la Nature.

Bref, je suis globalement d'accord avec le frère Maldamé pour dire que Dieu n'a pas besoin de violer les lois qu'il a établi pour agir dans le monde. En revanche, je suis beaucoup moins d'accord pour en conclure que Dieu n'agit jamais au-delà de ces lois. Va-t-on réellement nous faire croire que la Résurrection glorieuse du Christ, Lazare en voie de décomposition qui revient à la vie, la multiplication des pains, l'Eucharistie qui se change en chair véritable, la jambe amputée qui se "ressoude" à son propriétaire, les phénomènes prodigieux se produisant autour de certains saints (bilocation, incorruptibilité du corps, etc.) ne sont que des phénomènes naturels inconnus ? Va-t-on nous faire croire que l'action de l'Esprit - dans les charismes qu'Il nous donne - ne sont que des phénomènes naturels ?

Je crois qu'il est plus sage de s'en remettre à ce que pense l'Église à ce sujet : oui, le surnaturel existe. Et même si Dieu préfère certainement agir conformément aux lois naturelles, l'expérience bi-millénaire de l'Église prouve qu'Il peut aussi les transcender.

Cordialement,

Re: Création, miracles et Bible par la contingence

par ti'hamo » lun. 08 mars 2010, 0:27

Il ne faut pas nécessairement attribuer aux miracles une origine contraire aux lois de la nature, ni le caractère d’exceptions à ces lois. Le réel et ses possibilités sont bien plus grands que ce que notre intelligence en connaît.
...à rapprocher de ce texte de C.S.Lewis :
http://www.theophil.fr/biblio/lewismir.htm
(déjà cité dans une autre discussion)
Il y a une activité de Dieu, qui se déploie dans toute la création, une activité globale que les hommes se refusent à reconnaître. Les miracles faits par le Dieu incarné, lorsqu'il vivait en tant qu'homme en Palestine, correspondent exactement à cette activité globale, mais la vitesse est réduite et l'échelle plus petite. Leur but était surtout d'amener l'homme, après qu'il ait vu la chose faite à petite échelle par le pouvoir d'une personne, à reconnaître, en la voyant faite à grande échelle, que le pouvoir par derrière est également celui d'une personne - en fait, de la même personne qui vécut parmi nous il y a deux mille ans.
Les miracles sont en réalité la répétition en lettres minuscules de la même histoire écrite à travers le monde entier en lettres majuscules, trop grandes pour être déchiffrées par certains d'entre nous. De cette grande écriture, une partie est déjà visible et une partie est encore cachée.

Création, miracles et Bible par la contingence

par Xavi » dim. 07 mars 2010, 21:08

Ceux qui s’intéressent particulièrement à la création liront avec intérêt les excellentes contributions du frère Jean-Michel Maldamé, dominicain, membre de l'Académie pontificale des Sciences, dont deux conférences sont diffusées sur Internet :

Comment Dieu agit-il dans l'évolution ? Conférence donnée à Toulouse le 24 janvier 2001 :

http://biblio.domuni.org/articlestheo/dieuevol/

L' évolution est-elle contre la création ?Conférence donnée à l'occasion de la publication de son dernier livre : Création et providence. Bible, science et philosophie, 224 p., Editions du Cerf, Paris, 2006 :

http://biblio.domuni.org/articlestheo/e ... tcreation/

Tout est de Dieu, tout est de la nature.

Voilà le constat principal du frère Jean-Michel Maldamé.

Plus exactement : dans la nature, tout est de Dieu, tout est de la nature. Certes, il y a du réel en dehors de la nature. Dieu est de toute éternité, indépendamment de la nature créée, mais la nature créée existe pleinement : elle est vraiment créée, elle n’est pas qu’une excroissance non détachée de Dieu. La toute puissance de Dieu c’est précisément d’avoir pu susciter du réel hors de Lui.

Voilà une parole forte qui montre que Dieu qui a créé le monde n’a pas été distrait. Dieu qui a créé l’homme libre pour gouverner le monde n’en a pas gardé lui-même la direction par des actions contraires à la nature créée. Dieu qui s’est fait homme dans notre nature ne s’est pas déguisé en homme pour y agir de manière non humaine ou contraire à sa création.

Dieu a fait le monde pour l’homme. Il a fait l’homme pour qu’il soit vraiment à son image un être libre vivant d’amour en communion avec lui.

La toute puissance de Dieu ne s’arrête pas à une limite qui l’aurait empêché de faire vraiment du neuf, une réalité autre que lui-même, un être libre.

Sans autonomie, la création n’en serait pas vraiment une. Sans autonomie, l’homme ne serait pas vraiment libre, ni à l’image de Dieu. Nous ne sommes pas des jouets dans la main de Dieu, soumis à tout moment à des interventions extérieures dans notre monde, dans notre vie.

La création, les miracles, la rédaction de la Bible, sont-ils nécessairement des faits extraordinaires dont la réalité naturelle échapperait à la science ou aux lois naturelles ? La transcendance de Dieu ne contredit pas nécessairement les lois de la nature. Elle peut donner d’être à des réalités possibles dans et par la nature créée, mais bien au delà de ce que nous parvenons à imaginer ou comprendre.

La création, comme tous les miracles, ne respecte-t-elle pas elle-même l’autonomie du créé, la liberté de l’homme ?

Certes, de manière mystérieuse, la volonté et l’action libres de Dieu sont à l’origine de toutes choses, mais pas nécessairement comme un dessein intelligent qui aurait tout déterminé d’avance d’une manière qui nierait une véritable création autonome. Notre monde présent ne doit pas non plus être considéré comme un monde semi-autonome dans lequel Dieu interviendrait à l’occasion, créant un jour une plante, un autre un animal, faisant par-ci, par là, des miracles en rupture avec les lois de sa création.

Dieu a vraiment créé un monde avec ses règles propres. La science peut les sonder sans limite et rien n’est voué à échapper à son regard, à ses découvertes, même si elle se heurte à ses propres limites en présence des réalités spirituelles.

Nous savons que les règles de la nature sont infiniment plus complexes et riches que ce que nous en avons déjà découvert.

Dans la réalité concrète de la nature, les miracles ne sont pas nécessairement des actions de rupture des lois naturelles. Ne peuvent-ils être des actions qui, lorsqu’elles se produisent dans la nature, ont une explication naturelle même lorsque nous ne la connaissons pas ? Ne peut-on penser qu’ils s’agit de miracles non par rapport à l’ordre naturel lui-même, mais uniquement par rapport à notre compréhension des lois de la nature ?

C’est la place de la transcendance spirituelle dans la nature qui nous échappe.

Les lois de la nature ne se limitent pas à ce que nous en connaissons.

Le frère Maldamé observe dans la nature de la contingence (la possibilité pour un fait d’être ou de ne pas être) pour y percevoir un champ d’action pour la présence active de Dieu qui y est possible sans atteinte ni aux lois de la nature, ni à la liberté de l’homme, ni à l’autonomie du créé.

Entre plusieurs possibles sur le plan naturel, une impulsion spirituelle peut influencer un choix libre et même le cours des choses dont les effets peuvent se développer ensuite dans une chaîne causale dans la réalité concrète. Les actes créateurs peuvent être de cet ordre.

Certes, il ne s’agit pas pour autant de retomber dans un travers que le frère Maldamé dénonce lui-même. Celui d’un Dieu bouche-trou de nos connaissances scientifiques.

Les contingences naturelles que nous constatons présentent une double limite.

La contingence peut ne résulter que de notre propre ignorance. Plus la science avance, plus les contingences diminuent, car souvent ce que nous pensions être une contingence n’en est plus une lorsque la science découvre une causalité nécessaire qui nous échappait auparavant. La contingence n’est parfois qu’une situation déterminée par des causes cachées.

Inversement, des causalités établies ou des situations déterminées peuvent cacher une contingence inconnue. Nous croyons parfois que tel événement cause nécessairement tel autre, alors qu’il existe une réelle contingence insoupçonnée par notre savoir. Que de victoires scientifiques sur des maladies qui étaient incurables ont été vaincues parce que des contingences ont été découvertes là où la causalité nécessaire paraissait infranchissable ! Le médecin intelligent va parfois trouver dans un détail du corps ou des analyses sanguines une réalité contingente minuscule où il va pouvoir modifier une orientation de manière décisive pour une maladie affectant le corps tout entier.

C’est souvent notre ignorance qui nous empêche de percevoir dans la complexité du réel des contingences qui peuvent être orientées d’une manière qui peut changer radicalement le cours des choses.

Pourquoi Dieu aurait-il besoin, pour ses actes créateurs ou pour les miracles, de rompre l’ordre naturel des choses qu’il a lui-même créé ?

Nous pouvons croire fermement à la réalité des faits rares et inexpliqués que nous appelons « miracles ». Ils sont des signes de la présence agissante de Dieu parmi nous, de son action concrète dans notre histoire. Depuis la création jusqu’à la résurrection du Christ et depuis lors tout au long de l’histoire de l’Eglise, ils sont nombreux et bien réels.

Mais, comment se produisent-ils ? Rien n’impose de croire nécessairement à une rupture de l’ordre naturel créé par Dieu lui-même. Nous ne pouvons pas affirmer a priori qu’ils échappent à toute explication scientifique ou que les scientifiques ne pourront jamais trouver une telle explication. Bien au contraire.

Parce que Dieu a créé lui-même le monde tel qu’il est, même s’il est désordonné parce que l’homme n’y tient pas son rôle, nous pouvons croire que tout miracle dans la nature survient en harmonie avec cette nature et révèle surtout les limites de nos connaissances, de notre intelligence, de nos capacités actuelles.

Il ne faut pas nécessairement attribuer aux miracles une origine contraire aux lois de la nature, ni le caractère d’exceptions à ces lois. Le réel et ses possibilités sont bien plus grands que ce que notre intelligence en connaît.

Il serait peut-être plus sain de les considérer plutôt a priori comme nous regardons les actes des prestidigitateurs : On sait qu’il y a un truc, une explication, même si on est incapable de la trouver. Nous savons qu’il n’y a pas de magie. Pourquoi faudrait-il nécessairement considérer les miracles comme de la magie ?

Le frère Maldamé ouvre à cet égard une perspective particulièrement profonde qui permet de reconsidérer de manière éclairante comment Dieu est créateur, comment il fait signe par des miracles, comment il s’incarne en Jésus-Christ, comment la Bible est Parole de Dieu.

La contingence permet de comprendre comment l’humanité et la liberté sont respectés sans contradiction avec la présence agissante de Dieu. C’est aussi une clé d’interprétation de l’Ecriture Sainte qui peut être essentielle.

A l’origine, en Dieu qui est éternel, le Fils, parce qu’il est fils engendré de toute éternité, n’a-t-il pas en Lui, dans sa réalité même de Fils, la plus fondamentale des contingences : celle d’un possible engendrement. Parce qu’il est Fils du Père de toute éternité, il est lui-même engendré, il manifeste qu’un engendrement est possible, peut exister. En lui, la création est imaginable, possible. De toute éternité, la vie en Dieu même contient un engendré, le don de l’être de l’un à l’autre. Voilà une première réalité qui permet de penser la possibilité d’une création. Une première contingence. La création n’est pas nécessaire, mais elle est possible. Dans le Fils et par le Fils, une création libre est possible. L’amour peut en susciter la volonté.

Le frère Maldamé met en évidence à quel point le respect de la nature créée est essentielle. C’est à travers les contingences des lois naturelles que Dieu incite, oriente, attire, persuade, sans rupture avec les lois de la nature qu’il a lui-même créées. N’est-ce pas ainsi qu’il crée toutes choses, qu’il crée l’humain.

N’attribuons-nous pas trop vite à l’action de Dieu et aux miracles une origine contraire aux lois de la nature ou le caractère d’exceptions à ces lois ?

Lorsque le Christ fait des miracles, ils ne manifestent pas nécessairement une puissance divine extérieure à l’homme et à la nature parce qu’il est vrai Dieu, comme s’il était un dieu déguisé en homme, en rien semblable à nous sauf l’apparence. N’est-ce pas plutôt parce qu’il est aussi vrai homme, incarné dans la même nature que nous, mais sans la faiblesse du péché originel, qu’il a pu agir de manière qui nous semble miraculeuse. Le miracle est bien réel, mais son caractère ou son origine apparemment extranaturel ne l’est pas nécessairement.

Le regard sans péché du Christ ne lui donnait-il pas de voir des contingences qu’il pouvait influencer là où nous ne voyons rien ?

Ne nous montre-t-il pas l’homme tel qu’il était à sa création sans l’aveuglemetn du péché originel ?

Les dons préternaturels donnés aux premiers humains n’étaient pas des pouvoirs leur permettant de sortir des lois de la nature, mais une capacité, aujourd’hui affaiblie profondément, de percevoir et d’orienter les contingences de la nature sans s’y perdre, jusqu’à pouvoir franchir la mort.

Nous ignorons encore ce qu’est vraiment l’homme sans le péché, sauf en regardant le Christ. A-t-il lui-même dérogé aux lois de la nature par ses miracles ou faut-il plutôt penser qu’il nous a montré que le rapport de l’homme à la nature, que l’action de l’homme dans la nature, sont bien plus ouverts que nous ne le pensons ?

Nous bénéficions aujourd’hui des immenses avancées de la science. Comme la science, évitons de nous enfermer dans nos connaissances partielles d’aujourd’hui. La nature, la création, est bien plus belle et riche pour l’homme que nous ne l’imaginons.

La contingence permet aussi d’affiner notre compréhension de l’inspiration de l’Ecriture Sainte.

Lorsqu’un homme a écrit un de nos textes bibliques, ni la Bible, ni la Tradition, n’ont jamais prétendu qu’il aurait écrit sous l’effet d’une dictée surnaturelle, ni davantage par une inspiration mentale directe. La Bible n’a pas été écrite par des auteurs dans un état second ou avec une conscience modifiée, comme s’ils étaient sous l’effet d’une drogue. Rien ne permet même d’affirmer qu’au moment où chacun des textes bibliques a été écrit, son auteur ait eu conscience d’écrire un texte divin, ni même sacré.

Chaque texte biblique a été écrit par un homme avec ses objectifs d’homme, ses connaissances d’homme, son langage et sa culture, sa psychologie, ses modes d’expression, ses influences sociales et culturelles, son contexte historique. Chaque texte biblique, si nous ne considérons que sa réalité terrestre, ne peut-il s’expliquer entièrement par son origine humaine ?

Certes, tout est de Dieu dans l’Ecriture Sainte. Mais, selon l’expression du frère Maldamé, il faut ajouter aussitôt : tout est aussi de la nature humaine de ses auteurs.

L’inspiration des Saintes Ecritures n’est pas une action ou une manipulation extraordinaire des humains qui les ont écrites. Dieu est toujours présent et ouvert à l’homme. Lui ne cesse jamais de tendre ses mains et de s’ouvrir à nous. Parfois, des hommes ouvrent leur propre cœur, se convertissent et se tournent vers Dieu pour chercher et trouver eux-mêmes en Lui une inspiration.

Même si c’est mystérieux, la Bible n’est pas moins véritablement la Parole de Dieu parce qu’elle a été entièrement écrite de manière humaine, et même ensuite rassemblée par l’Eglise en un ensemble formant le canon de manière tout aussi humaine.

Des hommes ont réussi à aspirer de la lumière de Dieu dans leurs pensées puis dans leurs écrits au point de permettre que leurs écrits d’hommes soient aussi la Parole de Dieu vraie qui ne peut nous tromper, même si notre compréhension peut souvent hélas nous tromper. C’est pourquoi, c’est avec toute l’Eglise et en communion avec le Pape, que nous pouvons tenir pour vrai ce que l’Ecriture nous révèle.

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