Ceux qui s’intéressent particulièrement à la création liront avec intérêt les excellentes contributions du frère Jean-Michel Maldamé, dominicain, membre de l'Académie pontificale des Sciences, dont deux conférences sont diffusées sur Internet :
Comment Dieu agit-il dans l'évolution ? Conférence donnée à Toulouse le 24 janvier 2001 :
http://biblio.domuni.org/articlestheo/dieuevol/
L' évolution est-elle contre la création ?Conférence donnée à l'occasion de la publication de son dernier livre : Création et providence. Bible, science et philosophie, 224 p., Editions du Cerf, Paris, 2006 :
http://biblio.domuni.org/articlestheo/e ... tcreation/
Tout est de Dieu, tout est de la nature.
Voilà le constat principal du frère Jean-Michel Maldamé.
Plus exactement : dans la nature, tout est de Dieu, tout est de la nature. Certes, il y a du réel en dehors de la nature. Dieu est de toute éternité, indépendamment de la nature créée, mais la nature créée existe pleinement : elle est vraiment créée, elle n’est pas qu’une excroissance non détachée de Dieu. La toute puissance de Dieu c’est précisément d’avoir pu susciter du réel hors de Lui.
Voilà une parole forte qui montre que Dieu qui a créé le monde n’a pas été distrait. Dieu qui a créé l’homme libre pour gouverner le monde n’en a pas gardé lui-même la direction par des actions contraires à la nature créée. Dieu qui s’est fait homme dans notre nature ne s’est pas déguisé en homme pour y agir de manière non humaine ou contraire à sa création.
Dieu a fait le monde pour l’homme. Il a fait l’homme pour qu’il soit vraiment à son image un être libre vivant d’amour en communion avec lui.
La toute puissance de Dieu ne s’arrête pas à une limite qui l’aurait empêché de faire vraiment du neuf, une réalité autre que lui-même, un être libre.
Sans autonomie, la création n’en serait pas vraiment une. Sans autonomie, l’homme ne serait pas vraiment libre, ni à l’image de Dieu. Nous ne sommes pas des jouets dans la main de Dieu, soumis à tout moment à des interventions extérieures dans notre monde, dans notre vie.
La création, les miracles, la rédaction de la Bible, sont-ils nécessairement des faits extraordinaires dont la réalité naturelle échapperait à la science ou aux lois naturelles ? La transcendance de Dieu ne contredit pas nécessairement les lois de la nature. Elle peut donner d’être à des réalités possibles dans et par la nature créée, mais bien au delà de ce que nous parvenons à imaginer ou comprendre.
La création, comme tous les miracles, ne respecte-t-elle pas elle-même l’autonomie du créé, la liberté de l’homme ?
Certes, de manière mystérieuse, la volonté et l’action libres de Dieu sont à l’origine de toutes choses, mais pas nécessairement comme un dessein intelligent qui aurait tout déterminé d’avance d’une manière qui nierait une véritable création autonome. Notre monde présent ne doit pas non plus être considéré comme un monde semi-autonome dans lequel Dieu interviendrait à l’occasion, créant un jour une plante, un autre un animal, faisant par-ci, par là, des miracles en rupture avec les lois de sa création.
Dieu a vraiment créé un monde avec ses règles propres. La science peut les sonder sans limite et rien n’est voué à échapper à son regard, à ses découvertes, même si elle se heurte à ses propres limites en présence des réalités spirituelles.
Nous savons que les règles de la nature sont infiniment plus complexes et riches que ce que nous en avons déjà découvert.
Dans la réalité concrète de la nature, les miracles ne sont pas nécessairement des actions de rupture des lois naturelles. Ne peuvent-ils être des actions qui, lorsqu’elles se produisent dans la nature, ont une explication naturelle même lorsque nous ne la connaissons pas ? Ne peut-on penser qu’ils s’agit de miracles non par rapport à l’ordre naturel lui-même, mais uniquement par rapport à notre compréhension des lois de la nature ?
C’est la place de la transcendance spirituelle dans la nature qui nous échappe.
Les lois de la nature ne se limitent pas à ce que nous en connaissons.
Le frère Maldamé observe dans la nature de la contingence (la possibilité pour un fait d’être ou de ne pas être) pour y percevoir un champ d’action pour la présence active de Dieu qui y est possible sans atteinte ni aux lois de la nature, ni à la liberté de l’homme, ni à l’autonomie du créé.
Entre plusieurs possibles sur le plan naturel, une impulsion spirituelle peut influencer un choix libre et même le cours des choses dont les effets peuvent se développer ensuite dans une chaîne causale dans la réalité concrète. Les actes créateurs peuvent être de cet ordre.
Certes, il ne s’agit pas pour autant de retomber dans un travers que le frère Maldamé dénonce lui-même. Celui d’un Dieu bouche-trou de nos connaissances scientifiques.
Les contingences naturelles que nous constatons présentent une double limite.
La contingence peut ne résulter que de notre propre ignorance. Plus la science avance, plus les contingences diminuent, car souvent ce que nous pensions être une contingence n’en est plus une lorsque la science découvre une causalité nécessaire qui nous échappait auparavant. La contingence n’est parfois qu’une situation déterminée par des causes cachées.
Inversement, des causalités établies ou des situations déterminées peuvent cacher une contingence inconnue. Nous croyons parfois que tel événement cause nécessairement tel autre, alors qu’il existe une réelle contingence insoupçonnée par notre savoir. Que de victoires scientifiques sur des maladies qui étaient incurables ont été vaincues parce que des contingences ont été découvertes là où la causalité nécessaire paraissait infranchissable ! Le médecin intelligent va parfois trouver dans un détail du corps ou des analyses sanguines une réalité contingente minuscule où il va pouvoir modifier une orientation de manière décisive pour une maladie affectant le corps tout entier.
C’est souvent notre ignorance qui nous empêche de percevoir dans la complexité du réel des contingences qui peuvent être orientées d’une manière qui peut changer radicalement le cours des choses.
Pourquoi Dieu aurait-il besoin, pour ses actes créateurs ou pour les miracles, de rompre l’ordre naturel des choses qu’il a lui-même créé ?
Nous pouvons croire fermement à la réalité des faits rares et inexpliqués que nous appelons « miracles ». Ils sont des signes de la présence agissante de Dieu parmi nous, de son action concrète dans notre histoire. Depuis la création jusqu’à la résurrection du Christ et depuis lors tout au long de l’histoire de l’Eglise, ils sont nombreux et bien réels.
Mais, comment se produisent-ils ? Rien n’impose de croire nécessairement à une rupture de l’ordre naturel créé par Dieu lui-même. Nous ne pouvons pas affirmer a priori qu’ils échappent à toute explication scientifique ou que les scientifiques ne pourront jamais trouver une telle explication. Bien au contraire.
Parce que Dieu a créé lui-même le monde tel qu’il est, même s’il est désordonné parce que l’homme n’y tient pas son rôle, nous pouvons croire que tout miracle dans la nature survient en harmonie avec cette nature et révèle surtout les limites de nos connaissances, de notre intelligence, de nos capacités actuelles.
Il ne faut pas nécessairement attribuer aux miracles une origine contraire aux lois de la nature, ni le caractère d’exceptions à ces lois. Le réel et ses possibilités sont bien plus grands que ce que notre intelligence en connaît.
Il serait peut-être plus sain de les considérer plutôt a priori comme nous regardons les actes des prestidigitateurs : On sait qu’il y a un truc, une explication, même si on est incapable de la trouver. Nous savons qu’il n’y a pas de magie. Pourquoi faudrait-il nécessairement considérer les miracles comme de la magie ?
Le frère Maldamé ouvre à cet égard une perspective particulièrement profonde qui permet de reconsidérer de manière éclairante comment Dieu est créateur, comment il fait signe par des miracles, comment il s’incarne en Jésus-Christ, comment la Bible est Parole de Dieu.
La contingence permet de comprendre comment l’humanité et la liberté sont respectés sans contradiction avec la présence agissante de Dieu. C’est aussi une clé d’interprétation de l’Ecriture Sainte qui peut être essentielle.
A l’origine, en Dieu qui est éternel, le Fils, parce qu’il est fils engendré de toute éternité, n’a-t-il pas en Lui, dans sa réalité même de Fils, la plus fondamentale des contingences : celle d’un possible engendrement. Parce qu’il est Fils du Père de toute éternité, il est lui-même engendré, il manifeste qu’un engendrement est possible, peut exister. En lui, la création est imaginable, possible. De toute éternité, la vie en Dieu même contient un engendré, le don de l’être de l’un à l’autre. Voilà une première réalité qui permet de penser la possibilité d’une création. Une première contingence. La création n’est pas nécessaire, mais elle est possible. Dans le Fils et par le Fils, une création libre est possible. L’amour peut en susciter la volonté.
Le frère Maldamé met en évidence à quel point le respect de la nature créée est essentielle. C’est à travers les contingences des lois naturelles que Dieu incite, oriente, attire, persuade, sans rupture avec les lois de la nature qu’il a lui-même créées. N’est-ce pas ainsi qu’il crée toutes choses, qu’il crée l’humain.
N’attribuons-nous pas trop vite à l’action de Dieu et aux miracles une origine contraire aux lois de la nature ou le caractère d’exceptions à ces lois ?
Lorsque le Christ fait des miracles, ils ne manifestent pas nécessairement une puissance divine extérieure à l’homme et à la nature parce qu’il est vrai Dieu, comme s’il était un dieu déguisé en homme, en rien semblable à nous sauf l’apparence. N’est-ce pas plutôt parce qu’il est aussi vrai homme, incarné dans la même nature que nous, mais sans la faiblesse du péché originel, qu’il a pu agir de manière qui nous semble miraculeuse. Le miracle est bien réel, mais son caractère ou son origine apparemment extranaturel ne l’est pas nécessairement.
Le regard sans péché du Christ ne lui donnait-il pas de voir des contingences qu’il pouvait influencer là où nous ne voyons rien ?
Ne nous montre-t-il pas l’homme tel qu’il était à sa création sans l’aveuglemetn du péché originel ?
Les dons préternaturels donnés aux premiers humains n’étaient pas des pouvoirs leur permettant de sortir des lois de la nature, mais une capacité, aujourd’hui affaiblie profondément, de percevoir et d’orienter les contingences de la nature sans s’y perdre, jusqu’à pouvoir franchir la mort.
Nous ignorons encore ce qu’est vraiment l’homme sans le péché, sauf en regardant le Christ. A-t-il lui-même dérogé aux lois de la nature par ses miracles ou faut-il plutôt penser qu’il nous a montré que le rapport de l’homme à la nature, que l’action de l’homme dans la nature, sont bien plus ouverts que nous ne le pensons ?
Nous bénéficions aujourd’hui des immenses avancées de la science. Comme la science, évitons de nous enfermer dans nos connaissances partielles d’aujourd’hui. La nature, la création, est bien plus belle et riche pour l’homme que nous ne l’imaginons.
La contingence permet aussi d’affiner notre compréhension de l’inspiration de l’Ecriture Sainte.
Lorsqu’un homme a écrit un de nos textes bibliques, ni la Bible, ni la Tradition, n’ont jamais prétendu qu’il aurait écrit sous l’effet d’une dictée surnaturelle, ni davantage par une inspiration mentale directe. La Bible n’a pas été écrite par des auteurs dans un état second ou avec une conscience modifiée, comme s’ils étaient sous l’effet d’une drogue. Rien ne permet même d’affirmer qu’au moment où chacun des textes bibliques a été écrit, son auteur ait eu conscience d’écrire un texte divin, ni même sacré.
Chaque texte biblique a été écrit par un homme avec ses objectifs d’homme, ses connaissances d’homme, son langage et sa culture, sa psychologie, ses modes d’expression, ses influences sociales et culturelles, son contexte historique. Chaque texte biblique, si nous ne considérons que sa réalité terrestre, ne peut-il s’expliquer entièrement par son origine humaine ?
Certes, tout est de Dieu dans l’Ecriture Sainte. Mais, selon l’expression du frère Maldamé, il faut ajouter aussitôt : tout est aussi de la nature humaine de ses auteurs.
L’inspiration des Saintes Ecritures n’est pas une action ou une manipulation extraordinaire des humains qui les ont écrites. Dieu est toujours présent et ouvert à l’homme. Lui ne cesse jamais de tendre ses mains et de s’ouvrir à nous. Parfois, des hommes ouvrent leur propre cœur, se convertissent et se tournent vers Dieu pour chercher et trouver eux-mêmes en Lui une inspiration.
Même si c’est mystérieux, la Bible n’est pas moins véritablement la Parole de Dieu parce qu’elle a été entièrement écrite de manière humaine, et même ensuite rassemblée par l’Eglise en un ensemble formant le canon de manière tout aussi humaine.
Des hommes ont réussi à aspirer de la lumière de Dieu dans leurs pensées puis dans leurs écrits au point de permettre que leurs écrits d’hommes soient aussi la Parole de Dieu vraie qui ne peut nous tromper, même si notre compréhension peut souvent hélas nous tromper. C’est pourquoi, c’est avec toute l’Eglise et en communion avec le Pape, que nous pouvons tenir pour vrai ce que l’Ecriture nous révèle.
Ceux qui s’intéressent particulièrement à la création liront avec intérêt les excellentes contributions du frère Jean-Michel Maldamé, dominicain, membre de l'Académie pontificale des Sciences, dont deux conférences sont diffusées sur Internet :
Comment Dieu agit-il dans l'évolution ? Conférence donnée à Toulouse le 24 janvier 2001 :
http://biblio.domuni.org/articlestheo/dieuevol/
L' évolution est-elle contre la création ?Conférence donnée à l'occasion de la publication de son dernier livre : Création et providence. Bible, science et philosophie, 224 p., Editions du Cerf, Paris, 2006 :
http://biblio.domuni.org/articlestheo/evolutionetcreation/
Tout est de Dieu, tout est de la nature.
Voilà le constat principal du frère Jean-Michel Maldamé.
Plus exactement : dans la nature, tout est de Dieu, tout est de la nature. Certes, il y a du réel en dehors de la nature. Dieu est de toute éternité, indépendamment de la nature créée, mais la nature créée existe pleinement : elle est vraiment créée, elle n’est pas qu’une excroissance non détachée de Dieu. La toute puissance de Dieu c’est précisément d’avoir pu susciter du réel hors de Lui.
Voilà une parole forte qui montre que Dieu qui a créé le monde n’a pas été distrait. Dieu qui a créé l’homme libre pour gouverner le monde n’en a pas gardé lui-même la direction par des actions contraires à la nature créée. Dieu qui s’est fait homme dans notre nature ne s’est pas déguisé en homme pour y agir de manière non humaine ou contraire à sa création.
Dieu a fait le monde pour l’homme. Il a fait l’homme pour qu’il soit vraiment à son image un être libre vivant d’amour en communion avec lui.
La toute puissance de Dieu ne s’arrête pas à une limite qui l’aurait empêché de faire vraiment du neuf, une réalité autre que lui-même, un être libre.
Sans autonomie, la création n’en serait pas vraiment une. Sans autonomie, l’homme ne serait pas vraiment libre, ni à l’image de Dieu. Nous ne sommes pas des jouets dans la main de Dieu, soumis à tout moment à des interventions extérieures dans notre monde, dans notre vie.
La création, les miracles, la rédaction de la Bible, sont-ils nécessairement des faits extraordinaires dont la réalité naturelle échapperait à la science ou aux lois naturelles ? La transcendance de Dieu ne contredit pas nécessairement les lois de la nature. Elle peut donner d’être à des réalités possibles dans et par la nature créée, mais bien au delà de ce que nous parvenons à imaginer ou comprendre.
La création, comme tous les miracles, ne respecte-t-elle pas elle-même l’autonomie du créé, la liberté de l’homme ?
Certes, de manière mystérieuse, la volonté et l’action libres de Dieu sont à l’origine de toutes choses, mais pas nécessairement comme un dessein intelligent qui aurait tout déterminé d’avance d’une manière qui nierait une véritable création autonome. Notre monde présent ne doit pas non plus être considéré comme un monde semi-autonome dans lequel Dieu interviendrait à l’occasion, créant un jour une plante, un autre un animal, faisant par-ci, par là, des miracles en rupture avec les lois de sa création.
Dieu a vraiment créé un monde avec ses règles propres. La science peut les sonder sans limite et rien n’est voué à échapper à son regard, à ses découvertes, même si elle se heurte à ses propres limites en présence des réalités spirituelles.
Nous savons que les règles de la nature sont infiniment plus complexes et riches que ce que nous en avons déjà découvert.
Dans la réalité concrète de la nature, les miracles ne sont pas nécessairement des actions de rupture des lois naturelles. Ne peuvent-ils être des actions qui, lorsqu’elles se produisent dans la nature, ont une explication naturelle même lorsque nous ne la connaissons pas ? Ne peut-on penser qu’ils s’agit de miracles non par rapport à l’ordre naturel lui-même, mais uniquement par rapport à notre compréhension des lois de la nature ?
C’est la place de la transcendance spirituelle dans la nature qui nous échappe.
Les lois de la nature ne se limitent pas à ce que nous en connaissons.
Le frère Maldamé observe dans la nature de la contingence (la possibilité pour un fait d’être ou de ne pas être) pour y percevoir un champ d’action pour la présence active de Dieu qui y est possible sans atteinte ni aux lois de la nature, ni à la liberté de l’homme, ni à l’autonomie du créé.
Entre plusieurs possibles sur le plan naturel, une impulsion spirituelle peut influencer un choix libre et même le cours des choses dont les effets peuvent se développer ensuite dans une chaîne causale dans la réalité concrète. Les actes créateurs peuvent être de cet ordre.
Certes, il ne s’agit pas pour autant de retomber dans un travers que le frère Maldamé dénonce lui-même. Celui d’un Dieu bouche-trou de nos connaissances scientifiques.
Les contingences naturelles que nous constatons présentent une double limite.
La contingence peut ne résulter que de notre propre ignorance. Plus la science avance, plus les contingences diminuent, car souvent ce que nous pensions être une contingence n’en est plus une lorsque la science découvre une causalité nécessaire qui nous échappait auparavant. La contingence n’est parfois qu’une situation déterminée par des causes cachées.
Inversement, des causalités établies ou des situations déterminées peuvent cacher une contingence inconnue. Nous croyons parfois que tel événement cause nécessairement tel autre, alors qu’il existe une réelle contingence insoupçonnée par notre savoir. Que de victoires scientifiques sur des maladies qui étaient incurables ont été vaincues parce que des contingences ont été découvertes là où la causalité nécessaire paraissait infranchissable ! Le médecin intelligent va parfois trouver dans un détail du corps ou des analyses sanguines une réalité contingente minuscule où il va pouvoir modifier une orientation de manière décisive pour une maladie affectant le corps tout entier.
C’est souvent notre ignorance qui nous empêche de percevoir dans la complexité du réel des contingences qui peuvent être orientées d’une manière qui peut changer radicalement le cours des choses.
Pourquoi Dieu aurait-il besoin, pour ses actes créateurs ou pour les miracles, de rompre l’ordre naturel des choses qu’il a lui-même créé ?
Nous pouvons croire fermement à la réalité des faits rares et inexpliqués que nous appelons « miracles ». Ils sont des signes de la présence agissante de Dieu parmi nous, de son action concrète dans notre histoire. Depuis la création jusqu’à la résurrection du Christ et depuis lors tout au long de l’histoire de l’Eglise, ils sont nombreux et bien réels.
Mais, comment se produisent-ils ? Rien n’impose de croire nécessairement à une rupture de l’ordre naturel créé par Dieu lui-même. Nous ne pouvons pas affirmer a priori qu’ils échappent à toute explication scientifique ou que les scientifiques ne pourront jamais trouver une telle explication. Bien au contraire.
Parce que Dieu a créé lui-même le monde tel qu’il est, même s’il est désordonné parce que l’homme n’y tient pas son rôle, nous pouvons croire que tout miracle dans la nature survient en harmonie avec cette nature et révèle surtout les limites de nos connaissances, de notre intelligence, de nos capacités actuelles.
Il ne faut pas nécessairement attribuer aux miracles une origine contraire aux lois de la nature, ni le caractère d’exceptions à ces lois. Le réel et ses possibilités sont bien plus grands que ce que notre intelligence en connaît.
Il serait peut-être plus sain de les considérer plutôt a priori comme nous regardons les actes des prestidigitateurs : On sait qu’il y a un truc, une explication, même si on est incapable de la trouver. Nous savons qu’il n’y a pas de magie. Pourquoi faudrait-il nécessairement considérer les miracles comme de la magie ?
Le frère Maldamé ouvre à cet égard une perspective particulièrement profonde qui permet de reconsidérer de manière éclairante comment Dieu est créateur, comment il fait signe par des miracles, comment il s’incarne en Jésus-Christ, comment la Bible est Parole de Dieu.
La contingence permet de comprendre comment l’humanité et la liberté sont respectés sans contradiction avec la présence agissante de Dieu. C’est aussi une clé d’interprétation de l’Ecriture Sainte qui peut être essentielle.
A l’origine, en Dieu qui est éternel, le Fils, parce qu’il est fils engendré de toute éternité, n’a-t-il pas en Lui, dans sa réalité même de Fils, la plus fondamentale des contingences : celle d’un possible engendrement. Parce qu’il est Fils du Père de toute éternité, il est lui-même engendré, il manifeste qu’un engendrement est possible, peut exister. En lui, la création est imaginable, possible. De toute éternité, la vie en Dieu même contient un engendré, le don de l’être de l’un à l’autre. Voilà une première réalité qui permet de penser la possibilité d’une création. Une première contingence. La création n’est pas nécessaire, mais elle est possible. Dans le Fils et par le Fils, une création libre est possible. L’amour peut en susciter la volonté.
Le frère Maldamé met en évidence à quel point le respect de la nature créée est essentielle. C’est à travers les contingences des lois naturelles que Dieu incite, oriente, attire, persuade, sans rupture avec les lois de la nature qu’il a lui-même créées. N’est-ce pas ainsi qu’il crée toutes choses, qu’il crée l’humain.
N’attribuons-nous pas trop vite à l’action de Dieu et aux miracles une origine contraire aux lois de la nature ou le caractère d’exceptions à ces lois ?
Lorsque le Christ fait des miracles, ils ne manifestent pas nécessairement une puissance divine extérieure à l’homme et à la nature parce qu’il est vrai Dieu, comme s’il était un dieu déguisé en homme, en rien semblable à nous sauf l’apparence. N’est-ce pas plutôt parce qu’il est aussi vrai homme, incarné dans la même nature que nous, mais sans la faiblesse du péché originel, qu’il a pu agir de manière qui nous semble miraculeuse. Le miracle est bien réel, mais son caractère ou son origine apparemment extranaturel ne l’est pas nécessairement.
Le regard sans péché du Christ ne lui donnait-il pas de voir des contingences qu’il pouvait influencer là où nous ne voyons rien ?
Ne nous montre-t-il pas l’homme tel qu’il était à sa création sans l’aveuglemetn du péché originel ?
Les dons préternaturels donnés aux premiers humains n’étaient pas des pouvoirs leur permettant de sortir des lois de la nature, mais une capacité, aujourd’hui affaiblie profondément, de percevoir et d’orienter les contingences de la nature sans s’y perdre, jusqu’à pouvoir franchir la mort.
Nous ignorons encore ce qu’est vraiment l’homme sans le péché, sauf en regardant le Christ. A-t-il lui-même dérogé aux lois de la nature par ses miracles ou faut-il plutôt penser qu’il nous a montré que le rapport de l’homme à la nature, que l’action de l’homme dans la nature, sont bien plus ouverts que nous ne le pensons ?
Nous bénéficions aujourd’hui des immenses avancées de la science. Comme la science, évitons de nous enfermer dans nos connaissances partielles d’aujourd’hui. La nature, la création, est bien plus belle et riche pour l’homme que nous ne l’imaginons.
La contingence permet aussi d’affiner notre compréhension de l’inspiration de l’Ecriture Sainte.
Lorsqu’un homme a écrit un de nos textes bibliques, ni la Bible, ni la Tradition, n’ont jamais prétendu qu’il aurait écrit sous l’effet d’une dictée surnaturelle, ni davantage par une inspiration mentale directe. La Bible n’a pas été écrite par des auteurs dans un état second ou avec une conscience modifiée, comme s’ils étaient sous l’effet d’une drogue. Rien ne permet même d’affirmer qu’au moment où chacun des textes bibliques a été écrit, son auteur ait eu conscience d’écrire un texte divin, ni même sacré.
Chaque texte biblique a été écrit par un homme avec ses objectifs d’homme, ses connaissances d’homme, son langage et sa culture, sa psychologie, ses modes d’expression, ses influences sociales et culturelles, son contexte historique. Chaque texte biblique, si nous ne considérons que sa réalité terrestre, ne peut-il s’expliquer entièrement par son origine humaine ?
Certes, tout est de Dieu dans l’Ecriture Sainte. Mais, selon l’expression du frère Maldamé, il faut ajouter aussitôt : tout est aussi de la nature humaine de ses auteurs.
L’inspiration des Saintes Ecritures n’est pas une action ou une manipulation extraordinaire des humains qui les ont écrites. Dieu est toujours présent et ouvert à l’homme. Lui ne cesse jamais de tendre ses mains et de s’ouvrir à nous. Parfois, des hommes ouvrent leur propre cœur, se convertissent et se tournent vers Dieu pour chercher et trouver eux-mêmes en Lui une inspiration.
Même si c’est mystérieux, la Bible n’est pas moins véritablement la Parole de Dieu parce qu’elle a été entièrement écrite de manière humaine, et même ensuite rassemblée par l’Eglise en un ensemble formant le canon de manière tout aussi humaine.
Des hommes ont réussi à aspirer de la lumière de Dieu dans leurs pensées puis dans leurs écrits au point de permettre que leurs écrits d’hommes soient aussi la Parole de Dieu vraie qui ne peut nous tromper, même si notre compréhension peut souvent hélas nous tromper. C’est pourquoi, c’est avec toute l’Eglise et en communion avec le Pape, que nous pouvons tenir pour vrai ce que l’Ecriture nous révèle.