par zelie » ven. 27 déc. 2013, 16:09
Cher MB,
merci beaucoup d'avoir vérifié la phrase. Au temps pour moi, qui pensait au départ qu'il y avait deux façons de comprendre cette phrase. Mais bon...
Pour répondre à votre question, je trouve le raisonnement pas faux au départ, mais un peu à l'emporte pièce.
Si je vous répondais en démontant le texte phrase par phrase, c’est vrai que je ne ferais qu’opposer l’expérience de l’auteur à une autre vie d’expérience au coté des jeunes, et dans ces deux cas la réserve est la même : à publier un tel article, il aurait été intéressant que le postulat de départ de l’auteur soit soutenu par des enquêtes sociologiques, ou toute autre démarche scientifique pouvant par sa rigueur valider la position initiale. Sinon, ça reste, comme l’avis que je pourrais donner, qu’un simple avis. Qu’il soit un grand professeur ou non, qu’il ait 40 ans d’expérience ou non. Et en matière de professeurs, (de quoi que ce soit, même de philosophie), puisque c’est mon milieu bien enfermant, je peux vous assurer que tous, après 40 ans, ne voient pas toujours les choses ainsi.
Je vois où vous voulez gentiment en venir avec ce texte : vous voulez rassurer, car cet auteur n’est pas du tout chrétien et pourtant finit par penser comme certains chrétiens très attachés à certaines valeurs fondamentales ; la famille, le devoir de parents, etc… Et ce sont de bonnes, de très bonnes valeurs, avec lesquelles je suis aussi en complet accord. Je conçois aussi qu’en des temps aussi controversés sur les valeurs ci-dessus on ressorte un tel texte, qui donne par son auteur anti-chrétien une légitimité à une position trop souvent décrite comme typiquement chrétienne et anti-sociale, surtout depuis le mois de mai dernier. Et je suis aussi d’accord avec vous sur les autres points ayant trait à la famille ; moi aussi j’ai prié en août 2012 pour la famille à l’appel des évêques, pour moi aussi le fait de faire un enfant pour soi au lieu de le faire pour lui-même en lui offrant les meilleures conditions possibles me heurte. Moi aussi, le « retournement de veste » de l’intelligentsia scientifique et médicale qui claironne depuis un an que tout se vaut en matière de famille me laisse pantoise alors que jusqu’à hier dans tous les cours de psycho on trouvait « essentiels » le rôle de la mère et du père dans le développement du jeune enfant !
Ceci étant posé, venons-en à l’époque du texte. En 1986, en France ou ailleurs dans le monde occidental, s’opposait grosso modo deux franges idéologiques : les suiveurs des années 70, (encore fraîches dans les esprits), « progressistes », pour lesquels faire un enfant sans être marié et recourir à l’avortement constituaient des progrès indéniables en matière de liberté individuelle, et les « tradis / réacs » (et je passe des épithètes), plus axés famille et baptèmes de toutes obédiences.
Ces deux positions, dans l’esprit général, n’étaient pas autant reliées à des dénigrements connotés religieusement tels que décrits aujourd’hui ; des chrétiens avortaient sans complexes, des athées descendants de communards croyaient dur comme fer à la famille. Le dénigrement « chrétien pratiquant = extrémiste qui gêne la société, anti-social, hors-la-loi », est une notion assez jeune, rondement menée par les médias et les peoples, auquel les politiques ont tous bien emboité le pas, popularité oblige. Tout au plus le chrétien pratiquant de l’époque était un doux dingue, un « has been » dont on se moquait parce qu’il s’agenouillait devant des statues de plâtre (oui, c’est du vécu !). Soutenir à l’époque une valeur comme celle de la famille qui ne divorce pas n’avait rien d’exotique ni de chrétien « extrémiste », même si c’était regardé avec hauteur de la part de certains ; au fond des foyers, pour une large part de la population française, c’était de l’ordre de l’atavisme. Un couple qui divorçait, même si ça devenait courant, était regardé avec compassion et on s’inquiétait pour les enfants. Il faut dire que les mentalités étaient encore largement imprégnées de valeurs tournant autour de la famille et de la réussite des enfants par les études, tout simplement parce que la génération des 40-60 ans est souvent la génération dominante dans les familles.
Bref, un auteur non-chrétien imbibé de valeurs « réacs », ça pouvait se voir assez facilement (et ouf ! ça se voit encore aujourd’hui). Une critique tellement âpre du divorce aussi ; aujourd’hui, les choses ont évolué de telle façon qu’un tel texte se teindrait automatiquement d’une intrépidité un peu déplacée, suicidaire idéologiquement. Mais à l’époque, il faut bien avoir conscience qu’il n’en était rien, bien au contraire.
Pour le texte à proprement parler, je reproche à l’auteur son manque d’impartialité. A vouloir trop bien convaincre, être trop éloquent, on perd parfois la juste mesure, celle qui s’impose par sa pertinence, sa précision ; l’affectif d’un seul ne peut faire consensus, parce qu’on s’y sent insidieusement manipulé. Et même pour la bonne cause, ce n’est pas acceptable.
Et c’est ce que je sens là. Vous me direz, ce n’est que mon humble avis, et pas forcément l’avis général, je le conçois.
Et discuter sur ce qui se dégage réellement de l’évolution de la famille depuis 30 ans est surement plus que passionnant ; mais alors il faut le faire sans artifice.
Quand l’auteur assène son avis comme une vérité incontestable, il n’est pas respectueux d’autrui. On peut penser exactement comme lui, mais alors on ne le publie pas. Mais si on se place en détenteur d’une vérité immuable et qu’on estime devoir la publier internationalement, alors on se place aussi comme quelqu’un d’infiniment respectueux de l’avis ou de la souffrance de l’autre, parce que sinon c’est de la mégalomanie.
On ne peut pas non plus partir d’un point vérifié et inconstestable de la société et s’en servir pour broder dessus, même un peu, même imperceptiblement ; c’est là l’arme préférée de Satan, ne l’oublions pas ; les cultes de la personne, les sectes et leurs dérivés, les mouvements populaires révolutionnaires se sont construits sur de tels poisons. Et à utiliser cette « arme », on ne révèle tout au plus que la faiblesse de son argumentation.
Voilà, je l’écorche un peu le philosophe, et ça me gêne d’avoir à le faire, mais vous vouliez savoir ce que cette lecture m’avait inspiré, je vous le livre. (Et pour aller jusqu’au bout des choses et replacer une dernière fois la forme de ce propos dans son époque, il se peut aussi que cette forme qui me gêne tant ait été d’usage aux USA dans les années 1980 ?)
Toutefois, personnellement, de ressentir tout cela à la lecture de ce texte n’enlève rien à la personne qui s’élève courageusement contre une culture après-guerre libertaire et suicidaire pour la famille qui le heurte et qui veut avertir son prochain ; j’admire cet aspect-là d’Allan Bloom. Mais d’un Bloom aussi titré, j’aurais simplement aimé plus de rigueur et surtout plus de retenue ; car sinon il prête le flanc à une cohorte de détracteurs, et à se faire un peu dévorer par son zèle, il y perd sa crédibilité.
Si ce qui se joue plus généralement dans notre monde est l’attirance au bien (pour nous à Dieu) tellement mise en avant par notre Très Saint Père avec un rare brio, alors il faut toujours avoir conscience qu’on n’attire pas les mouches en les stigmatisant par des procédés détournés, mais avec du miel, celui de la miséricorde, de la patience, de l’invitation, de l’exemple, de la sincérité de l’amour. Et à ce jeu je trouve un certain jésuite bien plus solide que le philosophe, trop inquiet pour fédérer sérieusement autour de sa pensée.
J’ai lu autrefois un bouquin qui me rappelle un peu ça ; Jésus expliquait sereinement à une âme sainte que même dans un homme pétri de toutes vertus et bonnes intentions il lui manquerait toujours quelque chose, il taperait toujours un peu à coté de sa cible si cet homme ne consentait pas à croire, (à abaisser son orgueil, -même le plus infime-, devant Dieu). Est-ce cela que l’on perçoit un peu chez Bloom ?
Bises MB et je vous souhaite de très joyeuses fêtes.
Que Dieu vous bénisse et vous garde, vous et les vôtres,
Zélie
Cher MB,
merci beaucoup d'avoir vérifié la phrase. Au temps pour moi, qui pensait au départ qu'il y avait deux façons de comprendre cette phrase. Mais bon...
Pour répondre à votre question, je trouve le raisonnement pas faux au départ, mais un peu à l'emporte pièce.
Si je vous répondais en démontant le texte phrase par phrase, c’est vrai que je ne ferais qu’opposer l’expérience de l’auteur à une autre vie d’expérience au coté des jeunes, et dans ces deux cas la réserve est la même : à publier un tel article, il aurait été intéressant que le postulat de départ de l’auteur soit soutenu par des enquêtes sociologiques, ou toute autre démarche scientifique pouvant par sa rigueur valider la position initiale. Sinon, ça reste, comme l’avis que je pourrais donner, qu’un simple avis. Qu’il soit un grand professeur ou non, qu’il ait 40 ans d’expérience ou non. Et en matière de professeurs, (de quoi que ce soit, même de philosophie), puisque c’est mon milieu bien enfermant, je peux vous assurer que tous, après 40 ans, ne voient pas toujours les choses ainsi.
Je vois où vous voulez gentiment en venir avec ce texte : vous voulez rassurer, car cet auteur n’est pas du tout chrétien et pourtant finit par penser comme certains chrétiens très attachés à certaines valeurs fondamentales ; la famille, le devoir de parents, etc… Et ce sont de bonnes, de très bonnes valeurs, avec lesquelles je suis aussi en complet accord. Je conçois aussi qu’en des temps aussi controversés sur les valeurs ci-dessus on ressorte un tel texte, qui donne par son auteur anti-chrétien une légitimité à une position trop souvent décrite comme typiquement chrétienne et anti-sociale, surtout depuis le mois de mai dernier. Et je suis aussi d’accord avec vous sur les autres points ayant trait à la famille ; moi aussi j’ai prié en août 2012 pour la famille à l’appel des évêques, pour moi aussi le fait de faire un enfant pour soi au lieu de le faire pour lui-même en lui offrant les meilleures conditions possibles me heurte. Moi aussi, le « retournement de veste » de l’intelligentsia scientifique et médicale qui claironne depuis un an que tout se vaut en matière de famille me laisse pantoise alors que jusqu’à hier dans tous les cours de psycho on trouvait « essentiels » le rôle de la mère et du père dans le développement du jeune enfant !
Ceci étant posé, venons-en à l’époque du texte. En 1986, en France ou ailleurs dans le monde occidental, s’opposait grosso modo deux franges idéologiques : les suiveurs des années 70, (encore fraîches dans les esprits), « progressistes », pour lesquels faire un enfant sans être marié et recourir à l’avortement constituaient des progrès indéniables en matière de liberté individuelle, et les « tradis / réacs » (et je passe des épithètes), plus axés famille et baptèmes de toutes obédiences.
Ces deux positions, dans l’esprit général, n’étaient pas autant reliées à des dénigrements connotés religieusement tels que décrits aujourd’hui ; des chrétiens avortaient sans complexes, des athées descendants de communards croyaient dur comme fer à la famille. Le dénigrement « chrétien pratiquant = extrémiste qui gêne la société, anti-social, hors-la-loi », est une notion assez jeune, rondement menée par les médias et les peoples, auquel les politiques ont tous bien emboité le pas, popularité oblige. Tout au plus le chrétien pratiquant de l’époque était un doux dingue, un « has been » dont on se moquait parce qu’il s’agenouillait devant des statues de plâtre (oui, c’est du vécu !). Soutenir à l’époque une valeur comme celle de la famille qui ne divorce pas n’avait rien d’exotique ni de chrétien « extrémiste », même si c’était regardé avec hauteur de la part de certains ; au fond des foyers, pour une large part de la population française, c’était de l’ordre de l’atavisme. Un couple qui divorçait, même si ça devenait courant, était regardé avec compassion et on s’inquiétait pour les enfants. Il faut dire que les mentalités étaient encore largement imprégnées de valeurs tournant autour de la famille et de la réussite des enfants par les études, tout simplement parce que la génération des 40-60 ans est souvent la génération dominante dans les familles.
Bref, un auteur non-chrétien imbibé de valeurs « réacs », ça pouvait se voir assez facilement (et ouf ! ça se voit encore aujourd’hui). Une critique tellement âpre du divorce aussi ; aujourd’hui, les choses ont évolué de telle façon qu’un tel texte se teindrait automatiquement d’une intrépidité un peu déplacée, suicidaire idéologiquement. Mais à l’époque, il faut bien avoir conscience qu’il n’en était rien, bien au contraire.
Pour le texte à proprement parler, je reproche à l’auteur son manque d’impartialité. A vouloir trop bien convaincre, être trop éloquent, on perd parfois la juste mesure, celle qui s’impose par sa pertinence, sa précision ; l’affectif d’un seul ne peut faire consensus, parce qu’on s’y sent insidieusement manipulé. Et même pour la bonne cause, ce n’est pas acceptable.
Et c’est ce que je sens là. Vous me direz, ce n’est que mon humble avis, et pas forcément l’avis général, je le conçois.
Et discuter sur ce qui se dégage réellement de l’évolution de la famille depuis 30 ans est surement plus que passionnant ; mais alors il faut le faire sans artifice.
Quand l’auteur assène son avis comme une vérité incontestable, il n’est pas respectueux d’autrui. On peut penser exactement comme lui, mais alors on ne le publie pas. Mais si on se place en détenteur d’une vérité immuable et qu’on estime devoir la publier internationalement, alors on se place aussi comme quelqu’un d’infiniment respectueux de l’avis ou de la souffrance de l’autre, parce que sinon c’est de la mégalomanie.
On ne peut pas non plus partir d’un point vérifié et inconstestable de la société et s’en servir pour broder dessus, même un peu, même imperceptiblement ; c’est là l’arme préférée de Satan, ne l’oublions pas ; les cultes de la personne, les sectes et leurs dérivés, les mouvements populaires révolutionnaires se sont construits sur de tels poisons. Et à utiliser cette « arme », on ne révèle tout au plus que la faiblesse de son argumentation.
Voilà, je l’écorche un peu le philosophe, et ça me gêne d’avoir à le faire, mais vous vouliez savoir ce que cette lecture m’avait inspiré, je vous le livre. (Et pour aller jusqu’au bout des choses et replacer une dernière fois la forme de ce propos dans son époque, il se peut aussi que cette forme qui me gêne tant ait été d’usage aux USA dans les années 1980 ?)
Toutefois, personnellement, de ressentir tout cela à la lecture de ce texte n’enlève rien à la personne qui s’élève courageusement contre une culture après-guerre libertaire et suicidaire pour la famille qui le heurte et qui veut avertir son prochain ; j’admire cet aspect-là d’Allan Bloom. Mais d’un Bloom aussi titré, j’aurais simplement aimé plus de rigueur et surtout plus de retenue ; car sinon il prête le flanc à une cohorte de détracteurs, et à se faire un peu dévorer par son zèle, il y perd sa crédibilité.
Si ce qui se joue plus généralement dans notre monde est l’attirance au bien (pour nous à Dieu) tellement mise en avant par notre Très Saint Père avec un rare brio, alors il faut toujours avoir conscience qu’on n’attire pas les mouches en les stigmatisant par des procédés détournés, mais avec du miel, celui de la miséricorde, de la patience, de l’invitation, de l’exemple, de la sincérité de l’amour. Et à ce jeu je trouve un certain jésuite bien plus solide que le philosophe, trop inquiet pour fédérer sérieusement autour de sa pensée.
J’ai lu autrefois un bouquin qui me rappelle un peu ça ; Jésus expliquait sereinement à une âme sainte que même dans un homme pétri de toutes vertus et bonnes intentions il lui manquerait toujours quelque chose, il taperait toujours un peu à coté de sa cible si cet homme ne consentait pas à croire, (à abaisser son orgueil, -même le plus infime-, devant Dieu). Est-ce cela que l’on perçoit un peu chez Bloom ?
Bises MB et je vous souhaite de très joyeuses fêtes.
Que Dieu vous bénisse et vous garde, vous et les vôtres,
Zélie