par Xavi » sam. 19 déc. 2009, 15:18
Avec son état d’époux d’une femme restée vierge, notre bon Joseph ne paraît guère pouvoir inspirer beaucoup d’hommes d’aujourd’hui. Tout juste lui réserve-t-on une pensée condescendante, voire un peu de compassion.
Le donner comme référence à un homme marié paraît hors de propos. Déjà qu’on reproche au Pape et aux évêques non mariés de prendre la parole sur ce qui concerne le mariage et la sexualité. Alors, suggérer qu’un homme marié à une femme restée vierge puisse servir de modèle… Il paraît voué à n’être qu’un cas exceptionnel qui ne peut intéresser qu’un chercheur d’exception, mais non l’homme moderne.
Et pourtant, l’approche n’est-elle pas trop courte ?
Même si nous ne vivons pas la situation qui fut la sienne dans sa réalité extrême, c’est parce qu’il l’a vécu plus fortement que personne qu’il peut précisément inspirer ceux dont les épreuves se trouvent sur le même chemin mais dans une mesure moins exigeante que la sienne.
Le saint n’est pas quelqu’un qui marche sur un autre chemin, mais quelqu’un qui nous précède sur notre chemin, parce qu’il le connaît pour y avoir marché avant nous, mais beaucoup plus et plus loin que nous. L’inspiration qu’il peut susciter n’est pas nécessairement, ni même généralement, de nous inciter à aller aussi loin que lui, mais nous est donnée pour nous aider là où il nous est demandé d’avancer.
Le saint vit avec Dieu dans une situation et dans une mesure exceptionnelles une épreuve de la même nature que nous pour qu’à notre tour nous puissions y trouver des grâces pour notre propre marche.
Sachons redécouvrir Saint Joseph, non pour admirer une vie certes très admirable et nous arrêter à ce qui nous est personnellement étranger, mais pour essayer d’y retrouver des signes pour notre temps.
Joseph, c’est d’abord l’homme confronté plus qu’aucun autre à l’incompréhension totale du mystère de sa femme. Qu’a-t-il pu comprendre de l’incroyable destinée de celle qu’il aimait, de son choix d’accepter une intrusion dépassant tout entendement ?
C’est aussi l’homme qui, bien que marié, a été séparé douloureusement du corps de sa femme donné à un autre, vivant profondément une contradiction par rapport au don total des époux dans le mariage.
Jusque dans sa sexualité, Joseph a vécu le mystère de sa femme, appelé à lui laisser vivre son incompréhensible destin, la laissant vivre le mystère de son corps, d’abord pour son fils.
Peut-on comprendre à quel point Joseph, qui n’a bénéficié d’aucune apparition extraordinaire, ni de rien de tangible, mais seulement d’un songe, d’un rêve, de pensées durant son sommeil, a été confronté à une situation où sa femme a disposé de son corps sans demander l’avis, ni a fortiori l’accord de son mari, pour s’engager dans une aventure avec un autre que Joseph. Bien sûr, nous savons que c’était le tout autre. Par la foi, Joseph l’a su aussi. Mais, pour son intelligence, sa raison, ses pensées exprimables : qui était ce Gabriel ? Rien ne lui permettait de savoir, par la connaissance humaine, si ce Gabriel n’avait pas participé très concrètement à l’action annoncée de l’Esprit Saint.
Le secours de la foi est toujours une lumière dans la nuit qui ne répond pas aux questions de l’homme de la manière qui permettrait à ses sens et à sa raison d’en recevoir une certitude charnelle. Même Jésus, Dieu fait homme, ne disposait pas de la connaissance intellectuelle de ce qu’il recevait pleinement en esprit, en étant Dieu. Son cerveau, son langage, ses perceptions corporelles, sa vue, son ouïe, son odorat, son toucher, étaient ceux de n’importe quel homme. Cet homme ne savait ni le jour, ni l’heure de la fin des temps. Il connaissait les larmes, la soif, la faim et la fatigue du corps. Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Parce que les réalités de Dieu dépassent et transcendent infiniment celles que l’homme peut connaître avec son corps actuel, Jésus lui-même en acceptant d’être un homme dans un tel corps a aussi vécu pleinement cette incapacité insurmontable de l’homme à connaître les choses invisibles par ses propres forces. Pour Jésus, comme pour nous, ce n’est qu’en esprit et par la foi qu’il pouvait approcher son Père. Le fait qu’il pouvait le faire pleinement parce qu’il est Dieu ne changeait rien à sa perception limitée d’homme.
C’était a fortiori le cas de Joseph. A une époque où la dépendance de la femme mariée était beaucoup plus grande qu’aujourd’hui, pour des raisons physiques, économiques, sociales et culturelles, le don de soi dans le mariage pouvait, pour une femme, paraître bien davantage une contrainte qu’un choix libre. Les hommes y étaient habitués et toute prise d’autonomie d’une femme mariée était d’autant plus difficile à admettre.
Aujourd’hui, les progrès de la médecine, les contraceptifs, la sécurité sociale et l’évolution générale de la société ont très largement ramené les possibilités d’autonomie des femmes au niveau de celles des hommes. L’autonomie de chacun est largement assurée et garantie de multiples manières. Nul n’est plus tenu de se marier par contrainte familiale, sociale ou économique, et nul n’est plus guère tenu de rester marier s’il désire cesser de l’être.
L’homme d’aujourd’hui est largement habitué à l’autonomie de sa femme. Souvent, sa femme a connu sexuellement d’autres hommes avant de se marier. Dans bien des cas, elles en connaît d’autres après un premier mariage. L’homme d’aujourd’hui n’est plus aussi souvent celui qui répudie et est aussi souvent celui qui est répudié. Sa femme est libre et autonome en fait et en droit. Dans la société moderne, elle ne dépend pas de lui. Si elle s’unit à lui, c’est par un choix libre toujours à renouveler et plus guère à cause d’une parole d’hier que la société protégerait de diverses manières.
Et pourtant, que de souffrances pour l’homme d’aujourd’hui lorsque sa femme décide de diverses manières de s’en détacher, de s’en écarter, un peu, beaucoup ou totalement. Que d’incompréhension, lorsque de tels retraits se produisent après des temps de passion amoureuse intense ?
Et que dire alors de Joseph ? Comment imaginer la violence de la situation qu’il a rencontrée ? Rien dans la situation de l’époque ne le préparait à une décision de son épouse, prise sans lui, en toute autonomie, et concernant de manière essentielle toute leur vie conjugale ?
Elle n’était pas une jeune fille libre de tout engagement ! Elle était la fiancée promise, l’épouse de Joseph dans la période précédant leur cohabitation selon la tradition de l’époque. Et voilà qu’elle décidait de tout sans lui. Elle a accepté de porter l’enfant d’un autre. Elle a donné son corps à un autre. Elle a consacré toute sa vie à élever un enfant. Et tout cela à l’insu de Joseph. En toute autonomie. Comme une femme du 21ème siècle !
Que pouvait-il comprendre ? Pour son intelligence, sa religion, sa culture, sa morale, ses conceptions, c’était inadmissible et incompréhensible. Ne disons pas trop facilement qu’il a vu clair par la foi. C’est vrai, mais cela ne modifie rien à l’incompréhension de sa pensée. Aucune parole humaine ne pouvait satisfaire son intelligence.
L’homme d’aujourd’hui peut être confronté douloureusement à l’autonomie de la femme moderne qui veut disposer librement d’elle-même, en toute autonomie. Le don de soi de la vision chrétienne du mariage est bien loin du partenariat précaire de la vision contemporaine répandue d’un mariage.
L’homme qui en souffre trouve en Joseph celui qui l’a précédé de la manière la plus exigeante sur ce chemin de dépouillement. Beaucoup moins préparé par la situation de l’époque, il a été entraîné beaucoup plus loin que tout homme marié de notre époque pourrait l’être dans le mariage. Bien sûr, comme aujourd’hui, il aurait pu divorcer. Ce ne fut pas le cas. C’est en homme marié et au sein même de son mariage et de sa vie commune avec Marie qu’il a vécu son dépouillement jusqu'à l’extrême, laissant totalement le corps de Marie au destin qu’elle avait choisi d’accepter en toute autonomie.
Ce n’est même pas vers Joseph que Marie porte ses pas après l’Annonciation. En toute autonomie et même en toute hâte, elle part en voyage. Elle va chez une cousine. Pauvre Joseph ! Aux yeux des hommes, elle vit sa vie, elle a fait un bébé toute seule.
Et pourtant, dans cette immense obscurité, Joseph va recevoir les grâces nécessaires, la lumière intérieure, la joie.
Avec son état d’époux d’une femme restée vierge, notre bon Joseph ne paraît guère pouvoir inspirer beaucoup d’hommes d’aujourd’hui. Tout juste lui réserve-t-on une pensée condescendante, voire un peu de compassion.
Le donner comme référence à un homme marié paraît hors de propos. Déjà qu’on reproche au Pape et aux évêques non mariés de prendre la parole sur ce qui concerne le mariage et la sexualité. Alors, suggérer qu’un homme marié à une femme restée vierge puisse servir de modèle… Il paraît voué à n’être qu’un cas exceptionnel qui ne peut intéresser qu’un chercheur d’exception, mais non l’homme moderne.
Et pourtant, l’approche n’est-elle pas trop courte ?
Même si nous ne vivons pas la situation qui fut la sienne dans sa réalité extrême, c’est parce qu’il l’a vécu plus fortement que personne qu’il peut précisément inspirer ceux dont les épreuves se trouvent sur le même chemin mais dans une mesure moins exigeante que la sienne.
Le saint n’est pas quelqu’un qui marche sur un autre chemin, mais quelqu’un qui nous précède sur notre chemin, parce qu’il le connaît pour y avoir marché avant nous, mais beaucoup plus et plus loin que nous. L’inspiration qu’il peut susciter n’est pas nécessairement, ni même généralement, de nous inciter à aller aussi loin que lui, mais nous est donnée pour nous aider là où il nous est demandé d’avancer.
Le saint vit avec Dieu dans une situation et dans une mesure exceptionnelles une épreuve de la même nature que nous pour qu’à notre tour nous puissions y trouver des grâces pour notre propre marche.
Sachons redécouvrir Saint Joseph, non pour admirer une vie certes très admirable et nous arrêter à ce qui nous est personnellement étranger, mais pour essayer d’y retrouver des signes pour notre temps.
Joseph, c’est d’abord l’homme confronté plus qu’aucun autre à l’incompréhension totale du mystère de sa femme. Qu’a-t-il pu comprendre de l’incroyable destinée de celle qu’il aimait, de son choix d’accepter une intrusion dépassant tout entendement ?
C’est aussi l’homme qui, bien que marié, a été séparé douloureusement du corps de sa femme donné à un autre, vivant profondément une contradiction par rapport au don total des époux dans le mariage.
Jusque dans sa sexualité, Joseph a vécu le mystère de sa femme, appelé à lui laisser vivre son incompréhensible destin, la laissant vivre le mystère de son corps, d’abord pour son fils.
Peut-on comprendre à quel point Joseph, qui n’a bénéficié d’aucune apparition extraordinaire, ni de rien de tangible, mais seulement d’un songe, d’un rêve, de pensées durant son sommeil, a été confronté à une situation où sa femme a disposé de son corps sans demander l’avis, ni a fortiori l’accord de son mari, pour s’engager dans une aventure avec un autre que Joseph. Bien sûr, nous savons que c’était le tout autre. Par la foi, Joseph l’a su aussi. Mais, pour son intelligence, sa raison, ses pensées exprimables : qui était ce Gabriel ? Rien ne lui permettait de savoir, par la connaissance humaine, si ce Gabriel n’avait pas participé très concrètement à l’action annoncée de l’Esprit Saint.
Le secours de la foi est toujours une lumière dans la nuit qui ne répond pas aux questions de l’homme de la manière qui permettrait à ses sens et à sa raison d’en recevoir une certitude charnelle. Même Jésus, Dieu fait homme, ne disposait pas de la connaissance intellectuelle de ce qu’il recevait pleinement en esprit, en étant Dieu. Son cerveau, son langage, ses perceptions corporelles, sa vue, son ouïe, son odorat, son toucher, étaient ceux de n’importe quel homme. Cet homme ne savait ni le jour, ni l’heure de la fin des temps. Il connaissait les larmes, la soif, la faim et la fatigue du corps. Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
Parce que les réalités de Dieu dépassent et transcendent infiniment celles que l’homme peut connaître avec son corps actuel, Jésus lui-même en acceptant d’être un homme dans un tel corps a aussi vécu pleinement cette incapacité insurmontable de l’homme à connaître les choses invisibles par ses propres forces. Pour Jésus, comme pour nous, ce n’est qu’en esprit et par la foi qu’il pouvait approcher son Père. Le fait qu’il pouvait le faire pleinement parce qu’il est Dieu ne changeait rien à sa perception limitée d’homme.
C’était a fortiori le cas de Joseph. A une époque où la dépendance de la femme mariée était beaucoup plus grande qu’aujourd’hui, pour des raisons physiques, économiques, sociales et culturelles, le don de soi dans le mariage pouvait, pour une femme, paraître bien davantage une contrainte qu’un choix libre. Les hommes y étaient habitués et toute prise d’autonomie d’une femme mariée était d’autant plus difficile à admettre.
Aujourd’hui, les progrès de la médecine, les contraceptifs, la sécurité sociale et l’évolution générale de la société ont très largement ramené les possibilités d’autonomie des femmes au niveau de celles des hommes. L’autonomie de chacun est largement assurée et garantie de multiples manières. Nul n’est plus tenu de se marier par contrainte familiale, sociale ou économique, et nul n’est plus guère tenu de rester marier s’il désire cesser de l’être.
L’homme d’aujourd’hui est largement habitué à l’autonomie de sa femme. Souvent, sa femme a connu sexuellement d’autres hommes avant de se marier. Dans bien des cas, elles en connaît d’autres après un premier mariage. L’homme d’aujourd’hui n’est plus aussi souvent celui qui répudie et est aussi souvent celui qui est répudié. Sa femme est libre et autonome en fait et en droit. Dans la société moderne, elle ne dépend pas de lui. Si elle s’unit à lui, c’est par un choix libre toujours à renouveler et plus guère à cause d’une parole d’hier que la société protégerait de diverses manières.
Et pourtant, que de souffrances pour l’homme d’aujourd’hui lorsque sa femme décide de diverses manières de s’en détacher, de s’en écarter, un peu, beaucoup ou totalement. Que d’incompréhension, lorsque de tels retraits se produisent après des temps de passion amoureuse intense ?
Et que dire alors de Joseph ? Comment imaginer la violence de la situation qu’il a rencontrée ? Rien dans la situation de l’époque ne le préparait à une décision de son épouse, prise sans lui, en toute autonomie, et concernant de manière essentielle toute leur vie conjugale ?
Elle n’était pas une jeune fille libre de tout engagement ! Elle était la fiancée promise, l’épouse de Joseph dans la période précédant leur cohabitation selon la tradition de l’époque. Et voilà qu’elle décidait de tout sans lui. Elle a accepté de porter l’enfant d’un autre. Elle a donné son corps à un autre. Elle a consacré toute sa vie à élever un enfant. Et tout cela à l’insu de Joseph. En toute autonomie. Comme une femme du 21ème siècle !
Que pouvait-il comprendre ? Pour son intelligence, sa religion, sa culture, sa morale, ses conceptions, c’était inadmissible et incompréhensible. Ne disons pas trop facilement qu’il a vu clair par la foi. C’est vrai, mais cela ne modifie rien à l’incompréhension de sa pensée. Aucune parole humaine ne pouvait satisfaire son intelligence.
L’homme d’aujourd’hui peut être confronté douloureusement à l’autonomie de la femme moderne qui veut disposer librement d’elle-même, en toute autonomie. Le don de soi de la vision chrétienne du mariage est bien loin du partenariat précaire de la vision contemporaine répandue d’un mariage.
L’homme qui en souffre trouve en Joseph celui qui l’a précédé de la manière la plus exigeante sur ce chemin de dépouillement. Beaucoup moins préparé par la situation de l’époque, il a été entraîné beaucoup plus loin que tout homme marié de notre époque pourrait l’être dans le mariage. Bien sûr, comme aujourd’hui, il aurait pu divorcer. Ce ne fut pas le cas. C’est en homme marié et au sein même de son mariage et de sa vie commune avec Marie qu’il a vécu son dépouillement jusqu'à l’extrême, laissant totalement le corps de Marie au destin qu’elle avait choisi d’accepter en toute autonomie.
Ce n’est même pas vers Joseph que Marie porte ses pas après l’Annonciation. En toute autonomie et même en toute hâte, elle part en voyage. Elle va chez une cousine. Pauvre Joseph ! Aux yeux des hommes, elle vit sa vie, elle a fait un bébé toute seule.
Et pourtant, dans cette immense obscurité, Joseph va recevoir les grâces nécessaires, la lumière intérieure, la joie.