Risque de schisme américain

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Gaudens » jeu. 10 oct. 2019, 13:15

Pas sûr.Si cette lecture des "créations" de cardinaux actuelles est exacte (c'est aussi ce que je lis parfois),je crains que cela n'envenime et durcisse plutôt les oppositions.Des créations équilibrées(c'est peut-être le cas en fait) me sembleraient plutôt apaiser le climat.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par PaxetBonum » jeu. 10 oct. 2019, 14:48

Je pensais que Carhaix disait cela ironiquement ?
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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Cinci » jeu. 10 oct. 2019, 15:06

Gaudens,

Il n'y a rien dans ce que vous amenez de Léon XIII ou autres papes qui contredit ce que je vous dis. Les critiques émises dans Rerum Novarum sont des critiques que l'on va retrouver aussi bien chez des penseurs du libéralisme que chez plusieurs néo-libéraux. Et puis l'Église n'est pas contre le marché libre ou la liberté d'entreprise.

Tout au plus, le "réformisme" évoqué par un pape ou l'autre ne seront-ils jamais que des mesures prudentielles visant à sauver le fonctionnement économique libéral du système. Sauver le système des dérèglements que des hommes véreux pourraient y introduire (ex : spéculateurs boursiers avides) et occasionner la ruine pour beaucoup. L'Église va dénoncer la gloutonnerie d'actionnaires ploutocratiques, qui préféreront toujours cent fois mettre une compagnie sur la paille et y expédier dix milles travailleurs au chômage mais en autant qu'une bonne plus-value soit au rendez-vous lors de la liquidation du portefeuille d'actions. Synonyme : partir avec la caisse !

Tout cela pour dire que le pape François en 2019 ne va pas faire trembler davantage sur leur base les hommes d'affaires américains d'aujourd'hui que Léon XIII les businessmen de son temps !

Et puis ...

Pour quelles raisons faudrait-il que l'héritier de la famille Kennedy soit un enragé contre le pape François ? Il aurait fallu aussi que grand-père à son époque ait pu menacer de faire schisme - quoi ? - de ce qu'ayant pu lire ou entendre Léon XIII faire ses critiques ? C'est ridicule.

Je dis ...

Je dis qu'est ridicule cette trame projetée par les pigistes du journal La Croix. Ridicule de vouloir présenter presque le pape François en homme devant passer pour un disciple de Che Gavara dans l'esprit des autres , pour une sorte de grand-frère de nos anti-faschistes dit "de gauche" et donc opposant "en esprit" au système en lui-même. Nous présenter le pape François ainsi, c'est un peu comme espérer pouvoir nous présenter Mélenchon comme une grande menace pour le système des compagnies indexées dans le calcul de l'Indice boursier.

Je dis que c'est une imposture intellectuelle que d'essayer de "faire croire" que le carburant essentiel de la grogne contre notre pape proviendrait du fait que des super riches devraient tellement craindre pour leurs affaires ou leurs investissements dans le monde. Là-dessus, j'y verrais bien plus de la médisance qu'autre chose. Oui, une médisance gratuite à l'encontre de tous ceux que l'on aimera nous présenter comme des rigides ou psychorigides, des conservateurs en général et probablement plus coupables encore (pour l'argument démagogique) s'ils sont riches ! Rendu là ce seront des mafieux.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Ponpon » jeu. 10 oct. 2019, 17:38

Voici ce que dit le pape François dans l'encyclique Laudato si'
[II. LA GLOBALISATION
DU PARADIGME TECHNOCRATIQUE

106. Le problème fondamental est autre, encore plus profond : la manière dont l’humanité a, de fait, assumé la technologie et son développement avec un paradigme homogène et unidimensionnel. Une conception du sujet y est mise en relief qui, progressivement, dans le processus logique et rationnel, embrasse et ainsi possède l’objet qui se trouve à l’extérieur. Ce sujet se déploie dans l’élaboration de la méthode scientifique avec son expérimentation, qui est déjà explicitement une technique de possession, de domination et de transformation. C’est comme si le sujet se trouvait devant quelque chose d’informe, totalement disponible pour sa manipulation. L’intervention humaine sur la nature s’est toujours vérifiée, mais longtemps elle a eu comme caractéristique d’accompagner, de se plier aux possibilités qu’offrent les choses elles-mêmes. Il s’agissait de recevoir ce que la réalité naturelle permet de soi, comme en tendant la main. Maintenant, en revanche, ce qui intéresse c’est d’extraire tout ce qui est possible des choses par l’imposition de la main de l’être humain, qui tend à ignorer ou à oublier la réalité même de ce qu’il a devant lui. Voilà pourquoi l’être humain et les choses ont cessé de se tendre amicalement la main pour entrer en opposition. De là, on en vient facilement à l’idée d’une croissance infinie ou illimitée, qui a enthousiasmé beaucoup d’économistes, de financiers et de technologues. Cela suppose le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète, qui conduit à la “ presser ” jusqu’aux limites et même au-delà des limites. C’est le faux présupposé « qu’il existe une quantité illimitée d’énergie et de ressources à utiliser, que leur régénération est possible dans l’immédiat et que les effets négatifs des manipulations de l’ordre naturel peuvent être facilement absorbés ».[86]

107. On peut dire, par conséquent, qu’à l’origine de beaucoup de difficultés du monde actuel, il y a avant tout la tendance, pas toujours consciente, à faire de la méthodologie et des objectifs de la techno-science un paradigme de compréhension qui conditionne la vie des personnes et le fonctionnement de la société. Les effets de l’application de ce moule à toute la réalité, humaine et sociale, se constatent dans la dégradation de l’environnement, mais cela est seulement un signe du réductionnisme qui affecte la vie humaine et la société dans toutes leurs dimensions. Il faut reconnaître que les objets produits par la technique ne sont pas neutres, parce qu’ils créent un cadre qui finit par conditionner les styles de vie, et orientent les possibilités sociales dans la ligne des intérêts de groupes de pouvoir déterminés. Certains choix qui paraissent purement instrumentaux sont, en réalité, des choix sur le type de vie sociale que l’on veut développer.

108. Il n’est pas permis de penser qu’il est possible de défendre un autre paradigme culturel, et de se servir de la technique comme d’un pur instrument, parce qu’aujourd’hui le paradigme technocratique est devenu tellement dominant qu’il est très difficile de faire abstraction de ses ressources, et il est encore plus difficile de les utiliser sans être dominé par leur logique. C’est devenu une contre-culture de choisir un style de vie avec des objectifs qui peuvent être, au moins en partie, indépendants de la technique, de ses coûts, comme de son pouvoir de globalisation et de massification. De fait, la technique a un penchant pour chercher à tout englober dans sa logique de fer, et l’homme qui possède la technique « sait que, en dernière analyse, ce qui est en jeu dans la technique, ce n’est ni l’utilité, ni le bien-être, mais la domination : une domination au sens le plus extrême de ce terme ».[87] Et c’est pourquoi « il cherche à saisir les éléments de la nature comme ceux de l’existence humaine ».[88] La capacité de décision, la liberté la plus authentique et l’espace pour une créativité alternative des individus, sont réduits.

109. Le paradigme technocratique tend aussi à exercer son emprise sur l’économie et la politique. L’économie assume tout le développement technologique en fonction du profit, sans prêter attention à d’éventuelles conséquences négatives pour l’être humain. Les finances étouffent l’économie réelle. Les leçons de la crise financière mondiale n’ont pas été retenues, et on prend en compte les leçons de la détérioration de l’environnement avec beaucoup de lenteur. Dans certains cercles on soutient que l’économie actuelle et la technologie résoudront tous les problèmes environnementaux. De même on affirme, en langage peu académique, que les problèmes de la faim et de la misère dans le monde auront une solution simplement grâce à la croissance du marché. Ce n’est pas une question de validité de théories économiques, que peut-être personne aujourd’hui n’ose défendre, mais de leur installation de fait dans le développement de l’économie. Ceux qui n’affirment pas cela en paroles le soutiennent dans les faits quand une juste dimension de la production, une meilleure répartition des richesses, une sauvegarde responsable de l’environnement et les droits des générations futures ne semblent pas les préoccuper. Par leurs comportements, ils indiquent que l’objectif de maximiser les bénéfices est suffisant. Mais le marché ne garantit pas en soi le développement humain intégral ni l’inclusion sociale.[89] En attendant, nous avons un « surdéveloppement, où consommation et gaspillage vont de pair, ce qui contraste de façon inacceptable avec des situations permanentes de misère déshumanisante » ;[90] et les institutions économiques ainsi que les programmes sociaux qui permettraient aux plus pauvres d’accéder régulièrement aux ressources de base ne se mettent pas en place assez rapidement. On n’a pas encore fini de prendre en compte les racines les plus profondes des dérèglements actuels qui sont en rapport avec l’orientation, les fins, le sens et le contexte social de la croissance technologique et économique.

110. La spécialisation de la technologie elle‑même implique une grande difficulté pour regarder l’ensemble. La fragmentation des savoirs sert dans la réalisation d’applications concrètes, mais elle amène en général à perdre le sens de la totalité, des relations qui existent entre les choses, d’un horizon large qui devient sans importance. Cela même empêche de trouver des chemins adéquats pour résoudre les problèmes les plus complexes du monde actuel, surtout ceux de l’environnement et des pauvres, qui ne peuvent pas être abordés d’un seul regard ou selon un seul type d’intérêts. Une science qui prétendrait offrir des solutions aux grandes questions devrait nécessairement prendre en compte tout ce qu’a produit la connaissance dans les autres domaines du savoir, y compris la philosophie et l’éthique sociale. Mais c’est une habitude difficile à prendre aujourd’hui. C’est pourquoi de véritables horizons éthiques de référence ne peuvent pas non plus être reconnus. La vie est en train d’être abandonnée aux circonstances conditionnées par la technique, comprise comme le principal moyen d’interpréter l’existence. Dans la réalité concrète qui nous interpelle, divers symptômes apparaissent qui montrent cette erreur, comme la dégradation de l’environnement, l’angoisse, la perte du sens de la vie et de la cohabitation. On voit ainsi, une fois de plus, que « la réalité est supérieure à l’idée]

Et aussi

[IV. POLITIQUE ET ÉCONOMIE EN DIALOGUE
POUR LA PLÉNITUDE HUMAINE

189. La politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine. Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et de réformer le système dans son ensemble, réaffirme une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir et qui pourra seulement générer de nouvelles crises après une longue, couteuse et apparente guérison. La crise financière de 2007-2008 était une occasion pour le développement d’une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques, et pour une nouvelle régulation de l’activité financière spéculative et de la richesse fictive. Mais il n’y a pas eu de réaction qui aurait conduit à repenser les critères obsolètes qui continuent à régir le monde. La production n’est pas toujours rationnelle, et souvent elle est liée à des variables économiques qui fixent pour les produits une valeur qui ne correspond pas à leur valeur réelle. Cela conduit souvent à la surproduction de certaines marchandises, avec un impact inutile sur l’environnement qui, en même temps, porte préjudice à de nombreuses économies régionales.[133] La bulle financière est aussi, en général, une bulle productive. En définitive, n’est pas affrontée avec énergie la question de l’économie réelle, qui permet par exemple que la production se diversifie et s’améliore, que les entreprises fonctionnent bien, que les petites et moyennes entreprises se développent et créent des emplois.

190. Dans ce contexte, il faut toujours se rappeler que « la protection de l’environnement ne peut pas être assurée uniquement en fonction du calcul financier des coûts et des bénéfices. L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate ».[134] Une fois de plus, il faut éviter une conception magique du marché qui fait penser que les problèmes se résoudront tout seuls par l’accroissement des bénéfices des entreprises ou des individus. Est-il réaliste d’espérer que celui qui a l’obsession du bénéfice maximum s’attarde à penser aux effets environnementaux qu’il laissera aux prochaines générations ? Dans le schéma du gain il n’y a pas de place pour penser aux rythmes de la nature, à ses périodes de dégradation et de régénération, ni à la complexité des écosystèmes qui peuvent être gravement altérés par l’intervention humaine. De plus, quand on parle de biodiversité, on la conçoit au mieux comme une réserve de ressources économiques qui pourrait être exploitée, mais on ne prend pas en compte sérieusement, entre autres, la valeur réelle des choses, leur signification pour les personnes et les cultures, les intérêts et les nécessités des pauvres.

191. Quand on pose ces questions, certains réagissent en accusant les autres de prétendre arrêter irrationnellement le progrès et le développement humain. Mais nous devons nous convaincre que ralentir un rythme déterminé de production et de consommation peut donner lieu à d’autres formes de progrès et de développement. Les efforts pour une exploitation durable des ressources naturelles ne sont pas une dépense inutile, mais un investissement qui pourra générer d’autres bénéfices économiques à moyen terme. Si nous ne souffrons pas d’étroitesse de vue, nous pouvons découvrir que la diversification d’une production plus innovante, et ce avec un moindre impact sur l’environnement, peut être très rentable. Il s’agit d’ouvrir le chemin à différentes opportunités qui n’impliquent pas d’arrêter la créativité de l’homme et son rêve de progrès, mais d’orienter cette énergie vers des voies nouvelles.

Le pape ne vise pas des individus mal intentionnés qui transgresseraient des lois morales et seraient isolément coupables du péché d'avarice. Il vise bien au contraire une structure globale et des normes collectives qui produisent l'injustice et détruisent la vie humaine. En bref, il vise clairement le capitalisme financier et sa structure technocratique aveugle à la valeur infinie de la Création, sa beauté inestimable, et il demande d'y voir autre chose qu'un simple objet utilisable et consommable, ce que l'économie de marché et incapable de faire. Il dit clairement que c'est une crise de style de vie qui a perdu de vue la contemplation du bien commun et que le libéralisme n'est sans doute pas en mesure de régler.
Seul un changement de regard sur le monde peut permettre aux hommes de se sortir de ces difficultés très profondes, et le pape ne semble pas voir dans le libéralisme économique contemporain une solution viable. Il faut par conséquent modifier profondément les structures économiques.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Gaudens » jeu. 10 oct. 2019, 23:17

Cinci,si vous avez eu la patience de lire les documents que j'ai soumis à nos contributeurs et lecteurs,cela va bien plus loin qu'une volonté de simple rerplatrage, d'une condamnation de ceux qui piqueraient dans la caisse.. Je ne vais pas me relancer dans la démonstration car les textes parlent d'eux mêmes.En gros on pourrait résumer l'ensemble par ce qu'a écrit Ponpon,,nouvel arrivant dans ce débat,les fameuses "structures de péché",si vous voulez; François,encore une fois,n'a rien inventé de ce côté.
Maintenant ,pourquoi les capitalistes et les penseurs du libéralisme économique des siècles et décennies passées ,quand ils étaient catholiques, ne se sont pas sentis plus remués et mis en cause que cela,j'en laisse l'appréciation aux historiens mais je pense que beaucoup de consciences droites auront été questionnées et portées à agir autrement.
La question de savoir ce qui motive les tenants d'un éventuel "schisme américain"(en effet,plutôt une tentative de prise de pouvoir à Rome) est une autre affaire .Sans vouloir tout ramener à de sordides réactions de puissants acculés par le pape actuel, je pense qu'il peut y avoir là une des raisons, ne serait-ce qu'en appui logistique,médiatique et peut-être financier d'ecclesiastiques s'opposant à lui pour des raisons purement religieuses.Dans le cas concret de l'Amazonie,cela me parait des plus vraisemblables si même ce ne sont pas là les raisons fondamentales car la coincidence avec la politique du nouveau goubverment brésilien et la recrudescence des gros incendies de forêts(incendies de déforestation plutôt) est énorme.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par PaxetBonum » ven. 11 oct. 2019, 9:49

Ponpon a écrit :
jeu. 10 oct. 2019, 17:38
Seul un changement de regard sur le monde peut permettre aux hommes de se sortir de ces difficultés très profondes, et le pape ne semble pas voir dans le libéralisme économique contemporain une solution viable. Il faut par conséquent modifier profondément les structures économiques.
Bonjour Ponpon

La solution serait donc ce que l'on appelle les "circuits courts", de "proximité".
Finalement le pape appellerait donc à un nationalisme voire à un régionalisme écologique tout en condamnant un nationalisme d'état.
Il va falloir m'expliquer, car l'idiot du village que je suis a du mal à suivre.
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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Kerygme » ven. 11 oct. 2019, 16:19

Bonjour Cinci,


Désolé j'ai pris du retard sur ce fil, mais bon ... grosse semaine.

J'ai lu vos arguments, je ne suis pas opposé à tous cependant, même si cela peut sembler très réducteur, au lieu de reprendre point par point je voudrais plutôt dégager une généralité d'ensemble; du moins me concernant.

Vous dites à maintes reprises que le pape François n'est pas toute l'Eglise et cependant il me semble que vous lui octroyez un pouvoir qu'il n'a pas. Une sorte de capacité décisionnelle/réformatrice, limite dictatoriale, en dehors de toute communion avec les évêques du monde.

J'ai cette sensation que votre réaction envers le souverain pontife n'est pas forcément schismatique mais proportionnelle à la désacralisation de sa personne que vous vivez dans les événements de ces dernières années. Mais je peux faire erreur, bien entendu.


Il est le Vicaire du Christ, pas le Christ. Il reste un homme et en tant que tel à aussi des mots malhabiles, des défauts mais aussi des qualités ... comme nous tous.


Cordialement.
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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par PaxetBonum » ven. 11 oct. 2019, 18:35

Kerygme a écrit :
ven. 11 oct. 2019, 16:19
Il est le Vicaire du Christ, pas le Christ. Il reste un homme et en tant que tel à aussi des mots malhabiles, des défauts mais aussi des qualités ... comme nous tous.
Au risque de me faire censuré par la modération… :

Un jour, le « bon pape » sort seul du Vatican pour aller rendre une visite discrète à un ami prêtre qui séjournait à l’hôpital du Saint-Esprit. Quand il s’annonce à la porte, la mère supérieure toute émue lui dit : « Saint-Père, je suis la supérieure du Saint-Esprit ».

Et Jean XXIII de répondre :

« Mais quelle carrière fabuleuse vous avez fait ma sœur ! Je n’ai réussi pour ma part qu’à devenir le vicaire du Christ ! ».
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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Ponpon » ven. 11 oct. 2019, 19:42

Paxet
Je ne pense pas qu'il considèe les choses en terme de nationalisme. Il me semble qu'il espèe un changement radical des modes de vie. Le texte cité est assez clair là dessus. Assez clair aussi l'idée que le marché "libre", le libéalisme économique contemporain, loin de favoriser la liberté économique des individus et des collectivité humaines locales, la restreint voire l'annule, car le libéralisme économique, inséparable de sa technocratie orientée vers une croissance débridée et le profit, est nommée un "système de domination extrême", qui empêche les petits et moyens producteurs de survivre et de prendre des décisions autonomes. Ce qui est certain et indiscutable dans cette encyclique, c'est que le pape ne pense absolument pas que la critique du monde contemporain doive s'arrêter aux "méchants banquiers" immoraux qui déournent le système egoïstement. C'est le système lui-même qui est déviant et jugé obsolète. Il s'inscrit dans la doctrine sociale de l'église, inscrite dans les problèmes de notre temps.
Quand il dit que l'économie ne doit pas se soumettre la politique, c'est qu'il demande une plus grande capacité de décision pour les peuples. Le libéralisme éonomique, depuis longtemps, fait l'inverse, puisque cette doctrine pense que la politique est souvent un facteur d'entrave à la liberté du marché, ce qui le rendrait moins efficace. Il faudrait donc privatiser le plus possible. Mais pour le pape, cette démarche revient à confisquer le bien commun pour quelques'uns, à commencer par les biens de la Création offerts à tous en partage, comme le suggère la Genèse.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Kerygme » sam. 12 oct. 2019, 10:08

PaxetBonum a écrit :
ven. 11 oct. 2019, 18:35
« Mais quelle carrière fabuleuse vous avez fait ma sœur ! Je n’ai réussi pour ma part qu’à devenir le vicaire du Christ ! ».
Oui, saint Jean XXIII était connu pour être un pape jovial, avec une belle répartie et un fort sens de l'humour.
Il en a d'autres bien amusantes.
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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Levergero » sam. 12 oct. 2019, 11:10

Kerygme a écrit :
sam. 12 oct. 2019, 10:08
Oui, saint Jean XXIII était connu pour être un pape jovial, avec une belle répartie et un fort sens de l'humour.
Il en a d'autres bien amusantes.
Quel bon pape empathique ce fut. Que des regrets...

Je ne pense pas qu'il aurait pu être, un jour, à l'origine d'un schisme dans son Eglise. Ce n'était pas du tout son genre.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Cinci » sam. 12 oct. 2019, 17:05

Gaudens :
Cinci,si vous avez eu la patience de lire les documents que j'ai soumis [...]
J'ai lu.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Carhaix » sam. 12 oct. 2019, 19:45

PaxetBonum a écrit :
jeu. 10 oct. 2019, 14:48
Je pensais que Carhaix disait cela ironiquement ?
En effet...
Dernière modification par Carhaix le sam. 12 oct. 2019, 20:10, modifié 1 fois.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Carhaix » sam. 12 oct. 2019, 20:04

Ponpon a écrit :
ven. 11 oct. 2019, 19:42
Paxet
Je ne pense pas qu'il considèe les choses en terme de nationalisme. Il me semble qu'il espèe un changement radical des modes de vie. Le texte cité est assez clair là dessus. Assez clair aussi l'idée que le marché "libre", le libéalisme économique contemporain, loin de favoriser la liberté économique des individus et des collectivité humaines locales, la restreint voire l'annule, car le libéralisme économique, inséparable de sa technocratie orientée vers une croissance débridée et le profit, est nommée un "système de domination extrême", qui empêche les petits et moyens producteurs de survivre et de prendre des décisions autonomes. Ce qui est certain et indiscutable dans cette encyclique, c'est que le pape ne pense absolument pas que la critique du monde contemporain doive s'arrêter aux "méchants banquiers" immoraux qui déournent le système egoïstement. C'est le système lui-même qui est déviant et jugé obsolète. Il s'inscrit dans la doctrine sociale de l'église, inscrite dans les problèmes de notre temps.
Quand il dit que l'économie ne doit pas se soumettre la politique, c'est qu'il demande une plus grande capacité de décision pour les peuples. Le libéralisme éonomique, depuis longtemps, fait l'inverse, puisque cette doctrine pense que la politique est souvent un facteur d'entrave à la liberté du marché, ce qui le rendrait moins efficace. Il faudrait donc privatiser le plus possible. Mais pour le pape, cette démarche revient à confisquer le bien commun pour quelques'uns, à commencer par les biens de la Création offerts à tous en partage, comme le suggère la Genèse.
Si tel est le message du pape, il a entièrement raison. Mais ce n'est pas le sujet de ce topic, d'une part, et cela ne restera jamais qu'un vœu pieux. Des politiques parvenus aux affaires ont exposé des vues similaires, pour finalement appliquer des politiques allant en sens inverse. En fait, les discours bienveillants et incantatoires ne servent à rien et ne signifient rien. Et on commence à être habitué, à l'heure de l'ultra médiatisation, aux opérations de communication dénuées du moindre effet concret, mais qui sont seulement destinées à "faire du bien", dire ce que l'on a besoin et envie d'entendre, rien de plus. Ce n'est rien d'autre que de la thérapie de groupe à l'échelle internationale. Encore faudrait-il que ce soit cohérent avec l'ensemble de la doctrine. Or, dans le cas de François, j'ai bien peur que ce ne soit pas le cas. Je suis sûr, d'ailleurs, que Buffet et Gates, remplis de charité, ont fait des déclarations analogues.

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Re: Risque de schisme américain

Message non lu par Cinci » dim. 13 oct. 2019, 11:49

Gaudens :
cela va bien plus loin qu'une volonté de simple replâtrage, d'une condamnation de ceux qui piqueraient dans la caisse

L'extrait montré ci-haut représente essentiellement que du verbiage de politicien post-moderne. Dans une langue un peu déplaisante à lire et à l'accent technocratique, il ne sera question que d'exprimer un souci, développer une plus grande conscience de cela, d'avoir bon espoir qu'un jour certaines mesures soient adoptées sans préciser lesquelles et parce qu'il arrive que le fonctionnement de la machine se trouve détourné du bien commun au profit de certains groupes d'intérêts ou de puissants, etc. C'est ce que moi j'appelle en une formule laoidaire "exprimer certaines critiques" et ainsi que des "reproches envers ceux qui pigent dans la caisse". Je ne vous dis pas qu'il n'exprime aucune critique, Je ne vous dis pas que c'est mal d'en faire. Non, il peut en faire, et les politiciens libéraux en font eux aussi et diront être à l'écoute.

Mais ...

Nulle part vous ne verrez le pape et le Vatican encourager la révolution pour jeter à bas le système des banques, ni faire la guerre aux paradis fiscaux ni changer de système politique aux États-Unis. Il ne recommande pas le boycott des grands partis, la dictature du peuple. Le pape ne propose pas que l'on fiche la paix au Maduro au Venezuela, soulignant que ce pays pourrait servir de laboratoire pour une expérience de gouvernance très différente de ce que l'on trouverait dans les pays du G7

Je veux dire que si le pape disait réellement "quelque chose" risquant tant soit peu d'ennuyer toute l'oligarchie libérale au pouvoir mais vous pouvez être sûr qu'il deviendrait persona non grata dans tous les tabloïds de kiosque à journaux. Le pape ne serait pas mal vu de trois ou quatre conservateurs grincheux, mais bien de toute la classe politique aux États-Unis. Il se ferait descendre en flamme par Time Magazine, The Economist, etc.


Que François puisse causer d'économie verte, recherche pour dépolluer l'environnement, prise en compte de belles valeurs sociales. de solidarité ou de frugalité pour venir en aide à des gens affamés, à des handicapés ou à des migrants : ce sont là des objectifs que des politiciens comme Macron peuvent aussi annoncer comme étant les leurs. Macron aussi se fait du souci pour la hausse des températures, dénonce la racisme, insistera sur la nécessité du dialogue avec les partenaires, d'ajustements structurels, etc. La voie esquissée par le pape ne sera autre chose que du réformisme libéral. Et le réformisme libéral c'est justement l'affaire des technocrate libéraux et néo-libéraux. Le pape veut se présenter comme celui apportant une caution morale au système, il ne souhaite pas la suppression des politiciens libéraux au profit de communistes, fascistes, populistes, monarchistes et théoriciens de l'État confessionnel vous comprenez.

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