Cessons la guerre des messes

Cinci
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Cessons la guerre des messes

Message non lu par Cinci » sam. 20 avr. 2019, 13:44

Bonjour,

Toujours dans cette idée d'approfondir la question ou les questions. Pour en savoir plus, comprendre mieux, etc.

Un mot :
"Deux correspondants, presque dans les mêmes termes, me font part de leur souhait de voir cesser la guerre des messes - c'est à dire l'opposition entretenue entre le Missel de Pie V et celui de Paul VI. Au lendemain du Concile, on a en effet dramatisé cette question et dialectisé les positions. La réforme liturgique a été trop comprise comme une rupture de la tradition; les uns pour s'en réjouir et se donner l'autorisation de faire n'importe quoi sous couvert de la soi-disant "nouvelle messe"; les autres pour s'en affoler et s'accrocher à une soi-disant "messe de toujours".

Or il n'y aura jamais qu'une messe, dans la diversité de ses rites et dans l'évolution intérieur de chaque rite. C'est pourquoi il est tout aussi abusif et maladroit de parler du rite de Pie V ou du rite de Paul VI. L'un et l'autre se situent à l'intérieur du rite romain. Et, redisons-le au passage, même si cela met par terre une grande partie de l'argumentation conservatrice, Pie V a été un réformateur liturgique. En son temps (le XVIe siècle) donc une époque relativement récente à l'échelle de deux millénaires il a jugé que la liturgie romaine avait besoin d'être restaurée; dans le contexte d'éclatement provoqué par la Réforme protestante, il a voulu accentuer l'unité du rite et même sa rigidité. En notre temps, un Concile et deux papes ont voulu, eux aussi, une réforme; dans un contexte de déchristianisation et dans un souci d'évangélisation, l'accent était inverse : il fallait permettre une plus grande diversité et une plus grande souplesse. Il serait outrecuidant de se prendre pour le Saint Esprit et de récuser le choix de l'Église, d'un côté comme de l'autre.

Ce qu'on peut regretter, c'est la façon dont le Missel de 1962 a été subitement proscrit, sinon en droit, du moins dans les faits. Au plan pastoral, pour un certain nombre de fidèles, c'était un trouble ou une blessure inutile. Au plan théologique, c'était une inconséquence, car cela pouvait signifier que ce Missel était erroné. De voix aussi autorisées que celle du cardinal Ratzinger ne craignent pas de le dire : une communauté qui déclare soudain strictement interdit ce qui était jusqu'alors pour elle tout ce qu'il y a de plus sacré ... se met elle-même en question.

En tout cas, la réponse de sagesse et de miséricorde est celle de Jean-Paul II :

on devra respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège Apostolique pour l'usage du Missel romain antérieur.

Avec une réserve, qui permet de distinguer l'option traditionaliste du combat intégriste :

Qu'il soit clair que les prêtres et les fidèles (qui usent de l'indult) n'ont aucun lien avec ceux qui mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel romain promulgué par Paul VI. "

Source : P. Alain Bandelier, Simples questions sur la messe et la liturgie, p. 67

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ChristianK
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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par ChristianK » sam. 20 avr. 2019, 15:37

Plein de bon sens, mais probalement une part des choses. Reste , en prédication et caté, les couples dogme/biblisme et ouverture/fermeture nécessaire. Et en lien, les écoles pour les famillles . Je soupconne la liturgie de ne pas être le plus important.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Cinci » dim. 21 avr. 2019, 1:19

Sur la communion dans la main ...

"... je le dis d'entrée de jeu, la règle, en France et en d'autres pays, avec l'accord officiel de Rome, est que la communion dans la main est permise. Ni interdite, ni obligatoire : permise. Cette faculté s'assortit évidemment d'exigences. Quelle que soit la façon dont on communie, c'est un acte sacré qui doit revêtir à la fois simplicité et dignité. L'attitude de tout le corps, la qualité du regard, l'intériorité du geste sont aussi et même plus important que le mouvement des mains ou des lèvres. Ce n'est pas ma main ou ma bouche qui communie, c'est moi.

Si la communion dans la main était répréhensible, il faudrait condamner tous les chrétiens (y compris évidemment les Apôtres) qui, pendant les premiers siècles, ne communiaient que de cette manière. On a souvent cité l'exhortation de saint Cyrille de Jérusalem : fais de ta main un trône pour recevoir le Roi. Cela signifie que recevoir l'Eucharistie au creux de la main était à l'époque un geste normal, et qu'en même temps il fallait déjà veiller à ce que ce geste reste beau et vrai. Il faudrait condamner aussi Jean-Paul II : on le voit à la télévision donner la communion de l'une ou l'autre manières.

On objecte souvent que seules les mains du prêtre ont été consacrées. D'une part cette onction est un rite complémentaire de l'ordination, qui a consacré tout son être, pas seulement ses mains. D'autre part le pouvoir que le prêtre reçoit n'est pas de donner l'Eucharistie (déjà le diacre et l'acolyte exercent ce ministère (*)) mais de célébrer, de consacrer.

[...]

Aux petits qui préparent leur première communion, nous expliquons toujours les deux gestes possibles, et leur sens, avec un grand souci de respecter leur sensibilité et surtout leur spiritualité. L'une et l'autre d'ailleurs peuvent évoluer, et j'aime assez que des paroissiens ne communient pas systématiquement toujours de la même manière. Il ne faut pas non plus oublier ceci : c'est grâce à cette possibilité de prendre dans ses mains le Pain de Vie que des chrétiens persécutés et des martyrs ont pu communier dans leur prison; que des malades et des vieillards peuvent aujourd'hui recevoir la visite du Seigneur, même là où il n'y a plus de prêtres assez nombreux et disponibles; que des communautés chrétiennes isolées dans la brousse africaine ou dans les hauts plateaux andins peuvent communier le dimanche.

Il y a des risques, je le reconnais. Le premier serait de banaliser l'Eucharistie, de la réduire à une chose qu'on a sous la main. Le second est d'exposer le Saint Sacrement à des pratiques sacrilèges. Mais ces déviations existaient déjà auparavant. Elles appellent la vigilance des pasteurs et des fidèles [...] La vraie réponse est l'éducation de la foi et de l'adoration, et non pas un changement de réglementation."

_____

(*) Comme ministres ordinaires de la communion. Les simples fidèles peuvent être ministres extraordinaires.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Cinci » dim. 21 avr. 2019, 12:51

Fallait-il une réforme liturgique ?

Par delà tous les commentaires, et Dieu sait s'il y en a, le plus sûr est de revenir au Concile Vatican II lui-même. J'ai relu attentivement la Constitution sur la Liturgie. Ô surprise ! Nulle part le Concile ne parle d'une réforme liturgique. Il emploie une formule beaucoup plus nuancée et pertinente qui tient en deux mots latins, et que l'on retrouve à six reprises : fovere et instaurare. Le premier verbe signifie littéralement réchauffer; il a une connotation d'encouragement et de progrès. Le second a un arrière-plan de construction; il faut comprendre restaurer. La visée du Concile n'est donc pas celle que presque tout le monde a cru comprendre. Il ne s'agissait pas de changer la Messe, d'inventer des rites ni même de faire des réformes. Il s'agissait (et il s'agit toujours) de donner plus de force et plus de vérité à la prière de l'Église.

Cela s'inscrit dans toute l'oeuvre de renouveau que veut promouvoir le Concile. Le premier paragraphe de la Constitution rappelle les orientations majeures : croissance de la vie chrétienne chez les fidèles, adaptation aux besoins de notre époque (pour la part des choses susceptibles d'évoluer), unité des chrétiens, évangélisation du monde.

Adapter la liturgie au sens du Concile ce n'est pas la mettre à la remorque des désirs de l'assemblée ou des modes du monde. Ce n'est pas unilatéral. Le mot latin interroge nos célébrations sur leur aptitude à manifester le Mystère réel à des hommes réels. Le critère est donc double : d'un côté il faudra élaguer et recentrer, éventuellement changer ou ajouter, avec comme souci une plus grande fidélité ; d'un autre côté il faudra traduire, actualiser, inculturer.

Quant à la meilleur participation des fidèles, si l'on veut être fidèle au Concile, elle se caractérise pr trois mots : consciente, active, fructueuse. Il s'agit d'entrer dans la liturgie pour en vivre, et d'en vivre pour rayonner. Autrement dit, la participation extérieure est au service de la participation intérieure, sinon on s'agite en vain. D'où la mise en garde du Père Bouyer :

On ne s'unit pas vraiment à une action dont on est le spectateur. Il faut nécessairement choisir entre une liturgie de participation et une pseudo-liturgie qui n'est plus qu'un spectacle, ou, en tout cas, tend à cela.

Et celle du cardinal Daneels :

L'acteur du drame n'est pas l'homme, mais l'Homme-Dieu, le Christ en personne. Sans cette vision de foi, la liturgie n'a aucun sens : elle ressemble à un étrange et minable théâtre, qui ne justifie sûrement pas un déplacement tous les dimanches.


Nostalgie et renouveau

"Lorsqu'on a la chance (je devrais dire la grâce) de prendre part à une messe célébrée dignement, selon la liturgie de Paul VI, on n'éprouve pas l'envie de revenir à la liturgie tridentine ...)

Cette lettre continue : "... cette messe, je l'ai connue pendant des décennies. J'ai apprécié ses solennités, son chant grégorien. Mais il m'est arrivé de servir la messe à des prêtres qui bafouillaient un latin qu'ils ne semblaient pas comprendre, et qui expédiaient le tout, y compris les prières fixées par Léon XIII, en vingt minutes." C'est vrai. Trop souvent, quand on oppose liturgie ancienne et liturgie nouvelle, on fausse le débat en mettant en regard le meilleure de l'une (bien sûr celle qui correspond à sa tendance) avec le pire de l'autre (celle qu'on rejette). En réalité, il est aussi arbitraire de rejeter la liturgie tridentine, qui a sanctifié des générations de croyants, que de rejeter la liturgie actuelle, qui est aussi un don du Seigneur à son Église. Être sensible aux limites de l'une ou de l'autre n'empêche pas de reconnaître leur validité canonique et leur fécondité spirituelle. Cela dit, on ne peut les considérer comme une alternative laissée à l'option de chacun : la loi générale demeure l'usage du rite rénové depuis le Concile, alors que l'usage antérieur relève actuellement de privilèges qui doivent garder le caractère d'exception.

Dans toute nostalgie il y a une part d'enjolivement. Les charmes du passé font oublier ses insuffisances. Par exemple, le chant grégorien bien chanté est sublime. Mais était-il bien chanté ? Voici ce qu'écrivait Hector Berlioz, sur la musique religieuse de son temps, à qui l'un de ses amis venait de consacrer un livre : Il blâme l'exécution du plain-chant, toujours chanté ou plutôt beuglé dans nos églises... Il a grandement raison. A entendre de telles successions de notes hideuses, et à l'accent menaçant, on se croirait transporté dans une antre de druides préparant un sacrifice humain.

Je me souviens de mes années de séminaire, où j'ai commencé d'aller à la messe chaque matin. La messe Os justi avait fini par me devenir insupportable. C'était celle des confesseurs, c'est à dire celle qui revenait le plus souvent, pour tous les saints qui n,avaient pas de messe propre : toujours la même page d'évangile ! En dehors des grandes fêtes, et du temps de carême qui avait des lectures pour chaque jour, le propre de la messe était rempli en tout et pour tout par les 25 formulaires du commun des saints.

Dans son poème La messe là-bas, Paul Claudel, le converti, évoque le climat d'une messe du dimanche à Paris en 1917 :

L'un fait semblant de lire dans un livre et l'autre est bien embarrassé par son chapeau. Ce n'est pas que ce soit inintéressant, et ce n'est pas positivement que l'on s'ennuie. Chacun sait simplement qu'on est là pour attendre que ce soit fini. Et regarde vaguement le prêtre à l'autel qui trafique on ne sait trop quoi ... (Oeuvre poétique complète, éditions de la Pléiade, p. 494)


L'Église du Ressuscité ne peut pas avoir peur de la nouveauté. Elle honore le passé sans être passéiste. Elle garde la Tradition sans être traditionaliste. L'enjeu est bien de célébrer la liturgie de toujours dans la culture d'aujourd'hui. Il suffit de se reporter par la pensée aux diverses époques de l'histoire de l'Église pour comprendre que la fidélité n'est pas le fixisme. Imaginez un instant la messe célébrée par Paul au milieu des dockers de Corinthe, par saint Augustin au milieu de son peuple à Hippone, par frère Léon avec saint François d'Assise dans la minuscule chapelle des Carceri, par Bossuet dans la chapelle royale de Versailles, par les premiers missionnaires dans la brousse africaine ou dans les forêts amazoniennes, par un aumônier de Lycée au cours d'un camp en montagne ou par Jean-Paul II sur l'hippodrome de Longchamp ... C'est la même liturgie, ce n'est pas la même forme liturgique.


Les gestes

Assis, debout, à genoux

"Le célébrant nous a dit de rester assis pour mieux écouter l'évangile. Il n'a pas non plus tracer sur lui les trois croix avant la lecture."; "Mon curé ne veut pas que les servants d'autel ou les fidèles s'agenouillent à la consécration. Comme argument il cite saint Augustin : qu'on abandonne les jeûnes et qu'on prie debout, en signe de la Résurrection."

L'attitude habituelle pour écouter les lectures liturgiques est la position assise. Ce n'est pas simplement un confort pour le dos des paroissiens ou un décalque des assemblées de ce monde. C'est l'attitude du disciple qui se laisse enseigner, comme Marie de Béthanie aux pieds du Seigneur. A l'image de la Vierge Marie dans les Annonciations de Fra Angelico, l'Église se fait écoute et accueil; en repos et en paix, sans raideur et sans laisser aller, le corps se creuse légèrement, à hauteur du coeur, là où le Verbe fait sa demeure : Que tout se passe pour moi selon ta parole. On reste assis également pour tous les temps de célébration qui ont moins d'intensité : procession et présentation des offrandes, quête, annonces.

Pour la proclamation de l'évangile, c'est différent. Le Missel Romain précise que l'assemblée se lève. Le changement d'attitude souligne que ce n'est pas une lecture comme les autres. Nous ne sommes pas réunis autour d'un texte, c'est le Christ lui-même qui nous parle. La conclusion le manifeste : Acclamons la Parole de Dieu; louange à toi, Seigneur Jésus. Ce point culminant de toute la liturgie de la Parole est souligné par la procession avec l'évangéliaire, son encensement, sa vénération par un baiser.

Dans la liturgie, la position debout n'est pas seulement une marque de respect. Elle est l'attitude de l'homme ressuscité, à l'image du Christ debout à la droite du Père. C'est pourquoi on se lève pour les louanges et les acclamations (Gloria, Alléluia, préface, Sanctus) , et pour la profession de foi (Credo). Elle est aussi le signe d'une disponibilité, celle du serviteur qui a les reins ceints, prêt à obéir au commandement, celle de l'Apôtre prêt à répondre à l'appel. C'est aussi l'attitude de la prière et de l'intercession. On se lève chaque fois que le célébrant prie au nom de l'assemblée, en disant nous. On peut noter que certaines prières du prêtre sont au singulier; ces prières doivent être dites à voix basse, pour leur garder ce caractère plus personnel; sinon, tout est mis sur le même plan, et la célébration se transforme en un flot verbal ininterrompu et fatigant.

Ce tour d'horizon des attitudes corporelles pendant la messe serait incomplet si on omettait de signaler les moments où l'on peut se mettre à genoux. Il y a tout d'abord la génuflexion devant le tabernacle en entrant et en sortant de l'église. Comme beaucoup l'omettent, vous donnerez un beau témoignage en faisant ce geste d'adoration. Comme dit Péguy : J'aime, dit Dieu, le bel agenouillement droit d'un homme libre. Il y a aussi une marque de révérence devant le Corps du Christ avant de recevoir la communion : génuflexion ou inclination. Certains fidèles communient à genoux; ce n'est pas interdit [...] Et pendant la consécration ? Le Missel actuel dit textuellement : ils s'agenouilleront pour la consécration, à moins que l'exiguïté des lieux ou le grand nombre des participants ou d'autres circonstances ne s'y opposent. Ce n'est pas un impératif absolu, mais c'est plus qu'une suggestion.

C'est à notre époque de renouveau biblique qu'on abandonne une attitude fondamentale qui se retrouve tout au long de la Bible : Moïse devant le Buisson ardent doit ôter ses sandales; Salomon, dans le Temple qu'il inaugure, est à genoux tout au long de sa grande intercession; Élie en supplication au sommet du Carmel se prosterne, la tête entre les genoux. Jésus lui-même prie à genoux, en particulier au moment crucial de Gethsémani, selon le témoignage de Luc. Même geste d'Étienne au moment de son martyre, de Pierre avant de ressusciter Tabitha, de Paul au moment des adieux.

J'ajoute une réflexion qu'il faudrait développer davantage. Derrière cet abandon, on sent bien une raison culturelle, une résistance spirituelle. On a confondu l'humiliation et l'humilité, la domination tyrannique et la Seigneurie adorable. On a transposé sur notre relation à Dieu les rapports aliénants du maître et de l'esclave. On ne veut plus s'abaisser. Il y a là une incompréhension profonde, et du sens de Dieu, et du sens de la prière. On a oublié que lorsque Paul "tombe à genoux", c'est dans l'émerveillement.

Pauvre homme que celui qui ne s'incline devant rien ! Se mettre à genoux, c'est dire (et sentir) que je suis tout petit devant la détresse de l'homme et devant la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, en un mot la Plénitude de Dieu. Mettre genou à terre, et même la face contre terre, c'est dire que Jésus seul peut mettre l'homme debout, en vérité; le ressusciter.


Source : Simples questions sur la messe, p. 114

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Carhaix » dim. 21 avr. 2019, 13:37

Il me semble que les hostilités ont commencé un jour de 1969.

La vérité, c'est que les fidèles souffrent d'un manque de cadrage. Parce qu'un changement de cadrage a été tenté en 1969, et était imposé dès le départ. Ce changement était jugé inacceptable par ceux qui sont devenus les traditionalistes. Ceux-ci, irréductibles, n'ont pu être amenés à la soumission. Et c'est pour cela qu'on se retrouve maintenant avec un mélange de façons, et aucune règle fixe.

Ainsi le Notre Père, certains ouvrent les mains, d'autres pas. Certains célébrants proposent l'échange de paix d'autres pas. On hésite entre grand et petit Credo. Même hésitation pour les agenouillements, communion dans la main.

Mais c'est souvent celui qui voudrait s'agenouiller qui hésite le plus, car le faire, c'est parfois attirer l'attention sur soi, et ce n'est pas toujours possible à cause des barres perfides qui ont été clouées exprès au bas des pieds des sièges, rendant le geste très incommode.

Il suffirait que le clergé dise une fois pour toutes : voici les règles, pour que l'on ne se pose plus de questions, et que l'on vive la liturgie avec une liberté d'esprit totale, et sans se préoccuper.

Je suis désolé de dire ça, mais le problème vient du nouveau missel. Pas de ceux qui l'ont rejeté.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Cinci » dim. 21 avr. 2019, 15:55

La présence réelle

"La consécration, ça n'existe pas : il n'y a que la sanctification du pain et du vin. Le Christ est auprès du Père, ce n'est pas lui qui agit dans l'Eucharistie, mais l'Esprit. Voilà ce que j'entends depuis quelque temps. Avec quelle facilité on évacue le Mystère !"

De plus en plus de personnes me font part de leur inquiétude. Je la partage. Il est grand le mystère de la foi : nous le proclamons à chaque messe. Mais il est facile de le rapetisser ! Une longue lettre m'en donne des exemples. Dans une réunion, un prêtre soutenait ces thèses en riant, et tout le monde riait avec lui, comme si l'Église n'avait rien compris jusqu'ici. Un théologien intervenant dans une réunion diocésaine d'accompagnateurs de catéchumènes, évoquait les divers modes de présence du Christ : les deux premiers, l'assemblée et la Parole, furent bien exposés; chose curieuse, la présence eucharistique par les paroles de la consécration fut remplacée par l'action de l'Esprit Saint.

Avec un discernement théologique que je trouve bien supérieur à celui du théologien professionnel, cette personne fait un commentaire pénétrant, auquel je n'ai rien à rajouter : cette doctrine qui semble faire tache d'huile est évidemment très commode à une époque où beaucoup refusent que le Christ ait été prêtre. Cela supprime le sacerdoce. On n'a plus besoin qu'un ministre ordonné célèbre in persona Christi. La messe n'est plus qu'un rassemblement. Il n'est plus question de rendre présent pour nous le sacrifice de la Croix. Enfin en laissant le Christ au Ciel, en le remplaçant par le Christ eucharistique, c'est à dire le pain et le vin offerts et non pas consacrés, il n'y a plus qu'une présence spirituelle, comme dans l'assemblée et la Parole. Il n'y a plus le Mystère. C'est évidemment plus facile à expliquer aux catéchumènes !

Une position de repli classique, que j'ai trouvé sous la plume d'un religieux qui écrit dans plusieurs revues comme théologien, c'est de dire que de toute façon "Dieu est présent partout". Nous voilà bien avancés ! On se demande pourquoi le Fils de Dieu est venu sur terre, puis que Dieu y était déjà ! Il y a ici une confusion, qu'un séminariste de première année ne ferait pas, entre la présence de création, présence sans nom et sans visage, présence unilatérale (la théologie dit présence d'immensité) et la présence de relation : celle qui commence quand Dieu parle à Abraham et quand la foi ouvre le coeur de l'homme, En Jésus-Christ, cette présence divine devient présence de communion : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.

C'est vrai : cette présence du Christ nous est donnée de multiples manières. Pas seulement dans l'assemblée et la Parole ! Il y a longtemps que Paul VI l'a dit, de façon magistrale et condensée.

Le Christ est présent à son Église quand elle prie, quand elle sert les pauvres, quand elle croit, espère et aime, quand elle proclame l'Évangile, quand elle exerce son autorité pastorale, quand elle célèbre les sacrements. Pourtant, c'est d'une façon bien différente que le Christ est présent à l'Église dans l'Eucharistie. Ce sacrement renferme en effet le Christ lui-même ... Cette présence, on la nome "réelle", non à titre exclusif, comme si les autres présences n'étaient pas réelles, mais "par excellence", parce qu'elle est substantielle, et que par elle le Christ, Dieu et homme, se rend présent au monde entier.

Paul VI continue en signalant les mauvaises explications : réduire cette présence à une présence spirituelle ou à une présence symbolique. Puissent nos "intervenants" entendre le message ! Message qui est aussi celui du Concile Vatican II, pour qui l'Eucharistie est la présence maximale du Christ. (Sacrosanctum Concilium, numéro 7)

Le sacrement de l'Eucharistie est réalisé à partir d'une matière terrestre, du pain et du vin, fruits de la terre et du travail des hommes. Nous confions cela aux mains du Christ ressuscité et au souffle de l'Esprit. Cela nous est rendu comme une réalité céleste : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Or le corps ne peut se réduire à une chose. A plus forte raison le corps du Ressuscité. Qui dit corps dit présence, sinon on a affaire à un cadavre. L'Eucharistie me met en face de quelqu'un, qui est là.

Communier ne se réduit donc pas à manger quelque chose - quoique certaines attitudes dans certaines célébrations pourraient le laisser penser ... Communier pour vrai, c'est rencontrer quelqu'un. En-dehors de cela, je ne vois pas l'intérêt de se déranger. C'était d'ailleurs la réflexion du bénédictin de Cebrero, en Galicie, qui célébrait sa messe tout seul un jour de tempête, en 1300, et qui vit arriver un paysan : "Pourquoi prend-il toute cette peine, seulement pour voir un morceau de pain et un peu de vin ?" Et le Seigneur permit qu'apparaissent sang et chair dans le calice et la patène. Depuis, on garde les reliques du miracle.

Dans l'histoire de l'Église, à plusieurs reprises, des miracles eucharistiques de ce genre se sont produits. Dans son souci visible, et louable, d'insister sur la réalité de la présence eucharistique, le correspondant que je cite en tire argument. Mais l'argument porte à faux. Il s'agit précisément de miracles : des faits exceptionnels. Contrairement à ce qu'il pense, il y a un problème ! On se perd dans des considérations sans fin et surtout sans issue si on s'imagine qu'à chaque messe il y a dans le calice de l'hémoglobine et dans le pain eucharistique de la chair et des os. On ne corrige pas des représentations trop évanescentes de la foi eucharistique par une représentation trop matérielle. La foi de l'Église est simple, elle n'est pas simpliste.

La grande tradition théologique de l'Église précise que le changement eucharistique est une transsubstantiation. Le Concile de Trente affirme que ce mot est très adéquat. Encore faut-il comprendre substance au sens philosophique, et non au sens physico-chimique. La substance est ce qui répond à la question : qu'est-ce qu'il y a dessous (sub-stans) Pour le dictionnaire Larousse, est substantiel ce qui est nourrissant ou essentiel. L'Eucharistie est bien l'un et l'autre ! Il ne s'agit donc pas d'une transformation : la forme et les apparences (ce que les théologiens appellent les espèces) ne sont pas modifiées. Sinon l'Eucharisite ne serait plus un aliment assimilable. En résumé, parler de transsubstantiation, c'est affirmer que la chose est modifiée dans son être et non dans son paraître.

Réellement présent

Cela dit, il faut garder une juste vision des choses. Les agressions contre l'Eucharistie, ou simplement le mépris du sacrement, ou même notre propre indifférence, trop fréquente, à son égard, tout cela blesse le Christ, c'est sûr, et c'est grave. Mais ces atteintes qui touchent physiquement ou directement le signe sacramentel n'atteignent pas son corps glorieux. C'est l'occasion de rappeler quelques vérités de base.

1. Le corps actuel du Christ est son corps de Gloire, et non un objet de ce monde qu'on pourrait par exemple photographier.
2. Cette présence réelle mais invisible du Ressuscité nous est communiquée de façon visible dans l'Eucharistie.
3. Cette présence eucharistique est sacramentelle, c'est à dire qu'elle nous est donnée par la médiation du pain et du vin consacrés.

Autrement dit le Pain de Vie et la Coupe du salut sont ce point de l'espace et ce moment du temps où Jésus le Christ donne rendez-vous à son Église. C'est la réalisation suprême (en ce monde) de sa promesse : Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. Il continue de nous donner sa Vie, c'est à dire le précieux Sang. Il ne cesse de venir à notre rencontre, de nous appeler à lui. Il s'offre à notre regard, à notre amour, à notre offrande en retour. Voici mon corps. Le corps, en effet, n'est pas d'abord, pas seulement une réalité biologique, un composé physico-chimique. Dans notre expérience humaine, le corps est avant tout la médiation de la présence, il est ce par quoi la personne peut dire : Je suis là. Mon corps m'inscrit dans l'espace, dans l'histoire, dans la société. C'est bien ce que fait l'Eucharistie : par elle et en elle, le Seigneur insaisissable s'expose à la rencontre avec nous. C'est ce que chantaient les vieux cantiques : Le Ciel a visité la terre. Pas seulement une visite : Celui qui mange ma chair demeure en moi et moi en lui. L'éternité habite la temporalité, l'Invisible le visible.

C'est pourquoi cette présence est objective et permanente. Elle ne s'efface pas lorsque je ferme la porte du tabernacle ou lorsqu'il n'y a plus personne dans l'église.

J'aime ce que Vladimir Ghika disait à l'ouverture du Congrès eucharistique de Sydney, en 1928 :

Ce ne sont ni des notions abstraites, si exactes qu,elles soient, ni des effusions sentimentales, ni des considérations pieuses, que nous venons vous apporter ... Ce que nous voulons évoquer ici, c'est la vie même, la Vie éternelle, ce pain de vie qui a été reçu dans vos entrailles et dans les miennes, après avoir été porté dans celles de l'Immaculée : c'est cette aube de vie qui se lève en rayonnant sur le monde, dans l'ostensoir, au-dessus de nos têtes inclinées. Il n'y a rien de plus vrai, de plus présent, de plus intime, de plus éternel.

[...]

Il faut résister fermement à toute comparaison avec l'anthropophagie, que cela vienne d'adversaires qui tournent en dérision notre foi ou que cela vienne de prédicateurs mal inspirés. Les cannibales mangent des cadavres, alors que nous mangeons un Vivant, le Ressuscité. Le cannibalisme (qui n'a pas disparut de la planète) a toujours un arrière-plan de magie et de pouvoir : il s'agit de voler la force vitale de l'ennemi ou du rival. Au contraire, la communion est une libre offrande d'un côté, un accueil humble et émerveillé de l'autre.

De façon plus générale, on peut noter que toute manducation, même la plus banalement alimentaire, est une destruction. Dans le cas de l'Eucharistie, c'est différent. L'assimilation du signe sacramentel (le pain) n'est pas l'effacement de la réalité sacramentelle (le Corps) mais plutôt sa glorification. Ce n'est pas par hasard que l,enseignement eucharistique du quatrième évangile est rattaché à la multiplication des pains. On est dans un monde nouveau, divin et spirituel, où le partage ne se fait pas par séparation et division, mais par communion et amplification. Il avait bien raison, l'enfant qui disait : "Quand je communie, c'est Jésus qui me mange !" Encore faut-il comprendre, ici encore, que notre consommation en Jésus-Christ n'a pas pour résultat notre diminution et notre disparition, mais notre croissance et notre personnalisation. Comme le Buisson ardent tellement incompréhensible aux yeux de Moïse, l'Eucharistie est un feu qui embrase sans consumer.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Carhaix » dim. 21 avr. 2019, 17:24

Je ne vois pas où vous voulez en venir...

L'Église restera divisée jusqu'à la Parousie, que semble annoncer l'incendie de Notre-Dame.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par prodigal » dim. 21 avr. 2019, 18:37

Cher Cinci,
je suis d'accord avec vous pour approuver le mot d'ordre qui sert de titre à ce fil, et pour considérer la question comme capitale.
Et cela fait cinquante ans que cela dure!
Peut-être alors faudrait-il changer la manière de poser la question.
Ainsi, cela ne me fait pas plaisir de le dire, mais je crois que Carhaix a incontestablement raison s'il dit que le problème vient (ou plutôt est venu) de ceux qui ont voulu le "nouveau" missel (nouveau en 1969).
Mais la question n'est plus de savoir qui a commencé. La question est de savoir comment faire la paix. Et c'est évidemment impossible d'y répondre tant que ceux qui veulent la guerre parleront plus haut et plus fort que ceux qui veulent la paix. Tout simplement. Mais l'on pourrait ici, sur ce forum, donner l'exemple de la discussion saine et à l'écoute de l'autre. Pourquoi pas? J'aimerais bien participer à une discussion de ce genre, je l'avoue.
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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Carhaix » dim. 21 avr. 2019, 20:43

prodigal a écrit :
dim. 21 avr. 2019, 18:37
Cher Cinci,
je suis d'accord avec vous pour approuver le mot d'ordre qui sert de titre à ce fil, et pour considérer la question comme capitale.
Et cela fait cinquante ans que cela dure!
Peut-être alors faudrait-il changer la manière de poser la question.
Ainsi, cela ne me fait pas plaisir de le dire, mais je crois que Carhaix a incontestablement raison s'il dit que le problème vient (ou plutôt est venu) de ceux qui ont voulu le "nouveau" missel (nouveau en 1969).
Mais la question n'est plus de savoir qui a commencé. La question est de savoir comment faire la paix. Et c'est évidemment impossible d'y répondre tant que ceux qui veulent la guerre parleront plus haut et plus fort que ceux qui veulent la paix. Tout simplement. Mais l'on pourrait ici, sur ce forum, donner l'exemple de la discussion saine et à l'écoute de l'autre. Pourquoi pas? J'aimerais bien participer à une discussion de ce genre, je l'avoue.
Vous avez entièrement raison. Première chose à faire : arrêter de diaboliser celui qui a pris le maquis. Or ici, on se fait rapidement traiter de schismatique sitôt que l'on dit que l'on supporte mal certains aspects du missel de 1969. La question n'est pas : qui a commencé, mais : qui continue, encore maintenant, de faire la guerre, diaboliser, ostraciser, anathémiser, condamner, et refuse d'écouter ce que l'autre dit.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Carhaix » dim. 21 avr. 2019, 21:11

Enfin, ça, c'est si on veut réellement "cesser la guerre". Car si la méthode envisagée pour "cesser la guerre" est de prouver au rebelle qu'il se trompe depuis 50 ans et le ramener à la raison à force de persuasion...

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Cinci » lun. 22 avr. 2019, 0:19

ChristianK,

Que voulez-vous dire ? La liturgie ne serait pas le plus important ? Sur quel plan ? Par rapport à quoi ? Pour faire de nous des chrétiens ?

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Cinci » lun. 22 avr. 2019, 2:17

Carhaix :

Je ne vois pas où vous voulez en venir...

Je pense à tous nos visiteurs d'occasion, lecteurs épisodiques, jeunes désireux d'apprendre, moins jeunes souhaitant raccrocher, plus ou moins ignorants ou plus ou moins blasés. Je pense aux curieux qui veulent toujours en savoir plus, peut-être à quelques chercheurs de Dieu toujours à l'affût d'un nouveau trait, nouvelle expression, façon d'envisager un peu différente. Je pense à tous ceux-là et je veux bien leur amener un peu de matière à se mettre sous la dent incidemment.

Pour ma part, c'est aussi une occasion de témoigner du respect que j'ai, de l'admiration pu de l'émerveillement dans lequel me plonge les bonnes trouvailles des autres, tournures, rapprochements opérés, synthèse ou autre.

Je sais très bien que les connaisseurs et autres experts se sentent souvent agressés, insultés, peinés qu'on puisse les prendre apparemment pour des idiots ou des ignorants si on ramène par ici quelques citations. Ils s'imaginent se trouver en face d'un pion de collège s'essayant de leur faire la leçon.

- Vous dites que vous ne voyez pas ?

Mais ... ce que j'exprime ... ici ... c'est juste le perpétuel émerveillement renouvelé dans lequel je me trouve et chaque fois qu'il devrait être question pour moi de me déplacer pour une messe. Je n'en reviens juste pas. J'en suis toujours aussi ébahi. Je suis toujours pris par la beauté de la chose. Il n'y a rien de plus important que cette rencontre pour nous en vérité et ... et les églises sont au trois-quart vides si ce n'est plus ... la chose est factuelle ... tandis que d'autres peuvent s'agiter, chigner, trépigner, bouder, souhaiter faire remarquer l'imperfection de ceci ou l'incorrection de cela; la non conformité de; l'écart entre la représentation parfaite et le vécu, la lourdeur des péchés du voisin et ainsi de suite.

Mais ...

Quand on explore le contenu réel de ce qui se trouve dans la messe, il me semble que bien des "petites affaires" s'en trouvent relativisés assez fortement.

La foi c'est vraiment un grand mystère pour moi.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Cinci » lun. 22 avr. 2019, 3:02

Prodigal :

Cher Cinci,
je suis d'accord avec vous pour approuver le mot d'ordre qui sert de titre à ce fil, et pour considérer la question comme capitale.
Et cela fait cinquante ans que cela dure!
Peut-être alors faudrait-il changer la manière de poser la question.
Ainsi, cela ne me fait pas plaisir de le dire, mais je crois que Carhaix a incontestablement raison s'il dit que le problème vient (ou plutôt est venu) de ceux qui ont voulu le "nouveau" missel (nouveau en 1969).
Oui. Admettons.



Mais la question n'est plus de savoir qui a commencé. La question est de savoir comment faire la paix. Et c'est évidemment impossible d'y répondre tant que ceux qui veulent la guerre parleront plus haut et plus fort que ceux qui veulent la paix. Tout simplement. Mais l'on pourrait ici, sur ce forum, donner l'exemple de la discussion saine et à l'écoute de l'autre. Pourquoi pas? J'aimerais bien participer à une discussion de ce genre, je l'avoue.
Comment faire la paix ?

Il faut dire que c'est le Christ qui peut nous la donner, la paix. Et la paix est toujours assez relative. On peut atteindre soi-même un état de paix avec soi et avec les autres (ou "avec ce que l'Église demande en l'état, et puis si c'est la participation régulière à la forme rénovée de la messe" ). Mais il est vrai qu'il va toujours demeurer un "état de guerre" à l'extérieur de soi, au moins à l'extérieur de soi pour parler des polémiques et des accusations en général.

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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par prodigal » lun. 22 avr. 2019, 11:38

Dieu nous a commandé le combat, non la victoire! :)
Bien entendu la paix n'est pas facile, surtout entre personnes qui ont pris la fâcheuse habitude de se définir contre l'autre camp. Mais nous ne sommes pas obligés d'imiter les mauvaises habitudes.
Un bon exemple, je trouve, nous est fourni par Carhaix. Je cite:
Or ici, on se fait rapidement traiter de schismatique sitôt que l'on dit que l'on supporte mal certains aspects du missel de 1969.
Mais on peut aussi faire les remarques suivantes.
1) Aucun camp n'a la monopole des généralisations abusives ni des procès d'intention. Essayez de dire que vous préférez la messe de Paul VI en français et, ici même, on vous traitera d'amateur de cirque imperméable au sacré. Tout le monde a donc le même effort à faire. Je dirai qu'il s'agit avant tout d'honnêteté intellectuelle.
2) La question du schisme n'a pas à être évacuée, puisque il y a eu consécration d'évêques contre la volonté clairement et fermement exprimée du Saint-Siège. Il y a donc objectivement un schisme traditionaliste. Mais cela n'interdit pas de chercher à réparer, ce qui exige de la bonne volonté de part et d'autre.
3) Ce n'est pas la même question. On peut vouloir défendre la messe traditionnelle sans être en rien schismatique, au contraire même, en ayant prouvé son attachement solide et profond à l'unité de l'Eglise. On peut aussi être schismatique traditionaliste pour d'autres raisons que la liturgie. Donc, voilà bien le genre d'invectives à éviter, je suis d'accord. Mais il me semble que c'est à notre portée, non? (à quelques égarements près, dont il ne faut pas surestimer l'importance).
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Re: Cessons la guerre des messes

Message non lu par Carhaix » lun. 22 avr. 2019, 11:55

Cinci a écrit :
lun. 22 avr. 2019, 2:17
Carhaix :

Je ne vois pas où vous voulez en venir...

Je pense à tous nos visiteurs d'occasion, lecteurs épisodiques, jeunes désireux d'apprendre, moins jeunes souhaitant raccrocher, plus ou moins ignorants ou plus ou moins blasés. Je pense aux curieux qui veulent toujours en savoir plus, peut-être à quelques chercheurs de Dieu toujours à l'affût d'un nouveau trait, nouvelle expression, façon d'envisager un peu différente. Je pense à tous ceux-là et je veux bien leur amener un peu de matière à se mettre sous la dent incidemment.

Pour ma part, c'est aussi une occasion de témoigner du respect que j'ai, de l'admiration pu de l'émerveillement dans lequel me plonge les bonnes trouvailles des autres, tournures, rapprochements opérés, synthèse ou autre.

Je sais très bien que les connaisseurs et autres experts se sentent souvent agressés, insultés, peinés qu'on puisse les prendre apparemment pour des idiots ou des ignorants si on ramène par ici quelques citations. Ils s'imaginent se trouver en face d'un pion de collège s'essayant de leur faire la leçon.

- Vous dites que vous ne voyez pas ?

Mais ... ce que j'exprime ... ici ... c'est juste le perpétuel émerveillement renouvelé dans lequel je me trouve et chaque fois qu'il devrait être question pour moi de me déplacer pour une messe. Je n'en reviens juste pas. J'en suis toujours aussi ébahi. Je suis toujours pris par la beauté de la chose. Il n'y a rien de plus important que cette rencontre pour nous en vérité et ... et les églises sont au trois-quart vides si ce n'est plus ... la chose est factuelle ... tandis que d'autres peuvent s'agiter, chigner, trépigner, bouder, souhaiter faire remarquer l'imperfection de ceci ou l'incorrection de cela; la non conformité de; l'écart entre la représentation parfaite et le vécu, la lourdeur des péchés du voisin et ainsi de suite.

Mais ...

Quand on explore le contenu réel de ce qui se trouve dans la messe, il me semble que bien des "petites affaires" s'en trouvent relativisés assez fortement.

La foi c'est vraiment un grand mystère pour moi.
Ceci étant, vous ne pouvez ériger en norme votre affect personnel. La messe est un acte public, qui convie une assemblée publique. Si vous déterminez la forme de la messe en fonction de l'affect de quelques personnes, mais qui détournera la grande majorité de la foule, vous érigez une religion d'initiés, qui exclut d'office son aspect public. Et c'est bien là qu'est le problème. Le Christ est venu pour tous, et non pour quelques-uns qui se sentiraient propriétaires du Christ pour eux tous seuls. Il faut penser aussi aux autres.

Et je me demande si le missel de 1969 ne s'est pas voulu si exigeant, au niveau notamment de la participation et de l'émotion, et exclusif, au niveau des goûts musicaux (la variété yéyé remplaçant le chant grégorien) qu'il a conduit vers la sortie la majorité.

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