Revue de presse ...

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Cinci
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Revue de presse ...

Message non lupar Cinci » ven. 18 janv. 2019, 18:38

Vu il y a trois jours ...

Ces nombres qui nous gouvernent


Dans son livre La gouvernance par les nombres publié en 2015, le juriste français Alain Supiot développe la thèse selon laquelle « la Loi, la démocratie, l’État, et tous les cadres juridiques auxquels nous continuons de nous référer, sont bousculés par la résurgence du vieux rêve occidental d’une harmonie fondée sur le calcul. Réactivé d’abord par le taylorisme et la planification soviétique, ce projet scientiste prend aujourd’hui la forme d’une gouvernance par les nombres, qui se déploie sous l’égide de la “globalisation” »

https://www.ledevoir.com/opinion/chroni ... gouvernent

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prodigal
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Re: Revue de presse ...

Message non lupar prodigal » ven. 18 janv. 2019, 19:01

De fait, pour ceux qui ont du temps à perdre, on peut conseiller l'exercice suivant. Regarder pendant une heure environ les chaînes d'information, et compter le nombre de fois où en guise d'argument on vous sert des chiffres, et rien que des chiffres.

Si vous voulez pousser l'exercice, compter combien de fois parmi tous ces chiffres il y en a de sérieux, je veux dire de vérifiés et qui ne prêtent pas à interprétation (ce qui va exclure l'immense majorité des sondages, par exemple). Bref, qui valent vraiment comme arguments.

J'avoue que je suis devenu allergique à cette forme de malhonnêteté intellectuelle qui s'exprime par "des études ont montré que..." suivis de chiffres, quand personne, absolument personne, n'est capable de dire comment s'est effectuée l'étude en question.

Avec le macronisme, j'ai l'impression qu'un pas supplémentaire a été franchi en ce sens, mais peut-être ai-je la mémoire courte. :)
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Re: Revue de presse ...

Message non lupar Cinci » jeu. 14 févr. 2019, 1:56

Le coût de la "guerre à la terreur" depuis le 11 septembre 2001:

http://reseauinternational.net/la-guerr ... ygeCDqG.99

Selon le rapport périodique Cost of War du Département de la Défense, depuis le 11 septembre 2001, le gouvernement étasunien a dépensé 1460 milliards de dollars pour guerroyer à l’étranger. D’après le rapport d’International Business Times, cela représente 250 millions de dollars par jour pendant 16 ans consécutifs

[...]


Comme l’a expliqué International Business Times, la guerre contre le terrorisme est devenue la guerre la plus coûteuse des États-Unis depuis la Seconde Guerre Mondiale

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Re: Revue de presse ...

Message non lupar Cinci » ven. 15 févr. 2019, 15:40

Pour mettre en relief le poids réel de ce coût de la "guerre à la terreur" indiqué plus haut ... parce que des colonnes de chiffres seulement, des montants même astronomiques, ça demeure une donnée trop abstraite et peu signifiante pour l'intelligence cognitive.




"... "J'en ai appris davantage de Dorothy Day que de tous les théologiens", confie le Père Berrigan. Elle m'a fait prendre conscience de liens auxquels je n'avais jamais pensé ou qu'on ne m'avait jamais enseignés, les liens entre la misère humaine et la guerre. A la base, elle croyait que Dieu a crée un monde dans lequel il y avait assez de place pour tous les humains, mais pas assez pour tous les humains et la guerre."

p. 206
Dans un discours intitulé "Beyond Vietnam", prononcé à l'église de Riverside un an avant son assassinat, King a déclaré que "les États-Unis étaient les plus importants propagateurs de violence du monde contemporain". Il va sans dire qu'on n'entend pas souvent cette citation lors des célébrations du Martin Luther KIng Day !

p. 240


En 1946, dans son essai intitulé The Root is Man Dwight Macdonald s'est penché sur l'idéologie de la guerre permanente. Il désespérait de voir émerger un contrepoids efficace à l'État-entreprise tant que la société serait maintenue dans un tel état de guerre.

L'élite progressiste, tout comme l'intelligentsia marxiste avec laquelle Macdonald a rompu pour embrasser l'anarchisme, s'est selon lui lourdement trompé en plaçant ses espoirs de progrès dans l'État. Jadis symbole d'espoir pour les progressistes et bon nombre de citoyens de gauche, celui-ci a dévoré ses propres enfants, aux États-Unis comme en Union soviétique. Et il existe une drogue puissante, capable de réduire une population à la passivité en lui faisant accepter d'être privée de tout pouvoir : la guerre permanente.

La question du recours à l'idéologie de la guerre permanente a échappé aux théoriciens des mouvements réformistes du XIXe siècle et du début du XXe siècle, y compris à Karl Marx. Accordant toute leur attention à la lutte des classes se déroulant dans chaque pays, ceux-ci n'ont jamais élaboré une théorie adéquate sur l'aspect politique de la guerre.

Que ce soit en Russie impériale, dans l'Empire austro-hongrois, dans l'Allemagne de Weimar, dans la seconde Yougoslavie ou aux États-Unis, l'effondrement du progressisme a toujours été lié à l'émergence d'une culture de la guerre permanente dans laquelle l'exploitation de la violence, même à l'encontre des nationaux, sont justifiés au nom de la protection du pays.

L'apologie de la guerre peut être exprimée par une variété de slogans. Elle peut se manifester sous la forme de saluts fascistes, de procès-spectacles communistes, de campagnes de nettoyage ethnique ou de croisades chrétiennes. Tout cela revient au même : une répression aveugle et impitoyable menée au nom de la sécurité nationale par l'élite du pouvoir et ses laquais de l'élite progressiste.

C'est un enlisement dans la guerre permanente, et non l'islamisme, qui a tué les mouvements progressistes et démocratiques du monde arabe, ces mouvements qui, au début du XXe siècle, étaient porteurs de tant de promesses pour des pays comme l'Égypte, la Syrie, le LIban ou l'Iran. La guerre permanente est aussi venue à bout des élites progressistes d'Israël et des États-Unis. Véritable maladie, elle pousse tout le monde à s'abaisser au langage simpliste du nationalisme. Elle dépouille les citoyens de leurs droits, réduit toute communication à des poncifs patriotiques, accroit le pouvoir de ceux qui profitent des largesses de l'État au nom de la guerre, mine les débats politiques et affaiblit les institutions démocratiques.

Les budgets militaires, qui représentent plus de la moitié des dépenses discrétionnaires du gouvernement des États-Unis, ont un coût social et politique énorme : ponts et barrages en ruine, écoles délabrées, production de biens délocalisées à l'étranger ... l'endettement, qui atteint des milliers de milliards de dollars, menace la viabilité même de la monnaie et de l'économie. Les pauvres, les malades et les chômeurs sont abandonnés à leur sort. La souffrance est le prix à payer pour une victoire dont la nature et la probabilité restent nimbés de mystère.

Les entreprises qui profitent de la guerre permanente ont besoin d'une population qui a peur. Grâce à la peur, les citoyens ne s'opposent pas à ce que l'État surfinance une armée déjà obèse, ne posent pas de questions embarrassantes aux puissants et sont prêts à renoncer à leurs droits et libertés en échange d'un sentiment de sécurité. La peur permet au gouvernement d'agir en secret et assure aux firmes qui ruinent le pays de ne pas être inquiétées. Elle maintient les citoyens parqués comme du bétail.

Selon un sondage Gallup effectué en 2006, "plus un Américain fréquente l'église assidûment, moins il est probable qu'il dise considérer la guerre comme une erreur", Dans la mesure où Jésus était un pacifiste et où tout diplômé du séminaire a longtemps étudié la doctrine de la guerre juste (dont l'invasion de l'Irak constitue une violation flagrante), cette tendance a de quoi étonner.

Source : La mort de l'élite progressiste

"C'est un enlisement dans la guerre permanente, et non l'islamisme, qui a tué les mouvements progressistes et démocratiques du monde arabe, ces mouvements qui, au début du XXe siècle, étaient porteurs de tant de promesses pour des pays comme l'Égypte, la Syrie, le LIban ou l'Iran."

... enlisement dans la guerre permanente ... a tué les mouvements progressistes et démocratiques du monde arabe, ces mouvements qui, au début du XXe siècle, étaient porteurs de tant de promesses ... pour des pays comme l'Égypte, la Syrie, le LIban ou l'Iran.

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Re: Revue de presse ...

Message non lupar Cinci » ven. 15 févr. 2019, 17:24

Autre article digne d'intérêt :

En l’espace d’à peine 15 ans, Facebook et cie, sans produire aucun contenu original, sans payer de taxes de consommation, sans embaucher le moindre journaliste, ont chamboulé la façon de transmettre l’information. Ils ont réussi cet exploit en s’attirant les deux tiers des revenus publicitaires, le socle financier qui assurait la survie des médias depuis près de quatre siècles.

[...]


L'homme derrière le plus vaste réseau d’amis au monde, Mark Zuckerberg, se plaît à répéter que « Facebook n’est pas un média, mais une technologie ». Un symptôme de la déresponsabilisation qui sous-tend, trop souvent, les nouvelles plateformes. Cela dit, au Canada, cette simple « technologie » supplante tous les autres médias à l’heure actuelle comme source d’information.

Qu’on le veuille ou non, l’omniprésence des plateformes numériques, en fragilisant les médias traditionnels, mine également ses deux grandes forces. D’abord, la vérité, ou du moins ce qui s’en rapproche le plus : la vérification des données. Le phénomène des fake news est une indication de ce problème grandissant. Ensuite, l’effritement du « quatrième pouvoir », c’est-à-dire la capacité d’exiger des comptes des pouvoirs politiques, économiques ou autres.

Moins il y aura des médias capables d’exiger des explications des autorités en place, plus la corruption, le manque de rigueur intellectuelle et les faussetés auront libre cours.

https://www.ledevoir.com/opinion/chroni ... ncertitude
C'est la chroniqueuse Francine Pelletier qui soulevait le point il y a deux jours.


C'est vrai que la disparition d'une presse libre, sérieuse, critique du pouvoir et indépendante, la suppression de facto ("le marché !") d'une production journalistique de qualité pouvant être prise en compte par la masse des citoyens, et ce, au profit de can-cans superficiels et autre boniments convenus ou mantras de propagande satisfaisant les acheteurs d'espace publicitaire : c'est un facteur majeur qui ne peut pas être sans effet sur toute la société.



Réflexion croisée :
"... l'affaiblissement de l'élite progressiste a coïncidé avec le passage de l'imprimé à celle de l'image. Le déclin des journaux et des livres, conjugué à la dégradation du système scolaire, a favorisé l'émergence d'une culture ou le discours public et la mémoire collective ne reposent plus sur des faits vérifiables qui constituaient la pierre angulaire du travail complexe et rigoureux de la presse. Les journaux ont été supplantés par les blogues, les médias sociaux et la télévision par câble. La culture de l'imprimé, qui permettait de révéler les faits et de les distinguer des hypothèses, a cédé le terrain à une culture du récit faisant appel à l'émotion, où faits, opinions, mensonges et fantasmes sont interchangeables.

Les reliques de la culture de l'imprimé, tels les journaux, les livres ou le théâtre classique, persistent de leur côté à montrer, à comprendre et à expliquer la réalité dans toute sa complexité, en insistant sur les liens intimes qu'elle entretient avec le passé. La culture de l'imprimé repose sur le postulat selon lequel on ne peut comprendre le présent si l'on ignore le passé. C'est un tout autre langage que véhiculent les images et les faits alimentant l'incessant caquetage et les larmoyants mélodrames vomis par les médias. En engendrant un torrent d'émotions et de clichés, ce discours entretient la confusion et favorise l'amnésie collective. Le triomphe de l'image a rendu les reliques de la culture de l'imprimé aussi obscures que les hiéroglyphes.

Considéré par plusieurs comme une panacée, Internet accentue ce déclin de la culture, comme le démontre Matthew Hindman dans son essai intitulé The Myth of Digital Democracy. Le réseau est dominé par une poignée de sites commerciaux comme Yahoo, Bing ou Google, des agrégateurs de contenu reproduisant des articles et des oeuvres émanant d'autres sources. Leurs objectifs est bien sûr de générer des profits. Le web diffuse une abondance de contenus mais ne respecte pas les droits d'auteur. C'est ainsi qu'il a entraîné la ruine de nombreux journalistes, chercheurs et artistes. Des diffuseurs de contenu sur le web utilisent des oeuvres comme appât pour attirer les annonceurs, et ce, sans rémunérer leurs créateurs, contraint de se contenter de peu, voire de rien du tout.

En fait, Internet ne fait qu'accélérer la fragmentation de la société en clans antagonistes où tous se retrouvent dans leur tribu à scander les mêmes slogans et à détester les mêmes ennemis. A l'instar de certaines chaînes d'information, le web crée des foules anonymes en vue de canaliser la rage, l'intolérance et le sectarisme des uns et des autres. Ces ghettos virtuels ne favorisent en rien la communication ou le dialogue ...

Il s'y forge une mentalité de troupeau au nom de laquelle quiconque manifeste de l'empathie envers quelque "ennemi" présumé est dénoncé par ses pairs. Des sociologues ont donné un nom à ce repli dans des ghettos d'Intolérance et de pureté idéologique : la cyber-balkanisation.

Le collectivisme numérique, observe Lanier non sans inquiétude, est en train de détruire les derniers vestiges du journalisme, de la créativité et de l'innovation authentique, disciplines qui exigent temps, engagement et introspection. Pour s'assurer un revenu, la plupart des créateurs en sont maintenant réduits à faire de l'autopromotion et à mettre en scène leur célébrité. La culture est ainsi transformée en une forme de publicité, constate-t-il. Il en résulte une éthique sociale où la capacité de manipuler les foules ou l'art de la séduction sont tenus en plus haute estime que la vérité, la beauté ou l'intelligence.

Financer une civilisation par la publicité, c,est comme essayer de nourrir quelqu'un en reliant son anus à sa bouche par un tube, poursuit Lanier. Le corps commence alors à se nourrir de lui-même. C'est ce qu'on est en train de faire sur Internet. "

Source : La mort de l'élite progressiste, p. 270


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