Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar sator » sam. 11 août 2018, 17:20

Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Jean 8,4-8
4  ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
5  Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ?
6  Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
7  Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
8  Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.


A l’époque du Christ les israélites avaient depuis longtemps renoncé à lapider les hommes et les femmes adultères. Le piège tendu au Christ par les Judéens était donc le suivant : soit Jésus se conformait à la loi exprimée en Lévitique 20,10 en exigeant la lapidation de la femme adultère et dans ce cas il passait pour un salaud aux yeux de ceux qui le suivaient et jugeaient cette pratique barbare et peu charitable ; soit il ne se conformait pas lui non plus à la loi et passait aux yeux des juifs pour un transgresseur.

Le Christ choisit de ne pas s’opposer à la loi mais de mettre les accusateurs en face de leurs propres contradictions. Il le fait de manière non violente, sans entrer en rivalité avec eux, ce qui pourrait déclencher une réaction de lynchage contre la femme voire même contre lui. Il s’agenouille devant eux, baisse les yeux et écrit sur la poussière du sol.

L’enseignement biblique repose sur l'image et ici nous en avons une et de taille : celle du « doigt de Dieu » qui grave sur la pierre les tables de la loi pour les donner à Moïse. Or Jésus trace dans le sable la loi de Dieu et peut-être s'agit-il de la loi contenue dans Lévitique 20,10 relative aux adultères ? Nous ne le savons pas mais son doigt, qui est celui de Dieu parmi nous, montre que cette loi n’était pas destinée à être gravée dans l’éternité du roc mais dans la fugacité de la poussière.

En s’agenouillant et en baissant les yeux le Christ interrompt toute rivalité entre lui et ses accusateurs. Et son doigt leur rappelle que la loi a beaucoup évolué sous l’impulsion de Dieu, dans un sens moins sanglant et plus spirituel.

Par exemple Ezechiel 18,2-4 :
2 Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d’Israël : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées ?
3 Je suis vivant ! dit le Seigneur, l’Eternel, vous n’aurez plus lieu de dire ce proverbe en Israël.
4 Voici, toutes les âmes sont à moi ; l’âme du fils comme l’âme du père, l’une et l’autre sont à moi ; l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra.

s’oppose à Exode 20,5 et à Deutéronome 5,9, autrement dit à un article du décalogue :
Tu ne te prosterneras point devant elles (les idoles), et tu ne les serviras point ; car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent.

Et ceux qui lui ont tendu le piège ne l’insultent pas, ils ne sont pas à ce moment en rivalité avec le Christ mais perplexes devant son enseignement. Et ils continuent de l’interroger. Et c’est là qu’il se redresse et leur répond : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Puis, pour ne pas les provoquer, il s’agenouille à nouveau, baisse les yeux et continue d’écrire sur le sable des lois peut-être révolues.

La réponse du Christ renvoie ses interlocuteurs à leur propre conscience. Ils savent tous qu’ils sont pécheurs et le seul qui ne l’est pas, le Christ, est devant eux à genou. Il écrit sur le sol et ne jette pas cette première pierre.

La première pierre est la plus difficile à jeter, celle qui demande la certitude absolue. Les autres suivent par mimétisme. Et tous ceux qui sont présents voient que celui qui a la certitude absolue de la vérité en Dieu le Père ne jette pas la première pierre. Les plus vieux et les plus sages comprennent les premiers et s’en vont et peu à peu les autres les imitent. Le piège a échoué, ceux qui l’ont tendu ont été mis face à leurs propres contradictions de manière non violente et ils n’ont pas été humiliés mais grandis en acceptant leur défaite devant le Christ ou encore la défaite de leurs mauvaises pensées devant Dieu.

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar Fée Violine » dim. 12 août 2018, 1:06

Jésus ne s'est pas mis à genoux, ce qui n'aurait eu aucun sens. Il était assis comme d'habitude pour enseigner. Il s'asseyait sous un arbre (par exemple le figuier de Nathanaël), et dans la cour du Temple il s'asseyait peut-être à l'ombre d'un mur. Ainsi il n'avait qu'à étendre la main pour écrire par terre, peut-être surtout pour éviter de regarder la femme et donc de l'humilier, peut-être aussi pour montrer aux autres qu'il se désintéressait de leur polémique, ou pour prendre le temps de prier et de réfléchir à ce qu'il allait répondre.

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar antoine75 » dim. 12 août 2018, 9:12

Jean 8,4-8
4 ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
5 Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ?
6 Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
7 Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
8 Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.
C'est comme ça que je vois les choses dans ce passage :
C'est ça la bonne nouvelle de la nouvelle alliance, peu voire aucun d'entre nous ne respectent parfaitement la loi exigeante de l'ancienne alliance. Et Jésus connait la nature humaine, pécheresse. Et ce n'est pas pour rien que nous devons confesser que nous sommes pécheurs en tant que catholique. Si nous cherchons bien, nous avons tous quelque chose à nous reprocher, en ayant transgressé la loi divine, mais aussi la loi humaine au moins une fois dans la vie. Personne je pense ne peut se dire irréprochable vis à vis de Dieu, mais même vis à vis de la loi humaine, même si on est pas excommunié et avec un casier judiciaire vierge. Seul le Christ et la Vierge Marie sont sans péché.

Personne ne peut piéger son frère.

Il est dit aussi :
Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge, que le juge ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison.
Ceux qui réagissent comme ça ont vraiment quelque chose à se reprocher vis à vis de la loi humaine. Ce n'est pas mon cas. Cela voudrait-il dire que je suis sans péché ?

Par contre, j'ai déjà fait l'objet d'un internement sous contrainte …

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar Carhaix » dim. 12 août 2018, 10:26

Jésus ne s'est pas mis à genoux, ce qui n'aurait eu aucun sens. Il était assis comme d'habitude pour enseigner. Il s'asseyait sous un arbre (par exemple le figuier de Nathanaël), et dans la cour du Temple il s'asseyait peut-être à l'ombre d'un mur. Ainsi il n'avait qu'à étendre la main pour écrire par terre, peut-être surtout pour éviter de regarder la femme et donc de l'humilier, peut-être aussi pour montrer aux autres qu'il se désintéressait de leur polémique, ou pour prendre le temps de prier et de réfléchir à ce qu'il allait répondre.
D'après Alcuin, dans la Catena aurea, le fait de s'asseoir (et en effet, le texte ne dit pas qu'il s'agenouille, mais seulement qu'il se baisse), ou de se baisser, est un signe d'humilité, rappelant que Dieu s'est abaissé devant les hommes en s'incarnant sur la terre, et c'est l'une des réponses réservée aux docteurs de la Loi, qui a ici tout son sens, puisque le centre de la question disputée est le péché et la Loi.

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar Carhaix » dim. 12 août 2018, 11:01

Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Jean 8,4-8
4  ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
5  Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ?
6  Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
7  Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
8  Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.


A l’époque du Christ les israélites avaient depuis longtemps renoncé à lapider les hommes et les femmes adultères. Le piège tendu au Christ par les Judéens était donc le suivant : soit Jésus se conformait à la loi exprimée en Lévitique 20,10 en exigeant la lapidation de la femme adultère et dans ce cas il passait pour un salaud aux yeux de ceux qui le suivaient et jugeaient cette pratique barbare et peu charitable ; soit il ne se conformait pas lui non plus à la loi et passait aux yeux des juifs pour un transgresseur.

Le Christ choisit de ne pas s’opposer à la loi mais de mettre les accusateurs en face de leurs propres contradictions. Il le fait de manière non violente, sans entrer en rivalité avec eux, ce qui pourrait déclencher une réaction de lynchage contre la femme voire même contre lui. Il s’agenouille devant eux, baisse les yeux et écrit sur la poussière du sol.

L’enseignement biblique repose sur l'image et ici nous en avons une et de taille : celle du « doigt de Dieu » qui grave sur la pierre les tables de la loi pour les donner à Moïse. Or Jésus trace dans le sable la loi de Dieu et peut-être s'agit-il de la loi contenue dans Lévitique 20,10 relative aux adultères ? Nous ne le savons pas mais son doigt, qui est celui de Dieu parmi nous, montre que cette loi n’était pas destinée à être gravée dans l’éternité du roc mais dans la fugacité de la poussière.

En s’agenouillant et en baissant les yeux le Christ interrompt toute rivalité entre lui et ses accusateurs. Et son doigt leur rappelle que la loi a beaucoup évolué sous l’impulsion de Dieu, dans un sens moins sanglant et plus spirituel.

Par exemple Ezechiel 18,2-4 :
2 Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d’Israël : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées ?
3 Je suis vivant ! dit le Seigneur, l’Eternel, vous n’aurez plus lieu de dire ce proverbe en Israël.
4 Voici, toutes les âmes sont à moi ; l’âme du fils comme l’âme du père, l’une et l’autre sont à moi ; l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra.

s’oppose à Exode 20,5 et à Deutéronome 5,9, autrement dit à un article du décalogue :
Tu ne te prosterneras point devant elles (les idoles), et tu ne les serviras point ; car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent.

Et ceux qui lui ont tendu le piège ne l’insultent pas, ils ne sont pas à ce moment en rivalité avec le Christ mais perplexes devant son enseignement. Et ils continuent de l’interroger. Et c’est là qu’il se redresse et leur répond : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Puis, pour ne pas les provoquer, il s’agenouille à nouveau, baisse les yeux et continue d’écrire sur le sable des lois peut-être révolues.

La réponse du Christ renvoie ses interlocuteurs à leur propre conscience. Ils savent tous qu’ils sont pécheurs et le seul qui ne l’est pas, le Christ, est devant eux à genou. Il écrit sur le sol et ne jette pas cette première pierre.

La première pierre est la plus difficile à jeter, celle qui demande la certitude absolue. Les autres suivent par mimétisme. Et tous ceux qui sont présents voient que celui qui a la certitude absolue de la vérité en Dieu le Père ne jette pas la première pierre. Les plus vieux et les plus sages comprennent les premiers et s’en vont et peu à peu les autres les imitent. Le piège a échoué, ceux qui l’ont tendu ont été mis face à leurs propres contradictions de manière non violente et ils n’ont pas été humiliés mais grandis en acceptant leur défaite devant le Christ ou encore la défaite de leurs mauvaises pensées devant Dieu.
Votre lecture est très intéressante. Ce passage fourmille de symboles fondamentaux. Quels sont-ils ? La pierre, la terre.

La scène se déroule au Temple. Les docteurs de la Loi invoquent la Loi de Moïse, qui stipule que la femme adultère sera lapidée.

La pierre renvoie aux tables de la Loi. Elle évoque aussi la pierre rejetée par les bâtisseurs qui n'est autre que le Christ lui-même, et qui devait être la pierre d'angle du Temple. La pierre rejetée du Temple, c'est le Christ crucifié hors de la ville.

Ezechiel dit : je changerai votre cœur de pierre en un cœur de chair. Et nous savons que la terre renvoie à l'homme, qui a été créé par Dieu avec de la terre, et doit un jour redevenir poussière. La terre symbolise la chair de l'homme. La femme représente toute l'humanité.

Enfin, le texte mystérieux écrit par le Christ, renvoie directement à la Parole de Dieu, et aux Livres qui ne seront ouverts qu'à la fin des Temps, lors du Jugement. Et nous sommes bel et bien en présence, ici, d'un Jugement prononcé par le Christ.

Le Christ écrit donc sur la terre, c'est à dire dans le cœur de chair de l'homme, sa Loi véritable, cachée, mystérieuse, qui délivre son Jugement qui n'est pas la condamnation de la chair, et qui est pure Miséricorde accordée au pécheur. Cela se passe hors du Temple, hors de la ville, hors du monde des hommes qui condamnent avec des lois de pierre, et rejettent le Christ. Cela se passe dans l'intimité entre la créature et son créateur, c'est à dire dans le secret de la prière. La manne cachée et le caillou blanc où est inscrit un nom que seul son destinataire connaît, dans l'Apocalypse, est peut-être une autre évocation de ce cœur de chair donné par Dieu à celui qui en fait la demande, dans la prière et à l'abri du regard des hommes.

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar bigbig » dim. 12 août 2018, 17:08

Au piège qui lui est tendu Jésus répond que celui qui ne mérite pas la mort jette la première pierre :

"Car quiconque observe toute la loi, mais pèche contre un seul commandement, devient coupable de tous. 11"

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar sator » dim. 12 août 2018, 18:55

Jésus ne s'est pas mis à genoux, ce qui n'aurait eu aucun sens. Il était assis comme d'habitude pour enseigner. Il s'asseyait sous un arbre (par exemple le figuier de Nathanaël), et dans la cour du Temple il s'asseyait peut-être à l'ombre d'un mur. Ainsi il n'avait qu'à étendre la main pour écrire par terre, peut-être surtout pour éviter de regarder la femme et donc de l'humilier, peut-être aussi pour montrer aux autres qu'il se désintéressait de leur polémique, ou pour prendre le temps de prier et de réfléchir à ce qu'il allait répondre.
Dans sa traduction Tresmontant écrivit :

Jean 8, 6
cela ils le lui disaient pour le mettre à l'épreuve
afin d'avoir de quoi l'accuser
alors il s'est mis à genoux ieschoua
et avec son doigt il s'est mis à écrire sur la terre

et en note, pour justifier sa traduction :
8, 6 Cela ils le disaient pour le mettre à l'épreuve... Le verbe grec peirazein, ici utilisé, traduit constamment
l'hébreu nissah, faire une expérience qui constitue une épreuve. Genèse 22, 1 : Et il advint après cela, et Dieu mit à
l'épreuve Abraham... Hébreu nissah, grec epeirazen. Exode 15, 25; 16, 4; 17, 2; 17, 7; etc.
Ieschoua s'est mis à genoux... Genèse 43, 28 : Et ils se sont mis à genoux et ils se sont prosternés... Le verbe hébreu
qadad ici utilisé signifie : se mettre à genoux. Il est toujours associé au verbe hischeta-hawah, se prosterner. Les
traducteurs en langue grecque ont, comme c'est leur coutume, transformé le premier verbe en un participe : kai
kupsantes prosekunèsan auto. Exode 4, 31 : Et il a été certain que c'était vrai, le peuple, et ils ont entendu (ils ont
compris) qu'il a visité, YHWH, les fils d'Israël et qu'il a vu leur peine. Et ils se sont mis à genoux et ils se sont
prosternés, hébreu wa-iqedou wa-ischetahawou, grec kupsas ho laos prosekunèsen. De nouveau les traducteurs du
texte hébreu en langue grecque ont transformé le premier verbe en participe dans leur traduction. Exode 12, 27 : Et il
s'est mis à genoux, le peuple, et il s'est prosterné, grec kai kupsas ho laos prosekunèsen. Exode 34, 8 : Et il se hâta,
Môscheh, et il se mit à genoux à terre, et il se prosterna. Grec : kupsas epi tèn gèn prosekunèsen. Nombres 22, 31 : Et
il a dévoilé, YHWH, les yeux de Bileam et il a vu le messager de YHWH qui se tenait debout sur la route et son épée
dégainée dans sa main. Alors il s'est mis à genoux et il s'est prosterné le nez à terre. Grec : kai kupsas prosekunèsen. 1
Samuel 24, 9 : Et il s'est mis à genoux, David, le nez à terre et il s'est prosterné. Grec : kai ekupsen dauid epiprosôpon
autou. 1 Samuel 28, 14 : Et il a connu, Schaoul, que c'était Schmouel, lui, et il s'est mis à genoux le nez à terre et il
s'est prosterné... Grec : kaiekupsen epiprosôpon autou. Dans notre texte grec de Jean 8, 6 et 8, 8 nous lisons : katô
kupsas, et katakupsas. Nous pouvons donc légitimement nous demander si nous n'avions pas le verbe hébreu qadad dans
le document hébreu primitif, et si en cette occurrence le Seigneur ne s'est pas mis à genoux pour écrire par terre.

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar sator » dim. 12 août 2018, 18:57

Jésus ne s'est pas mis à genoux, ce qui n'aurait eu aucun sens. Il était assis comme d'habitude pour enseigner. Il s'asseyait sous un arbre (par exemple le figuier de Nathanaël), et dans la cour du Temple il s'asseyait peut-être à l'ombre d'un mur. Ainsi il n'avait qu'à étendre la main pour écrire par terre, peut-être surtout pour éviter de regarder la femme et donc de l'humilier, peut-être aussi pour montrer aux autres qu'il se désintéressait de leur polémique, ou pour prendre le temps de prier et de réfléchir à ce qu'il allait répondre.
D'après Alcuin, dans la Catena aurea, le fait de s'asseoir (et en effet, le texte ne dit pas qu'il s'agenouille, mais seulement qu'il se baisse), ou de se baisser, est un signe d'humilité, rappelant que Dieu s'est abaissé devant les hommes en s'incarnant sur la terre, et c'est l'une des réponses réservée aux docteurs de la Loi, qui a ici tout son sens, puisque le centre de la question disputée est le péché et la Loi.
D'après Tresmontant le texte dit que le Christ s'est mis à genou.

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar sator » dim. 12 août 2018, 19:08

Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Jean 8,4-8
4  ils dirent à Jésus : Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
5  Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ?
6  Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.
7  Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.
8  Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.


A l’époque du Christ les israélites avaient depuis longtemps renoncé à lapider les hommes et les femmes adultères. Le piège tendu au Christ par les Judéens était donc le suivant : soit Jésus se conformait à la loi exprimée en Lévitique 20,10 en exigeant la lapidation de la femme adultère et dans ce cas il passait pour un salaud aux yeux de ceux qui le suivaient et jugeaient cette pratique barbare et peu charitable ; soit il ne se conformait pas lui non plus à la loi et passait aux yeux des juifs pour un transgresseur.

Le Christ choisit de ne pas s’opposer à la loi mais de mettre les accusateurs en face de leurs propres contradictions. Il le fait de manière non violente, sans entrer en rivalité avec eux, ce qui pourrait déclencher une réaction de lynchage contre la femme voire même contre lui. Il s’agenouille devant eux, baisse les yeux et écrit sur la poussière du sol.

L’enseignement biblique repose sur l'image et ici nous en avons une et de taille : celle du « doigt de Dieu » qui grave sur la pierre les tables de la loi pour les donner à Moïse. Or Jésus trace dans le sable la loi de Dieu et peut-être s'agit-il de la loi contenue dans Lévitique 20,10 relative aux adultères ? Nous ne le savons pas mais son doigt, qui est celui de Dieu parmi nous, montre que cette loi n’était pas destinée à être gravée dans l’éternité du roc mais dans la fugacité de la poussière.

En s’agenouillant et en baissant les yeux le Christ interrompt toute rivalité entre lui et ses accusateurs. Et son doigt leur rappelle que la loi a beaucoup évolué sous l’impulsion de Dieu, dans un sens moins sanglant et plus spirituel.

Par exemple Ezechiel 18,2-4 :
2 Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d’Israël : Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées ?
3 Je suis vivant ! dit le Seigneur, l’Eternel, vous n’aurez plus lieu de dire ce proverbe en Israël.
4 Voici, toutes les âmes sont à moi ; l’âme du fils comme l’âme du père, l’une et l’autre sont à moi ; l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra.

s’oppose à Exode 20,5 et à Deutéronome 5,9, autrement dit à un article du décalogue :
Tu ne te prosterneras point devant elles (les idoles), et tu ne les serviras point ; car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent.

Et ceux qui lui ont tendu le piège ne l’insultent pas, ils ne sont pas à ce moment en rivalité avec le Christ mais perplexes devant son enseignement. Et ils continuent de l’interroger. Et c’est là qu’il se redresse et leur répond : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Puis, pour ne pas les provoquer, il s’agenouille à nouveau, baisse les yeux et continue d’écrire sur le sable des lois peut-être révolues.

La réponse du Christ renvoie ses interlocuteurs à leur propre conscience. Ils savent tous qu’ils sont pécheurs et le seul qui ne l’est pas, le Christ, est devant eux à genou. Il écrit sur le sol et ne jette pas cette première pierre.

La première pierre est la plus difficile à jeter, celle qui demande la certitude absolue. Les autres suivent par mimétisme. Et tous ceux qui sont présents voient que celui qui a la certitude absolue de la vérité en Dieu le Père ne jette pas la première pierre. Les plus vieux et les plus sages comprennent les premiers et s’en vont et peu à peu les autres les imitent. Le piège a échoué, ceux qui l’ont tendu ont été mis face à leurs propres contradictions de manière non violente et ils n’ont pas été humiliés mais grandis en acceptant leur défaite devant le Christ ou encore la défaite de leurs mauvaises pensées devant Dieu.
Votre lecture est très intéressante. Ce passage fourmille de symboles fondamentaux. Quels sont-ils ? La pierre, la terre.

La scène se déroule au Temple. Les docteurs de la Loi invoquent la Loi de Moïse, qui stipule que la femme adultère sera lapidée.

La pierre renvoie aux tables de la Loi. Elle évoque aussi la pierre rejetée par les bâtisseurs qui n'est autre que le Christ lui-même, et qui devait être la pierre d'angle du Temple. La pierre rejetée du Temple, c'est le Christ crucifié hors de la ville.

Ezechiel dit : je changerai votre cœur de pierre en un cœur de chair. Et nous savons que la terre renvoie à l'homme, qui a été créé par Dieu avec de la terre, et doit un jour redevenir poussière. La terre symbolise la chair de l'homme. La femme représente toute l'humanité.

Enfin, le texte mystérieux écrit par le Christ, renvoie directement à la Parole de Dieu, et aux Livres qui ne seront ouverts qu'à la fin des Temps, lors du Jugement. Et nous sommes bel et bien en présence, ici, d'un Jugement prononcé par le Christ.

Le Christ écrit donc sur la terre, c'est à dire dans le cœur de chair de l'homme, sa Loi véritable, cachée, mystérieuse, qui délivre son Jugement qui n'est pas la condamnation de la chair, et qui est pure Miséricorde accordée au pécheur. Cela se passe hors du Temple, hors de la ville, hors du monde des hommes qui condamnent avec des lois de pierre, et rejettent le Christ. Cela se passe dans l'intimité entre la créature et son créateur, c'est à dire dans le secret de la prière. La manne cachée et le caillou blanc où est inscrit un nom que seul son destinataire connaît, dans l'Apocalypse, est peut-être une autre évocation de ce cœur de chair donné par Dieu à celui qui en fait la demande, dans la prière et à l'abri du regard des hommes.
Dans la bible l'infidélité du peuple hébreu est comparée à l'infidélité ou à la prostitution d'une femme. Les Juifs de Jérusalem ne pouvaient pas l'ignorer, de même qu'ils ne pouvaient pas ignorer que le peuple hébreu avait à de nombreuses reprises perverti ses voies et que même quand Dieu les en avait durement punis Il avait toujours fini par leur faire grâce et par les sauver de leur détresse.

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar sator » dim. 12 août 2018, 19:11


Ceux qui réagissent comme ça ont vraiment quelque chose à se reprocher vis à vis de la loi humaine. Ce n'est pas mon cas. Cela voudrait-il dire que je suis sans péché ?
A part le Christ, qui est Dieu et homme, qui peut se dire sans péché ?

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar antoine75 » dim. 12 août 2018, 20:09


Ceux qui réagissent comme ça ont vraiment quelque chose à se reprocher vis à vis de la loi humaine. Ce n'est pas mon cas. Cela voudrait-il dire que je suis sans péché ?
A part le Christ, qui est Dieu et homme, qui peut se dire sans péché ?
Je suis hors sujet mais nous avons toujours des imperfections vis à vis de Dieu, manque de charité, manque de pardon, mauvaises actions, etc ... nous serons jamais aussi parfait que Dieu et nous avons besoin du prochain, nous sommes pécheurs. Même s'il faut tendre vers ce but. Par contre, on peut se reconnaitre pécheur sans commettre des infractions à la loi humaine. Et il faut aussi craindre la loi humaine quand elle est contre Dieu et la vie ...

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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar sator » dim. 12 août 2018, 20:27



A part le Christ, qui est Dieu et homme, qui peut se dire sans péché ?
Je suis hors sujet mais nous avons toujours des imperfections vis à vis de Dieu, manque de charité, manque de pardon, mauvaises actions, etc ... nous serons jamais aussi parfait que Dieu et nous avons besoin du prochain, nous sommes pécheurs. Même s'il faut tendre vers ce but. Par contre, on peut se reconnaitre pécheur sans commettre des infractions à la loi humaine. Et il faut aussi craindre la loi humaine quand elle est contre Dieu et la vie ...
Certainement.

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Fée Violine
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Re: Pourquoi Jésus écrivit-il sur la poussière ?

Message non lupar Fée Violine » il y a 56 minutes

Dans notre texte grec de Jean 8, 6 et 8, 8 nous lisons : katô kupsas, et katakupsas. Nous pouvons donc légitimement nous demander si nous n'avions pas le verbe hébreu qadad dans le document hébreu primitif, et si en cette occurrence le Seigneur ne s'est pas mis à genoux pour écrire par terre.
Le problème, c'est que nous n'avons que le texte grec.

D'après le dictionnaire Bailly, le verbe kupto signifie :
*se baisser en avant (katô kupto = se pencher en bas)
*baisser la tête ou les yeux (par pudeur, honte, ou une personne pensive...)
*kupsas esthiei = il mange la tête sur son assiette, c'est-à-dire avidement
*être incliné vers la terre (les animaux, par opposition aux hommes).

Bref, je ne vois aucun genou là-dedans. Au contraire c'est très logique : il est assis pour enseigner, et il se penche un peu jusqu'à ce que ses doigts atteignent le sol. Il est peut-être assis sur un coussin ou quelque chose qui le surélève un peu. Ou bien, il est assis dans un coin propre et il doit se pencher pour atteindre la zone poussiéreuse.
Quant à Tresmontant, je l'aime beaucoup mais ses traductions sont souvent très fantaisistes, ce n'est pas nouveau.


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