Le salut des non-chrétiens?

« Dieu leur donnera peut-être de se convertir et de connaître la vérité. » (2Tm 2.25)
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Cinci
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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par Cinci » sam. 01 juin 2019, 13:12

emilio45 :
Cinci, vos messages sont fait par un croyant pour des croyants. Vos messages sont hermétiques au reste du monde. Ils s'autosuffisant dans leur bulle.
Je pourrais dire la même chose de vous. Écoutez, vos messages sont fait par un incroyant pour des incroyants, Vos messages sont hermétiques au reste du monde qui ne pensera pas comme vous. Vous êtes dans une bulle d'incroyance, etc,
On ne peut pas débuter de dialogue s'il n'y a pas l'hypothèse, -même la plus infime-, que vous pourriez être dans l'erreur.
Je ne vais pas cesser de croire ou d'être certain de ce en quoi je crois (la vérité du Christ, etc.), juste pour vous faire plaisir ou pour vous permettre soi-disant d'échanger, dialoguer et tout. C'est plutôt votre prémisse qui est fausse à mon avis, à savoir que pour dialoguer il faille nécessairement douter de sa foi, ne pas être totalement certain de la solidité du fondement. Votre prémisse est fausse parce que le but d'un dialogue n'est pas juste (comme si c'était la seule raison de l'exercice) de convertir autrui à ses idées ou tel s'attendre à ce que l'autre en face puisse en changer ou juste envisager lui-même la possibilité théorique (une chance sur un millard) d'être dans le faux .

Non. Il n'est pas besoin de penser pouvoir être dans le faux pour discuter. Le dialogue existe pour clarifier des choses, mieux faire entendre sa position à soi, mieux voir aussi ce qu'un autre peut dire. Le dialogue qui pourrait se conclure par le constat d'une "totale totale mais totale incompatibilité de vue entre nous" sera aussi une réussite éclatante, par exemple, quand on aurait pu croire au départ (et faussement !) être des gens partageant plus ou moins les mêmes idées. La rencontre permet de décanter les choses. Elle nous en ferait sortir d'une confusion initiale.


Ainsi quand vous parlez de se morfondre dans le mal au détriment du bien (Dieu selon vos croyances, et ses codes usages et coutumes ainsi que tout ce que ça implique). Vous placez vos valeurs en centre de la balance. Sauf que vos valeurs ne sont pas universelles. S'abstenir d'avoir des rapports sexuels pour servir et/ou plaire à Dieu comme c'est le cas d'une minorité de croyants, s'ôter ce besoin, pour énormément de gens c'est un "mal" au sens primaire du mot. Pourtant votre religion stipule le contraire.
Je ne vois pas bien à quoi vous voulez faire allusion cf se morfondre dans le mal au détriment du bien. Je ne vois pas bien par rapport à quel passage exact de ce que j'aurai pu écrire.

Enfin, j'ai pu dire que l'on pouvait se trouver soi-même dans l'erreur ou dans le péché même quand nous n'aurions pas une claire conscience de la chose. C'est une remarque à visée universelle en effet. La vérité c'est la vérité. Et si l'on trouve à côté, l'on ne se trouve pas dedans. Je sais très bien que ce n'est pas tout le monde qui est chrétien. Ça ne change rien quant à la valeur de ce que je dis.

Un cannibale a beau pratiquer son cannibalisme en toute bonne conscience à la limite, le faire comme il aurait appris à le faire auprès des membres de sa tribu, s'être assimilé l'idée qu'il était bien de cannibaliser les ennemis : il peut s'avérer en retour que le cannibalisme est objectivement un mal. Le cannibale va se trouver relié à une mauvaise pratique et quand bien même il ne le saurait pas clairement, qu'il pourrait trouver tous ses familiers s'élevant en objecteurs de conscience. Le mal reste un mal, le péché va rester le péché, que vous soyez d'accord ou non ou que vous puissiez en avoir une claire conscience ou pas.

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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par emilio45 » sam. 01 juin 2019, 14:18

Je pourrais dire la même chose de vous.
Faux, car à aucun moment je ne nie l'hypothèse de Dieu, je ne fais qu'exposer les problématiques que rencontre cette hypothèse et les croyances qui s'y rattachent, sans me comporter comme si sa non-existence était une évidence. En revanche, vos messages sont animés par la certitude de son existence, d'où l'impossibilité de construire un dialogue sur des bases saines et équivalentes. Des bases dont la motivation est l'échange. Pas une rhétorique axiomatique ne laissant pas de place à la moindre autre possibilité que ce que l'ont est déjà persuadé de savoir. Ce qui est un biais flagrant n'ouvrant nullement le dialogue vers autrui autrement qu'en le soumettant à ce qui semblerait-il est une évidence, (pas pour tout le monde en tout cas).

Un passage de votre réponse est symptomatique de cette tendance a privilégier le fait de rester dans sa zone confort plutôt que d'aller honnêtement chercher une vérité objective. Ce passage c'est quand vous décrivez à quoi sert une discussion. Vous dites que ça sert à, je cite "- Le dialogue existe pour clarifier des choses, mieux faire entendre sa position à soi, mieux voir aussi ce qu'un autre peut dire." C'est partiellement vrai, mais c'est loin d'être la finalité d'une discussion, une discussion devrait servir une seule et unique cause: la vérité. Pas la confirmation de ce que l'ont croit déjà. Les gens qui ne cherchent qu'à confirmer ce qu'ils croient déjà n'en ont rien à faire de la vérité, ce qu'ils veulent c'est une donnée allant dans le sens de ce qu'ils pensent déjà. Ce n'est pas un comportement que l'ont pourrait qualifier de rationnel. Si j'avais envie de confirmer ce que je crois déjà, j'irais pas ici, je vous l'assure.

Pour dialoguer, il ne faut pas nécessairement douter, un scientifique athée persuadé que Dieu est un concept inventé par l’homme, il ne doutera pas de sa croyance. Ça ne l’empêchera pas de dialoguer. Ce que je veux dire, c'est que pour dialoguer il faut forcément être capable de se remettre en question soi-même et ce que l'ont pense savoir, sans ce genre de concession, une discussion ne s'apparenterait guère à autre chose qu'une parade de deux adversaires qui se parlent sans s'écouter parler. Autant parler seul ou a un mur dans ce cas, c'est du pareil au même.

Sinon, concernant le passage où vous parlez de la vérité du pécher, le seul véritable problème c'est que vous pensez en avoir le monopole au travers de vos certitudes cosmologiques qui forment votre moralité. Bien entendu qu'il y a des péchés objectivement et universellement mauvais qu'importe votre confession religieuse, je pense notamment au meurtre, au viol, au vol, etcetc. Mais il y en a un tas d'autres spécifiques à votre croyance, comme le sexe avant le mariage, ou le fait de ne pas prier Dieu. A partir du moment ou vous êtes baigné de certitude, il va de soi que vous vous sentez dans votre bon droit de reprocher aux autres de ne pas suivre ce qui est une soi-disant évidence. Et c'est bien ça le problème: Ce n'est pas une évidence pour tout le monde.

Et j'ai conscience d'être sur un forum chrétien donc de parler avec des gens qui le sont. Sauf que c'est la sous catégorie "apologétique", je m'attendais justement à ce que cette catégorie soit une exception où l'ont puisse confronter ses idées sans se murer derrière une pensée immuable n'ayant qu'une porte d'entrée et de sortie.

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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par Cinci » lun. 03 juin 2019, 19:05

emilio45 :

Pour dialoguer, il ne faut pas nécessairement douter, un scientifique athée persuadé que Dieu est un concept inventé par l’homme, il ne doutera pas de sa croyance. Ça ne l’empêchera pas de dialoguer.
Mais voulez-vous bien me dire ce que vous pourriez me reprocher au-dessus ?

Vous venez me dire ici qu'un athée n'est pas obligé de douter de sa position pour dialoguer. Un athée ne doutera pas du fait que Dieu n'existe pas. En pratique, il en est certain. Il ne serait pas athée s'Il pouvait penser autrement. Non, parce qu' il serait sans opinion. Autrement, il serait islamiste ou je ne sais quoi.

Voyez :

Vous me dites qu'un athée est bien capable de dialoguer sans avoir à changer d'idée réellement. Il ne sera pas obligé devenir chrétien pour être capable d'échanger avec des chrétiens en un mot. C'est juste ça que je vous dis. De fait, je ne suis pas forcé d'être plein de doutes, à ne plus savoir si ma religion serait valable, quand je devrais discuter avec vous ou n'importe quel sceptique.

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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par Cinci » lun. 03 juin 2019, 21:06

[ouvrir une parenthèse]


Un texte intéressant à examiner.

Ici :

Le salut hors de l'Église

Même s'Il est vrai que l'homme doit introduire sa socialité dans sa rencontre avec Dieu, ne pourrait-il le faire conformément aux idées avancées par certains utopistes à la suite de Rudolph Sohm, qui prétendent ainsi interpréter fidèlement le sens de l'Ecclesia néo-testamentaire : la communauté rachetée s'édifie par le fait que chaque individu répond personnellement à l'appel du Christ dans l'Esprit-Saint. L'Église ne peut-elle se rassembler à partir de décisions individuelles spontanées et portées par la grâce, comme une organisation de personnes qui n'a nul besoin d'une organisation, puisqu'elle vit de l'Esprit Saint ?

Pourquoi sous prétexte que la dimension communautaire de l'existence humaine, elle aussi, a été rachetée, l'institution doit-elle nécessairement précéder la libre option de l'Individu ? Pourquoi l'Église a-t-elle été instituée au lieu de résulter de la volonté de nombreux individus ? Bien plus : pourquoi, après tout, la dimension communautaire de l'humanité rachetée ne peut-elle prendre forme que dans une société universelle qui, pour cette raison, s'appelle l'Église catholique ? La personne humaine préférerait de loin façonner sans cesse à nouveau sa liberté créatrice, son propre engagement dans la communauté de foi avec le Christ, au lieu de devoir donner son consentement à une institution préalable.

Pour répondre à ces questions, nous devons nous rappeler ce qui a été dit de l'Église comme signe sacramentel. Elle m'est pas seulement un lieu entourant extérieurement l'engagement religieux personnel. Elle propose à la volonté de celui qui veut s'offrir à Dieu, des moyens d'expression institués par Dieu lui-même et non pas simplement reconnus par Lui après coup. L'Église est l'organisme vivant de l'Esprit de Dieu, dont les fonctions vitales permettent à l'homme de donner à sa rencontre avec le Dieu infini une expression telle qu'elle doit infailliblement aboutir. Ainsi, dans une rencontre humaine, on commence par prendre position vis à vis de l'autre, puis on cherche à découvrir l'expression qui correspondra le plus exactement à cet état. Mais, même dans les relations humaines, la liberté d'expression est très limitée. La poignée de main qui traduit la rencontre de deux êtres peut varier de personne à personne, mais elle demeure néanmoins toujours une poignée de main.

Cette prédétermination de la forme fondamentale de l'expression manifeste également que les individus lorsqu'ils se rencontrent effectivement, reconnaissent et réalisent une socialité préalablement donnée.

Tel est également le sens du lien qui rattache à l'Église-société les relations de communion religieuses. La rencontre de l'homme-communautaire avec Dieu est prédéterminée d'une manière institutionnelle établie par l'Homme-Dieu. Dans cette rencontre l'homme n'a d'autre choix que d'acquiescer avec une plus ou moins grande intensité à la forme d'expression prédonnée par le Christ, puisqu'il doit accepter et reconnaître la souveraineté et l'initiative de son divin partner. La transcendance de Dieu, le fait qu'il est dans l'au-delà et le caractère surnaturel de la communion de vie avec lui exigent qu'on ne puisse trouver l'expression de la rencontre avec lui que dans un milieu où il faut s'élever au-dessus du monde et du quotidien.

Pour ceux qui n'ont pas trouvé le chemin de l'Église visible

Leur option a-t-elle si peu de valeur, pourrait-on se demander, qu'elle demeure stérile à défaut d'appartenance objective à l'Église ? Voilà ce que semble traduire le vieil adage Extra Ecclesiam nulla salus. Il faut avouer que, même de nos jours, l'interprétation de ce principe reste difficile. Cependant, une chose semble certaine : l'Église hiérarchique elle-même ne l'interprète pas en ce sens que tous ceux qui se trouvent dehors de l'arche de l'Église doivent nécessairement se noyer dans le déluge de la perdition.

Il y a quelques années, un jésuite américain défendit cette interprétation étroite du principe "Hors de l'Église point de salut". L'instance suprême de l'Église en matière de foi, le Saint-Office, exprima son désaccord en suspendant, puis en excommuniant le prêtre en question. On assista alors à ce paradoxe : le défenseur à outrance de la nécessité de salut de l'Église comprise de manière trop schématique, finit lui-même par se trouver en dehors de l'Église !

(à suivre)

Cinci
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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par Cinci » lun. 03 juin 2019, 21:44

(suite)

L'exacte interprétation de cette vérité de foi, qui oblige à croire qu'on ne peut se sauver que dans l'Église et par sa vie sacramentelle, est rendue difficile par une conception trop "chosiste", trop physique de la notion de nécessité. En théologie, la nécessité d'appartenir à l'Église pour être sauvé est qualifiée de "nécessité de moyen".

Mais que signifie appeler l'Église et sa vie sacramentaire "le moyen nécessaire pour l'obtention du salut" ? Faut-il comprendre cela au sens de moyen physique, comme quand il s'agit d'un instrument nécessaire pour produire tel effet ? Nous avons déjà dit que ce serait expliquer la grâce d'une manière très insuffisante que de la présenter comme un effet semblable à une "chose" que Dieu susciterait dans le matériau humain par l'instrument qu'est le sacrement. Elle doit plutôt être conçue comme une communication personnelle de Dieu à la personne humaine.

Essayons d'éclairer ceci à parti d'un exemple tiré de la vie quotidienne. Pour que deux êtres puissent entrer en relation, ils doivent pouvoir faire usage de la parole. Si leur langue maternelle est différente et s'ils veulent se comprendre malgré tout, ils devront bien recourir à une langue commune. La communauté de langue qui permet à l'un de se communiquer à l'autre, et à l'autre de comprendre le premier, est absolument nécessaire pour que l'échange puisse avoir lieu. Une langue commune est l'indispensable moyen d'expression. Pourtant, personne ne refusera d'accepter les tentatives maladroites d'un petit enfant et de lui répondre d'une manière à la fois vraie et adaptée à un enfant. De même, les maladresses d'un étranger dans une langue qui n'est pas la sienne peuvent frapper l'attention : personne pourtant ne refusera de lui répondre. Il reste néanmoins que la possibilité de parler est le moyen nécessaire des échanges entre les hommes. Personne n'affirmera que la seule bonne volonté intérieure suffise et qu'on puisse se passer de tout moyen d'expression. Au moins un commencement ou un reste d'expression intelligible est nécessaire.

Nous avons vu que l'Église, comme milieu et comme signe, a été fondée par le Seigneur et que ses fonctions de vie sont la seule expression légitime du don réciproque de Dieu et de l'homme. Sa fondation par le Christ traduit le droit de Dieu, en tant que partenaire absolu, de fixer lui-même la langue dans laquelle on pourra le rencontrer. Comme preuve de ce que, dans le Christ, la bienveillance divine rend à nouveau possible au pécheur un entretien avec lui, Dieu a établi les signes par lesquels l'entretien salutaire pourrait avoir lieu.

Il existe un assez grand nombre d'hommes qui, en raison de leur attitude personnelle et de leur manière de vivre, sont ouverts à un entretien avec Dieu, mais qui, pourtant n'ont pas trouvé, sans que ce soit de leur faute, le lieu institué par Dieu (et donc seul légitime) pour cet échange, ni les seuls moyens valables d'expression : la vie sacramentelle de l'Église. Ils ne sont pas totalement dépourvus de moyens d'expression ni même parfois d'un commencement ou d'un reste du moyen d'expression parfait : ils ont reçu le baptême et gardent une certaine appartenance à l'Église. Et si même ils n'ont pas été baptisés, ils possèdent du moins la mature humaine qui les apparente en quelque sorte à Dieu. Sans doute, ne se trouvent-ils pas dans l'arche voguant sur les eaux du déluge, mais ils sont assis sur les bords ou s'agrippent à ses extrémités. Leur attitude intérieure n'est donc pas sans posséder déjà quelques bribes de cette manière de s'exprimer vis-à-vis de Dieu, qui n'existe pourtant qu'en plénitude que dans l'Église. Mais Dieu peut considérer ces balbutiements comme l'expression totale à laquelle l'homme n'a pu parvenir sans qu'il y ait de sa faute. Du moins, nous l'espérons, et Dieu lui-même nous donne la force de l'espérer.

(à suivre)

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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par emilio45 » mar. 04 juin 2019, 0:41

Cinci a écrit :
lun. 03 juin 2019, 19:05
emilio45 :

Pour dialoguer, il ne faut pas nécessairement douter, un scientifique athée persuadé que Dieu est un concept inventé par l’homme, il ne doutera pas de sa croyance. Ça ne l’empêchera pas de dialoguer.
Mais voulez-vous bien me dire ce que vous pourriez me reprocher au-dessus ?

Vous venez me dire ici qu'un athée n'est pas obligé de douter de sa position pour dialoguer. Un athée ne doutera pas du fait que Dieu n'existe pas. En pratique, il en est certain. Il ne serait pas athée s'Il pouvait penser autrement. Non, parce qu' il serait sans opinion. Autrement, il serait islamiste ou je ne sais quoi.

Voyez :

Vous me dites qu'un athée est bien capable de dialoguer sans avoir à changer d'idée réellement. Il ne sera pas obligé devenir chrétien pour être capable d'échanger avec des chrétiens en un mot. C'est juste ça que je vous dis. De fait, je ne suis pas forcé d'être plein de doutes, à ne plus savoir si ma religion serait valable, quand je devrais discuter avec vous ou n'importe quel sceptique.
Sans surprise vous prenez ce texte pour réagir à mes nombreuses affirmations. Soit. Quand je dis qu'on peut dialoguer tout en ayant ses convictions, j'enfonce une grosse porte ouverte. Tout le monde a des convictions et tout le monde dialogue pourtant. En revanche, la nuance que j'ai dû mal exprimer ici, c'est que le minium qu'on puisse espérer venant d'un interlocuteur avec lequel on débat en étant dans un désaccord avéré, c'est qu'on concède mutuellement la possibilité qu'on ne soit pas forcément dans le vrai. Ce qui n'est point votre cas et c'est regrettable car c'est une composante essentielle d'une conversation constructive. Le fait de se braquer avec sa conviction toute faite et la répéter au visage de ceux qui n'y croient pas sans crier gare, ça ne fait rien avancer du tout, c'est contre productif. Et c'est justement ce que je me permets de vous reprocher.

Je ne vous demande bien entendu pas d'être "plein de doute", mais d'avoir la bienséance de ne pas vous comporter comme si vous étiez en possession d'une sorte de vérité absolue, ce qui laisse votre interlocuteur dans l’inconfortable position du fautif, par défaut. Car il ne peut pas y avoir deux vérités qui se contredisent.

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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par Cinci » mar. 04 juin 2019, 12:42

Bonjour,
émilio45 :
Sans surprise vous prenez ce texte pour réagir à mes nombreuses affirmations. Soit. Quand je dis qu'on peut dialoguer tout en ayant ses convictions, j'enfonce une grosse porte ouverte. Tout le monde a des convictions et tout le monde dialogue pourtant.
Normal.

En revanche, la nuance que j'ai dû mal exprimer ici, c'est que le minium qu'on puisse espérer venant d'un interlocuteur avec lequel on débat en étant dans un désaccord avéré, c'est qu'on concède mutuellement la possibilité qu'on ne soit pas forcément dans le vrai. Ce qui n'est point votre cas et c'est regrettable car c'est une composante essentielle d'une conversation constructive.
Je peux me tromper, faire des erreurs dans une foule de domaines (perceptions, prévision, personnalité) et y compris sur des tas de détails plus ou moins importants que cela concerne l'Église ou pas. Je suis comme tout le monde. Je n'ai pas la science infuse.

Mais si on parle des fondements de la foi catholique : je crois que je suis sur du solide. Je ne vais pas vous concéder que ma foi catholique pourrait n'ètre que du vent. Je ne le crois pas, Je vous mentirais. La signification du "Amen !" que je dis à l'église c'est que je suis d'accord avec la foi de l'Église. Je suis convaincu que la vérité de ce qu'elle enseigne est plus vrai que vrai, plus solide et réel que ma propre existence.



Le fait de se braquer avec sa conviction toute faite et la répéter au visage de ceux qui n'y croient pas sans crier gare, ça ne fait rien avancer du tout, c'est contre productif. Et c'est justement ce que je me permets de vous reprocher.
J'ignore à quoi peut correspondre vos remarques dans l'ensemble ici ("se braquer sa conviction, jeter au visage, sans crier gare, etc") mais alors que vous êtes ici sur un forum catholique virtuel. Vous le savez, vous me l'avez déjà dit. L'avantage ou la raison d'être d'un forum pour moi c'est justement que nous pouvons y causer franchement. Je pense que ce que vous pouvez appeler "se braquer dans sa conviction" n'est tout simplement que le fait d'exprimer sa conviction. Et puis parler de "conviction toute faite" ressemble assez de votre part à l'expression d'un jugement dépréciateur sur ce que vous-même connaîtriez assez mal (mon propre historique, cheminement en arrière-plan, évolution personnelle).

Enfin ...

Je vois mal ce qui vous permettrait à vous de dire que ma foi catholique serait une "conviction tout faite", comme davantage une "conviction toute faite" chez moi que, par exemple, chez un Jean Vanier, que chez le Pape, la soeur Emmanuelle ou autres. Il me semble qu'une conviction c'est une conviction.

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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par Cinci » mar. 04 juin 2019, 13:19

(suite)

"La nature et la signification de l'Église ainsi que des sacrements nous contraignent à une attitude bien éloignée du faux ou bien ... ou bien ... perfectioriste (sic.), qui nous enlèverait [c'est à dire par une attitude perfectionniste] tout courage en face du monde réel, comme d'une fausse indifférence et d'un relativisme qui placerait l'Église et les autres religions voire même l'irreligion, sur le même pied, et laisseraient libre jeu à l'arbitraire humain. D'une part, il ne nous est pas permis de croire que tout est perdu ou que l'Église n'apportera pas le salut au monde aussi longtemps que tous les hommes ne seront pas devenus ses enfants; mais, d'autre part, nous ne pouvons nous contenter de restes ou de commencements de la véritable rencontre avec Dieu, ni les mettre sur le même pied que la plénitude de la rencontre dans l'Église instituée par Jésus-Christ.

Le balbutiement de l'enfant ne tend-il pas vers la manière parfaite de parler et celui qui s'agrippe aux extrémités de l'arche, ne donne-t-il pas la preuve évidente qu'il voudrait se trouver à l'intérieur ? Celui qui refuserait consciemment et volontairement de s'engager sur le chemin qui conduit à l'Église et à sa vie sacramentelle en resterait aux balbutiements tout en n'étant plus un enfant; celui qui préférerait resté agrippé à l'arche et se débattre dans les eaux du déluge plutôt que de se trouver à l'intérieur, vivrait constamment dans un compromis à la longue intenable. Ne nous lassons donc jamais de faire entrer des hommes dans la plénitude et la totalité de l'Église. "

Source : Otto Semmelroth, sj., Le sens des sacrements, 1963, p. 95



[Et fin de la parenthèse]

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Re: Le salut des non-chrétiens?

Message non lu par emilio45 » ven. 07 juin 2019, 19:29

Cinci a écrit :
mar. 04 juin 2019, 12:42
Enfin ...

Je vois mal ce qui vous permettrait à vous de dire que ma foi catholique serait une "conviction tout faite", comme davantage une "conviction toute faite" chez moi que, par exemple, chez un Jean Vanier, que chez le Pape, la soeur Emmanuelle ou autres. Il me semble qu'une conviction c'est une conviction.
Tout est dans la subtilité du langage, la nuance de vos mots. Quand vous vous adressez à moi en utilisant l'écrit, vos affirmations sont axiomatiques. J'ai déjà discuté avec d'autres croyants, ceux-ci étaient capables de discerner leur foi de la personne qui est en face d'eux. En d'autres termes ils étaient capables de se mettre à la place de ceux avec qui ils dialoguaient et d'adapter leur langage en fonction. Je ne parle pas à un autre athée comme je parle à un croyant. Alors, je ne dis pas que vous en êtes incapable. Mais ce que j'affirme, en revanche, c'est que votre langage le suggère très fortement.

Ainsi quand vous parlez de votre foi à un athée, vous ne semblez pas vous préoccuper de ce qu'il pense, de ce qui le motive à ne pas croire, pour reprendre vos mots, il n'a juste pas cherché Dieu car l'esprit est censé prouver son existence. Mais prenons un de vos texte par exemple:
Par ailleurs, la foi est aussi un savoir. L'Église sait des choses à propos de Dieu. Elle le sait à cause de Jésus-Christ. Il n'est pas besoin d'être un croyant pour comprendre ce simple principe. Si Jésus Christ existe en premier et qu'il est bien celui qu'il prétend être alors ll va de soi que l'Église va savoir des choses. Elle ne va pas les imaginer mais les savoir.
Vous insistez bien sur le fait d'être en possession d'un savoir. Il n'y pas de mal à cela, à priori tout le monde est assez vaniteux pour penser savoir des choses. Mais vous me concéderez qu'il y a une différence notable entre penser savoir le secret de la recette des meilleur cookies, et penser savoir qui est le créateur de l'univers et donc, de fait, prétendre avoir une relation particulière avec le créateur de l'univers, ce qui tout de même un GROS usage du mot savoir, vous en conviendrez. Car je pense que c'est pour cela que vous ne vous encombrez pas d'un bénéfice du doute quand vous parlez à vos détracteurs (moi), vous en avez pas besoin puisque vous êtes dans le savoir, les autres ne peuvent qu'être dans l'erreur, il n'y a donc aucune raison d'affiner son langage pour qu'il convienne à ceux qui sont dans l'erreur, ou de "mauvaise foi", pour rependre vos mots (page 7). Accorder qu'il serait juste possible d'être dans l'erreur semble vous être impossible, c'est bien dommage car c'est un comportement saint de se remettre en question.

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