De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

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L'obéissance ecclésiale

Message non lu par Christophe » mar. 20 nov. 2007, 19:56

Bonjour à tous ! :cool:

Suite à certaines discussions récurrentes, j'aimerai savoir comment se définit et comment se caractérise l'obéissance ecclésiale dans une acception pleinement catholique : ce qu'il faut comprendre par cela ? ce à quoi elle oblige ? quelles en sont les limites ? quelle place pour l'objection de conscience, la correction fraternelle ou la dénonciation d'abus ? etc.

Merci d'avance pour vos réflexions et - surtout - vos références sur le sujet ! ;)

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Re: L'obéissance ecclésiale

Message non lu par Boris » mar. 20 nov. 2007, 23:57

Lumen Gentium n°37 a écrit :Comme tous les fidèles, les laïcs doivent embrasser, dans la promptitude de l'obéissance chrétienne, ce que les pasteurs sacrés en tant que représentants du Christ, décident au nom de leur magistère et de leur autorité dans l'Eglise: en cela, c'est l'exemple du Christ qu'ils suivent, lui qui, en obéissant jusqu'à la mort, a ouvert aux hommes la voie bienheureuse de la liberté des fils de Dieu. Qu'ils ne manquent pas de recommander à Dieu, dans la prière, leurs chefs qui veillent sur nos âmes comme devant en rendre compte, afin qu'ils le fassent avec joie et non en gémissant (cf. He 13,17).
Donc le Concile Vatican II rappelle cette obéissance.
Ce n'est pas l'invention tirée d'un chapeau pré-conciliaire (ou d'une barrette).

Et plus loin :
Lumen Gentium N°56 a écrit :C'est donc à juste titre que les saints Pères considèrent Marie comme apportant au salut des hommes non pas simplement la coopération d'un instrument passif aux mains de Dieu, mais la liberté de sa foi et de son obéissance. En effet, comme dit saint Irénée, "par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut(6)". Aussi avec lui, bon nombre d'anciens Pères disent volontiers dans leurs prédications: "Le noeud dû à la désobéissance d'Eve, s'est dénoué par l'obéissance de Marie ; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l'a dénoué par sa foi(7)" ; comparant Marie avec Eve, ils appellent Marie "la Mère des vivants(8)" et déclarent souvent: "par Eve la mort, par Marie la vie(9)".

Notes:
(5) Cf. S Germain Cont. Hom. in Annunt. Deiparae: PG 98, 328 A; In Dorm 2: col. 357. Anastasius Antioc. Serm. 2 de de Annunt.2: PG 89, 1377 serm. 3,2 col. 1388 C S Andreas Cret.Can. in B.V. Nat. 1, col. 812 A ; Hom. in dorm. 1: col. 1068 C S Sophronius, or. 2 in in Annunt, 18: PG 87 (3) 3237 BD.
(6) S Irénée, Adv. Haer. III 22,4: PG 7,959 A; Harvey 2, 123.
(7) ibbidem ; Harvey 2, 124.
(8) S Epiphanus, Haer 78, 18: PG 42, 728 CD 729
(9) S Hieronymus, Epis. 22, 21: PL 22, 408. Cf. S Augustin, Sserm.0 51, 2, 3,: PL 38, 335: serm. 232, 2 col. col. 1108. S Cyrillus Hieros, catec. 12,15PG 33, 741 S.Jean Chrisosthome, in Ps 44,7 PG 55, 193. S Damascène, Hom. 2 in in dorm. B.M.V. 3: PG 96, 728.
Je ne cite que les passages concernants les Laïcs, il y a les mêmes pour chaque état de vie dans le reste du document.
UdP,
Boris

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Re: L'obéissance ecclésiale

Message non lu par Boris » mer. 21 nov. 2007, 0:11

Mon interprétation :
- Dieu s'est choisi un Vicaire sur la Terre pour faire connaître sa volonté, pour interpréter sa Révélation aux différentes lumières des questions de sociétés ...
- en tant que membres de l'Eglise et donc du corps mystique, nous devons obéir à la tête, le Christ. Mais pour comprendre les "ordres" de la tête, nous avons besoin du Magistère qui nous les rend compréhensibles et concrets pour notre vie de tous les jours, temporelle.
- obéir n'est pas synonyme de soumission abrutissante. Réfléchir, comprendre l'ordre n'est pas désobéir. Au contraire.

Au jour de notre baptême, nous recevons la Foi. Les paraboles des Talents et des Mines nous enseignent que nous devons développer ce trésors sous peine de la perdre à jamais par notre inaction.

Le temps de la Foi du charbonnier est dépassé et révolu. Croire sans comprendre peut être faisable pour un ermite au fond d'un désert mais impossible pour un chrétien dans la société.

Nous devons être capable de :
- nous défendre nous-même contre les attaques extérieures, retrouver nous-mêmes le pourquoi de notre Foi car celle-ci s'appuie aussi sur la Raison (cf. Ratisbonne)
- de défendre notre Foi devant les autres et expliquer les véritables enjeux, les véritables positions de l'Eglise (par exemple le préservatif : il n'est pas question de ne pas se protéger, il est question de s'aimer vraiment, d'être fidèle et respectueux de son conjoint et de reconnaître la place véritable de la sexualité : don total à l'intérieur du couple marié)
- de porter la Bonne Nouvelle car nous l'avons comprise et donc pouvons soutenir une discussion en montrant où se trouve la Vérité
Règle de St Benoît, Ch5 a écrit :1 Le premier degré d'humilité est l'obéissance sans délai.
2 Elle convient à ceux qui n'ont rien de plus cher que le Christ.
3 Mus par le service sacré dont ils ont fait profession, ou par la crainte de l'enfer, et par le désir de la gloire de la vie éternelle,
4 dès que le supérieur a commandé quelque chose, ils ne peuvent souffrir d'en différer l'exécution, tout comme si Dieu lui-même en avait donné l'ordre.
5 C'est d'eux que le Seigneur dit: "Dès que son oreille a entendu, il m'a obéi." (Ps 17,45)
6 Et il dit encore à ceux qui enseignent: "Qui vous écoute, m'écoute." (Lc 10,16)
7 Ceux qui sont dans ces dispositions, renonçant aussitôt à leurs propres intérêts et à leur propre volonté,
8 quittent ce qu'ils avaient en mains et laissent inachevé ce qu'ils faisaient. Ils suivent d'un pied si prompt l'ordre donné que,
9 dans l'empressement qu'inspire la crainte de Dieu, il n'y a pas d'intervalle entre la parole du supérieur et l'action du disciple, toutes deux s'accomplissant au même moment.
10 Ainsi agissent ceux qui aspirent ardemment à la vie éternelle.
11 C'est pour cela qu'ils entrent dans la voie étroite dont parle le Seigneur, lorsqu'il dit: "Etroite est la voie qui conduit à la vie." (Mt 7,14)
12 Aussi, ne vivant plus à leur gré et n'obéissant plus à leurs désirs ni à leurs inclinations, ils marchent au jugement et au commandement d'autrui, et désirent se soumettre à un abbé en vivant dans un monastère.
13 Assurément les hommes de cette trempe imitent le Seigneur qui dit dans cette sentence: "Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé." (Jn 6,38)
14 Mais cette obéissance ne sera bien reçue de Dieu et agréable aux hommes, que si l'ordre est exécuté sans trouble, sans retard, sans tiédeur, sans murmure, sans parole de résistance.
15 Car l'obéissance rendue au supérieur, c'est à Dieu qu'on la rend, puisqu'il a dit: "Qui vous écoute, m'écoute." (Lc 10,16)
16 Et c'est de bon coeur que les disciples doivent obéir parce que "Dieu aime celui qui donne joyeusement." (2Co 9,7)
17 Si, au contaire, le disciple obéit, mais s'il le fait de mauvais gré, s'il murmure non seulement de bouche mais encore dans son coeur,
18 même s'il exécute l'ordre reçu, cet acte ne sera pas agréé de Dieu, qui voit le murmure dans sa conscience.
19 Bien loin d'en être récompensé, il encourt la peine des murmurateurs, s'il ne se corrige et ne fait satisfaction.
Saint Benoît explique parfaitement comment l'obéissance est un acte avant-tout chrétien et surtout une acceptation de l'humilité.
Refuser d'obéir c'est refuser d'être humble.
Donc c'est être prétentieux.

Qui sommes-nous pour prétendre savoir mieux que Dieu, mieux que le Vicaire qu'il se choisit, ce qui est Bon ?
UdP,
Boris

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Re: L'obéissance ecclésiale

Message non lu par Boris » mer. 21 nov. 2007, 0:21

Christophe a écrit :quelle place pour l'objection de conscience, la correction fraternelle ou la dénonciation d'abus ?
Lumen Gentium n°37 a écrit :Comme tous les fidèles, les laïcs doivent embrasser, dans la promptitude de l'obéissance chrétienne, ce que les pasteurs sacrés en tant que représentants du Christ, décident au nom de leur magistère et de leur autorité dans l'Eglise: en cela, c'est l'exemple du Christ qu'ils suivent, lui qui, en obéissant jusqu'à la mort, a ouvert aux hommes la voie bienheureuse de la liberté des fils de Dieu. Qu'ils ne manquent pas de recommander à Dieu, dans la prière, leurs chefs qui veillent sur nos âmes comme devant en rendre compte, afin qu'ils le fassent avec joie et non en gémissant (cf. He 13,17).
Il est donc question de l'autorité d'une personne dans la hiérarchie.

Comme je l'ai dit, pour moi l'obéissance va d'abord à Dieu, en second lieu au Magistère qui interprète authentiquement la volonté Divine Révélée.
Si un échelon intermédiaire est en contradiction avec Dieu ou le Magistère (ce qui revient presque à la même chose à mon avis), je ne me sens pas obliger d'obéir à cet échelon intermédiaire puisqu'il m'incite à désobéir à Dieu.
Ezéchiel III 18-21 a écrit :Si je dis au méchant:Tu mourras certainement, et que tu ne l'avertisses pas, et que tu ne parles pas pour l'avertir de sa voie mauvaise, afin qu'il vive, ce méchant mourra dans son iniquité; et je redemanderai son sang de ta main. Mais si tu avertis le méchant, et qu'il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa mauvaise voie, il mourra dans son iniquité; mais toi, tu auras sauvé ton âme. Si un juste se détourne de sa justice et commet l'iniquité, et que je mette un piège devant lui, il mourra; parce que tu ne l'auras pas averti, il mourra dans son péché; on ne se sou-viendra plus de ses oeuvres de justice qu'il aura faites; et je redemanderai son sang de ta nain. Mais si tu as averti un juste pour que ce juste ne pèche pas, et qu'il n'ait pas péché, il vivra certainement, parce qu'il aura été averti;et toi tu auras sauvé ton âme.
Ce passage de l'Ecriture m'incite à dénoncer mon frère qui est dans l'erreur pour son salut et pour le mien.
Même si ce frère est un frère "ainé", autrement dit un prêtre ou un Evêque.

Evidemment, cela ne peut se faire que sur ses actes et non sur sa personne.
Je ne juge pas les personnes mais les actes.
UdP,
Boris

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Re: L'obéissance ecclésiale

Message non lu par jean_droit » mer. 21 nov. 2007, 9:10

Bonjour à tous,
Je crois que tout le monde sait ce qu'est l'obéissance.
Tout le problème est, comme toujours, dans la mise en pratique et dans les conséquences de la désobéissnce.
Exemples courants :
Quand un prêtre ne respecte pas la liturgie depuis des années
Est-ce une désobéissance ?
Mais, sans doute, son évêque lui en a donné la permission.
Dans ce cas l'évêque a-t-il désobéi ?
Je ne m'inquiète pas il doit bien y avoir dans la liturgie à tiroir un alinéa d'un alinéa qui permet ....
Le cas du Motu Proprio est clair parce que ce Motu Proprio est clair.
Là il y a désobéissance caractérisée.
D'où la colère froide du Saint Père qui a permis à un de ses prélats de parler de "désobéissance".
Ainsi va l'Eglise ....
Bonne journée, quand même.

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Re: L'obéissance ecclésiale

Message non lu par Popeye » dim. 09 déc. 2007, 12:37

Boris a écrit : Comme je l'ai dit, pour moi l'obéissance va d'abord à Dieu, en second lieu au Magistère qui interprète authentiquement la volonté Divine Révélée.
Si un échelon intermédiaire est en contradiction avec Dieu ou le Magistère (ce qui revient presque à la même chose à mon avis), je ne me sens pas obliger d'obéir à cet échelon intermédiaire puisqu'il m'incite à désobéir à Dieu.
Et si l'échelon intermédaire entre Dieu et vous est le Pape, et qu'il vous incite à désobéir à Dieu, que faites vous ?

:>

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Re: L'obéissance ecclésiale

Message non lu par Boris » lun. 10 déc. 2007, 12:50

Le Pape fait parti du Magistère, il est choisi par l'Esprit Saint.
UdP,
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Obéissance et vérité

Message non lu par Charles » lun. 29 déc. 2008, 13:35

Qu'est-ce qui oblige le plus un religieux ? Son voeu d'obéissance ou la vérité de fait ?

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Re: Obéissance et vérité

Message non lu par Charles » mer. 31 déc. 2008, 2:32

Pas de réponses ?

C.

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Re: Obéissance et vérité

Message non lu par Christophe » mer. 31 déc. 2008, 11:04

Charles, il ne me semble pas qu'il existe une réponse générale à cette question... Cela relève plus, à mon sens, de la casuistique et ne peut être tranché que dans le cadre d'un cas particulier.

As-tu un cas particulier en tête en posant ta question ?

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Toujours l'obéissance

Message non lu par boisvert » ven. 24 juil. 2009, 17:42

Il est aussi question de l'obéissance dans "L'Imitation", et certes pas en termes vagues :

13. Qu'il faut obéir humblement, à l'exemple de Jésus-Christ
Jésus-Christ: Mon fils, celui qui cherche à se soustraire à l'obéissance se soustrait à la grâce; et celui qui veut posséder seul quelque chose perd ce qui est à tous.
Quand on ne se soumet pas volontairement et de bon coeur à son supérieur, c'est une marque que la chair n'est pas encore pleinement assujettie, mais que souvent elle murmure et se révolte.
Apprenez donc à obéir avec promptitude à vos supérieurs si vous désirez dompter votre chair.
Car l'ennemi du dehors est bien plus vite vaincu quand l'homme n'a pas la guerre au-dedans de soi.
L'ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c'est vous, lorsque vous êtes divisé en vous-même.
Il faut que vous appreniez à vous mépriser sincèrement si vous voulez triompher de la chair et du sang.
L'amour désordonné que vous avez encore pour vous-même, voilà ce qui vous fait craindre de vous abandonner sans réserve à la volonté des autres.
Est-ce donc cependant un si grand effort que toi, poussière et néant, tu te soumettes à cause de Dieu, lorsque moi le Tout-Puissant, moi le Très-Haut, qui ai tout fait de rien, je me suis soumis humblement à l'homme à cause de toi ?
Je me suis fait le plus humble et le dernier de tous afin que mon humilité t'apprît à vaincre ton orgueil.
Poussière, apprends à obéir, apprends à t'humilier, terre et limon, à t'abaisser sous les pieds de tout le monde.
Apprends à briser ta volonté et à ne refuser aucune dépendance.
Enflamme-toi de zèle contre toi-même et ne souffre pas que le moindre orgueil vive en toi; mais fais-toi si petit et mets-toi si bas que tout le monde puisse marcher sur toi et te fouler aux pieds comme la boue des places publiques.
Fils du néant, qu'as-tu à te plaindre ? Pécheur couvert d'ignominie, qu'as-tu à répondre, quelque reproche qu'on t'adresse, toi qui as tant de fois offensé Dieu, tant de fois mérité l'enfer ?
Mais ma bonté t'a épargné parce que ton âme a été précieuse devant moi; mais je ne t'ai point délaissé afin que tu connusses mon amour et que mes bienfaits ne cessassent jamais d'être présents à ton coeur, que tu fusses toujours prêt à te soumettre, à t'humilier et à souffrir les mépris et la patience.

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De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile » mar. 10 janv. 2012, 11:55

En guise d'"ouverture"...

"Jésus-Christ, Pasteur éternel, a envoyé les apôtres comme lui-même avait été envoyé par le Père... Il a mis à la tête des apôtres, le bienheureux Pierre qu’il a établi comme principe et fondement perpétuel autant que visible de l’unité de la foi et de la communion. Cette doctrine de l’institution, de la perpétuité, de la valeur et de la raison de la sacrée primauté du Pontife romain et de son infaillible magistère, le saint Concile la propose de nouveau à tous les fidèles pour qu’elle soit crue fermement."
Lumen Gentium - 18

"Quiconque les écoute (les évêques), écoute le Christ."
Lumen Gentium - 20

(La consécation épiscopale confère la plénitude du sacrement de l’Ordre. Elle confère aussi avec la charge de sanctifier, celle d’enseigner et de gouverner)
"Ces charges ne peuvent être exercées que dans la communion hiérarchique avec le Chef et les membres du collège." Lumen Gentium - 21

"Le Collège ou corps épiscopal n’a d’autorité que si on le conçoit uni à son chef, le Pontife romain, successeur de Pierre." (ce Collège) "signifie l’unité du troupeau du Christ. C’est à l’intérieur de ce Collège que les évêques, tout en respectant la primauté et la prééminence de leur Chef, exercent leur propre pouvoir pour le bien de leurs fidèles et même de toute l’Église, tandis que le Saint-Esprit en assure constamment la cohésion et la concorde."
Lumen Gentium - 22

(Les évêques, quand ils enseignent en communion avec le Pontife romain, doivent être respectés par tous comme les témoins de la vérité divine et catholique; et les fidèles doivent accepter l’avis donné par leur évêque au nom de Jésus-Christ...)
"Les évêques gouvernent les Églises locales qui leur sont confiées en qualité de vicaires et légats du Christ; ils le font par leurs conseils, leurs paroles persuasives, leurs exemples... par des décisions faisant autorité, et par le pouvoir sacré... En vertu de ce pouvoir, les évêques ont le droit sacré, et, aux yeux du Seigneur, la charge de légiférer pour leurs sujets, de juger et de régler tout ce qui touche au domaine du culte et de l’apostolat... Pour gouverner sa famille, l’évêque aura devant les yeux l’exemple du Bon Pasteur qui est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour ses brebis... Il se montrera prompt à annoncer l’Évangile à tous et à exhorter ses fidèles à l’activité apostolique et missionnaire. Les fidèles, de leur côté, doivent adhérer à l’évêque comme l’Église adhère à Jésus-Christ et Jésus-Christ au Père."
Lumen Gentium - 27

"Les prêtres reconnaissent dans l’évêque leur père et lui obéissent avec respect."
"(Ils) doivent présenter aux fidèles comme aux infidèles, aux catholiques et aux non catholiques, les traits d’un ministère vraiment sacerdotal et pastoral."
Lumen, Gentium - 28


Mes questions, pour ainsi dire, sont les suivantes: quelle place tient au juste l'obéissance dans la vie de l'Eglise catholique? Et dans notre vie quotidienne de baptisés?
Bien entendu, les citations proposées sont de mon choix. Elles peuvent orienter les observations de l'un ou l'autre.
On peut aussi n'en tenir aucun compte et en proposer d'autres...


Amicalement.
Virgile.
Dernière modification par Virgile le mar. 10 janv. 2012, 15:11, modifié 3 fois.

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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile » mar. 10 janv. 2012, 13:54

Pour méditer. Une histoire de l'Ancien Testament que j'aime bien.

«Va, frappe Amalek, voue-le à l’anathème avec tout ce qu’il possède, sois sans pitié pour lui...»
Premier livre de Samuel, chapitre quinze, versets trois et suivants.

L’ordre est donné par Dieu à Saül.
L'époque était à la guerre - contre les Amalécites.

Saül remporte la victoire.
Mais il épargne Agag - et surtout il ne voue pas à l'anathème le bétail des Amalécites.
Saül refuse de vouer Amalek et tout ce qu’il possède à l’anathème parce qu’il entend faire beaucoup mieux : offrir le butin pris à la guerre en sacrifice à Dieu.

Saül pense qu'il peut faire mieux que ce que Dieu lui demande.
Car Saül aime sincèrement Dieu.
En épargnant Agag et en préservant le bétail des Amalécites pour le sacrifier, il désobéit à l’ordre formel de Dieu.
Et Dieu ne peut agréer un sacrifice accompli contre son gré.

Ce que Saül n'a pas compris, c'est que Dieu exige une obéissance totale, un choix sans partage.
La désobéissance de Saül, c’est non seulement le refus explicite d'accomplir la volonté de Dieu sous prétexte de mieux Le servir, mais aussi la recherche d'un compromis qui satisfasse les exigences illégitimes de l’armée et du peuple d’Israël.

En somme la désobéissance de Saül c'est de s’arranger de l’ordre reçu à sa façon sous prétexte d’accomplir ce qui lui semble, à lui, le plus juste et le plus... profitable.

La conséquence immédiate de cette désobéissance, ce n'est pas seulement que Dieu rejette le sacrifice de Saül, mais qu'il lui fait entendre, par la bouche du prophète Samuel, les paroles suivantes:

« Dieu se plaît-il aux holocaustes et aux sacrifices – comme dans l’obéissance à la parole de Dieu ?
Oui, l’obéissance est autre chose que le meilleur sacrifice, - la docilité, autre chose que la graisse des béliers.
Parce que tu as rejeté la parole de Dieu, il t’a rejeté pour que tu ne sois plus roi !
»
Premier livre de Samuel, chapitre quinze, versets vingt-deux et vingt-trois.

L’obéissance est la meilleure des offrandes,
c’est pourquoi elle est autre chose que le meilleur sacrifice.


Le sacrifice de Saül est rejeté.
Et Saül n’est plus roi.


V.

Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile » mar. 10 janv. 2012, 14:34

Un autre texte, toujours bon à lire et à relire.
Il s'agit du chapitre 5 de la règle de saint Benoît. Sur l'obéissance.
CHAPITRE V
DES QUALITES DE L'OBEISSANCE.


Le premier pas dans la carrière de l'humilité est une obéissance pratiquée sans délai. Telle est la marque distinctive de ceux qui estiment ne rien posséder de plus cher que le Christ.

Que ce soit par fidélité à leurs engagements sacrés, par crainte de l'enfer ou espérance de la gloire éternelle, pour eux un ordre donné par le supérieur est pareil à un ordre divin, et dès qu'il leur a été signifié, ils ne pourraient souffrir d'en retarder l'exécution. C'est d'eux que le Seigneur a dit : " Au premier son de ma voix, mon serviteur a obéi", et il dit d'autre part à ceux qui ont mission d'enseigner : "Qui vous écoute, m'écoute."

On les voit, ces moines vertueux, mettre à l'instant de côté tout intérêt personnel, renoncer à leur propre volonté, quitter sur-le-champ l'occupation de leurs mains, laisser leur ouvrage inachevé ; on les voit voler sur la trace de l'obéissance, et passer si promptement à l'exécution de l'ordre entendu, que, sous la vive impulsion de la crainte de Dieu, il ne reste plus d'intervalle entre l'injonction du maître et les accomplissements du disciple ; les deux choses semblent n'en faire qu'une et s'effectuer au même moment, tant ils se sentent pressés de marcher à la vie éternelle, tant ils ont d'ardeur à se lancer dans la voie étroite dont le Seigneur a dit : " Etroite est la voie qui mène à la vie." Ainsi, loin de vivre à leur guise et de s'assujettir à la satisfaction de leurs désirs, marchant au contraire selon le gré et la volonté d'autrui, ils se retirent dans les monastères, où ils ne souhaitent rien de mieux que de se placer sous la conduite d'un Abbé. Telle est sans conteste la vraie façon d'imiter le Seigneur qui s'est donné en exemple lorsqu'il dit : " Je suis venu non pour faire ma volonté, mais pour accomplir la volonté de celui qui m'a envoyé. "

Au reste, cette ponctuelle obéissance ne sera agréable à Dieu et douce aux hommes, qu'autant que l'ordre donné s'exécute sans hésitation, ni lenteur, ni lâcheté, sans murmure, ni paroles de réplique : parce que l'obéissance qu'on rend aux supérieurs se réfère à Dieu. Il l'atteste lui-même : " Celui qui vous écoute, m'écoute." Il faut donc que les disciples s'en acquittent de bon cœur: " car le Seigneur aime celui qui donne avec joie ". Si au contraire le disciple obéit à regret, s'il murmure, je ne dis pas des lèvres, mais seulement dans son cœur, eut-il d'ailleurs accompli l'ordre enjoint, Dieu qui voit le murmure dans les replis de son cœur, n'en agréera pas l'exécution. Une telle manière de faire n'obtient nulle récompense. Elle encourt plutôt la peine due aux murmurateurs, à moins qu'on ne s'en corrige et n'en fasse satisfaction.
Qui aime obéir?
Ici aussi, tout comme dans l'épisode relatif à Saül, on lit que Dieu n'agréera pas le sacrifice de la volonté propre en quoi consiste l'obéissance.
Et la désobéissance se manifeste d'une façon très précise: Dieu voit le murmure dans les replis du coeur.
Dieu n'aime pas les "murmurateurs".

Saül n'est plus roi.
Mais les murmurateurs, eux, subiront une peine qui semble - d'après le texte de saint Benoît, leur être spécifiquement destinée... à moins de ce corriger, bien entendu. Et de faire satisfaction de leur désobéissance.

V.

Virgile
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Re: De l'obéissance (et de la désobéissance) dans l'Eglise.

Message non lu par Virgile » mer. 11 janv. 2012, 5:30

Bonjour,

L’obéissance n’est pas vraiment ou seulement un état qui se satisferait de l'éxécution d'un règlement, d'un ordre, d'une directive : c’est une relation.
La question n’est donc jamais de savoir à « quoi » au juste on doit obéir, mais à « qui ».
L’obéissance est une relation qui exige tout de même l’accomplissement d’un certain nombre de devoirs, et qui ouvre aussi à un certain nombre de droits.

L’obéissance étant due au Christ et à son Eglise, il faut donc toujours avoir à l’esprit ce qui suit...

C'est à saint Pierre avec les Apôtres, c’est-à-dire à l’Evêque de Rome et à tous les autres Evêques en communion avec lui que le Christ confie la charge de garder et de révéler aux hommes le Dépôt de la Foi.
En conséquence, ils président au nom et en place de Dieu le Troupeau, dont ils sont les Pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce sacré, le ministère du gouvernement. C’est ce qu’affirme, avec la Tradition unanime de toute l’Eglise, le Concile Vatican II (dans Lumen Gentium, III, 20).
Comme le Pape, successeur de Pierre, principal perpétuel et visible, fondement de l’unité tant des Evêques que des fidèles, chaque Evêque est, le principal visible et le fondement de l’unité de son église particulière, formée à l’image de l’Eglise universelle.
Par conséquent chaque Evêque représente sa propre Eglise et tous ensemble avec le Pape représentent l’Eglise entière dans le lien de la paix, de l’amour et de l’ Unité. C’est ce que l’on peut lire dans Lumen Gentium, III, 23.

Je m’arrête un moment pour signaler que mes références, si l’on excepte celles de l’Ecriture, sont exclusivement tirées du Concile Vatican II. A présenter toutes ces choses, il faut quand même préciser que leur exposé n'est pas l'expression d’une opinion personnelle « préconciliaire » ou franchement "intégriste" - et comme il y a parfois des catholiques pour le penser...

Pour aller plus loin dans ce petit examen de l’obéissance, il faut bien entendu absolument parler de la sacrementalité de l’épiscopat.
Tout le monde sait que c’est le Christ lui-même qui a envoyé les Apôtres évangéliser le monde entier. Pour remplir cette mission, les Apôtres reçurent - par le Christ - une effusion spéciale de l’Esprit-Saint. Les références sont : Act. 1,8 et 11,4, ou encore Jn. 20, 22-23.
Les Apôtres eux-mêmes par l’imposition des mains transmirent ce don spirituel à leurs successeurs. On peut lire cela dans I Tim. 4,14 ou encore 2 Tim. 1,6-7. Et c’est ce que nous appelons aujourd’hui la consécration épiscopale. Voir ce qui se trouve à ce sujet dans Lument Gentium (III, 21).
C’est par cette consécration que le Christ associe l’Evêque à la charge de sanctification, d’enseignement et de gouvernement du Peuple de Dieu. Ainsi donc d’une façon éminente et visible, les Evêques tiennent la place du Christ lui-même : Maître, Pasteur et Pontife – toujours dans Lumen Gentium, III, 21.

Tout ce qui précède fonde les prérogatives attachées au ministère épiscopal et à l’attitude que les fidèles, le clergé, les religieuses et les religieux doivent avoir vis-à-vis de l’Evêque en dehors duquel « il n’est permis ni de baptiser, ni de célébrer l’Eucharistie » car l’Evêque est l’Aumônier visible qui forme le centre de la communauté chrétienne.
En conséquence, l’Evêque ne doit rien laisser faire sans son autorisation.

S’il ne doit rien laisser faire sans son autorisation, l'Evêque lui-même ne fera rien sans Dieu et rien sans l’Eglise : c’est sa seule ligne de conduite et la garantie de sa fermeté.

Pour cela, l’Evêque se doit d’être un homme de prière et de méditation - et que ne pourrait faire, en effet, la prière d’un Evêque unie à celle de l’Eglise entière?
l’Evêque doit en outre être le promoteur des assemblées liturgiques de son Eglise et il est de son devoir de veiller a l’unité de tous. Il se doit d’être le Bon Pasteur qui ne s’occupe pas seulement des brebis présentes dans la bergerie, mais, qui part à la recherche de la « brebis perdue » et travaille à y amener celle qui n’y a jamais encore été.
Un catholique ne doit rien faire sans l’Evêque, tout au moins – dans la pratique, sans avoir pris son avis.
Les Prêtres, et eux surtout, doivent se rappeller que c’est entre les mains de l’Evêque que le Christ fait passer les canaux de la grâce qui sanctifie les hommes. Par l’Ordre et la Plénitude du Sacerdoce acquise à sa consécration épiscopale, l’Evêque porte les responsabilités de dispenser la grâce du suprême sacerdoce, en particulier dans l’Eucharistie qu’il offre lui-même et dont il assure l’obligation et d’où vient à l’Eglise continuellement vie et croissance. C’est ce qu’affirme Lumen Gentium, 2,26.

Aucun ministère, aucun sacrement, aucune prédication, nulle institution chrétienne ne s’exerce dans un diocèse sans la participation implicite ou explicite de l’Evêque.

Comme un Evêque ne peut bien entendu être partout dans son diocèse, il exerce son pouvoir par l’intermédiaire de ses prêtres. Tous les catholiques, et plus particulièrement tous les prêtres d’un diocèse, se doivent d’être unis à l’Evêque.

Nous devons donc l’obéissance au Christ et à Son Eglise.
Ce qui revient à dire que nous devons l’obéissance à notre évêque.


Amicalement.
Virgile.

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