Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

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Cinci
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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lu par Cinci » mar. 28 mai 2019, 6:02

Une autre page intéressante de Messori, et avec laquelle je serais d'accord à l'encontre de certains professeurs.



Les ossements du crucifié

En 1976, Le Monde proposa à d'éminents représentants des églises chrétiennes, catholiques, protestantes et orthodoxes, la question suivante : "Qu'en serait-il de votre foi si le pic d'un archéologue, en quelque endroit de l'antique Palestine, déterrait le squelette de Jésus de Nazareth ?"

Voici un échantillon des réponses que les lecteurs du célèbre quotidien purent lire, qui en disent long sur cet étouffant climat - de "spiritualisation", et de "dématérialisation" de l'événement pascal.

François Quéré : "Cela ne me troublerait pas du tout. Ma foi ne dépend pas d'un tombeau vide ou plein. Retrouver quelques ossements ne susciterait pas le moindre doute en moi,"

Marc Oraison, prêtre catholique, et également médecin et psychanalyste : "La découverte du squelette de Jésus renforcerait ma croyance, car elle détruirait le mythe de la réanimation du cadavre, La présence des ossements du Nazaréen renforcerait ma foi, qui, pour exister, doit parfaitement être indémontrable."

Georges Crespy, professeur à la Faculté de théologie protestante de Montpellier : "Cela ne m'empêcherait pas de croire à la résurrection. Et même, une telle découverte libérerait probablement la foi, la poussant à ne plus faire confiance à ce qu'on voit."

Mais un curé inconnu, pas professeur pour un sou, un pauvre chrétien accoutumé à respirer, non l'air conditionné des bibliothèques, mais celui des tranchées pastorales, au contact des fidèles tout ordinaires, a osé répondre à la même demande :"Les ossements de Jésus ? A les voir devant moi, je me sentirais irrémédiablement perdu. Je crois que cela me prouverait l'illusion de ma foi antérieure." Et Jean Guitton, catholique et académicien français, qui a réfléchi tout au long de sa vie aux possibilités pour l.homme d'aujourd'hui de continuer à croire : "En cas d'une découverte de ce genre, j'écrirai dans mon testament : j'ai été trompé et j'en ai trompé d'autres.

En effet, selon tel ou tel bibliste et théologien contemporain, il serait possible de "garder la foi" même si le corps du Christ avait pourri dans un sépulcre ou une fosse commune. Les ossements de Jésus pourraient gésir en quelque endroit de Palestine, sans que cela empêche de croire à la Résurrection, du moins selon eux au sens du salut, contenu dans la confiance mise par Dieu en cet homme.

Il serait possible donc de se dire encore "chrétien" dans ces circonstances ? Oui, affirment-ils, mais en adoptant les théories, les schémas, les lubies les plus extravagantes de ces savants modernes, jusqu'à celle, bien tentante, d'épater le bourgeois, de se montrer non conformiste. Et surtout de les rejoindre dans cette détestation "gnostique", toujours renaissante, pour la chair et la vie concrète. Mais, pour nous en tenir au bon sens et aux textes, constatons maintenant que cette façon de penser n'est pas du tout celle du Nouveau Testament.

Justement la fidélité au Nouveau Testament nous oblige à ne pas suivre les hypothèses "spiritualistes" qui dénient au corps son importance, puisque en ce cas, l'esprit se révèle dans le signifié, le symbole.

Il faut nous y opposer, tout comme Karl Barth protestant s'oppose à son collègue et confrère protestant Rudolf Bultmann et à tous les théologiens "démythisateurs". Il s'exclame : "S'opposer à la Résurrection du corps de Jésus, d'entre les morts, c'est, pour un chrétien, rejeter Dieu lui-même dans sa révélation." Il faut nous y opposer, avec le catholique Jean Daniélou : "La doctrine de Bultmann et d'autres théologien et exégètes selon lesquels la Résurrection de la chair est un mythe, signifiant seulement le renouvellement intérieur opéré par la foi, est très proche des conceptions gnostiques, combattues par saint Paul." La gnose en effet tend à rejeter le corps, cet objet négatif, sinon honteux : de toute façon, simple support - simple revêtement de l'esprit, qui seul mérite notre attention.

Le christianisme, au contraire, a toujours envisagé l'homme tout entier, composé inextricable de matière et d'esprit, de corps et d'âme : caro, cardo est salutis ; la chair est le pivot, le gond du salut, dit Tertullien, apologète du début du christianisme, faisant allusion justement par ces mots à la Résurrection de Jésus.

Seul celui qui ne connaît pas les textes - ou qui les met sens dessus dessous par ses théories - peut dire que le Nouveau Testament ne s'intéresse pas au côté matériel des expériences de Pâques. C'est tout le contraire qui est vrai, au point que, pour définir ce dont parlent les évangélistes, le mot "apparition" semble impropre. Car il suggère un phénomène touchant seulement la vue. Le Ressuscité est décrit par les Évangiles, participant à la vie de ses amis, sous tous ses aspects, tout comme avant la mort en croix.

Il y participe, d'abord par la nourriture : s'alimenter semble une constante des "apparitions", ce qui nous oblige bien aux guillemets lorsqu'on emploie cette malencontreuse expression. "Avez-vous ici quelque chose à manger ?" demande le Ressuscité, lors de sa première réapparition devant sa communauté - et il demande cela justement parce que "dans leur joie et leur stupeur, ils hésitaient encore à croire". Alors : "Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. Il le prit et mangea devant eux" (Luc 24, 41-43). A Emmaüs, il se met à table avec les deux disciples et c'est là précisément, à la fraction du pain qu'ils le reconnurent. En apparaissant près du lac de Tibériade, il demande à manger, une fois encore, et prépare même de ses mains, un repas pour ses Apôtres, de retour de la pêche. "Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là des charbons allumés, du poisson mis dessus, et du pain. Jésus leur dit : "Apportez de ces poissons que vous venez de prendre ..." Jésus leur dit : "Venez et mangez". Un peu plus loin, l'évangéliste témoin du fait, nous assure que le Seigneur, lui aussi, se nourrit avec eux : "Lorsqu'ils eurent mangé ..." (Jn 21, 9-10)

L'insistance sur la nourriture va au point de faire passer cet aspect "matériel" jusque dans le kérygme, la prédication officielle de l'Église. Pierre proclame sa foi à Césarée : "Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et lui a donné de se faire voir, non à tout le peuple, mais aux témoins choisis d'avance par Dieu, à nous qui avons mangé et bu avec lui, après sa Résurrection d'entre les morts." (Actes 10, 41) Donc, le fait de s'être sustenté avec lui est pour le chef des Apôtres, une des qualités requises, méritant considération, et garantie de la vérité de la Résurrection.

Il y a une autre preuve tangible, offerte par le Ressuscité lui-même à ceux qui rejetaient déjà le scandaleux "matérialisme" de l'événement. Luc écrit : "Ils pensaient voir un esprit". Mais il leur dit : "Pourquoi vous troublez-vous, et pourquoi des doutes s'élèvent-ils dans vos coeurs ? Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi. Touchez-moi, et considérez qu'un esprit n'a ni chair ni os comme vous voyez que j'en ai." Ce touchez-moi est dans l'original. L'impératif du verbe grec pselafao signifie au sens littéral "tâter, palper", et suggère donc une réalité bien "matérielle" et pas evanescente du tout.

Jean encore, si "spirituel", au début de la première lettre qui porte son nom, emploiera le même mot que Luc, "palper" lors d'une discussion avec certains gnostiques de son temps, désireux de faire disparaître les preuves matérielles de la Résurrection. "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché, du Verbe de Vie (epselafesan) ... ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons,afin que vous soyez en communion avec nous ..." (1 Jn 1,1 et s.)

Par conséquent, l'objet du témoignage de Pâques n'a rien à voir avec une phrase du genre : "... de quelque manière, ce Crucifié est toujours vivant". Le témoignage du Nouveau Testament est d'accord, d'emblée et sans aucune hésitation, sur la réalité physique corporelle du Ressuscité.

p.98

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lu par Fée Violine » mar. 28 mai 2019, 12:11

:clap:

Merci, Cinci !

(Ça me rappelle une blague dominicaine (qui aiment mettre les jésuites en boîte. Et réciproquement) :
des archéologues retrouvent les ossements de Jésus. Les catholiques sont bien embêtés. Sauf un jésuite qui s'exclame : "Ah bon ??? Il a donc vraiment existé ???")

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lu par Cinci » mar. 04 juin 2019, 18:17

Merci.

Puis c'est vrai que la blague est bonne. :)

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lu par Cinci » mar. 04 juin 2019, 19:51

Je voudrais intercaler ici avec les propos de Messori, une petite "trouvaille" (de mon point de vue en tout cas) que je viens de faire chez Xavier Léon-Dufour, et qui, je pense, conviendrait bien à ce sujet portant sur la mort. On pense ici à la mort en référence bien sûr à celle de Jésus. Et nous en étions à parler d'histoire au-dessus.

Au moment de mourir, il sera dit dans le Nouveau Testament que Jésus poussa un grand cri.

Personnellement, je ne sais pas pour vous, mais je ne me serait jamais tellement intéressé à ce détail. L'anecdote n'aura jamais rien éveillé chez moi. Un cri ? Oui, et alors ?

Sauf que Xavier Léon-Dufour réussit à faire ressortir quelque chose d'assez intéressant par rapport à cela. Et c'est cela que je voudrais vous partager ici. Vous allez comprendre plus loin.

Il écrit :

"Regards sur l'événement

Pour viser ce qui s'est passé, l'historien procède diversement selon la qualité des données qui lui sont offertes. 1. Jésus est mort sur une croix; l'inscription apposée garantit le fait. Aussi convient-il de se rappeler d'abord ce que Jésus lui-même a pensé de la mort en général. Mourant sur une croix, Jésus se voit livré par Dieu aux ennemis qui détruisent son mode terrestre de rapport avec les hommes; mais il maintient jusqu'au bout la relation avec son Dieu. Et c'est à Dieu d'accomplir le reste, c'est à dire de faire "ressurgir" son Fils de la mort, de lui donner à nouveau ce corps dont il a besoin pour s'exprimer. Entre les deux, même si en définitive on ne peut parler proprement d'espace et de temps, il y a pour celui qui aborde la mort un trou noir, un vide, une sorte d'anéantissement : nul, pas même Jésus, ne se voit dépouiller de son corps actuel sans éprouver l'effroi de la séparation radicale d'avec ses frères; c'est de Dieu seul qu'il attend de retrouver la communion avec eux.

2. Une autre donnée semble s'imposer à l'historien : Jésus est mort en poussant un grand cri, comme l'affirment diversement les trois évangiles synoptiques. Certes, Jean omet la mention car il ne convient guère dans la bouche du Verbe de Dieu qui siège sur la croix comme sur un trône de gloire; cependant la donnée est historique, car un tel cri est anormal chez un crucifié qui meurt par étouffement; elle rend compte de l'étonnement du centurion qui proclame : "Celui-ci est Fils de Dieu." Mais, par lui-même, ce cri ne peut être interprété sans qu'on ait recours au contexte apocalyptique dans lequel il a été inséré : nous préciserons cela dans un développement ultérieur.

3. Comme il a été dit précédemment, peu importe qu'il y ait eu un seul cri ou deux; ce qui compte, c'est qu'Il existe aussi une autre tradition, de valeur historique assez bonne : Jésus a proféré une parole en poussant son cri, parole qui a été diversement restituée par chaque communauté.

Ce cri a-t-il consisté en la parole de Marc ou en celle de Luc ou en celle de Jean ? L'historien est fort gêné pour choisir entre les différentes versions et même pour répondre affirmativement. Comment, nous l'avons déjà dit, un homme mourant d'étouffement sur une croix aurait-il pu parler ainsi d'une voix forte ? Les termes qu'il a utilisés auraient-ils pu être entendus par les assistants et rapportés correctement par les femmes qui regardaient à distance ? Surtout on ne s'expliquerait pas la diversité des recensions de Marc et de Luc. Aussi les critiques estiment-ils dans leur ensemble que la formulation explicite est le résultat chez les évangélistes des précisions apportées par la communauté primitive à un cri sans parole.

Et pourtant une meilleure issue a été proposée dans une hypothèse récente, fondée sur l'examen du contexte dans lequel est rapportée la tradition de Marc. On s'est toujours beaucoup interrogé sur la méprise des assistants qui, entendant la parole de Jésus, ont cru que le Crucifié appelait Élie le prophète, méprise que l'on peut supposer historique, car on ne voit pas de motif vraisemblable à une addition ecclésiale. Il est en effet difficile de rendre compte de la confusion Éli/Élie en araméen ou en hébreu : le nom du prophète est en hébreu Eliyahu ou encore en abrégé Éliya. Comment passer de Eloï (Marc) ou Eli (Matthieu) à Eliyahu ? Aucun commentaire n'a pu donner de réponse satisfaisante à la question.

Or, en 1946, Harald Sahlin et, en 1963, Thorleif Boman se sont demandé quelle serait en araméen la retraduction de ce qu'ont pu entendre les assistants, à savoir "Élie, viens !" Et ils ont proposé Elia'ta. De fait, 'ta est l'impératif du verbe 'ata : venir, que l'on connaît dans l'expression Marana'ta "Notre Seigneur, viens !" Jésus n'aurait-il donc pas crié en hébreu : Eli'atta, c'est à dire : "Mon Dieu, c'est toi !" ? La méprise devient alors parfaitement explicable, le glissement se faisant de Eli'atta à Elia'ta, de même sonorité.

Or le cri Eli'atta ne se trouve dans la Bible qu'à six reprises. Une fois il s'agit de caricaturer la prière des idolâtres; les cinq autres fois se trouvent dans les Psaumes 22, 31, 63, 118 et 140. Le psaume 22, celui-là même qui débute par "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?", fait culminer la première partie de son épanchement par :"Dès le ventre de ma mère, mon Dieu c'est toi." Le psaume 63, qui a pu inspirer le "J'ai soif" dit par Jésus selon Jn 19,28, commence en proclamant : "Dieu, mon Dieu, c'est toi ! Dès l'aube, je te désire, mon âme a soif de toi." Ainsi le cri "Mon Dieu, c'est toi !" est présent justement dans les trois psaumes qui sont respectivement à l'arrière-plan de Marc, Luc et de Jean. Quant au quatrième texte, c'est le psaume 118 [dit du hallel], qui est récité après le repas pascal et qui s'achève par "Mon Dieu, c'est toi ! Et je te célèbre."

Tel serait l'événement. En disant Eli'atta, Jésus aurait exprimé sa confiance radicale, violente même, comme cela se conçoit au moment de mourir sur une croix. Qu'il fasse écho au juste persécuté ou qu'il reprenne le psaume du hallel, Jésus maintient, en dépit des apparences, que l'alliance avec son Dieu n'est pas rompue. Historiquement le cri de Jésus peut être rapproché de la parole que Rabbi Aqiba a prononcé en mourant martyr en 135, lors de la révolte juive : Adonaï 'ehad ("Le Seigneur est un"), à savoir les dernières syllabes du Chema Israël. Jésus lui quitte cette terre en proclamant le hallel, psaume chantant la victoire définitive de Dieu sur les ennemis de l'alliance.

Ce n'est là qu'une hypothèse au sens technique du mot, donc impossible à prouver. Cependant, à cause des nombreux indices convergents, elle mérite considération.

Une autre manière de comprendre le cri de Jésus, c'est de l'expliciter en une parole qui reprend une structure vétéro-testamentaire familière aux croyants, celle de la lamentation biblique. Les lamentations, nationales ou individuelles, parsèment la Bible et plus spécialement les psaumes; elles ne sont pas simplement une plainte, une expression de détresse; elles viennent toujours au cours d'un récit ou d'une séquence qui célèbre l'intervention victorieuse de Dieu. Dès l'Exode, les événements libérateurs ne sont pas racontés sans qu'au point de départ soit présenté l'appel des opprimés vers le Seigneur. Si ce dernier intervient, c'est parce qu'il a entendu leur plainte. Le Dieu sauveur se manifeste dans un contexte de dialogue. La lamentation est orientée par la louange. Pour faire mémoire de la délivrance, on montre d'abord la souffrance de l'être qui s'éprouve perdu et qui se confie à son Dieu.

Source : X. Léon - Dufour, Face à la mort, Jésus et Paul, Paris, Éd. du Seuil, p. 166

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lu par Cinci » mer. 05 juin 2019, 17:14

La réflexion de Xavier Léon-Dufour :
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

Face à la mort violente qui est là, Jésus ne redit pas la supplication chère au psalmiste : "Ne m'abandonne pas, Seigneur !"; il constate que, en dépit de sa douloureuse prière à Gethsémani, Dieu le laisse aux mains des ennemis, de ces ennemis qui avec raison se gaussent de lui : "Il a compté sur Dieu; s'il l'aime, qu'il le délivre !" Jésus s'éprouve abandonné par Dieu à la mort ignominieuse. L'évidence est là, terrible.

La paradoxe est au plus vif, l'expérience de déréliction est simultanément affirmée (abandon aux ennemis) et niée (pas d'abandon de Dieu) : le cri est un appel proclamant la présence de Celui qui paraît absent. La relation subsiste, même si Dieu paraît ignorer Jésus. En une telle tension réside le mystère de cette dernière parole.

Jésus dans une foi tenace est mort sur un "pourquoi ". A sa question, ne donnons pas de réponse autre que celle du centurion qui, non pas avant, mais après la mort de Jésus, déclare : "Réellement, cet homme était Fils de Dieu." On peut et on doit dire que Jésus n'est pas entré dans la mort illuminé par quelque révélation sublime; dans la foi il n'a pas traversé le silence de Dieu et la mort sans buter contre le mur d'un "pourquoi" qui demeure question.

Telle a été avec des nuances l'interprétation des Pères de l'Église et des grands docteurs jusque vers la fin du XIVe siècle : Jésus se plaint d'être abandonné par Dieu aux ennemis qui le mettent à mort; torturé par ses bourreaux, il dit son angoisse.

Certes, on ne veut pas dire que Dieu "quitte" son Fils - ce serait proprement l'enfer - mais on traduit ainsi le sentiment, l'expérience terrible de la déréliction intérieure. Aussi, au lieu de parler d'abandon de Dieu, mieux vaudrait dire abandon par Dieu au sentiment de délaissement absolu.

La part de vérité [...] c'est que "Dieu n'est pas le grand célibataire des mondes"f; il est dès l'origine dialogue entre le Père et le Fils; cet échange d'amour implique, du fait de l'humanité du Fils, la souffrance; le Fils étant livré à la dureté des hommes, il s'ensuit que le Père doit, lui aussi, mais par amour, subir (non pas infliger) la souffrance qui résulte du Péché. Si Dieu a fait le Christ Péché, ce n'est pas pour qu'il devienne l'objet de la colère divine, mais pour pâtir avec lui des conséquences douloureuses de l'état de péché.

Ainsi, en profondeur, le cri de Jésus sur la croix révèle le mystère d'un Dieu qui souffre, avec les hommes, du Péché et de sa violence contre Jésus, son Fils.

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lu par Cinci » ven. 07 juin 2019, 12:53

Pour en revenir à Messori et pour se reporter au moment des épisodes qui suivent la résurrection de Jésus : il sera bien autre chose pouvant retenir mon attention. Il y a le récit des pèlerins d'Emmaüs.

Il écrit :

"En serrant le texte de près, nous pouvons découvrir des particularités qui échappent au lecteur distrait - ou qui se contente de traductions, sans remonter à l'original; ils apportent une singulière lumière. L'un de ces précieux détails a été souligné par un fin connaisseur de la Bible, l'essayiste juif André Chouraqui. Après avoir traduit l'Ancien Testament, il affronta aussi le Nouveau. Sa sensibilité juive lui a permis de trouver des valeurs rarement remarquées dans les paroles de Luc.

Le verset 17, du chapitre 24, par exemple, est traduit ainsi officiellement pour l'Église italienne : "Il leur dit : De quoi vous entretenez-vous ainsi en marchant, que vous soyez tout tristes ?" Chouraqui traduit : " Quelles sont ces paroles que vous lancez l'un à l'autre, en marchant ? ..." et avec raison. L'expression que nous avions mise en italique répond dans l'original, au verbe antiballite. Ce terme, utilisé une seule fois dans tout le Nouveau Testament, apparaît ici pour la première et dernière fois, sans aucune autre correspondance.

Antiballo signifie "se lancer l'un à l'autre" (rendre coup pour coup). Ce n'est pas dû au hasard que l'expression complète de Luc, soit antiballéte pros allélous (presque "attaquer et riposter") , une sorte d'échanges de coups. Cette expression semble révéler une fine intention ironique, néanmoins explicite, de la part du mystérieux inconnu. Ironie redoublée - mais Chouraqui ne l'a pas vue - ni aucun traducteur, à notre connaissance, quand on s'aperçoit qu'il est suivi de "en marchant" (traduction grec "peripatûntes"). Comme le remarque Heninrich Seessemann,qui enseigne le Nouveau Testament à Francfort-sur-le-Main, dans une note parue au Grand Lexique du Nouveau Testament, peripatûntes n'est pas à traduire par un simple "en marchant" ou "pendant la route", mais par "marchant avec un air sérieux, comme le font les philosophes". Ici encore, apparaît le ton presque amusé du bon tour joué à ces deux personnes déprimées devant leur espérance anéantie. Bref, la question de Jésus au verset 17, devrait se traduire par un : "Quelles sont ces paroles que vous échangez entre vous, comme des projectiles, tout en suivant votre route d'un air si sérieux ?" Il y a des études sur l'humour de Jésus, qui devraient intéresser ceux qui l'accusent de n'avoir jamais ri. Or qui cherche dans le Nazaréen des traces, sinon de rire, du moins de sourire, pourra s'arrêter à ce verset. Il semble y briller un rayon de l'allégresse de Pâques, caché par le langage amicalement ironique du Ressuscité lui-même.


Pour reprendre l'analyse de l'épisode, Léonce de Grandmaison, le grand savant jésuite, remarque : "Parmi les récits évangéliques de la Résurrection et des Apparitions, l'épisode des disciples d'Emmaûs est le seul, dans les synoptiques, qui soit vraiment détaillé et forme un tout. Pourquoi l'épisode est-il seulement chez Luc ? Chez lui et non chez les autres ? " Le savant de la Compagnie de Jésus formule une hypothèse, reprise par bien d'autres : "L'évangéliste l'a probablement recueillie à l'endroit même, de la bouche des survivants."

En effet, Grandmaison rappelle que dans, son "diaire de voyage" - les Actes des Apôtres - Luc écrit être allé au printemps 56, à Jérusalem avec Paul, dont il était le collaborateur et le secrétaire, quand l'Apôtre fut arrêté par les Romains, pour l'empêcher d'être lynché par les Juifs dans le Temple (Actes 21). A cette occasion - et bien sûr, en d'autres occasions, antérieures et postérieures, que nous ignorons - le futur évangéliste a pu avoir fait ce qu'il affirme dans son célèbre prologue : "interroger ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires", et "après m'être appliqué à connaître toutes choses depuis l'origine" (Luc 1, 1-4). L'hypothèse n'est nullement invraisemblable, qu'à vingt-cinq ans de distance, les deux - ou même un seul - des pèlerins d'Emmaûs aient encore été vivants, et que, justement de cette "source de première main" l'évangéliste Luc ait écouté le récit qu'il a ensuite joint à son texte.

Source : Messori, p., 236

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Re: Propos remarquables de Vittorio Messori sur la mort

Message non lu par Cinci » ven. 07 juin 2019, 13:04

Et je joins ici un petit document audio. C'est le père Henri Boulad qui nous tient là des propos exceptionnels, qui brillent par leur intelligence, à propos de ce qu'est l'ascension de Jésus.


https://www.youtube.com/watch?v=yp1W2tCuw24

Une petite dizaine de minutes. Ces quelques minutes en valent bien des dizaines d'heures à se plonger dans des études de théologies savantes.

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