L'origine mésopotamienne des premiers récits bibliques

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Xavi
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Re: L'origine mésopotamienne des premiers récits bibliques

Message non lu par Xavi » sam. 16 mars 2019, 20:27

Bonsoir à tous.

Les modes théologiques et les allégations de textes « réputés » tardifs passent, mais l’enseignement de l’Église demeure, même si Alexandre-Invité n’y croit pas.

Oui, la Genèse a été principalement rédigée par Moïse sur la base des traditions orales et écrites dont il disposait.

Il est cependant tout aussi vrai que la langue du peuple hébreu a évolué et que le texte actuel est une traduction-reconstruction probablement fixée à l’époque de l’exil ou du moins avant la traduction des Septante de 270 avant Jésus-Christ.

C’est aussi la foi de l’Église de considérer qu’Abraham et Moïse sont des personnages historiques, même si le récit de leur histoire doit être considéré avec toutes les précautions des méthodes historiques et scientifiques compte tenu de l’histoire du texte à travers diverses langues et cultures changeantes.

L’enseignement officiel de l’Église, encore rappelé par le Pape Pie XII en 1948 et toujours bien présenté sur le site officiel du Vatican, exclu que la Genèse ait été composée et inventée quelques siècles avant Jésus-Christ :
http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... hi_lt.html

Situé entre les importants pôles culturels de la Phénicie au nord et de l’Égypte au sud, le pays des Hébreux n’a cessé de disposer des moyens d’assurer de solides traditions non seulement orales mais aussi écrites. Celles-ci plongent leurs racines anciennes dans le sud de la Mésopotamie, le pays de Ur en Chaldée.

Rien d’étonnant à cela.

Ce n’est pas parce qu’on a découvert une version plus ancienne d’un texte mésopotamien que son récit lui-même est nécessairement plus ancien qu’un texte plus récent présenté dans une langue plus récente. Un texte écrit en hébreu du 6ème siècle avant Jésus-Christ peut relater, dans une traduction-reconstruction de cette époque, un récit transmis par tradition orale et écrite depuis plus longtemps que celui relaté par un texte mésopotamien plus ancien de mille ans.

La version retrouvée d’un texte ne prouve en rien la date du récit qu’il rapporte, mais indique seulement qu’il est au moins de la date du texte retrouvé. Un texte du 6ème siècle peut relater un récit datant de 1.500 ans auparavant et transmis depuis lors.

Contrairement à ce que considère Bassmeg, rien ne permet de donner une autorité ou une ancienneté plus grande aux légendes mésopotamiennes du seul fait qu’on en a retrouvé beaucoup de versions anciennes ce qui s’explique seulement par la meilleure conservation des tablettes d’argile sumériennes ou akkadiennes recopiées en très grand nombre dans les écoles par rapport aux papyrus et aux parchemins utilisés par Moïse puis les Hébreux qui ont totalement été dégradés du fait qu’il s’agit de matériaux biologiques dégradables (au contraire de l’argile), soit d’ordre végétal (papyrus), soit d’ordre animal (parchemin).

Par rapport à ce que considère Trinité, il me semble trompeur de relever que le" texte" babylonien est antérieur à celui de la Genèse, ce qui est exact, mais uniquement en ce sens que la rédaction en hébreu est plus récente, mais non en ce sens que le récit présenté en hébreu beaucoup plus récent ne proviendrait pas d’une origine plus lointaine.

Le récit transmis de génération en génération depuis Abraham, lui-même Mésopotamien, peut être plus ancien que les légendes mésopotamiennes, même si les preuves historiques dans un sens ou dans l’autre restent à trouver.

Abraham ayant vécu en Mésopotamie, il est normal de retrouver des liens et des similitudes entre des textes babyloniens et des textes bibliques issus du même terreau. Mais, ce n’est quand même pas un copier/coller. Les différences sont notables comme le relève Carolus.

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Re: L'origine mésopotamienne des premiers récits bibliques

Message non lu par Trinité » sam. 16 mars 2019, 22:10

Excellent article dans "Sciences et Foi" de Peter Enns théologien évangélique à ce sujet! En effet, Il parle de concepts identiques et pas de copié/collé comme je le disais.

Genèse 1 et un récit babylonien de création

L’original de cet article paru sur le site de la fondation Biologos est consultable ici
Au milieu du dix-neuvième siècle, des archéologues creusaient dans la bibliothèque du Roi Assourbanipal (668-627 av. JC) dans la ville antique de Ninive. Ils découvrirent des milliers de tablettes d’argile écrites dans une langue désormais appelée l’Akkadien (un cousin éloigné et bien plus ancien que l’Hébreu).

Ces tablettes contenaient notamment des lois, des questions administratives et des récits littéraires. C’était comme si on avait déterré une capsule de temps qui permettait de voir à quoi ressemblait la vie dans le Proche-Orient antique il y a 3000 à 4000 ans.

Mais ce furent les textes religieux qui y furent découverts qui retinrent le plus l’attention. L’un des textes comportait des similitudes frappantes avec Genèse 1.

La manière de regarder la Genèse ne serait jamais plus la même.

C’est au milieu des ruines que fut découvert un récit Babylonien sur la création, aujourd’hui nommé Enuma Elish. Il s’agit de l’histoire d’une famille divine très perturbée engagée dans une lutte majeure pour le pouvoir à l’aube des temps. Le cœur de l’histoire est le point où le Dieu Mardouk tue sa Némésis Tiamat puis fend son corps en deux, créant le ciel d’une moitié et la terre de l’autre. Mardouk revendique donc le trône du Dieu le plus grand dans le panthéon.

Les spécialistes ont nommé Enuma Elish la « Genèse Babylonienne ». La raison en est que les deux récits ont en commun certains concepts qui furent immédiatement apparents.

Dans les deux récits, la matière existe quand la création commence. Comme Enuma Elish, Genèse 1 décrit Dieu mettant en ordre le chaos, et non créant à partir de rien.
Les ténèbres précèdent les actes de création.
Dans Enuma Elish, le symbole du chaos est la déesse Tiamat qui personnifie la mer. La Genèse fait référence à l’abîme. Le mot Hébreu est tehom, qui est apparenté linguistiquement à Tiamat.
Dans les deux récits, la lumière existe avant la création du soleil, de la lune et des étoiles.
Dans les deux récits, il y a séparation entre les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, avec une barrière qui retient les eaux d’en haut.
La séquence de la création est similaire, avec la séparation des eaux, la terre sèche, les luminaires, et l’humanité, tous suivi de repos.

Les spécialistes surent qu’ils étaient sur une piste, et cela conduisit à des questions prévisibles, à la fois dans les cercles académiques et populaires. Peut-être la Genèse n’est-elle pas du tout de l’Histoire, pensèrent-ils, mais juste un autre récit comme Enuma Elish. En fait, peut-être la Genèse est-elle juste une version Hébreu plus récente de ce récit Babylonien plus ancien.

On ne peut pas vraiment blâmer les gens qui posent ces questions, si on considère le choc qu’ils viennent de subir. Jusqu’alors, Genèse 1 était unique. A présent, nous avons un mythe Babylonien précédemment inconnu qui est similaire à l’Ecriture de manière frappante.

A l’époque, de nombreux spécialistes pensèrent que l’auteur de Genèse 1 avait emprunté des éléments à Enuma Elish. Cela conduisit à la controverse « Bible et Babel » (« Babel » est le mot Hébreu pour Babylone). En fait, les spécialistes pensaient communément que la culture Babylonienne était la source de toutes les religions anciennes, y compris du Christianisme (c’est-à-dire le « Pan-Babylonisme »).

Mais avec les découvertes ultérieures faites dans d’autres cultures (Sumériennes, Egyptiennes, Cananéennes) et à d’autres périodes, les spécialistes arrivèrent à une conclusion plus modérée, à savoir que la culture Babylonienne n’avait pas une influence si importante et que Genèse 1 ne dépendait pas directement d’Enuma Elish.

Au contraire, ces textes sont deux exemples des genres de thèmes théologiques qui imprégnèrent de nombreuses cultures à travers les siècles. Les récits ne sont pas directement liés, mais ils reflètent des manières communes de penser sur le commencement. Ils « ont la même odeur ».

Les spécialistes en vinrent aussi à évaluer les différences entre Genèse 1 et Enuma Elish. Une différence essentielle est que le Dieu d’Israël crée lui seul, sans mélodrame divin ou sans une longue intrigue. Le Dieu d’Israël oeuvre seul et dans l’espace de seulement 31 versets (et non en 900 lignes comme dans Enuma Elish). Genèse 1 n’est pas juste une version légèrement retouchée de récits de création plus anciens. C’est une oeuvre unique de théologie israélite.

Mais cela ne signifie pas que les similitudes puissent être minimisées. Certains spécialistes sont allés à l’autre extrême en disant qu’il n’y avait pas de valeur réelle à comparer Genèse 1 et Enuma Elish.

Seulement un très petit nombre de spécialistes pense ainsi, toutefois. Il est bien clair que ces récits ont une même façon – antique – de parler du commencement du cosmos. Ils participent à un « monde conceptuel » similaire où des barrières solides tiennent les eaux séparées, une matière chaotique préexiste à la matière ordonnée, et la lumière préexiste au soleil, à la lune et aux étoiles.

On ne devrait ni exagérer ni minimiser ces similitudes. Mais elles nous parlent : bien que la Genèse soit unique, et bien que la Genèse fasse partie de l’Ecriture, il s’agit d’un texte antique qui reflète des façons de penser antiques.

Genèse 1 demande à être comprise dans son contexte antique, et pas en dehors. Des récits tels qu’Enuma Elish nous donnent un aperçu bref mais important sur la manière dont les peuples du Proche-Orient antique voyaient le commencement de toutes choses. Comme je l’ai évoqué dans une parution précédente, les textes antiques comme Enuma Elish nous aident à calibrer le genre [littéraire] de la Genèse. C’est de cette façon que nous pouvons apprendre à poser les questions que l’auteur de Genèse 1 voulait traiter, plutôt que d’imposer nos propres questions.

Une des questions principales posées par les Israélites était quel rang occupait leur Dieu parmi les douzaines de dieux du monde antique – à savoir, qu’est ce qui le rendait plus digne de dévotion que les dieux des superpuissances comme Babylone et l’Egypte. Lire la Genèse comme de la littérature antique met en valeur cette dimension polémique.

Genèse 1 est une déclaration audacieuse selon laquelle c’est le Dieu d’une nation minuscule avec un passé trouble qui est à l’origine de tout ce qu’on voit. Ce ne sont pas les dieux des superpuissances, c’est Yahvé. Dans le monde antique, ce sont là des mots agressifs.

Genèse 1 n’est certainement pas seulement une version Hébreu d’Enuma Elish. Mais nous ne pouvons pas pleinement apprécier la théologie distincte de Genèse 1 sans voir d’abord qu’elle a des points communs avec Enuma Elish et d’autres récits antiques.

Comprendre les liens entre Genèse 1 et les autres textes antiques tels Enuma Elish nous rappelle que nous causons un préjudice à Genèse 1 quand on la considère seulement avec un oeil moderne.

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Re: L'origine mésopotamienne des premiers récits bibliques

Message non lu par Alexandre-Invité » sam. 16 mars 2019, 22:27

Xavi,

Pour conforter vos théories, vous citez systématiquement des enseignements qui font totalement abstraction des progrès considérables apportés par l'exégèse et les biblistes qui nous permettent aujourd'hui de mieux dater et comprendre les récits biblique qu'à la fin des années quarante.

Il n'est donc guère étonnant que la Tradition Officielle Liturgique, utilisée dans la célébration du culte, tienne compte de ces avancées et contredise logiquement vos théories qui ne sont plus recevables en 2019.

De même, un certain nombre de prêtres biblistes vont totalement dans ce sens. Je pense par exemple aux pères Philippe Abadie et Claude Tassin qui interviennent occasionnellement sur KTO.

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Re: L'origine mésopotamienne des premiers récits bibliques

Message non lu par Trinité » sam. 16 mars 2019, 22:40

Par rapport à ce que considère Trinité, il me semble trompeur de relever que le" texte" babylonien est antérieur à celui de la Genèse, ce qui est exact, mais uniquement en ce sens que la rédaction en hébreu est plus récente, mais non en ce sens que le récit présenté en hébreu beaucoup plus récent ne proviendrait pas d’une origine plus lointaine.

Le récit transmis de génération en génération depuis Abraham, lui-même Mésopotamien, peut être plus ancien que les légendes mésopotamiennes, même si les preuves historiques dans un sens ou dans l’autre restent à trouver.
Pour éviter toute controverse, il serait intéressant d'arriver à trouver lequel de ces deux textes est le plus ancien!
Abraham ayant vécu en Mésopotamie, il est normal de retrouver des liens et des similitudes entre des textes babyloniens et des textes bibliques issus du même terreau. Mais, ce n’est quand même pas un copier/coller. Les différences sont notables comme le relève Carolus.
Vous avez raison, j'ai été un peu excessif en parlant de copié/collé, mais il y a pour le moins beaucoup de similitudes! Peter Enns le confirme. Par ailleurs il a à peu près le même point de vue que vous Xavi , quand il dit:
Au contraire, ces textes sont deux exemples des genres de thèmes théologiques qui imprégnèrent de nombreuses cultures à travers les siècles. Les récits ne sont pas directement liés, mais ils reflètent des manières communes de penser sur le commencement. Ils « ont la même odeur »

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Re: L'origine mésopotamienne des premiers récits bibliques

Message non lu par Xavi » lun. 18 mars 2019, 13:23

Cher Trinité,

Vous écrivez :
Trinité a écrit :
sam. 16 mars 2019, 22:40
Pour éviter toute controverse, il serait intéressant d'arriver à trouver lequel de ces deux textes est le plus ancien !
Sur ce point, il me semble qu'il faut répéter qu'il n'y a aucun doute. Les textes babyloniens retrouvés sont plus anciens puisque tous les manuscrits des Hébreux avant l'exil à Babylone, écrits sur papyrus ou parchemin, ont disparu alors que les légendes babyloniennes écrits sur des tablettes en argile ont été retrouvées.

Mais, ce n'est pas parce que le texte retrouvé d''un évangile apocryphe serait plus ancien que le plus ancien évangile de la Bible qu'il serait plus authentique ou qu'il permettrait de nier l'authenticité des évangiles canoniques.

Personne ne peut contester que la langue de la plus ancienne version en hébreu de la Genèse est beaucoup plus récente que la langue des légendes mésopotamiennes écrites sur des tablettes en argile retrouvées.

Ce qui compte c'est l'ancienneté et l'authenticité du récit lui-même (pas du texte écrit qui le raconte). Ici, la science ne peut rien dire sauf si, ce serait magnifique (rêvons un peu) on retrouvait, dans l'un des nombreux sites mésopotamiens, un récit du début de la Genèse écrit sur une tablette d'argile. Rien ne permet de l'exclure.

Les mêmes faits réels survenus il y plus de quatre mille en Mésopotamie ont pu faire l'objet, comme la vie du Christ, de récits historiques sérieux et de légendes. Ce n'est pas parce qu'on retrouve une légende qu'elle permet de contester l'authenticité de récits transmis par une tradition.

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