L'Église et la peine de mort

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Guillaume C.
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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Guillaume C. » mar. 23 févr. 2016, 13:32

Il faut citer le passage où Jésus refuse de condamner la femme adultère "Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre" (Jean VIII, 7). Texte qui prouve bien que le cinquième commandement "Tu ne tueras pas" a plus de force que les lois pénales concédées aux juifs en raison de leur "dureté de cœur".

Saint Louis est connu pour avoir rendu la justice sous un chêne à Vincennes, mais pas pour y avoir porté la sentence capitale. Nous lisons de l’historien Le Goff :
"En 1259, trois jeunes nobles chassent le lièvre dans le bois d'une abbaye, ils s'égarent et tirent leur gibier dans le bois du seigneur de Coucy. Attrapés, il les fait pendre. Les abbés, ulcérés, en rendent compte au roi, qui convoque le seigneur à la cour et l'emprisonne à la tour du Louvre. Les seigneurs, choqués de la punition, supplient Saint Louis d'avoir pitié de leur pair. Saint Louis ne les écoutera qu'à demi, il fait libérer Coucy mais le condamne à verser 10 000 livres d'amende - une somme énorme -, le contraint à partir trois ans en croisade et l'enjoint de faire construire deux chapelles dans lesquelles tous les jours des prières devront être chantées pour l'âme des trois jeunes gens."

Je me plais à penser que les différents papes à commencer par le bienheureux Pie IX, quand ils étaient maîtres d’un tiers de l’Italie, faisaient preuve de semblable modération dans l’exercice de la justice.

Enfin, ce n'est pas parce qu'il a été impossible de suivre ce programme globalement depuis deux mille ans, qu'il faut cesser de le désirer. Il devient chaque jour plus urgent. Plus que jamais.
Il n'y a qu'une Église, une par l'unité de la doctrine comme par l'unité du gouvernement, c'est l'Église catholique (Léon XIII, lettre Testem benevolentiæ sur la condamnation de l'américanisme)

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar PaxetBonum » mar. 23 févr. 2016, 21:21

Il faut citer le passage où Jésus refuse de condamner la femme adultère "Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre" (Jean VIII, 7). Texte qui prouve bien que le cinquième commandement "Tu ne tueras pas" a plus de force que les lois pénales concédées aux juifs en raison de leur "dureté de cœur".
Jésus ne condamne pas la lapidation, il invite a s'examiner soi-même dans la condamnation que l'on prononce.
Sur la croix quand le larron dit 'pour nous c'est juste…' Jésus ne répond pas 'non on ne devrait pas vous condamner à mort', il l'invite dans son Royaume à cause de sa repentance.
Les lois où Jésus évoque la dureté de cœur concernent le mariage et la répudiation.
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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar coeurderoy » mar. 23 févr. 2016, 22:33

En demandant à ceux qui sont sans péché de lapider la femme adultère Jésus fait appel à notre sincérité, à ce qui, en notre coeur est éclairé par la lumière et la Vérité de l'Esprit : cette humble introspection nous fait connaître que nul n'est sans péché et met à mal évidemment toutes les "idoles archaïques" que nous entretenons à l'égard de Dieu ( vengeur, méchant, détruisant les impurs, les filles faciles, les pédés, etc ) : toutes visions issues d'un monde qui a peur de l'amour. et de la fragilité de Dieu (et de l'homme bien sûr) .. Jésus aurait pu par ailleurs rétorquer, s'Il n'était pas l'Amour même : "eh, bien moi, qui suis sans péché je vais la lapider très justement... " (petits cailloux vendus séparément) :s ...

Allez, pour vous détendre un peu (???) je vous conseille "Barbie spice di counasse" sur youtube par ex...mais il vaut mieux en pleurer je crois tant la méchanceté et la barbarie des barbus "pas assez câlinés dans l'enfance" ont, semble-til de beaux jours devant elles...
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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar James » mar. 01 mars 2016, 16:07

Voici un article très instructif au sujet de la peine de mort vue par Saint Thomas d'Aquin suivi d'un exposé du Professeur Romano Amerio :

http://www.riposte-catholique.fr/ripost ... mas-daquin

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar VexillumRegis » jeu. 02 août 2018, 19:37

Le pape a fait modifié dans le Catéchisme de l'Église Catholique le passage concernant la peine de mort. Désormais cette peine semble devenir inadmissible en tout circonstance, car elle blesserait la "dignité" du condamné à mort. L'Église s'engage résolument dans le camp abolitionniste. Voir ici (neutre) et ici (défavorable).

Voici l'ancienne rédaction du passage en question :
2267 L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains.

Mais si des moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l’agresseur, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine.

Aujourd’hui, en effet, étant données les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable "sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants" (Evangelium vitae, n. 56).
Et voici la nouvelle rédaction :
2267. Pendant longtemps, le recours à la peine de mort de la part de l’autorité légitime, après un procès régulier, fut considéré comme une réponse adaptée a la gravité de certains délits, et un moyen acceptable, bien qu’extrême, pour la sauvegarde du bien commun.

Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est une mesure inhumaine qui blesse la dignité personnelle » [1]et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde.
Le document de la Congrégation de la doctrine de la foi qui présente cette modification affirme : "la nouvelle formulation du n.2267 du Catéchisme s’inscrit dans un développement authentique de la doctrine, qui ne contredit pas les enseignements antérieurs du Magistère".

On est rassuré ! :rire: :zut:
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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Kerniou » ven. 03 août 2018, 1:45

Seul, Dieu a le pouvoir de La vie et de la mort.
L'abolition de la peine de mort rejoint le Commandement:" Tu ne tueras point. "
La sanction est conforme à l'Evangile, pas la condamnation à mort.
Par ailleurs, la prison peut offrir au condamné le temps et la possibilité d'une rédemption.
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Archidiacre » ven. 03 août 2018, 14:50

Pour comprendre en quoi ce changement ne contredit pas le magistère, il faut se référer à la lettre associée à ce changement du catéchisme, qui explique très clairement que cette inadmissibilité est établie principalement depuis que nous avons les moyens punir tout en permettant le repentir. Ce n'est donc pas une atteinte aux autorisations des Papes du passé (il y a d'ailleurs eu des dissensions au sujet de la torture ou de l'esclavage, mais on n'entend pas les anti-François en parler).
3. L’enseignement de l’Encyclique Evangelium vitae de Jean-Paul II est d’une grande importance dans ce développement. Le Saint-Père indique parmi les signes d’espérance d’une nouvelle civilisation de la vie «l’aversion toujours plus répandue de l’opinion publique envers la peine de mort, même si on la considère seulement comme un moyen de “légitime défense” de la société, en raison des possibilités dont dispose une société moderne de réprimer efficacement le crime de sorte que, tout en rendant inoffensif celui qui l’a commis, on ne lui ôte pas définitivement la possibilité de se racheter».[3] L’enseignement d’Evangelium vitae a ensuite été inséré dans l’editio typica du Catéchisme de l’Église Catholique. On n’y présente plus la peine de mort comme une peine proportionnée à la gravité du délit, mais elle n’est justifiée que dans la mesure où c’est «l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains», même si, de fait, «les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants» (n.2267).

[...]

Enfin, étant donné que la société actuelle dispose de systèmes de détention plus efficaces, la peine de mort n’est plus nécessaire pour protéger la vie des personnes innocentes. Certes, il demeure que l’autorité publique a le devoir de défendre la vie des citoyens, comme l’a toujours enseigné le Magistère et comme le confirment les numéros 2265 et 2266 du Catéchisme de l’Église Catholique.

8. Tout cela montre que la nouvelle formulation du n.2267 du Catéchisme s’inscrit dans un développement authentique de la doctrine, qui ne contredit pas les enseignements antérieurs du Magistère. Ceux-ci, en effet, peuvent s’expliquer à la lumière de la grave responsabilité des pouvoirs publics quant à la sauvegarde du bien commun, dans un contexte social où les sanctions pénales étaient comprises de manière différente et se pratiquaient dans des conditions où il était plus difficile de garantir que le criminel ne puisse réitérer son crime.
http://press.vatican.va/content/salasta ... letterafra
Chaîne Youtube: https://www.youtube.com/c/Archidiacre

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Cinci » ven. 03 août 2018, 18:02

Bon ...


Tout d'abord, je préciserai que je n'ai rien (ou à peu près) en commun avec les individus que l'on dirait être de tendance "conservatrice", rien avec les traditionalistes et catholiques franco-français de France, rien avec les grands amateurs de latin, rien du tout avec les réactionnaires habituels d'une certaine frange du catholicisme et qui sont certainement surreprésentés sur l'Internet, etc, etc ... Disons que je ne les salue pas et que je ne leur parle pas.

Ensuite, il est sûr aussi que les polémiques habituelles qui sont soulevées, dans le but de faire mal paraître le pape François, sur des forums de discussions (celui-ci ou un autre), le sont afin de servir de levier à un combat qui n'est pas du tout le mien. Je pense à ce combat qui m'est étranger en faveur d'un certain conservatisme, des idées politiques qui ne sont pas les miennes ("Contre mai 1968", "Contre l'assistanat ...", "Contre l'État-providence ..." et blabla)

J'ai rien à cirer de ce combat de jeunes bourgeois français (et accessoirement catholiques) en faveur d'une prétendue normalité ou en faveur d'un conformisme d'un autre âge, d'un certain conformisme peut-être digne de la pensée des catholiques bourgeois du temps de la IIIe République française à ses débuts.

En un mot, je ne mange pas de ce pain-là.


Cette petite mise au point faite ...

je pourrai "quand même" dire que je ne partage pas l'inflexion de pensée qui semble être celle de notre évêque de Rome sur ce sujet. Ce n'est pas un drame. Rassurez-vous. Il y a une hiérarchie des vérités dans l'Église or que cette histoire de peine capitale ne relève même pas de la Vérité avec un grand "V" mais de l'opinion pour commencer.

Et si c'est pour parler des opinions ...

Indépendamment de tous ceux que j'évoque plus haut, je ferais partie de ceux qui pensent que la peine capitale devrait demeurer en réserve dans la manche des juges ou du législateur. Et elle devrait le demeurer d'une manière franche, pas hypocrite.

Je pense qu'il y a certains crimes pour lesquels la peine capitale pourrait s'imposer. Je pense au phénomène des tueurs en série, ou des organisateurs de la criminalité à vaste échelle, et aussi bien des assassins des représentants des forces de l'ordre.

Il n'y a rien, par exemple, que je ne trouve plus conforme au droit, à la justice, à la Bible, au bon sens, etc... que l'exécution par pendaison de certains ex-dignitaires du régime nazi, c'est à dire de gens ayant activement collaboré à la mise en place et au maintien d'un système déshumanisant ayant fait des millions de victimes.

C'est juste normal que de semblables coupables soient châtiés de la plus draconienne manière, mais tout en respectant la dignité des personnes justement. Je crois qu'Il y a plus de dignité pour un semblable coupable à se voir ainsi châtié plutôt que de devoir pourrir entre quatre murs jusqu'à la fin de ses jours.

Il y a des individus qui sont réellement irrécupérables (des Charles Manson) et pour lesquels le maintien en détention ad vitam aeternam ne rime à rien du tout; pour lesquels il n'y aura pas de conversion de la onzième heure, pour lesquels la peine de détention est pire que l'exécution sur sentence.

Il ne s'agit pas de plaider en faveur d'un système judiciaire qui coupe les mains d'un voleur de pain, qui exécuterait des homosexuels, des voleurs de banque ou des contestataires politiques. Parce qu'il s'en trouve peut-être qui aimerait voir des têtes tombées au coin des rues et pour différents motifs. Il ne s'agit pas de cela. Il ne s,agit pas de suspendre par le cou dans une cage de fer un ado ayant fauché la vie d'un piéton avec sa voiture, ni de suspendre à un croc de boucher un coupable ayant accidentellement tué un quidam lors d'une rixe.

La question ...

La question de la peine capitale se pose, selon moi, en rapport à une certaine nécessité : la gradation des peines. Il s'agit de signaler clairement le genre de crime "ultime" pour lequel un État n'entendrait rien tolérer. Ex : un individu fragile ayant violé et tué une jeune fille. Condamné ensuite à dix ans de réclusion, etc. Libéré. Profitant de sa liberté retrouvé : il nous viole et assassine trois autres enfants. Peine capitale ! Inutilité et vanité : vouloir y enfermer à vie le coupable appréhendé. Le coupable aura déjà eu amplement le temps de manifester une quelconque contrition le cas échéant, et si une premier peine avec dix ans de forteresse n'auront pas suffit à cela, pas plus le temps ayant pu s'écouler entre deux assassinats de récidive : cinquante autres années de prison n'y suffiront pas.

Un État doit indiquer par le geste d'exclusion suprême le caractère absolument intolérable d'un crime.

En pénalisant de la même façon un alcoolique et chauffard qui en serait à sa dixième récidive et un terroriste qui en serait à son troisième attentat ayant fait 245 morts : on manque à la nécessité de graduer les peines. Dans un système semblable, c'est le péché de faiblesse du premier qui s'y trouve sanctionné aussi durement que le crime violent prémédité de l'autre (... et acharné à détruire toute une société, la justice, la démocratie, etc.) Les gens sentent alors que "quelque chose" ne tourne pas rond. Le public perd confiance dans le système de justice. Le citoyen se démoralise.

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Kerniou » sam. 04 août 2018, 9:36

Vous posez, Cinci, le problème de l' adéquation de la peine imposée avec la gravité du délit; Le meurtre étant le pus grave ...
A part la suppression de liberté par l'emprisonnement, on n'a rien trouvé d'efficace. Il faudrait presque adapter la peine à chaque condamné, ce qui n'est guère aisé ; alors on codifie la gravité des actes puis on ajuste les sanctions ... sachant, pourtant, que la prison n'est pas une solution miracle ..
L'Eglise devrait, au nom du respect de vie, se mobiliser contre la peine de mort ... Dieu, Seul, juge ...
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Cinci » jeu. 09 août 2018, 17:25

Kerniou,

Je ne comprends pas votre façon de voir. La peine capitale n'est pas un meurtre. Jamais. En aucune façon.


Voyez ce que je ne comprends pas ...
Kerniou a écrit :
A part la suppression de liberté par l'emprisonnement, on n'a rien trouvé d'efficace.
Comment ça, rien trouvé d'efficace ? La peine capitale est assez efficace merci. Il y a peu de chance pour que le fautif récidive.


Il faudrait presque adapter la peine à chaque condamné, ce qui n'est guère aisé ; alors on codifie la gravité des actes puis on ajuste les sanctions ... sachant, pourtant, que la prison n'est pas une solution miracle ..
Le système pénal ne se présente jamais comme devant être une solution miracle, je pense. Personne n'a jamais cru que le système devrait pouvoir changer la nature humaine.

Le système pénal vise essentiellement à châtier des crimes. On impose une pénalité au criminel. Et la pénalité fait abstraction de toutes considérations d'ordre spirituelle. En châtiant une personne pour tel crime commis, l'on juge bien le geste et la volonté criminelle ayant pu présider au passage à l'acte. Mais l'on ne juge pas de la personne au sens d'aller y dépouiller Dieu de ses prérogatives, que l'on ne détermine pas à la place de Dieu où le condamné devrait aboutir pour l'éternité. Les magistrats ne jugent donc pas de la façon dont l'Évangile disait précisément d'éviter de le faire.

Donc ...

Juger qu'un voleur se mérite une peine de cinq ans de prison ou juger qu'un tueur en série se mérite le peloton d'exécution : c'est exactement la même chose.

Dans tous les cas, l'on parlera d'une "peine à purger", peu importe que le condamné puisse se convertir ou pas. Cette histoire de conversion n'a rien à faire dans le tableau. On ne met pas des criminels en détention dans l'espoir qu'ils deviennent des paroissiens de l'Église catholique. Quand même !

Tant mieux si un criminel se converti ... sauf que ce n'est pas le but primordial du système judiciaire.

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Archidiacre » ven. 10 août 2018, 8:51

Cher Cinci,

Vous partez du principe que le système pénal devrait s'abstraire de principes spirituels (et donc, d'un point de vue chrétiens, moraux). Or, il me semble qu'ils sont pourtant toujours invoqués dans la question de la peine de mort chez les théologiens. Il s'agit de savoir si l'âme peut être sauvée, ou en corrompre d'autre, etc. La punition n'est pas la fin en soi à ma connaissance. Par exemple, la fin de l'inquisition était de réconcilier avec l'Eglise, et si elle était en mesure de le faire, alors elle pouvait se passer de certaines sanctions et même "pardonner".

Par contre, je suis d'accord avec vous sur le fait que Kerniou a tort de citer ce commandement, dont le terme "tueras" désigne un meurtre/assassinat (donc une fausse justice rendue soi-même), et non la peine de mort en elle-même (sinon ça serait contradictoire avec les mitzvot qui demandent bel et bien de mettre à mort tel ou tel individu sous l'autorité du sanhédrin). Pareil pour l'idée que "Dieu seul juge": une condamnation à mort n'est pas une condamnation en enfer, ni une volonté d'y envoyer, et c'est de cela que l'expression parle.
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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Kerniou » ven. 10 août 2018, 12:00

Vous avez raison, il y a une différence entre un meurtre qui peut ne pas avoir été prémédité et la condamnation à mort qui reste la suppression d'une vie; décision juridique, collective, pensée, réfléchie, ritualisée ...
Pour moi, si civilisée qu'elle soit, la suppression à fortiori "programmée" d'une vie reste la suppression d'une vie ... Je peux comprendre et m'expliquer le processus de la peine de mort, mais je ne l'approuve pas.
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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Suliko » ven. 10 août 2018, 14:32

cette inadmissibilité est établie principalement depuis que nous avons les moyens punir tout en permettant le repentir.
Mais sur quoi vous basez-vous pour déclarer qu'à l'époque de Pie XII, il n'était pas possible de punir tout en permettant le repentir et que maintenant, c'est le cas ? Car ce pape écrit ceci dans son Discours aux participants au congrès international d'histopathologie du système nerveux, le 14 septembre 1952) :
Même quand il s'agit de l'exécution d'un condamné à mort, l'État ne dispose pas du droit de l'individu à la vie. Il est réservé alors au pouvoir public de priver le condamné du bien de la vie, en expiation de sa faute, après que, par son crime, il s'est déjà dépossédé de son droit à la vie.
Il semblerait d'ailleurs que la question du repentir n'ait rien à y faire et que certains crimes, par leur gravité, privent leur auteur du droit à la vie.
Par ailleurs, je ne vois pas en quoi le repentir serait plus probable dans le cas d'une peine de prison à perpétuité qu'avec la peine de mort. Il me semble au contraire que l'approche de la mort est plus susceptible de provoquer le retour à Dieu qu'une simple peine d'emprisonnement.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar PaxetBonum » sam. 11 août 2018, 10:37

Je suis sur la même ligne que Cinci : la disparition de la peine de mort est mécaniquement la disparition de la graduation des peines et une pente glissante vers l'impunité totale…
Cinci propose un exemple : "Ex : un individu fragile ayant violé et tué une jeune fille. Condamné ensuite à dix ans de réclusion, etc. Libéré. Profitant de sa liberté retrouvé : il nous viole et assassine trois autres enfants. Peine capitale !"

Malheureusement ce n'est pas une fiction…
Récemment un individu en prison, en "réinsertion" sortait la journée pour travailler et rentrait le soir en prison.
En une journée il a violé et battu 2 pauvres filles, l'une tellement gravement qu'elle réapprend à marcher, parler…
Et le soir de retour en prison comme si de rien n'était.

Aujourd'hui les récidives sont monnaie courante pour ne pas dire la norme.
Tout assassin, violeur, agresseur de pompier, ou de policier est "défavorablement connu des services de police".

Il y a quelques jours Adrien Perez est mort poignardé par deux frères "défavorablement connu des services de police" pour avoir aidé un ami qu'ils agressaient…

Toute cette novlangue concours à cacher la vérité et à conduire à penser que rien n'est grave.

La peine de mort est le seul moyen de secouer l'âme de beaucoup pour amener un réel repentir.
Voyez les conversions magnifiques dans les couloirs de la mort aux Etats-Unis.

En France la remise de peine est une obligation légale !
Le coupable se retrouve en perception d'impunité, et donc si il n'est pas puni alors ce n'était pas si mal que cela…
Quel repentir pourrait-il formuler d'un crime dont on le dédouane ?

Imaginons maintenant que l'on applique des justes peines (un peu d'imagination que diable !) : les prisons sont déjà surpeuplées et seulement 50% des peines prononcées sont exécutées…
Si on construit des prisons pour tous comme un état devrait le faire pour protéger sa population, se sont les retraités qui seront sacrifiés. En prison la location de matériel récréatif coûte 2 à 3 fois moins cher que dans les hôpitaux…

J'ai toujours milité pour la réouverture de bagnes : les prisonniers doivent travailler et construire leurs propres prisons.
Cultiver pour subvenir à leurs besoins.
Et je reste, comme St Dismas sur la croix, convaincu que la peine de mort peut être une peine légitime.
Pax et Bonum !
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Re: L'Église et la peine de mort

Message non lupar Archidiacre » sam. 11 août 2018, 12:09

A mon avis, le Pape et la congrégation pour la doctrine de la foi se basent sur l'amélioration de la justice moderne qui est indéniable: modes de réinsertions, conscience de la fréquence des abus et peine de morts injustes, amélioration du traitement carcéral etc. c'est un développement doctrinal qui allait nécessairement aboutir à son abolition (voir le texte associé à lire: "On parvient également à cette conclusion en prenant en compte la nouvelle compréhension des sanctions pénales appliquées par l’État moderne, lesquelles doivent tendre avant tout à la réhabilitation et à la réintégration sociale du criminel." http://press.vatican.va/content/salasta ... letterafra ).

Dans son texte - qui n'est en rien l'enseignement d'une doctrine universelle sur la question - Pie XII parle du bien commun auquel est soumis tout droit individuel, même le droit de vie, or, il n'y a pas nécessairement de viol de ce bien commun à accorder la vie. Il n'y a pas de contradiction avec le Pape François, à moins de prouver que Pie XII nie l'existence de circonstances à prendre en compte et de possibilité de maintien en vie.

Le Pape Nicolas 1er expliquait assez bien cela dans ses réponses aux bulgares:
"Loin de vous l'idée que vous, ayant reconnu si pieux un Dieu et Seigneur, maintenant jugiez aussi durement, spécialement depuis qu'il est plus approprié que, comme vous aviez jusque là mis des personnes à morts avec facilité, devez maintenant mener ceux ci non à la mort mais à la vie. Car le Saint Apôtre Paul, qui était initialement un persécuteur abusif et a prononcé des menaces et les massacres contre les disciples du Seigneur, plus tard a cherché la miséricorde et, se convertissant par une révélation divine, n'a pas seulement imposé la peine de mort sur qui que ce soit mais a même souhaité être anathème pour ses frères et était préparé à être consacré le plus volontairement aux âmes et aux fidèles. De la même façon, après que vous ayez été appelé par l'élection de Dieu et illuminé par sa lumière, vous ne devriez plus désirer la mort mais devriez sans hésitation rappeler tout le monde à la vie tant du corps que de l'âme, dès qu'une opportunité est trouvée. Et tout comme le Christ vous a tiré de la mort éternelle à laquelle vous étiez pris, vers la vie éternelle, vous devriez de même tenter de sauver non seulement l'innocent, mais aussi le coupable de la mort, selon les paroles du très sage Salomon: "Délivre ceux qu'on traîne à la mort, Ceux qu'on va égorger, sauve-les!" (Proverbes 24:11).
(lettre 99, chapitre XXV)
En ce qui concerne ceux qui ont tué leurs proches, c'est-à-dire des personnes liés par le sang comme un frère, un cousin ou un petit-fils, laissez les vénérables lois gader leur force. Mais s'ils ont fui à une église, laissez-les en fait être sauvé des lois de la mort et se soumettre sans sans hésitation à la pénitence qu'un évêque ou un prêtre a décidé: ce que je désire, dit le Seigneur, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il change de conduite et qu'il vive. (Ezechiel 33:11)
(Chapitre XXVI)
https://apps.carleton.edu/curricular/ma ... ebsite.pdf

On voit bien ici que la vie et le repentir ont une certaine priorité sur la condamnation.
Chaîne Youtube: https://www.youtube.com/c/Archidiacre


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