L'opposition juive au sionisme

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Cinci
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L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » sam. 01 juil. 2017, 14:30

Bonjour,

Je voudrais juste attirer l'attention de certains sur un petit chapitre d'un ouvrage écrit par Yakov M. Rabkin Au Nom de la Torah. Une histoire de l'opposition juive au sionisme, Canada, Le presses de l'Université Laval, 2004, 276 p.

Tout d'abord, à l'endos de la page de couverture :
L'association des Juifs avec l'État d'Israël est facile, presque automatique. L'État juif et l'État hébreu sont devenus des termes courants. Pourtant, parmi les partisans inconditionnels d'Israël, il y a moins de Juifs que de chrétiens. Le présent ouvrage explique ce paradoxe apparent et met en évidence l'opposition au sionisme articulée au nom de la tradition juive.

L'auteur est historien à l'Université de Montréal. Ses champs de recherche sont l'histoire juive contemporaine et l'histoire des sciences. Outre son cursus universitaire, il a étudié le judaïsme auprès de plusieurs rabbins au Canada, en France et en Israël. Il est souvent invité par les médias internationaux pour commenter la situation dans le monde juif et en Israël.

Voici :

Chapitre 6

Le sionisme, la Shoah et l'État d'Israël

La Shoah, le massacre industrialisé de millions de Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, est un événement qui reste central tant dans le discours sioniste que pour ses détracteurs judaïques. [...] Après la Seconde Guerre mondiale , le mouvement sioniste présente son projet politique comme une réaction à la Shoah et obtient, à peine deux ans après que s'éteignent les derniers fours crématoires, l'accord des Nations unies pour former un État juif. La prévention d'une autre Shoah justifierait également l'hégémonie militaire que le nouvel État gagne dès ses débuts et renforce constamment depuis.

Parmi ceux qui rejettent le sionisme et l'État d'Israël on trouve tant les Juifs haredim, qui ont souffert proportionnellement plus que tout autre groupe juif pendant la Shoah, que les Juifs libéraux américains que cette tragédie a épargnés. Plusieurs arguments des penseurs antisionistes juifs religieux risquent de blesser les sensibilités développés dans les trente dernières années.

[...]

Dans l'optique judaïque que partagent tous les Juifs pieux, la tragédie appelle à un examen de son propre comportement, à un repentir individuel et collectif. Elle n'est pas une occasion d'accuser le bourreau, encore moins une occasion d'expliquer son comportement par des facteurs politiques, idéologiques ou sociaux. Le bourreau - qu'il soit le pharaon, Amalek ou Hitler - ne serait qu'un agent de la punition divine, un moyen indubitablement cruel d'amener les Juifs à se repentir.

Selon cette logique, les catastrophent qui déferlent sur les Juifs ne pourraient s'expliquer que par la providence divine.

"Il est évident que la montée spectaculaire d'Hitler d'un simple colleur d'affiches à la position de maître omnipotent des destinées des nations n'est pas explicable dans le cours normal de l'histoire humaine. Notre seul recours est de nous tourner vers la Torah. Là nous trouverons les deux : l'explication et la cure de notre maladie", affirme le rabbin Wasserman quelques années avant sa propre mort aux mains des nazis.

Wasserman considère les persécutions nazies dont il devient lui-même une victime, comme une conséquence directe du sionisme.

De tous les différents "ismes" dont Wasserman est contemporain, il attaque en particulier le nationalisme juif comme un mouvement qui a amené une guerre entre le peuple juif et le Royaume céleste. Selon lui, le but du nationalisme juif est d'extirper Dieu du coeur des enfants d'Israël. Aussi longtemps que les leaders sionistes n'abandonnent pas le cours de leur action et ne se repentissent pas de leurs péchés, tout salut restera impossible.

En s'attaquant également au socialisme qui sert de fer de lance principal pour l'entreprise sioniste en Palestine, Wasserman voit une justice divine dans le fait que l'union du socialisme et du nationalisme, tous les deux idoles adorées par les sionistes est-européens, engendre le national-socialisme qui déverse -mesure contre mesure - toute la colère sur le peuple juif en Europe.

Aujourd'hui les Juifs ont choisi deux idoles à qui ils font leurs sacrifices : le socialisme et le nationalisme. Ces deux formes d'idolâtrie ont empoisonné les esprits et le coeur de la jeunesse juive. Chacune a sa tribu de faux prophètes sous la forme d'écrivains et d'orateurs qui accomplissent leur travail à la perfection. Un miracle s'est produit : dans les cieux on a fusionné ces deux idolâtries en une seule : le national-socialisme. Ainsi, une matraque effrayante a été crée qui frappe le Juif dans tous les coins du globe. Les abominations devant lesquelles nous nous sommes prosternées nous frappent à leur tour. (Wasserman)

Il reste persuadé que la Shoah, dont il pressent l'ampleur, n'est qu'un châtiment pour l'abandon de la Torah encouragé et pratiqué par les sionistes. Selon cette logique, aussi longtemps que l'entreprise sioniste se poursuivra, le peuple juif continuera de payer cher en vies humaines pour les transgressions inhérentes au sionisme.

Cette explication fournie avant la Shoah reste une condamnation éloquente du sionisme que Wasserman, comme beaucoup d'autres, trouve en rupture ouverte avec la continuité juive. Il cite le verset :"Prenez garde que votre coeur ne cède à la séduction, que vous ne deveniez infidèles, au point de servir d'autres dieux et de leur rendre hommage.", et rappelle le commentaire de Rachi, un outil indispensable d'exégèse juive :"Aussitôt que l'homme se détourne de la Torah il tombe dans l'idolâtrie."

Les dernières paroles du rabbin Wasserman prononcées au moment de son arrestation jettent une autre lumière sur son interprétation de la Shoah :

Il paraît que dans les cieux on nous considère pieux car on a choisi nos corps afin d'expier pour le peuple juif. Nous devons donc nous repentir maintenant, tout de suite. Il ne nous reste plus beaucoup de temps. Nous devons être conscients que nous serons de meilleures offrandes si nous nous repentissons. C'est ainsi que nous pourrons sauver les vies de nos frères outre-mer. Que n'entre dans nos esprits aucune pensée abominable qui pourrait, à Dieu ne plaise, rendre l'offrande irrecevable. ("Rav Elchonon Wasserman", Jewish Guardian, no 12, juillet 1977, p.8

La littérature judaïque qui présente cette vision de la Shoah est abondante, s'appuie sur des sources classiques et débute avant Auschwitz.

A cet égard, on invoque la responsabilité des sages de la Torah pour l'ensemble du peuple juif :"Sur le chemin d'Auschwitz, un Juif demande au rabbin Shelomo Zalman Ehrenreich, dit le Shimlauer Rov (1864-1944), pourquoi le Saint béni avait fait fondre cette catastrophe sur les Juifs d'Europe.

Il lui répondit : "Nous sommes punis parce que nous n'avons pas assez combattu les sionistes. Car toute faute, même individuelle, contre la Torah retombe sur l'ensemble de la communauté." Le Talmud averti :"Une fois libéré, l'Ange de la destruction ne distingue pas entre les coupables et les innocents." (Talmud, traité "Baba-Kama", p. 60a)

Il articule également l'idée de la responsabilité communautaire en indiquant que Dieu peut punir un Juif pour les transgressions d'autrui. La mort de six millions de Juifs durant la Seconde Guerre mondiale est donc interprétée comme punition pour la violation de l'ordre universel commise par les sionistes, une punition qui englouti même ceux qui n'ont jamais connu le péché.

[...]

Ainsi Teitelbaum, le Rébé de Satmar, qui fut lui-même sauvé de la Shoah, écrit :

Nous avons terriblement souffert à cause de nos transgressions, une souffrance plus amère que l'armoise, la pire qu'Israël ait connue depuis qu'il est devenu un peuple [...] Les hérétiques [les sionistes] ont tout fait pour violer les serments, pour s'élever en force et saisir la souveraineté et la liberté à leur gré, avant l'heure désignée [...] Ils ont leurré la majorité du peuple juif dans une hérésie terrible [...] Et il n'est pas surprenant que Dieu se soit emporté [...] Et si grande fut la colère de Dieu que des justes ont péri à cause de l'iniquité des pécheurs et des séducteurs. (Ravitzky, Messianism, p.65)

En Pologne, la pensée rabbinique n'est pas différente. Le second Rébé de Gour et l'auteur du livre de renom Sefat Emet (La langage de la vérité), le rabbin Yehouda Leib Alter (1847-1905) , qui écrit bien avant la Shoah, trouve que le sionisme qui venait alors de naître constitue une menace grave pour les Juifs.

Jacob voulait vivre en paix quand il fut frappé par la calamité des sionistes [...] Voilà que Satan est venu et a jeté la confusion dans le monde. Les chefs sionistes annoncent que nous sommes menacés d'un grand danger qui se cache derrière nos murs et que le pouvoir des ennemis d'Israël est le plus fort - Dieu nous préserve! C'est pourquoi nous avons le devoir de nous protéger, pour éviter que la confusion s'empare des masses. Celui qui a un cerveau doit réaliser que, par leurs écrits absurdes, les sionistes me feront qu'augmenter l'hostilité, s'ils continuent, dans leur imprudence, à répandre le bruit diffamatoire que nous sommes en révolte contre les peuples et que nous sommes un danger pour les pays dans lesquels nous résidons. Leur prophétie de malheur risque alors de s'accomplir. (Yehouda Leib Alter, cité par Ruth Blau).

La veuve du rabbin Blau ajoute une note historique aux liens de cause à effet entre le sionisme et la Shoah. En rappelant le message que Theodore Herzl et Max Nordau diffusent au début du XXe siècle parmi les dirigeants européens :"Les Juifs constituent un élément étranger et destructeur pour les pays où ils habitent", elle cite un ministre du gouvernement de l'empereur François-Joseph :"Si la propagande malveillante selon laquelle les Juifs sont un danger pour le monde et sont des révolutionnaires continue, au lieu d'établir un État juif les sionistes vont causer la destruction des Juifs d'Europe." (Ruth Blau)

p. 199

_____

Wasserman, Elhanan (1875-1941) : né en Lithuanie (empire russe). Il fait ses études talmudiques chez les meilleurs maîtres de son temps. Disciple de Hafets Haïm, il devient une autorité renommée du judaïsme lithuanien. Il interprète les événements contemporains dont la montée du national-socialisme en Allemagne.

Teitelbaum, Yoel (1887-1979) : né en Hongrie, ce rabbin de renom réussit, avec plusieurs disciples, à quitter l'Europe pour les États-Unis où il rebâtit sa communauté qui croît rapidement à New-York et aux alentours jusqu'à devenir un centre juif influent. Il dénonce la fondation de l'État d'Israël en 1948 et publie une oeuvre importante sous le titre Va-Yoel Moshe qui offre une base théorique à l'antisionisme articulé au nom de la Torah.

Ruth Blau (1920-2000) : née dans un milieu catholique français à Calais. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, elle entre dans la Résistance et aide, entre autres activités, des Juifs persécutés. Em 1951, elle se convertit au judaïsme. Bien avant de devenir la deuxième femme du rabbin Blau du Netouré Karta, elle participe aux nombreuses activités antisionistes.

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » sam. 01 juil. 2017, 16:35

A propos du comportement politique des sionistes :


Les sionistes auraient déclaré la guerre contre Hitler et son pays bien avant la Deuxième Guerre mondiale, auraient appelé à un boycott économique de l'Allemagne et ainsi auraient provoqué la rage du dictateur. Ainsi on accuse les sionistes qui

[...] ne se sont pas contentés de l'idée du sionisme qui, les avertissaient les rabbins, allaient provoquer un désastre. Ils ont fait effort de mettre de l'huile sur le feu. Ils devaient inciter l'ange de la mort, Adolf Hitler. Ils ont pris la liberté d'annoncer au monde entier qu'ils représentaient la juiverie mondiale. Qui avait nommé ces individus comme chefs du peuple juif? Tout le monde sait que ces "chefs" étaient des ignares en ce qui concerne le judaïsme : des athées et des racistes en plus. Ce sont ces hommes qui organisèrent l'irresponsable boycott contre l'Allemagne en 1933. Leur boycottage a fait autant de dégât en Allemagne qu'une mouche qui attaque un éléphant - mais il a amené la calamité sur les Juifs d'Europe. (Robert Infomeister)

Plusieurs rabbins de renom, dont Weinberg qui enseigne dans le prestigieux Séminaire rabbinique à Berlin, s'opposent au boycottage et à la propagande anti-allemande qu'ils considèrent dangereux et irresponsables. Selon l'historien américain Marc Shapiro, plusieurs autorités rabbiniques, dont Haïm Ozer Grodzinski (1869-1939), Elhanan Wasserman et Teitelbaum, rejettent le boycottage comme une attitude contraire à la tradition juive. On y voit une confrontation de deux approches irréconciliables : l'approche traditionnelle qui encourage négociation et compromis et la nouvelle qui défend l'honneur et n'esquive pas le conflit.

La position conciliatrice peut apparaître incompréhensible dans le contexte actuel où l'affirmation belliqueuse et défiante est devenue courante. Or, elle correspond à l'approche pragmatique qu'a élaborée à travers les siècles la tradition juive en diaspora et que dédaignent les sionistes : tout arrangement, même le plus difficile, est préférable à une confrontation.

Les activités sionistes dans les pays occidentaux, surtout entre les deux guerres, mettent l'accent sur la vocation de la Palestine comme lieu d'asile pour les Juifs persécutés, car les ambitions politiques, notamment l'intention de créer un État juif, sont loin de faire l'unanimité chez les Juifs aux États-Unis et ailleurs où sont menées les campagnes sionistes de collectes de fonds. Par contre, les discussions internes indiquent clairement que le sionisme est avant tout un mouvement idéologique d'autodétermination, plutôt qu'un plan pragmatique de sauvetage des Juifs en détresse.

Ainsi, on attribue à Haïm Weizmann, lui-même originaire de Russie, l'infirmation suivante : "Rien ne peut être plus superficiel, rien ne peut être plus faux, que de dire que les souffrances des Juifs russes sont la cause du sionisme. La cause fondamentale du sionisme est, et a toujours été, l'effort inébranlable d'acquérir un centre national".

C'est cette position idéologique qui expliquerait l'indifférence dont tant des historiens que des rabbins accusent les sionistes. La Shoah n'a fait que raffermir la détermination politiques des leaders sionistes d'obtenir un État juif : elle leur aurait offert un argument d'une rare puissance.

[...]

Les tractations

Peu après l'avénement du national-socialisme, les sionistes négocient un accord avec le gouvernement de Berlin pour le transfert de 60 000 Juifs allemands avec leur capital en Palestine.

Or à la suite de cet accord et devant les restrictions [britanniques] d'immigrer en Palestine, les organisations sionistes minent les efforts visant à faire accueillir les Juifs ailleurs qu'en Palestine et s'attirent en conséquence, les critiques de la part des rabbins libéraux, des rabbins haredis et, plus tard, de plusieurs intellectuels israéliens. Tous les critiques accusent les leaders sionistes de s'être souciés bien plus d'un futur État que du sort que subissaient les Juifs dans les camps de concentration.

Plusieurs tentatives de sauver des Juifs, en Hongrie et ailleurs, auraient rencontré une résistance de la part des dirigeants sionistes. On trouve plusieurs citations incriminantes dans les sources : un leader sioniste aurait répondu à un appel d'aider les Juifs d'Europe : "Une vache en Palestine est plus importante que tous les Juifs de Pologne." Un autre se serait exprimé en soulignant l'importance d'acquérir un État après la Seconde Guerre mondiale :"Si nous n'avons pas assez de victimes, nous n'aurons aucun droit d'exiger un État. C'est donc une ignominie insolente de lever des fonds pour l'ennemi afin d'épargner notre sang car c'est uniquement par le sang que nous obtiendrons un État."

Des négociations que menait avec les nazis le représentant de l'Agence juive, Rudolph Katzner (1906-1957), ont fait l'objet d'un procès judiciaire en Israël. Katzner aurait accepté un compromis : il aurait aidé les nazis à calmer les Juifs dans les camps à condition que les nazis permettent à quelques milliers de jeunes Juifs de partir pour la Palestine. Trouvé coupable par un tribunal israélien, il est acquitté par la Cour suprême saisie d'un appel de la part du cabinet de Ben Gourion. Dans une atmosphère d'indignation populaire, surtout parmi les parents des victimes de la Shoah. Katzner est abattu dans une rue de Tel-Aviv.

Certains vont même se demander si Ben Gourion est "humain". En 1938, à la suite de la Nuit de cristal qui a déclenché la violence physique contre les Juifs d'Allemagne, Ben Gourion aurait dit :

"Si je savais qu'on pouvait sauver tous les enfants juifs en les faisant passer en Angleterre, mais la moitié seulement en les transférant en Palestine, je choisirais cette deuxième option, parce que ce qui est en cause n'est pas seulement le sort de ces enfants, mais également le destin historique du peuple juif." (Ben Gourion cité dans Dina Porat, "Une question d'historiographie ; l'attitude de Ben Gourion à l'égard des Juifs d'Europe à l'époque du génocide" dans Heymann et Abitbol).

Fidèle à cette vision, Ben Gourion s'oppose à la création d'un grand organisme officiel compétent et doté de ressources pour des opérations de sauvetage, ainsi qu'à l'utilisation pour ces opérations, des fonds réunis par les organisations sionistes. Il n'incite pas non plus les Juifs américains à collecter des fonds importants pouvant être affecté à cette fin.

A une autre occasion, Ben Gourion aurait pris la parole à la conclusion d'un récit fait en pleine guerre en Yiddish par une survivante du ghetto de Vilnius sur l'extermination des Juifs d'Europe. Il a remarqué d'une façon "très froide, voire hostile, qu'elle s'était exprimée en une langue étrangère et malsonnante." (Avihu Ronen).

A la suite d'une visite à des communautés juives en Europe avant la Seconde Guerre mondiale, le rabbin Morris Lazaron (1888-1979), issu du judaïsme libéral américain, proteste contre la tendance de concentrer le financement sur les projets en Palestine au détriment des efforts de sauvetage des Juifs qui font face à la menace nazie en Europe. Il proteste également contre la propagande sioniste qui vise à faire croire aux Juifs que le monde les rejetterait tôt ou tard parce que juifs. Selon lui, il n'y a aucune raison de miner la confiance des Juifs [...] le rabbin libéral Berger reproche aux sionistes le même délit dont on les accuse du côté des haredim : avoir sabordé toute initiative de sauvetage de Juifs en Europe, dont une décision du président Roosevelt de trouver, dès le début de la guerre, des pays d'asile pour les réfugiés.

Le président américain aurait compris la logique sioniste :

Ils ont raison de leur point de vue. Le mouvement sioniste sait que la Palestine est, et restera encore, une société qui dépend de dons. Ils savent qu'ils peuvent lever des sommes énormes pour la Palestine en disant qu'il n'y a pas d'autre place où aller pour le pauvre Juif. Mais si un asile politique mondial existe sans égard à la race, à la foi ou à la couleur, ils ne pourront lever leur argent. Parce que ceux qui ne veulent pas donner l'argent auront une excuse et diront : Voulez-vous dire qu'ils n'ont d'autre place où aller sauf la Palestine? Mais ils sont les protégés du monde." (Roosevelt cité dans Elmer Berger, Judaism or Jewish Nationalism, p. 57)

p. 206

______

Elmer Berger (1908-1996) : rabbin du judaïsme libéral classique "Reform judaïsm", né à Cleveland. il publie un essai en 1942 sous le titre "Why I am a Non-Zionist" qui change la direction de sa carrière. Il devient vice-président de l'American Council for Judaism, organisation qui promeut une opposition au sionisme basée sur la tradition du judaïsme libéral. En 1969, il aide à former l'American Jewish Alternatives to Zionism.

Haïm Weizmann (1874-1952) :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chaim_Weizmann
Dernière édition par Cinci le dim. 02 juil. 2017, 7:46, édité 1 fois.

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » sam. 01 juil. 2017, 17:24

La Palestine ne peut pas absorber les Juifs d'Europe. Nous voulons que les meilleurs de la jeunesse nous joignent. Nous voulons uniquement des gens instruits en Palestine afin d'enrichir la culture. Les autres Juifs doivent rester là où ils sont et faire face au sort qui les attend. Ces millions de Juifs ne sont que de la poussière sur les roues de l'Histoire et ils peuvent se faire emporter par le vent. Nous ne voulons pas qu'ils inondent la Palestine. Nous ne voulons pas que Tel-Aviv devienne un autre ghetto pauvre.

- Haïm Weizmann (futur président d'Israël), 1938


(... cité dans Y.E. Bell, "The Traditional Corner", The Jewish Press (New York), 18 octobre 2002







Les vieux disparaîtront, ils attendront leur sort. Ils sont sans importance, tant économiquement que moralement. Les vieux doivent se réconcilier avec leur sort.

- Haïm Weizmann, 1937


(... cité dans Leonard R. Sussman, "Judaism for All Seasons", The Christian Century, 3 avril 1963

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » dim. 02 juil. 2017, 4:13

Encore ...


Actuellement, l'indifférence des dirigeants sionistes à l'égard des victimes est bien documentée; les survivants arrivés en Israël après la Shoah y rencontraient du dédain, voire de l'hostilité. Le sort des survivants de la Shoah provoque à l'époque une critique acerbe dans les publications antisionistes juives. La raison d'État prime en Israël et l'État israélien est accusé de torpiller systématiquement toute tentative d'accueillir les survivants, ou tout autre groupe de Juifs, dans d'autres pays.

On accuse les sionistes de pratiquer le "terrorisme" parmi les survivants internés dans les camps pour personnes déplacées en Europe. Ainsi, les sionistes auraient intimidé et forcé des milliers de survivants à témoigner de leur désir de s'Installer en Palestine devant la Commission d'enquête anglo-américaine qui leur offrait des possibilités de s'installer ailleurs. Au moins 50 000 parmi ces recrues forcées auraient quitté Israël peu après leur arrivée, certains même pour l'Allemagne tandis que, ajoute un auteur avec sarcasme, on n'a jamais entendu parler d'immigrants juifs qui auraient quitté les États-Unis ou tout autre pays de destination.

On cite également le procès-verbal de la Chambre des communes à Ottawa, afin d'appuyer l'accusation portée contre les sionistes : le ministre de l'immigration pointe du doigt la position du gouvernement d'Israël comme obstacle à une immigration plus ample de Juifs au Canada. (J.W. Pickersgrill, Débats de la Chambre des communes, 23 février 1956, p. 1514)

Ces accusations mettent en relief une constante dans la politique israélienne qui considère tout Juif comme citoyen israélien en puissance. Le pattern de s'approprier les Juifs de la diaspora, surtout lorsqu'ils sont en migration, se répète, quoique dans des circonstances moins tragiques, tout au long de l'histoire de l'État d'Israël.

Ainsi, les gouvernements israéliens, quel que soit le parti au pouvoir, tentent de canaliser tout flot migratoire des Juifs vers Israël, effectivement en s'opposant au déplacement des Juifs russe vers les États-Unis et vers l'Allemagne, des Juifs argentins vers les États-Unis, des Juifs maghrébins vers la France, etc. Cette habitude de traiter les Juifs de la diaspora comme propriété d'État et de mettre la raison d'État au-dessus de la liberté individuelle reflète la nature volontariste de plusieurs régimes politiques révolutionnaires du XXe siècle dont fait partie le sionisme.

La leçon que tirent les sionistes de la Shoah est simple. Il faut à tout prix obtenir un État, le rendre fort et y amener le nombre maximum de Juifs afin de le peupler contre toute contestation arabe.

La Shoah est un instrument qu'on utilise beaucoup. D'une façon cynique, on peut dire que la Shoah est l'un des objets qui se prêtent le mieux à la manipulation du public, du peuple juif en particulier, en Israël et à l'extérieur. Dans la politique israélienne, on tire communément de la Shoah la leçon qu'un Juif sans arme compte autant qu'un Juif mort. (Moshé Zimmerman cité dans Liebowitz)

Les fondateurs d'Israël ont convaincu la majorité des Nations-Unis que la seule réparation et, en même temps, la seule solution de "problème juif" consiste en l'établissement d'un État pour les Juifs. Selon eux, l;a présence des Juifs dans la diaspora serait dangereuse et seulement un État indépendant pourrait les protéger. Les sionistes établissent un lien direct entre la Shoah, événement de destruction extrême, et l'État d'Israël qui est présenté comme la renaissance après la destruction de la Shoah. La façon de commémorer la Shoah reflète les leçons que l'on veut en tirer.

Le Yom ha-shoah (Jour de la Shoah) est introduit par le gouvernement israélien en tant que jour officiel de commémoration de la tragédie. Afin de souligner la filiation des deux événements majeurs de l'histoire juive, il précède de quelques jours le Yom ha-atzmaout (Jour de l'indépendance). Le choix de la date s'explique par le désir des leaders du nouvel État de tempérer la mémoire de la souffrance passive - un objet de dédain de la part des sionistes - en y introduisant le thème de la résistance ; la révolte dans le ghetto de Varsovie en 1943. Ainsi, à l'origine, le titre officiel de la commémoration israélienne était Yom ha-shoah ou guevourah (Jour de la Shoah et de l'héroïsme). Le message principal de la commémoration est direct ; il n'y aura plus de Shoah parce que notre État saura nous en protéger.

Selon un manuel distribué aux officiers d'éducation de Tsahal, le Yom ha-shoah devait servir à encourager chez les recrues le sentiment d'appartenance au peuple juif et à la loyauté à l'État.

La solution sioniste d'établir l'État d'Israël doit offrir une réponse au problème de l'existence du peuple juif parce que toutes les autres solutions ont échoué. La Shoah prouve, dans toute son horreur, qu'au 20e siècle la survie des Juifs n'est pas assurée aussi longtemps qu'ils ne sont pas maîtres de leur destin, qu'ils ne possèdent pas le pouvoir de défendre leur survie.

Le texte officiel ajoute :

La position prise par les Juifs durant la Shoah reflète la puissance morale et spirituelle qui continue de pourvoir la base de notre position dans ce conflit continu. (cité dans Charles S Liebman et Eliezer Don Yehiya)

En d'autres mots, les activités de Tsahal constituent une suite logique de la résistance à la Shoah.

p. 210

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » dim. 02 juil. 2017, 4:37

Le recours à la Shoah afin de passer le message patriotique et combatif est constant. Un utilisant la participation dans une foire aéronautique en Pologne et faisant fi des protestations du musée d'Auschwitz, trois avions de chasse israéliens F-15 frappés de l'étoile de David et pilotés par des descendants de survivants de la Shoah ont survolé l'ancien camp d'extermination nazi pendant que deux cents soldats israéliens observaient le survol depuis l'ancien camp d'extermination de Birkenau, adjacent à Auschwitz. En commentant cette manifestation, un pilote israélien a mis en relief la confiance en la force armée ainsi : "C'est un triomphe pour nous. Il y a soixante ans, nous n'avions rien : pas de pays, pas d'armée, rien. Maintenant nous y arrivons à bord de nos avions de chasse." (Katarzyna Mala, "Israeli planes Overflow Auschwitz", Reuters, 4 septembre 2003)

Les commémorations officielles de la Shoah offrent moult occasions de transmettre le même message. Le chef de l'état-major israélien proclame devant un monument aux résistants du ghetto de Varsovie : "Si vous voulez connaître la source où l'armée israélienne puise sa force et sa puissance, allez chercher chez les saints martyrs de la Shoah et les héros de la révolte. La Shoah est la racine de la légitimation de notre entreprise." (cité dans Liebman et Don Yehiya)

Or associé l'histoire de la révolte du ghetto de Varsovie à la cause sioniste n'est pas toujours facile. Marek Edelman, l'ancien combattant de la révolte vit toujours en Pologne, se solidarise avec la résistance palestinienne et y trouve beaucoup de similitudes avec sa propre lutte contre les nazis. "Rien n'irrite les sionistes autant que les arguments de Juifs antisionistes qui ont une histoire tellement courageuse" (Marek Edelman cité dans Liebman et Don Yehiya)

p. 211

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » dim. 02 juil. 2017, 5:50

Afin de mieux enraciner tant chez les Israéliens que chez les jeunes Juifs dans la diaspora, la conscience que l'État d'Israël constitue une réparation par rapport à la Shoah, les éducateurs sionistes utilisent des moyens divers [...] le plus redoutable à cet égard est la Marche pour la vie (March of the Living), une entreprise mise en place en 1988.

La marche est un périple qui amène des adolescents juifs d'abord en Pologne, aux sites historiques de la Shoah tel le camp d'extermination d'Auschwitz, et ensuite en Israël afin d'y célébrer le Jour de l'indépendance d'Israël . Le message qui en résulte est assez puissant : après la mort - la vie, après les sombres baraques d'Auschwitz - les rues ensoleillées de villes israéliennes décorées de drapeaux bleus et blancs pour la fête de l'indépendance.

A part lui offrir une raison d'être assez persuasive, la Shoah offre à Israël un levier important pour se procurer de l'aide. Selon un parlementaire israélien :

Même les meilleurs amis d'Israël se sont abstenus de procurer aux Juifs européens une aide substantielle et ont tourné le dos aux cheminées des camps de la mort. C'est pourquoi tout le monde libre, particulièrement de nos jours, doit démontrer sa repentance [...] en procurant à Israël une aide diplomatique, défensive et économique. (Liebman)

Les usages de la Shoah par l'État d'Israël sont multiples. La Shoah sert depuis des décennies d'instrument persuasif de la politique étrangère d'Israël qui arrive ainsi à étouffer ses critiques et à générer une sympathie pour l'État, présenté comme l'héritier collectif de six millions de victimes.

L'écrivain israélien Amos Oz s'Insurge contre cette attitude hautaine :

Nos souffrances nous ont fourni des indulgences, une sorte de carte blanche morale. Après tout ce que ces sales goïm [non-juifs] nous ont fait, aucun d'eux n'a le droit de nous enseigner la morale. Nous, d'autre part, avons carte blanche parce que nous avons été victimes et avons souffert tellement. Une fois victime, toujours victime, et cet état de victime pourvoit au porteur une exemption morale. (Amos Oz, The Slope of Lebanon, San Diego, Harcourt, Brace et Jovanovich, 1989)

[...]

La centralité du mythe de la Shoah permet de comprendre pourquoi Israël est prêt à se comporter de telle manière que beaucoup de ses amis, voire certains de ses propres citoyens. considèrent irrationnelle. Ils citent à l'appui une lettre expédiée par le premier ministre Begin au président Reagan lors de l'invasion israélienne du LIban en 1982. Begin l'assure qu'il se sent comme quelqu'un qui envoie "une armée courageuse à Berlin afin d'éliminer Hitler dans son bunker".

Si des doutes quant à l'usage de la mémoire de la Shoah font apparition chez des sionistes convaincus, plusieurs critiques judaïques du sionisme considèrent que la commémoration officielle de la Shoah, et plus particulièrement celle de la révolte de Varsovie, fausse les événements et affirme une morale étrangère au judaïsme. Ils condamnent la glorification de la force qui est inhérente à ces commémorations mettant l'accent sur la résistance qui, après tout, n'était que très rare.

Nous avons vu que le recours à la force devient un article de foi pour un grand nombre de Juifs après la Shoah. Mettre en doute la légitimité et l'efficacité de ce recours risque d'attirer des accusations de traîtrise dans les cercles sionistes. Lors que cette sensibilité moderne rencontre celle des Juifs pieux qui voient la main de Dieu dans tout ce qui leur arrive, dont la Shoah, cette rencontre engendre un malaise de la part du Juif moderne.


[Rabkin en arrive alors à illustrer le choc qu'occasionne cette rencontre de la tradition juive avec les valeurs actuelles du sionisme]


Un émouvant recueil d'histoires hassidiques racontées par des survivants de la Shoah donne moult exemple de cette foi inébranlable en Dieu et en sa providence. Une toute brève histoire qu'il rapport traite de femmes juives qui allaient être massacrées par des SS dans un ghetto. Elles demandent et obtiennent le droit de s'immerger dans le mikve, le bain rituel utilisé pour la purification, avant la mort. A l'officier allemand en charge qui interroge l'une d'elles sur les raisons de cette étrange demande de la part de "cette race sale qui contamine le monde entier", la juive répond que "Dieu a amené nos âmes pures dans ce monde, dans les maisons pures de nos parents et nous voulons les rendre en pureté à notre Père qui est aux cieux".

C'est cette confiance en Dieu qui donne le courage à un rabbin hassidique de demander au commandant du camp de Begen-Belsen de lui fournir un four et de la farine afin de préparer des pains azymes pour la fête de Pâque. Lorsqu'il récite et commente la Haggada, il assure ses hassidims que la Shoah est "le début de notre rédemption". En retournant à leurs baraques, les hassidims étaient sûrs que "les pas du Messie résonnaient dans leurs propres pas sur le sol trempé de sang de Begen-Belsen".

Il est significatif que l'auteure [sioniste] du recueil se sente obligée de rassurer le lecteur dans la préface en précisant que "cette collection d'histoires hassidiques n'est pas une négation de la valeur de la résistance armée et de la lutte physique pour la vie ou pour une mort avec honneur".

En effet, les histoires ne mentionnent point la résistance ; elles témoignent plutôt d'une interprétation de la Shoah par ses victimes que l'on entend rarement dans les activités commémoratives. Le commentaire met en relief la difficulté pour le Juif moderne de reconnaître une autre façon d'interpréter la tragédie, une façon qui affirme la tradition juive dans des circonstances extrêmes et lui donne un sens spirituel que cette tradition inspire.

p. 214

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » dim. 02 juil. 2017, 7:24

La démarche de Rabkin peut être illustré dans un commentaire inséré dans la préface de son ouvrage :

Préface

"En Europe, au XIXe siècle, beaucoup pratiquaient à la fois le laïcisme et la religion. D'autres pratiquaient le laïcisme au lieu de la religion. Le nationalisme a ainsi pu se transformer en une religion laïque, faisant de l'État un monstre qui a causé les pires catastrophes du XXe siècle.

Le présent ouvrage stimule le débat sur le nationalisme à l'égard de mon propre pays. L'auteur se penche sur la remise en question du mythe selon lequel Israël protège tous les Juifs et constitue ainsi leur patrie naturelle à tous. A juste titre, le livre démontre que ce mythe est anti-juif. Les Israéliens, pour la plupart, prennent ce mythe pour le sionisme, soutenant que nous ne pourrons véritablement accéder à l'indépendance le jour du rassemblement intégral des diasporas. Dans ce contexte, la question vitale pour les Juifs du monde est la suivante : les intérêts d'Israël concordent-ils avec ceux des Juifs de la diaspora, ou entrent-ils au contraire en conflit avec eux? Or il s'agit d'une question tabou pour l'idéologie sioniste actuelle. Le pire est que cette idéologie considère l'antisémitisme comme inéluctable et Israël comme le seul endroit au monde où les Juifs puissent se trouver en sécurité. Ce concept est essentiellement antidémocratique; il nie a priori la valeur de l'émancipation des Juifs dans l'ensemble du monde moderne. Il sert aussi à justifier l'exigence sioniste de voir tous les Juifs soutenir Israël, souvent aux dépens des intérêts nationaux des pays dans lesquels ils vivent. La plupart des dirigeants de la diaspora n'ont pas de meilleur programme que de défendre Israël en se fondant sur le principe vicié suivant : "Mon pays, qu'il ait raison ou tort".

Les gouvernements israéliens se comportent donc comme les dirigeants d'une communauté qui se trouve encore dans un ghetto et balaient du revers de la main les intérêts des non-juifs d'Israël, de sorte qu'Israël demeure perpétuellement dans un état de guerre, car un ghetto muni d'une puissante armée est dangereux.

Le mythe empêche de nombreuses personnes, y compris les Juifs d'Israël, de reconnaître l'authenticité de la position adoptée par les rabbins antisionistes, d'admettre que cette position est tout à fait fidèle à la tradition juive. La reconnaissance de la légitimité de l'antisionisme religieux est essentielle au débat sur Israël et le sionisme. Étant donné que les sionistes, tant Juifs que chrétiens, nient toute légitimité à l'antisioniste, ce débat demeure étouffé de nos jours.

L'importance de se familiariser avec l'antisionisme fondé sur la Torah n'est que trop évidente; l'ignorer ne fait que renforcer le culte de la vache sacrée du sionisme moderne. Et cela comprend les thèses de la nature centrale d'Israël dans la vie juive partout dans le monde et du droit du gouvernement israélien à parler au nom de tous les Juifs de la diaspora. Ce culte stipule également que les Juifs non israéliens ne peuvent exprimer aucun désaccord avec quelque position officielle d'Israël que ce soit. Dernièrement, un congrès sioniste a assimilé toute opposition au sionisme à de l'antisémitisme, une déclaration qui a de graves conséquences pour de nombreux Juifs dans le monde entier, y compris en Israël. Rendre illégitime la moindre remise en question des positions officielles d'Israël est tout simplement scandaleux, et la critique que contient cet ouvrage n'est qu'un début de cette remise en question.

Se fondant sur des documents historiques importants mais peu connus, l'auteur démontre toute la différence qui existe entre ces concepts : le sionisme, le judaïsme; Israël en tant qu'État, en tant que pays, en tant que territoire, en tant que terre sainte; les Juifs (les Israéliens et les autres), les Israéliens (juifs en non-juifs), les sionistes (juifs et chrétiens) et les antisionistes (encore une fois juifs et chrétiens). Quand on parle d'État juif pour désigner Israël, par exemple, cela donne lieu à une confusion aussi réelle que dangereuse entre la foi et la nationalité.

On n'a pas besoin d'être religieux pour protester contre le recours par Israël à des arguments religieux. Je ne suis pas religieux et je ne cède pas à la mode actuelle parmi les intellectuels israéliens d'éreinter le sionisme et son histoire. Or, en tant que patriote israélien et en tant que philosophe, je considère qu'il est essentiel d'intégrer le discours de l'antisionisme judaïque dans le débat public sur notre passé, notre présent et notre avenir, un débat dont nous avons grand besoin.

Joseph Agassi
Université de Tel-Aviv et Univesité York, Toronto

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » lun. 03 juil. 2017, 23:46

Et sous les auspices de la disparition de Simone Veil, tiens!

Un mot peut-être nuancé d'Alain Gresh :

La Shoah

Lors du procès fait à Adolph Eichmann, l'un des organisateurs de la "solution finale", en Israël en 1961, l'écrivain Yehiel Di-Nur raconte son expérience du camp d'Auschwitz :

"J'ai été là-bas pendant deux ans environ. Là-bas, le temps était autre de ce qu'il est ici sur terre. Chaque fraction de seconde appartenait à un cycle de temps différent, Les habitants de cette planète ne portaient pas de noms. Ils n'avaient ni parents ni enfants. Ils ne s'habillaient pas comme mous nous habillons ici. Ils n'étaient pas nés là-bas et ils n'y donnaient pas naissance. Leur respiration même était rythmée par des lois d'une autre nature. Ils ne vivaient ni ne mourraient selon les lois de ce monde. Leurs noms étaient des numéros."

Primo Lévi, né à Turin en 1919, déporté lui aussi à Auschwitz en 1943, écrit dans Si c'est un homme en 1947 :

"Qu'on imagine maintenant un homme privé non seulement des êtres qu'il aime, mais de sa maison, de ses habitudes, de ses vêtements, de tout enfin, littéralement de tout ce qu'il possède : ce sera un homme vide, réduit à la souffrance et au besoin, dénué de tout discernement, oublieux de toute dignité : car il n'est pas rare, quand on a tout perdu, de se perdre soi-même; ce sera un homme dont on pourra décider de la vie ou de la mort le coeur léger, sans aucune considération d'ordre humain, si ce n'est tout au plus , le critère d'utilité. On comprendra alors le double sens du terme "camp d'extermination" et ce que nous entendons par l'expression "toucher le fond".

Comme tout événement historique, le génocide des Juifs a suscité débats et controverses. D'abord, sur sa place et sa signification : était-il unique? Faut-il y lire la preuve d'un antisémitisme éternel? Quelles leçons morales peut-on en tirer? Ensuite, sur son "utilisation" : là, nous regagnerons les rives du conflit israélo-palestinien. Enfin, et c'est le plus effarant, sur son existence même ; un courant "négationniste" prétend que le génocide n'a jamais eu lieu, que les chambres à gaz sont une invention des Juifs, ou des sionistes, pour susciter pitié et solidarité avec Israël.

Reprenons ces interrogations dans l'ordre . Le génocide des Juifs (ou Shoah) s'inscrivit dans l'ensemble de la stratégie nazie. Celle-ci ne fut pas exclusivement dirigée contre les Juifs, même s'ils en furent les principales victimes. Outre les Tziganes déjà cités, les Slaves, et notamment les Polonais, étaient également visés. Si Hitler avait triomphé, il aurait étendu sa politique d'extermination à tous ceux que les nazis considéraient comme des sous-hommes.

Ainsi que le remarque le journaliste israélien Boaz Evron : "L'antisémitisme était au coeur du système d'extermination, mais ce système était plus vaste; il s'agissait d'un système de sélection à l'infini, une institution fondamentale et permanente de l'empire nazi". Et il ajoute : "Le massacre des Juifs d'Europe n'est pas un phénomène propre à l'histoire juive exclusivement, mais il fait partie de l'effondrement total du système européen [...] Les Juifs ne sont pas une race à part et différant radicalement du reste des humains, comme le voulaient les nazis, et comme le veulent nos supernationalistes." Pour beaucoup de sionistes, en effet, le génocide des Juifs s'expliquerait seulement par la haine "éternelle" à l'égard du peuple élu; il ne pourrait donc être comparé à d'autres génocides, ni s'Inscrire dans l'histoire de l'Europe des années 1930.

Je voudrais aborder ce débat sous un autre angle.

Dans ses réflexions sur les abus de la mémoire, le philosophe Tzvetan Todorov explique que si le travail de recouvrement du passé est important, plus important encore est l'usage que nous en faisons. L'événement recouvré, explique-t-il, peut-être lu soit de manière littérale, soit de manière exemplaire. Dans le premier cas, le fait traumatisant - ici, le génocide des Juifs - reste fermé sur lui-même, il est incomparable, nous n'en tirons aucune leçon pour la vie actuelle; il demeure impénétrable pour qui n'appartient pas au groupe persécuté. Dans le second cas, au contraire, nous décidons de l'utiliser et de nous en servir comme d'un modèle pour comprendre des situations nouvelles.

Un peu abstrait? Essayons de redescendre sur terre, sur la Terre sainte.

L'historien israélien Tom Séguev résume les deux leçons contradictoires que peut tirer la société israélienne du génocide des Juifs 1) Personne n'a le droit de rappeler aux Israéliens des impératifs moraux tels que le respect des droits de l'homme, car les Juifs ont trop souffert et les gouvernements étrangers ont été incapables de leur venir en aide. 2) On peut, au contraire, penser que le génocide somme chacun de préserver la démocratie, de combattre le racisme, de défendre les droits de l'homme.

[...]

Marek Edelman, qui fut l'un des chefs de l'insurrection du ghetto de Varsovie en 1943, a eu cette formule à propos de la guerre en Bosnie-Herzégovine : "C'est une victoire posthume de Hitler." Il n'opère pas, souligne Tzvetan Todorov, un amalgame facile entre le génocide et les événements de l'ex-Yougoslavie, mais il souligne ce qui rapproche les deux événements, la purification ethnique.

De ce point de vue, on peut s'interroger sur le caractère rituel de la commémoration du génocide des Juifs, souvent déconnectée de toute leçon morale concrète liée au monde dans lequel nous vivons. A force de vouloir faire un événement à part, on lui ôte toute dimension pédagogique.

La colonisation du XIXe siècle s'est appuyée sur l'idée d'une hiérarchie des civilisations, sur la théorie de l'évolution appliquée aux sociétés humaines. Cette doctrine de la suprématie s'est trouvée confortée par l'invention du concept de "race", concept investi de toute l'aura de la science positiviste. "Nulle philanthropie ou théorie raciale ne peut convaincre des gens raisonnables que la préservation d'une tribu de Cafres de l'Afrique du Sud est plus importante pour l'avenir de l'humanité que l'expansion des grandes nations européennes et de la race blanche en général", écrivait un théoricien allemand, Paul Rohrbach, dans un best-seller publié en 1912, La pensée allemande dans le monde. Cette vision de la gradation raciale contribua aussi à la naissance de l'antisémitisme moderne sur lequel Hitler fonda sa politique d'extermination. Expliquer cette "correlation" permettrait par exemple de mieux faire comprendre aux jeunes originaires du Mahgreb ou de l'Afrique noire en quoi ils sont, eux aussi, concernés par l'histoire de la Seconde Guerre mondiale : leurs parents et grands-parents ont été victimes des mêmes théories délirantes et criminelles que les Juifs.

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » mar. 04 juil. 2017, 0:56

Le génocide est transposé au coeur du conflit israélo-palestinien. Comme tous les événements historiques, il est "instrumentalisé", utilisé à des fins politiques. Pour les sionistes, il est la preuve de la nécessité d'Israël comme refuge pour les Juifs du monde. Il sert aussi à intimider les critiques de l'État d'Israël en les taxant d'antisémites plus ou moins camouflé, et à conforter les opinions publiques occidentales. Il faut bien sûr refuser ce chantage ... Mais rien ne serait plus néfaste que de réduire la mémoire juive - ou même israélienne - du génocide à de la simple propagande.

Nombre d'Israéliens ont réellement peur, malgré la supériorité incontestable de leur pays. Ils ont vécu dans l'angoisse la crise de l'été 1967 - à la veille de la Guerre des Six-Jours contre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie - angoisse avivée par les appels incendiaires des radios arabes. Ils croient déceler dans ces déclarations une filiation avec la propagande des nazis. Et, parfois, l'accueil fait dans le monde arabe à certains apôtres du négationnisme ne peut que renforcer ce sentiment.

[...]


Roger Garaudy et le négationnisme

Pourquoi en dépit de toutes les preuves disponibles, des gens continuent-ils de douter de l'existence du génocide? [...] Le raisonnement est le suivant : Israël utilise le génocide pour asseoir sa légitimité. donc il faut nier le génocide pour lui ôter sa légitimité.

Ces thèses ont connu un regain d'intérêt en France et dans le monde arabe avec Roger Garaudy.

[...]

"Hitler était bien sûr hostile aux Juifs, poursuit Roger Garaudy, mais il ne voulait pas les exterminer. La "solution finale" se résume à une déportation vers l'est qui s'opéra dans de terribles conditions : marches forcées, famines, privations, épidémies, etc. Il n'y eut donc jamais de machine d'extermination." Et de se lancer dans une macabre comptabilité pour démontrer que les estimations ont varié au cours des années.

Il est vrai que, concernant le nombre de tués à Auschwitz, les chiffres ont oscillé de 4 millions au lendemain de la Guerre à 1 million aujourd'hui. Est-ce étonnant? Connaissait-on le nombre exact de morts durant la guerre d'Algérie en 1962? Et c'est vrai pour la plupart des autres conflits. Mais, dans le cas du génocide des Juifs, le nombre de morts est à peu près arrêté : près de 6 millions - la moitié dans les chambres à gaz, 1 million par balles (notamment sur le front de l'Est), les autres ayant péri dans les ghettos et du fait des mauvais traitements, de la sous-alimentation, etc. C'est le résultat d'innombrables travaux dont Roger Garaudy ignore tout.

Son texte se borne à un collage de citations sorties de leur contexte, procédé dont il use enfin pour démontrer que "les chambres à gaz n'ont jamais existé". Ainsi, Roger Garaudy est un négationniste que rien ne sépare de Robert Faurisson et tous ses acolytes antisémites. En le condamnant, les autorités françaises en ont fait, aux yeux de certains, une victime. Mais il est regrettable que des intellectuels européens ou arabes aient pu défendre son "droit à l'expression" sans condamner les thèses dont il se fait propagandiste.

Cependant, toute critique de la politique israélienne ou même du sionisme n'équivaut pas à l'expression d'un antisémitisme ou d'une attitude négationniste.

Il faut rejeter tous les types de chantage, comme celui qu'exerce Patrick Gaubert, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), dans une tribune du Figaro du 7 juin 2001. Il dénonce la montée des actes antisémites en France et la maladie à l'origine de ces dangereuses métastases : "On connaît le mal. L'antisionisme, vaste et fumeuse entreprise intellectuelle et politique - quand elle n'est pas raciste - vise à ne pas reconnaître le droit du peuple juif à retourner sur la terre de ses ancêtres ou, plus concrètement, le droit d'Israël à exister."

Pour conclure ces réflexions, je citerai l'intellectuel américano-palestinien Edward Saïd :

"La thèse selon laquelle l'Holocauste ne serait qu'une fabrication des sionistes circule ici et là de manière inacceptable. Pourquoi attendons-nous du monde entier qu'il prenne conscience de nos souffrances en tant qu'Arabes si nous ne sommes pas en mesure de prendre conscience de celles des autres , quand bien même il s'agit de nos oppresseurs, et si nous nous révélons incapables de traiter avec les faits dès lors qu'ils dérangent la vision simpliste d'intellectuels bien-pensants qui refusent de voir le lien qui existe entre l'Holocauste et Israël? Dire que nous devons prendre conscience de la réalité de l'Holocauste ne signifie aucunement accepter l'idée selon laquelle l'Holocauste excuse le sionisme du mal fait aux Palestiniens. Au contraire, reconnaître l'histoire de l'Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux Juifs d'établir un lien entre l'holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens."

Source : Alain Gresh, Israël, Palestine. Vérités sur un conflit, p. 150

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » lun. 17 juil. 2017, 0:05

A verser dans le Dossier Noir du sionisme politique israélien.

:)

http://vigile.quebec/Guerre-des-6-jours-occupation-de

C'est Norman Finkelstein qui veut expliquer la véritable situation en 1967 et au sujet de la crise qui débouchât sur la guerre des six jours, avec les conséquences que nous connaissons depuis cinquante ans. Selon lui, Israël serait le véritable agresseur dans ce conflit. Tout le contraire de ce que l'on nous a dit et répété depuis des décades.

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » lun. 17 juil. 2017, 0:27

Une partie de la retranscription :


Aaron Mate : Merci d’être avec nous. Nous allons entendre beaucoup de commémorations de la guerre de 67, et le récit qui nous sera proposé ressemble beaucoup à celui-ci. Il est issu du New York Times. Le NY Times écrit :

« Cette année marque un demi-siècle depuis la guerre israélo-arabe de 1967 dans laquelle Israël a fait victorieusement face à une menace d’anéantissement par ses voisins arabes et en est également venu à dicter sa loi aux Arabes palestiniens dans les zones capturées, y compris dans la vieille ville [de Jérusalem]. »

Norman, c’est le NY Times qui dit qu’Israël « a fait victorieusement face à une menace d’anéantissement » en 67. Quel est le problème avec cette image [qui nous est présentée] ?

Norman Finkelstein : Eh bien, ce qui ne va pas avec elle, c’est que cela ne s’est jamais produit, et c’est généralement un gros problème. C’est ce qu’on appelle « falsifier l’histoire

Les faits sont très clairs pour 1967, au moins sur le point que nous allons maintenant aborder. Les États-Unis avaient de nombreuses agences de renseignement qui surveillaient la situation entre Israël et ses voisins arabes, probablement près d’une demi-douzaine d’organismes de renseignement, et l’administration américaine sous Lyndon Johnson était rigoureusement tenue au courant de tout ce qui se passait là-bas.

Maintenant, la grande question pour Israël en 1967 n’était pas de savoir s’ils allaient prévaloir sur les Arabes. Ils savaient que c’était dans la poche parce qu’ils avaient déjà [les enseignements de] leur répétition de bal en 1956 quand ils ont conquis [tout] le Sinaï en 100 heures environ, et [en 1967], nous ne sommes qu’une décennie plus tard, et ils savent qu’ils vont vaincre facilement. Leur principale préoccupation était : comment les États-Unis réagiraient-ils ? Et en 1957, une décennie plus tôt, les États-Unis avaient agi assez sévèrement. Dwight D. Eisenhower avait donné à Israël un ultimatum : sortez ou alors… En d’autres termes, sortez du Sinaï ou vous allez faire face à une forte réaction du gouvernement des États-Unis. Les Israéliens craignaient qu’il y ait une répétition de 1957 en 1967.

Donc les Israéliens envoyaient beaucoup de gens pour tâter l’administration américaine, en posant des questions à des personnes qui avaient des accès et qui étaient liées à Johnson. Parmi les personnes envoyées, il y avait le Major-Général de division Meir Amit, qui était le chef du Mossad israélien, l’agence de renseignement. Maintenant, les États-Unis avaient abouti à deux conclusions fermes à propos de 1967. Conclusion numéro un, le Président égyptien Gamal Abdel Nasser n’allait pas attaquer. Il n’y avait aucun élément de preuve indiquant qu’il allait attaquer. Conclusion numéro deux, si, contre toutes les données, il attaquait, comme Johnson le disait à l’époque : « Vous allez leur mettre une raclée s’il attaque. C’est ce que disent tous nos services de renseignement ».

Maintenant, vous pourriez poser la question, eh bien, c’est ce que le renseignement américain disait, mais que disait le renseignement israélien ? Eh bien, nous le savons, parce que le 1er juin, le Général-Major Meir Amit est venu à Washington et il a parlé à des hauts fonctionnaires américains. Il a dit, et maintenant je le cite, qu’il n’y avait « aucune différence dans l’évaluation de la situation actuelle au Moyen-Orient par nos services de renseignement [respectifs]. Aucune différence. » Ce qui signifie que les Israéliens savaient aussi que Nasser n’allait pas attaquer et qu’ils savaient aussi que s’il attaquait, alors, comme Johnson l’a déclaré : « Vous allez leur mettre une raclée. » De fait, c’est ce qui s’est passé…

Le secrétaire à la Défense à l’époque était alors Robert McNamara et, dans les discussions internes, il a prédit que la guerre durerait de sept à dix jours. Plus tard, il se vanterait de la justesse de son estimation. En fait, la guerre était terminée non pas en six jours, mais la guerre était terminée, vraiment littéralement, elle était finie en six minutes environ. Au moment où Israël a lancé sa frappe Blitzkrieg et anéanti l’armée de l’air égyptienne, qui était encore au sol, alors les troupes au sol n’avaient aucun soutien aérien. C’était fini. La seule raison pour laquelle ça a duré six jours, c’est parce qu’ils voulaient s’emparer de territoires. C’était une capture de terres [par la force].

Aaron Mate : D’accord, mais le récit que nous avons entendu pendant 50 ans, j’ai appris cela à l’école hébraïque, à l’école du dimanche, et dans mon camp d’été juif, est qu’Israël était confronté à une menace existentielle et qu’il a mené une guerre défensive. Examinons donc certains des points clés utilisés pour avancer cet argument. Puisque vous avez mentionné Nasser, commençons par lui. Il a bien ordonné le retrait des troupes de l’ONU qui étaient stationnées de son côté de la frontière israélo-égyptienne. C’est souvent cité comme preuve qu’il se préparait à attaquer Israël.

Norman Finkelstein : Juste. Eh bien, ce qui s’est passé est qu’en avril 1967, il y a eu un combat aérien entre la force aérienne syrienne et la force aérienne israélienne. Au cours de ce combat, Israël a abattu six avions syriens, dont un au-dessus de Damas. Vous demanderez peut-être pourquoi cela s’est-il passé ? Eh bien, les preuves sont parfaitement claires pour ce qui s’est passé et nous les tenons d’une source irréfutable, à savoir Moshe Dayan,

Aaron Mate : Qui était un général israélien.

Norman Finkelstein : Il était le personnage principal en 1967, puis il est devenu sous [Menahem] Begin le ministre des Affaires étrangères, lorsque Begin est arrivé au pouvoir en 1977. Mais en 1976, Moshe Dayan, il a donné une interview et il a dit : « Je vais vous dire pourquoi nous avions tous ces conflits avec la Syrie. Il y avait une zone démilitarisée formée après la guerre de 1948, entre la Syrie et Israël. Alors, qu’est-ce qui se passe dans cette zone démilitarisée ? » Dayan a déclaré : « Au moins 80% du temps, et probablement plus, mais limitons-nous à 80% du temps, nous envoyions des bulldozers dans cette zone démilitarisée, parce qu’Israël été engagé dans une saisie de terre [par la force]. Israël essayait de s’emparer de terres dans la zone démilitarisée. Il envoyait des bulldozers, les Syriens réagissaient, et cela escaladait. En avril 67, cela a escaladé en un combat aérien entre les Syriens et les Israéliens.

Après cela, Israël a commencé à menacer, verbalement, qu’il allait lancer une attaque contre la Syrie. Beaucoup de responsables israéliens… La déclaration la plus célèbre est venue à ce moment-là d’Yitzhak Rabin, mais de nombreux responsables israéliens menaçaient la Syrie. Il est arrivé que l’Union soviétique a eu écho des réunions du Cabinet en Israël. À la mi-mai, le Cabinet a pris une décision : nous allons attaquer la Syrie. L’Union soviétique a communiqué cette information aux États arabes voisins. Dans l’histoire officielle, on appelle ça la fausse alarme, à savoir que l’Union soviétique aurait inventé cette attaque israélienne imminente.

Aaron Mate : Permettez-moi de citer un, en fait. L’historien israélien Ami Gluska, dans son livre L’armée israélienne et les origines de la guerre de 1967, écrit : « L’évaluation soviétique de la mi-mai 1967, qu’Israël était sur le point de frapper en Syrie, était correcte et bien fondée. »

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Re: L'opposition juive au sionisme

Message non lupar Cinci » mar. 18 juil. 2017, 21:25

Autre pièce :

Macron réaffirme la responsabilité de la France
http://www.ledevoir.com/international/e ... -la-france


Voir :
Le président Emmanuel Macron a rappelé dimanche toute la responsabilité de la France dans la rafle du Vél’d’Hiv, ayant visé des milliers de Juifs en 1942, dont il soulignait avec le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, le 75e anniversaire, à Paris.

C’est la première fois qu’un premier ministre israélien participe à cette cérémonie rappelant l’un des épisodes les plus noirs de l’histoire française

encore

Chaleureux avec le chef du gouvernement israélien, qu’il a appelé « cher Bibi », Emmanuel Macron a rappelé l’importance du combat contre l’antisémitisme, hier comme aujourd’hui, et affirmé : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme », qui est la « forme réinventée de l’antisémitisme »


Une visite critiquée

La venue du chef du gouvernement israélien a suscité des critiques, certains dénonçant une « instrumentalisation » des Juifs français. L’UJFP (Union juive française pour la paix) s’est dite « choquée » qu’un dirigeant israélien soit convié à la commémoration d’un « crime contre l’humanité franco-français ».
L'Union juive française s'est dite choquée ...


Nous retrouvons ici toute la problématique de ce fil. C'est notre cher ami, monsieur Macron, qui viendrait délégitimer toutes les critiques de l'Union juive française, les faisant passer pour un crime, la complicité avec l'innommable et pour cause d'antisionisme (traitrise envers le peuple juif si on est juif, etc.)

Comment des politiciens français peuvent-ils en arriver à vouloir museler en France la parole de Juifs français ... français, citoyens français et payeurs de taxes ... pour empêcher des Juifs ... alors Juifs, mais Juifs ... de critique d'autres Juifs ... pour se mêler de vouloir jouer à l'arbitre dans le débat entre Juifs ... pour faire plaisir à ce "cher Bibi" ?

C'est là toute la question. Notre ami Macron accrédite la thèse des sionistes et selon laquelle le sionisme politique du XXe siècle résumerait naturellement tout le judaïsme, et que tous les Juifs du monde auraient l'obligation de se ranger maintenant aux ordres des patrons du mouvement créchant en Israël. Macron joue le rabatteur au profit de Bibi. La présence de Netanyahou en France pour cette commémoration a pour fonction symbolique de montrer que c'est Bibi le porte-parole de la communauté juive mondiale.

Le discours sécuritaire de Macron est à l'avenant. Car c'est aussi le discours régulier des faucons du sionisme en Israël.


Enfin, Macron accuse la France pour l'opération de 1942. Il n'évoque pas du tout le fait que le gouvernement français de l'époque était lui-même forcé de souscrire aux obligations de la puissance occupante en zone occupée, de par les clauses de l'Armistice. Ce genre de procédé qui tronque la mémoire correspond assez bien à une tromperie. Une chance que Simone Veil est morte! Il faut maintenant que les Française se reposent sur les historiens israéliens pour détricoter le tissus de menteries que leurs propres élus essaient de faire monter sur le métier. Quelle histoire!

;)


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