L'adoration perpétuelle

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Cendrine
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Re: L'adoration perpétuelle

Message non lupar Cendrine » ven. 12 mai 2017, 9:11

je me suis laissé cueillir
Se recueillir c'est pouvoir se laisser cueillir inlassablement par le Christ. Merci de tout cœur Jerome pour ce partage, vraiment, merci. :coeur:

axou
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Re: L'adoration perpétuelle

Message non lupar axou » sam. 13 mai 2017, 15:09

Grand merci Jérôme !

Axou

Cinci
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Re: L'adoration perpétuelle

Message non lupar Cinci » dim. 14 mai 2017, 8:41

Jéjé :
Je me posais la question de savoir comment on fait une adoration au Christ, car j'ai lu quelque part que ça nous rapprochait de Dieu et que ça nous sanctifiait . J'aurais bien aimé savoir comment on fait et qu'est-ce qu'il faut faire ?
Il semblerait que l'on puisse tout faire ou presque devant le Saint-Sacrement. :)

Néanmoins ...

Le principe c'est que le véritable adorateur c'est Jésus lui-même. Le "corps du Christ" qui est exposé devant nous c'est Jésus qui ne cesse jamais d'adorer le Père. L'idée est bien de se déplacer pour aller se mettre en présence de Jésus, s'amener pour tenir compagnie à Jésus et qui est lui-même en adoration.

Ce n'est pas tellement le temps pour s'y fendre en prières de demandes personnelles, mais plus en paroles de remerciements, de louanges à adresser au Père. C'est une visite que l'on fait à Dieu et sans autre but que de lui faire plaisir. Totale gratuité. Ceci dit, on peut lire devant le Saint-Sacrement, lire la Bible ou n'importe quel texte pertinent. Traditionnellement, les saints contemplent un crucifix en alternance avec la contemplation de la sainte hostie. Donc, l'on pourrait songer à apporter une image de Jésus en croix ou un crucifix.

En somme

On entre, on salut, on peut se signer, on se met en présence de Jésus, on peut faire un acte de foi ou de charité, on peut faire une oraison de simplicité (méditer une seule parole de l'évangile ou de l'A.T, puis la tourner sans cesse en soi et la laisser descendre plus profondément dans son coeur), louer Dieu, remercier le Père. On peut contempler les mains et les pieds de Jésus sur le crucifix que l'on aura apporté avec soi, songeant que Dieu est tout et que nous sommes néants, que Jésus a accepté de se faire néant pour nous. On peut penser que le corps de Jésus qui se trouve exposé devant est le même corps que Marie a porté, que Marie a elle-même communié au corps de son fils.



Quelques exemples de paroles ...

"Comme toi, Père, tu es en moi et moi en eux, qu'eux aussi soient en nous" (Jean 17,21)
"Je te rends grâce, Père, de ce que tu as caché cela aux sages et aux intelligents pour les révéler aux touts petits" (Mt 11,25)
"Nul ne peut venir à moi si mon Père ne l'attire" (Jean 6,44)
"Tu es prince au jour de ta naissance ... aujourd'hui de mon sein je t'engendre." (Ps 109)


Quelques pensées du feu père Maurice Zundel peuvent aider à se mettre dans l'esprit qui convient ...

"La mystique est une prise de position en face de quelqu'un qui nous aime et attend notre amour. L'évangile est une mystique et non pas une morale."; "L'époux demande à son épouse sa présence, à une servante il lui demandé son travail."

"Dieu espère toujours un retour vers Lui dont il aura l'initiative. Il désir d'un grand désir une réconciliation entre les époux séparés. Em vérité ce n'est ni l'ennui ni le repentir qui ramènent Israël à Dieu mais c'est la passion de l'Époux qui ramène auprès de Lui l'épouse infidèle. "Je vais la séduire, la conduire au désert et parler à son coeur" (Os 2,16) L'alliance de Dieu est fondée sur un amour prévenant et absolument gratuit. Dieu se présente à son peuple comme l'époux qui met fin à l'humiliation de son épouse. "Comme une femme abandonnée, tu étais plongée dans le chagrin. Mais ton Dieu déclare : Comment peut-on rejeter la femme qu'on a choisie quand on était jeune? Dans ma grande tendresse je te reprend avec moi. C'est moi qui prends ta cause en mains." (Is 54, 6-8) "

"Dans la 2e lettre aux Corinthiens, les fidèles sont désignés sous le vocable de "vierge pure" que Paul a fiancée et présenté à un seul homme, le Christ. Solennellement Paul déclare que l'union de l'homme et de la femme, deux en une seule chair, renvoie directement aux rapports qui existent entre le Christ et l'Église qui ne font qu'un seul et même esprit."

L'union transformante

"La grâce sanctifiante est l'alliance que Dieu contracte gratuitement avec chacun de nous dans l'Église. Elle est constituée par le don de l'Esprit Saint qui nous communique la vie divine, la connaissance et l'amour par lesquels nous sommes rendus capables de connaître et d'aimer Dieu dans un échange intime d'amitié personnelle. L'union transformante est le plein épanouissement sur terre de la grâce sanctifiante c'est à dire de la vie du Christ en nous. C'est le degré ou bien l'intensité d'amour le plus élevé qu'on puise atteindre sur la terre.

L'émerveillement comme programme de vie spirituelle.

Vous aspirez à une vie intérieure? L'émerveillement est la naissance de l'intériorité. D'où toute l'importance de la contemplation de la parole de Dieu. Voilà le meilleur programme de toute une vie spirituelle : l'admiration de Dieu à travers les Écritures. Il serait bon de prendre l'habitude de chercher dans chacun des récits évangéliques, par exemple, un sujet d'émerveillement chez Jésus ou chez Marie, ou chez les Apôtres ... la rencontre de la Samaritaine, le lavement des pieds, etc.

Nous aurions avantage de faire en sorte que l'émerveillement fasse partie de notre programme de vie spirituelle parce que l'émerveillement nous guérit de nous-même. L'admiration possède des vertus thérapeutiques, car celle-ci redresse en nous le regard toujours tenté de repliement sur soi. C'est l'émerveillement qui nous fait nous décoller de nous-même et nous suspend à Dieu en qui notre admiration se repose, sans compter que l'émerveillement produit toujours de la joie et une joie sereine et suave.

Demandons la faveur d'être attiré, dérangé, d'être tiré, entraîné ou aspiré vers Lui, et comme il est dit dans le Cantique des cantiques, "nous courrons vers Lui". Nous et les autres que nous portons dans notre coeur.

L'amour vit d'émerveillement

L'amour vit d'émerveillement
sinon, il s'étiole dans la lassitude et meurt d'ennui.

Dieu, notre Père, nous demande de l'aimer de tout notre coeur.
Or Dieu ne nous demande pas l'impossible.
Si nous devons aimer de tout notre coeur,
c'est qu'il est infiniment merveilleux pour notre coeur.

Nous confions notre prière d'émerveillement
à la fille de David qui berçait l'Enfant-Jésus en chantant
"Le Seigneur fit pour moi des merveilles,
Saint est son nom."

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Christophe67
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Re: L'adoration perpétuelle

Message non lupar Christophe67 » ven. 19 mai 2017, 10:43

Bonjour,


Très touchant témoignage de Jérôme.

Concernant l'Adoration, normalement, celle-ci devrait être instituée ( voir proposée ?) dans chaque paroisse tous les premiers vendredis du mois. C'est le jour "officiel" pour l'Adoration dans chaque église.

Elle est aussi pratiquée le jeudi saint, après le lavement des pieds, les paroissiens assurent, par tranches d'une heure ou plus, une présence devant le Saint Sacrement jusqu'aux laudes

Personnellement je ne vais pas à l'Adoration mensuelle dans ma paroisse, mais je rejoins une autre qui pratique le premier jeudi du mois une école d'adoration. Un enseignement précède un très beau temps d'Adoration, contrairement à d'autres qui expédient cela en 15mn.
Si certains d'entre vous habitent près de Strasbourg, cela se passe à St Vincent de Paul à la Meinau. D'ailleurs chaque jeudi le Saint Sacrement est exposé toute la journée.

Il y a aussi un temps d'Adoration, suivit par un enseignement à la résidence universitaire du Nideck, dirigé par la Prélature de la Sainte Croix et Opus Dei, mais il faut prendre rendez vous la première fois avec l'abbé du lieu pour une rencontre.

Concernant l'Adoration perpétuelle, il existe également dans des lieux de pèlerinages (comme au Mont St Odile chez moi en Alsace) des équipes qui assurent une adoration permanente ( 24h/24H et 7j/7j ). Ils viennent pour une semaine et assurent l'Adoration nuit et jour par roulements de 1h à 2h. Ainsi à tout moment, même très tard dans la nuit, on peut voir des personnes venir prier en présence des adorateurs. A 3h-4h du matin, leur présence rassure.

Je trouve cela réconfortant de savoir que dans le monde, en permanence, il y a quelqu'un qui prie ou qui aime le Saint Sacrement.

Concernant l'Adoration, je dirai que c'est un temps de "coeur à coeur", un moment de rencontre tout simplement.
On peut prier, passer notre mois en revue, exposer nos problèmes, rendre grâce ou tout simplement être présent, là en face de Lui et nous le regardons tout comme Lui nous regarde.
C'est un moment merveilleux, ou nous prenons le temps de nous rencontrer, comme on le ferait avec un ami précieux que l'on voit trop peu, dans ce monde qui court toujours. On prend le temps de se rencontrer, d'échanger et ainsi d'entretenir une relation qui nous est chère.

Tout cela pour dire qu'il y a toujours et partout, probablement très près de chez vous, un lieu pour partager ou participer à ce moment. Nul besoin d'attendre les grandes occasions, les grandes pompes, pour rencontrer le Dieu aimant, l'Ami parfait, l'Etre cher et partager pendant une heure un temps de calme et d'intimité.


Cordialement.
"Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables. 2Tim 4:3-4

« La compréhension est la récompense de la foi. Ne cherche donc pas à comprendre pour croire, mais crois afin de comprendre, parce que si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » St Augustin

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Re: L'adoration perpétuelle

Message non lupar Trinité » dim. 21 mai 2017, 21:49

Dans ma paroisse ,il y a une petite chapelle attenante à l'église et l'adoration perpétuelle est assurée par les paroissiens 24h/24 ,dans le cadre d'un planning!

Cinci
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Re: L'adoration perpétuelle

Message non lupar Cinci » dim. 18 juin 2017, 15:15

Dans ma recherche personnelle à propos de la spiritualité des fondateurs de la ville de Montréal en 1642, voici ce que j'ai trouvé en lien avec ce que l'on nomme l'adoration. C'est trop intéressant et je dirais même "vital" pour ne pas le partager.

L'Adoration

Les premiers disciples du cardinal de Bérulle ont toujours fait gloire à leur père d'avoir remis en faveur une vertu alors trop oubliée : la vertu de religion, dont l'adoration est l'acte essentiel.

"Ce que notre très honoré Père, écrit Bourgoing, a renouvelé en l'Église, autant que Dieu lui en a donné le moyen, c'est l'esprit de religion, le culte suprême d'adoration et de révérence. Devoir indispensable de l'homme vers la majesté divine et du chrétien vers Jésus-Christ. On élève plus les âmes tendres par la douceur de la dévotion et dans une certaine familiarité avec Dieu, que dans un abaissement et dans une sainte terreur devant lu. Mais ici nous sommes enseignés à être de vrais chrétiens, à être religieux de la primitive religion que nous professons au baptême, et à être du nombre de ceux qui adorent le Père et son Fils Jésus-Christ, en esprit et en vérité. Nous apprenons à adorer les grandeurs et les perfections divines, les desseins, les volontés, les jugements de Dieu et les mystères de son Fils."

Cette citation nous montre quelle importance l'école française attache à l'adoration . C'est qu'elle y inclut non seulement un acte intellectuel et volontaire, orienté vers un objet, mais encore un état d'âme habituel, une tendance essentiellement dynamique qui donne à la vie spirituelle son aspect formel et son caractère distinctif.

Analysons d'abord l'adoration dans ce qu'elle a de traditionnel, de classique, pourrait-on dire, dans son acte et son objet.

A l'acte adorateur concourent nos deux facultés maîtresses : intelligence et volonté. Tout acte religieux suppose, en effet, une certaine connaissance et, par conséquent, un acte intellectuel. C'est pourquoi la nature inanimée, incapable de connaître, n'adore pas Dieu, au sens obvie du terme. Elle se contente d'étaler à nos yeux ses opérations et ses ornements.

"Elle ne peut voir, dit Bossuet, elle se montre : elle ne peut adorer, elle nous y porte; et ce Dieu qu'elle n'entend pas, elle ne nous permet pas de l'ignorer. Mais l'homme, animal divin, plein de raison et d'intelligence, et capable de connaître Dieu par lui-même et par toutes les créatures, est aussi pressé par lui-même et par toutes les créatures à lui rendre ses adorations. C'est pourquoi il est mis au milieu du monde afin que, contemplant l'univers entier et le ramassant en soi-même, il rapporte uniquement et soi-même et toutes choses, si bien qu'il n'est le contemplateur de la nature visible qu'afin d'être l'adorateur de la nature invisible qui a tout tiré du néant par sa toute puissance."

En d'autres termes, l'homme est le Pontife de la création, chargé de glorifier Dieu au nom de tout ce qui existe. Il le fait en reconnaissant que Dieu est une nature parfaite et dès là incompréhensible; que Dieu est une nature souveraine, bienfaisante ... et nous sommes porter à révérer ce qui est parfait ... à dépendre de ce qui est bienfaisant ... à adhérer à ce qui est bon.

L'adoration consiste donc, en sa phase initiale, à reconnaître les grandeurs et les bontés divines. Et cette vue intellectuelle entraîne à son tour la volonté qui s'abaisse devant la majesté suprême. Elle s'abîme comme créature devant son Créateur. Justice élémentaire qui eût existé dans l'état de nature pure [avant la chute d'Adam], comme elle existe dans notre monde de grâce. Si tel est l'acte d'adoration, on comprend aisément quel en est l'objet. C'est Dieu considéré en lui-même et dans ses mystères, dans sa souveraineté, son excellence et sa puissance créatrice.

Telle est la notion communément reçue, et l'on sait combien l'adoration, ainsi comprise, a été cultivée dans la longue théorie des siècles, par les écoles de vie monastique et de spiritualité.

Dans l'ordre de Saint Benoît, le premier devoir du religieux est d'accomplir l'oeuvre de louange que l'Église doit à Dieu dont elle est le corps mystique, c'est là le but de sa vie, qui sera liturgique. Chez les Frères mineurs et chez les Prêcheurs, même souci d'adoration : la vie de saint Dominique est une incessante conversation avec Dieu ... il défend les droits de Dieu contre les hérétiques; toujours il rappelle que le devoir de tout homme est de glorifier Dieu par l'exercice des vertus. Saint François d'Assise trouve, dans la contemplation de la nature, une occasion constante de louer Dieu. Saint Ignace, après sa conversion, reste un soldat qui se met au service du Roi des rois. La première phrase des exercices est la suivante : "L'homme a été crée pour louer, honorer et servir Dieu Notre Seigneur, et par ce moyen sauver son âme." Et il le répète, dans ses Constitutions seulement, jusqu'à 259 fois, et sans doute un plus grand nombre de fois dans ses lettres.

Si la notion d'adoration s'était estompée parmi les fidèles, on voit qu'elle restait encore bien vivante dans certains Ordres religieux. Mais cette notion, l'École française la reprend, avec la préoccupation de l'universaliser, de lui donner une importance capitale dans l'économie de la piété chrétienne, de la renouveler et de la rajeunir.

Adorer, écrit le fondateur de l'Oratoire, c'est avoir une très haute pensée de la chose que nous adorons et une volonté rendue soumise et abaissée à l'excellence et dignité que nous savons être en elle. Cependant l'adoration bérullienne a ceci de particulier qu'elle élargit à la fois son acte et son objet. Par-dessus tout, elle pénètre la vie intérieure dans ses moindres replis, elle en devient la caractéristique dominante, et lui donne un esprit. L'École française n'a d'autre but que de faire de ses disciples des "religieux" de Dieu, toujours en posture adorante. Réaliser la grandeur divine, la louer sans cesse, s'y référer sans repos, s'y soumettre par tout son être, s'oublier soi-même pour se perdre en elle, telle est, en gros, cette notion bérullienne de l'adoration que nous devrons encore préciser.

La religion de Bérulle est un "amour adorant" ou une "adoration d'amour". Si l'adoration devient ainsi plus complexe elle devient aussi plus tendre. Elle atteint Dieu plus à fond et le saisit à la fois dans sa magnificience et sa miséricorde, car "s'il est loin de nous par sa grandeur, sa charité le rend plus proche ... Il est infiniment rigoureux et infiniment délicieux". On soupçonne ainsi le rôle de l'amour dans la spiritualité de l'École française. Qu'on le considère en Dieu ou dans sa créature, il unifie, il agit, il transforme. En Dieu, il relie les augustes Personnes et il les conduit à se pencher vers nous.

"Dieu est amour, et amour infini", écrit monsieur Jean-Jacques Olier, il est amour de complaisance et de bienveillance; il se complait infiniment en soi ... Mais cette complaisance adorable de Dieu ne s'arrête pas à soi, elle s'étend jusqu'à la créature qui devient comme un sujet de sa dilatation et de sa béatitude éternelle."

Source : Jean Gautier, Ces Messieurs de Saint-Sulpice, Paris, Fayard, p.90

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Re: L'adoration perpétuelle

Message non lupar Cinci » lun. 19 juin 2017, 2:07

(suite)

On comprendra ce qu'est l'adoration bérullienne : un esprit – répétons-le – pénétrant la vie chrétienne jusque dans son tréfonds, un état plutôt qu'un acte, une attitude soutenue plutôt qu'un geste, une oblation sans fin, un prosternement amoureux de tout l'être devant le Créateur, un amour qui se perd dans la reconnaissance joyeuse et laudative des perfections divines.

Avouons ici que cette adoration, cette vertu de religion ainsi comprise, qui impose un profond respect dans les relations de la créature envers le Créateur, dont elle ne doit jamais oublier la puissance et la grandeur infinies, nous écarte un peu des vues de l'humanisme dévôt contre lequel l'École française, quoi qu'en dise Brémond, semble parfois, sinon en opposition systématique, du moins en réaction.

Lorsque Bérulle et Olier édifiaient leur spiritualité, l'humanisme, qui avait produit d'admirables fruits de sainteté, commençait à se compromettre par la séparation de la foi et de la vie.

Intransigeants sur le dogme, ne voyait-on pas des humanistes prendre dans la vie courante, les sages de l'Antiquité pour guides et pour modèles, chercher secours en face de la mort dans les enseignements du stoïcisme païen, s'inspirer des philosophies antiques comme si la nature se suffisait à elle-même et que la raison de l'homme fut l'unique règle de sa vie? D'où d'étranges conséquences; dans l'ordre de la spiritualité, où l'on traitait Dieu assez cavalièrement, le mettant au service de l'homme dont on ne cessait de louer les grandeurs.

D'autre part, la dévotion des humanistes qui mettait l'amour divin en relief eût été théologiquement inattaquable, si cet amour n'avait pris très tôt une expression de mièvrerie déplaisante et un sans gêne déconcertant. On considérait Dieu non pas comme un père, mais conne un grand-père un peu fatigué ou trop faible, avec qui il était facile « d'en prendre et d'en laisser ». Quant au Verbe incarné c'était l'ami, presque le camarade, qu'on traitait sans respect quand on ne l'affublait pas du nom de Minerve, ou de quelque autre divinité.

Bérulle et Olier réagirent contre de tels excès. Ils centrent l'homme sur Dieu (Théocentrisme), et non Dieu sur l'homme (Anthropocentrisme). Ils voulurent considérer Dieu, non seulement comme un père de miséricorde, mais comme le Créateur tout-puissant auquel nous sommes redevables de tous les biens qui nous sont départis.

[...]

Les moyens de l'adoration

Mais ne l'oublions pas, nos moyens sont bornés, et notre adoration, si respectueuse soit-elle, si fervente et lyrique qu'elle apparaisse, restera toujours déficiente. Notre connaissance de l'être divin est incomplète, sa vie intime nous échappe, ses mystères nous enténèbrent, sa transcendance nous dépasse et nous balbutions ses grandeurs. Et que d'impuretés dans notre âme! Faut-il donc se résigner à offrir à Dieu qu'un amour dérisoire et une louange qui, malgré nos efforts, restera toujours imparfaite?

« De toute éternité, il y avait bien un Dieu infiniment adorable, mais il n'y avait pas encore un adorateur infini en puissance, en qualité, en dignité, pour satisfaire pleinement à ce devoir et pour rendre ce divin hommage » (Bérulle, Discours des grandeurs)

Après la chute originelle qui accentua ce sentiment d'insuffisance, l'homme appela, de tous ses vœux, le Messie qui devait réparer toutes choses et donner au culte divin sa perfection indéfectible. Qu'on se rappelle l'impatience des prophètes.
« Je me tiendrai en vigie, dit l'un d'eux, mes pieds ne quitteront pas le sommet de la tour, et je veillerai pour saisir les paroles qui me seront adressées. Car, pour le moment, la vision est encore loin, attendez, mais elle paraîtra à la fin. Si elle tarde encore, attendez, car elle ne trompera pas votre attente. » Un autre s'écrie : « O mon Dieu, ô mon Dieu, pour toi je veillerai dès l'aube du jour. De Toi mon âme a soif au milieu du désert, là où il n'y a ni route, ni source d'eau vive. »

Et cet autre enfin : « Oh! Puisses-tu fendre les cieux et descendre vers nous! Les montagnes fondront en ta présence, elles fondront comme sous l'action du feu; les eaux deviendront brûlantes. Et depuis le commencement du monde, l'oeil n'a pu voir, ô mon Dieu, les merveilles que tu as préparées pour ceux qui dans l'attente à Toi sont attachés. »
A ce lyrisme des prophètes répondra, bien des siècles plus tard, celui de l'École française, qui chantera la réalisation, dans le temps, des promesses divines. C'est avec enthousiasme que Bérulle, Olier et leurs disciples entonneront l'hymne de louange aux merveilles qui ont précédé et suivi la naissance de Jésus.

« Voilà l'oeuvre des œuvres de l'Éternel, voilà l'oeuvre aussi éternelle, car tant que Dieu sera Dieu, il sera joint à la nature crée, et d'un lien très intime et indissoluble. Voilà la première sortie du Verbe éternel; voilà son premier pas hors du sein de son Père, pour entrer au sein de la Vierge … Contemplons-le en cette première sortie dont il est dit en saint Jean, Ego a Deo exivi, et en ce premier état de sa vie nouvelle et voyagère. Adorons l'état et les actions de sa vie nouvelle » (Considérations sur l'Incarnation)


Le Verbe est donc sorti du Père pour venir jusqu'à nous. Il prend chair dans le sein de Marie, il épouse la nature humaine et l'assume en sa personne. Il unit la grandeur de Dieu à la faiblesse de l'homme. En lui :

Nous adorons un Dieu infini, mais qui s'est rendu fini … nous adorons un Dieu éternel, mais qui s'est rendu mortel, un Dieu invisible mais qui s'est rendu visible, un Dieu impassible mais qui s'est rendu sujet au froid, au chaud, à la croix, à la mort … et pour tout dire en un mot, un Créateur qui s'est fait créature … ne perdant rien de son être premier, n'omettant rien de son nouvel être, mais les joignant ensemble par un lien si cher, si étroit, si intime, comme est l'unité d'une même personne. (Bérulle, Oeuvres)

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MarieLyon
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Le doute

Message non lupar MarieLyon » mer. 21 juin 2017, 17:48


Il n'y a décidément pas de hasard... Depuis des mois, je ne m'étais pas connecté au forum, et je tombe sur ce post !

"Mais" je ne sais pas adorer. "Mais" je ne vais tout de même pas prier un morceau de pain (cf mes derniers posts d'il y a quelques mois où je doutais du concept de transsubstantiation)."
Quelle satisfaction personnelle et réconfort même de lire tous ces messages sur ce site.
A propos de ce que vous évoquez brièvement, cela m'a fait immédiatement penser à ce prêtre qui a douté au moment de la consécration. http://www.michaeljournal.org/juvdm/ens ... 01-fr.html
"Aime et fais ce que tu veux." St Augustin

"Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." St Matthieu 28,16-20


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