Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

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Cinci
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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Cinci » mar. 12 mai 2020, 0:15

Ah ! je crois que c'était dans ce texte-ci ... à propos de Mgr Vigano ...

https://leblogdejeannesmits.blogspot.co ... ison-n-106

MJM : Comment jugez-vous la suspension des célébrations étendue presque partout dans le monde ?

C'est une grande souffrance, je dirais même la plus grande qui a été imposée à nos fidèles, tout spécialement aux mourants, les privant du recours aux sacrements.

Dans cette situation, il a semblé que les Évêques, à quelques rares exceptions près, n'aient eu aucun scrupule à fermer les églises et à empêcher la participation des fidèles au Saint Sacrifice de la Messe. Ils se sont comportés comme de froids bureaucrates, comme des exécuteurs de la volonté du Prince : cette attitude est désormais perçue par la plupart des fidèles comme un signe inquiétant de leur manque de Foi. Et comment les blâmer ?

Je me demande – et je tremble de l’affirmer – si la fermeture des églises et la suspension des célébrations n’est pas une punition que Dieu a ajoutée à la pandémie. « Ut scirent quia quae peccat quis, per haec et torquetur. Afin qu’ils comprennent que l’on est châtié par où l’on pèche» (Sagesse 11, 17). Offensé par la négligence et le manque de respect de tant de ses Ministres, outragé par les profanations du Saint-Sacrement qui se produisent quotidiennement avec l’habitude sacrilège d’administrer la Communion dans la main, las de supporter des chansons vulgaires et des sermons hérétiques, Notre-Seigneur se complaît de nos jours encore d’entendre s’élever vers Lui – depuis le silence de nombreux Autels – la louange sobre et austère de tant de prêtres qui célèbrent la Messe de toujours. Cette Messe qui remonte aux temps des Apôtres, et qui a toujours été, au cours de l’histoire, le cœur palpitant de l'Église. Prenons très au sérieux cet avertissement très solennel : Deus non irridetur. On ne se moque pas de Dieu!
Mgr Vigano parle de la "Messe de toujours" en référence à la Messe en latin pré-Vatican II. Sauf que dire cela c'est laisser entendre qu'il s'agirait là de la vraie Messe par opposition à une Messe frelatée, une pseudo-Messe, une fausse Messe mais qui se trouve à être aussi la Messe régulière de toute l'Église catholique. Or un évêque catholique ne peut pas s'exprimer de telle manière ! Car cette partisanerie excessive confine au sectarisme.

Déjà dit : des critiques personnelles de toutes sortes (voire même des critiques fondées !) sur la forme ou sur d'autres détails annexes (communion dans la main, etc.) ne donnent jamais le droit de désacraliser la Messe. Or, lui, Mgr Vigano, "pousse le bouchon" jusqu'à évoquer une volonté de Dieu d'aller punir toute l'Église (cette histoire de suspension de Messe via le prétexte du virus) parce que ses ministres auront pu célébrer depuis cinquante ans la Messe que l'on connaît et si détestée par les conservateurs. Ce genre de déclarations n'a pas de fondement en vérité. Ce n'est pas la première fois que le monde connaît des épidémies. C'est plutôt aléatoire et présomptueux que de se faire soi-même l'interprète de la pensée et de la volonté divine, comme si ce devait être une chose établie (une éventualité sérieuse ?) que Dieu veuille châtier les ministres catholiques "spécialement" à cause de l'usage d'une forme du rit de la Messe plutôt que l'autre. C'est vrai qu''il sera hésitant sur ce dernier point. Admettons. Mais je tenais surtout à dire qu'il est une incorrection pour un évêque catholique que d'aller opposer dramatiquement les deux formes, et nourrir l'idée que les seuls catholiques dignes d'être appelés catholiques devraient se retrouver ici plutôt que là-bas. Et ce serait juste un exemple d'un point que l'on pourrait toujours reprocher au prélat. Personne n'est parfait.


___
P.S. On retrouvera facilement l'extrait sur la page du Blog vers le milieu du texte, en déroulant avec la souris, à la hauteur de "Des images contre l'avortement" ou "rechercher dans ce blog" si la marge de gauche sert de repère.

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Altior » mar. 12 mai 2020, 0:59

Bonour, Cinci!
Mgr Vigano parle de la "Messe de toujours" en référence à la Messe en latin pré-Vatican II. Sauf que dire cela c'est laisser entendre qu'il s'agirait là de la vraie Messe par opposition à une Messe frelatée, une pseudo-Messe, une fausse Messe
Encore un procès d'intention.
Tout d'abord, l'expression «Messe de toujours» est fréquemment rencontré parmi les traditionalistes. Par «Messe de toujours» les tradis comprennent exactement la même chose que les modernistes lorsque ceux-ci parlent de «Messe dos-au-peuple»...
Puis, la logique de bon sens nous impose de constater que l'opposé de «Messe de toujours» n'est pas du tout «Messe fausse», mais «Messe récente». Moi, quand j'entends «de toujours», je comprends «ancien, très ancien». L'opposé est «récent, très récent».

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Cinci » mar. 12 mai 2020, 3:33

En revanche ... dans le texte de la pétition faisant l'objet de ce fil ...

Voyez :
La santé publique ne doit pas et ne peut pas devenir une excuse pour bafouer les droits de millions de personnes dans le monde, et encore moins pour exonérer l’autorité civile de son devoir d’agir avec sagesse pour le bien commun; cela est d’autant plus vrai que les doutes croissent quant à l’effective contagiosité, à la dangerosité et à la résistance du virus: de nombreuses voix faisant autorité dans le monde de la science et de la médecine confirment que l’alarmisme à propos du Covid-19 amplifié par les médias ne semble absolument pas justifié.
Je suis plutôt d'accord avec la remarque portant sur la dangerosité toute relative de la menace.

Et l'événement le plus choquant pour moi, le plus traumatisant dans toute cette histoire, mais c'est bien la facilité, la célérité qu'auront pu mettre les évêques à bien vouloir complaire aux autorités publiques. Aucune discussion. Zéro négociation. Pas la moindre représentation du clergé auprès des ministres et députés. Ainsi, nos évêques apparaissent vraiment comme s'ils devaient être en premier lieu au service de l'État; oui, comme des serviteurs de l'État, tels des fonctionnaires du gouvernement ne disposant d'aucun recul. C'est comme si la société hiérarchique ecclésiale était entièrement absorbée pour n'être qu'un auxiliaire du pouvoir gouvernemental profane. C'est un problème.

Je n'ai jamais cru qu'il y aurait eu nécessité réelle de suspendre l'accès au culte publique pour les fidèles. Pas vrai ! Je ne crois pas à ça. Les églises sont déjà au trois-quart vides en temps normal. On imagine bien qu'avec des médias relayant le fait d'une épidémie grave, nombre de fidèles auraient d'eux-mêmes décidé de rester chez eux.

Et alors je dis ...

Que les évêques auraient pu se contenter de conseiller et permettre aux gens à risque (les malades du cancer à peine en rémission, les vieillards, les pulmonaires, etc.) d'éviter les grands rassemblements liturgiques ou autres, mettre en place de simples mesures normales (vider les bénitiers, passer le désinfectant, etc.) Les gens auraient pu au moins avoir accès physiquement à l'expression du culte publique, même sans communier sur une base volontaire pour les plus phobiques des microbes; avoir au moins l'opportunité d'entendre la Parole de Dieu proclamée sur les lieux de rassemblement consacrés. Je suis de ceux qui ne prennent aucun goût mais vraiment aucun aux célébrations virtuelles, à distance, que ce soit à la télé ou sur Internet. Pas capable ! Je vous prie de me croire que ce n'est pas moi qui aurai visionné la messe du pape sur Internet, ni du pape ni de l'archevêque.


C'est très choquant de penser que le service essentiel chez nous, c'est la vente d'alcool. Le culte catholique devrait faire partie de ces choses accessoires, pas réellement nécessaire, du luxe. Ça, c'est ce que nos autorités publiques pensent. La drogue est essentielle, mais non pas le culte religieux. La logique de l'effacement. Il aurait dû être du devoir des évêques que de s'opposer à un tel travers.

Le virus est tellement dangereux qu'il faille fermer tous les lieux de culte ? Mais la menace n'est pas assez grave pour interdire aux citoyens de se côtoyer toute la semaine, dans ces lieux qui distribuent la bière, le litron et tout. Je n'ai vu personne se lamenter, moi, sur le fait que les consommateurs de vin chez nous, comme nos clients de la régie des alcools qui continuent de fréquenter leurs succursales favorites au coude à coude, seraient des irresponsables, des individus qui mettraient en péril la santé publique.

Pour moi, c'est clair que la réaction des gens est orientée.


La campagne de peur ne veut pas signifier qu'il n'y a pas du tout de virus ni d'épidémie ni un certain nombre de victimes du microbe. Mais le problème c'est le traitement de la nouvelle, une certaine démesure. Une pareille situation met aussi en lumière l'autre problème qui pourrait être comme l'obligation faite à tous les évêques de se plier à une décision centralisée en haut-lieu. Traditionnellement, il est vrai que chaque évêque devrait pourtant disposer de sa faculté de jugement et voir lui-même si les conditions dans son diocèse seraient telles que ... etc. La virulence d'une épidémie ne s'exprime sans doute pas avec la même force partout. Le centralisme a comme ce charme de déresponsabiliser tout le monde, les politiciens aussi bien que les chefs religieux. La décision tombe d'en haut, vient d'ailleurs ... Pas le choix !

Je vois encore le problème de la démission de la pensée devant "la science". L'oracle s'est exprimé à Delphes (la projection d'avenir sortant de l'OMS) et alors il faudra bien cesser de discuter, fermer le parlement et même les partis d'opposition devront se ranger au point de vue unique.

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Riou
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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Riou » mar. 12 mai 2020, 10:01

Cinci a écrit :
mar. 12 mai 2020, 3:33


Et l'événement le plus choquant pour moi, le plus traumatisant dans toute cette histoire, mais c'est bien la facilité, la célérité qu'auront pu mettre les évêques à bien vouloir complaire aux autorités publiques. Aucune discussion. Zéro négociation. Pas la moindre représentation du clergé auprès des ministres et députés. Ainsi, nos évêques apparaissent vraiment comme s'ils devaient être en premier lieu au service de l'État; oui, comme des serviteurs de l'État, tels des fonctionnaires du gouvernement ne disposant d'aucun recul. C'est comme si la société hiérarchique ecclésiale était entièrement absorbée pour n'être qu'un auxiliaire du pouvoir gouvernemental profane. C'est un problème.




La campagne de peur ne veut pas signifier qu'il n'y a pas du tout de virus ni d'épidémie ni un certain nombre de victimes du microbe. Mais le problème c'est le traitement de la nouvelle, une certaine démesure. Le centralisme a comme ce charme de déresponsabiliser tout le monde, les politiciens aussi bien que les chefs religieux. La décision tombe d'en haut, vient d'ailleurs ... Pas le choix !

Je vois encore le problème de la démission de la pensée devant "la science". L'oracle s'est exprimé à Delphes (la projection d'avenir sortant de l'OMS) et alors il faudra bien cesser de discuter, fermer le parlement et même les partis d'opposition devront se ranger au point de vue unique.
Bonjour,

Je suis on ne peut plus d'accord avec ce propos. Il exprime tout. Le problème n'est pas de nier le danger, nier l'épidémie, ne pas être prudent. Le problème réside dans la manière dont l'homme répond de ce danger, avec une "certaine démesure", comme vous dites, et des accents dignes des pires tyrannies. La société a cessé de penser devant la nouvelle "transcendance", celle des blouses blanches, de l'OMS, de la Science enfin, qui semblent s'octroyer le droit absolu de mettre le monde entier sous cloche sans aucune discussion, sans aucune objection, toute pesnée critique fondée et toute alerte sur les conséquences d'un tel confinement étant immédiatement qualifiée d'immorale et de monstrueuse, et tant pis pour tous les gens vulnérables qui prendront cette décision de plein fouet.
Pas la peine de postuler un "Nouvel Ordre Mondial", absurde et pur produit de l'imaginaire complotiste, et c'est là que ce texte s'égare. Non, la réalité est plus prosaïque : nous avons cessé de penser, et nous sommes vautrés dans une surréaction qui a rendu la situation extrêmement compliquée. A tel point que plus personne ne sait comment s'en dépatouiller.
Le dire est tout simplement devenu très compliqué, voire impossible. Le penseur Agamben, qui n'est pas un complotiste ou un illuminé, mais quelqu'un de très équilibré et de très raisonné, pose une critique très construite de ce problème qui va dans votre sens. Et il demande : sommes-nous devenus des barbares? Voici le texte :

Une question

Giorgio Agamben
paru dans lundimatin#239, le 20 avril 2020
Appel à dons

Après la déclaration de l’état d’urgence pour risque sanitaire le 31 janvier, les décrets-lois des 8 et 9 mars 2020 ont institué en Italie un régime d’exception justifié par le Covid-19 qui restreint drastiquement les libertés individuelles. Considérant le désastre qui frappe son pays, Giorgio Agamben énonce les effets terribles de mesures politiques sans précédent, amenant un basculement historique que la peur de la mort semble occulter. Le réquisitoire invoque une responsabilité collective et une démission de l’autorité morale laissant saper les fondements d’une culture et ruiner le socle démocratique. Si le cauchemar politique risque de durer, comment ne pas voir ce que l’on voit ?


La peste marqua, pour la ville, le début de la corruption… Personne n’était plus disposé à persévérer dans la voie de ce qu’il jugeait auparavant être le bien, parce qu’il croyait qu’il pouvait peut-être mourir avant de l’atteindre.
Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, II, 53

Je voudrais partager avec qui en a envie une question à laquelle, depuis maintenant plus d’un mois, je ne cesse de réfléchir. Comment a-t-il pu advenir qu’un pays tout entier, sans s’en rendre compte, se soit écroulé éthiquement et politiquement, confronté à une maladie ? Les mots que j’ai employés pour formuler cette question ont été, un à un, attentivement pesés. La mesure de l’abdication des principes éthiques et politiques qui nous sont propres est, en effet, très simple : il s’agit de se demander quelle est la limite au-delà de laquelle on n’est pas disposé à y renoncer. Je crois que le lecteur qui se donnera la peine de considérer les points qui suivent ne pourra pas ne pas convenir – sans s’en rendre compte ou en feignant de ne pas s’en rendre compte – que le seuil qui sépare l’humanité de la barbarie a été franchi.

I) Le premier point, peut-être le plus grave, concerne les corps des personnes mortes. Comment avons-nous pu accepter, seulement au nom d’un risque qu’il n’était pas possible de préciser, que les personnes qui nous sont chères et les êtres humains en général non seulement mourussent seuls – chose qui n’était jamais arrivée auparavant dans l’histoire, d’Antigone à aujourd’hui – mais que leurs cadavres fussent brûlés sans funérailles ?

2) Nous avons ensuite accepté sans que cela nous pose trop de problèmes, seulement au nom d’un risque qu’il n’était pas possible de préciser, de limiter dans une mesure qui n’était jamais advenue auparavant dans l’histoire du pays, ni même durant les deux guerres mondiales (le couvre-feu durant la guerre était limité à certaines heures), notre liberté de mouvement. Nous avons en conséquence accepté, seulement au nom d’un risque qu’il n’était pas possible de préciser, de suspendre de fait nos liens d’amitié et d’amour parce que notre prochain était devenu une possible source de contagion.

3) Cela a pu advenir – et l’on touche ici la racine du phénomène – parce que nous avons scindé l’unité de notre expérience vitale, qui est toujours inséparablement corporelle et spirituelle, en une entité purement biologique d’une part et une vie affective et culturelle d’autre part. Ivan Illitch a montré, et David Cayley l’a ici rappelé récemment, les responsabilités de la médecine moderne dans cette scission, qui est donnée pour acquise et qui, pourtant, est la plus grande des abstractions. Je sais bien que cette abstraction a été réalisée par la science moderne avec les dispositifs de réanimation, qui peuvent maintenir un corps dans un état de pure vie végétative.

Mais si cette condition s’étend au-delà des frontières spatiales et temporelles qui lui sont propres, comme on cherche aujourd’hui à le faire, et devient une sorte de principe de comportement social, on tombe dans des contradictions sans issue.

Je sais que quelqu’un s’empressera de répondre qu’il s’agit d’une condition limitée dans le temps, que celle-ci une fois passée, tout redeviendra comme avant. Il est vraiment singulier que l’on puisse le répéter si ce n’est de mauvaise foi, du moment que les mêmes autorités qui ont proclamé l’urgence ne cessent de nous rappeler que, quand l’urgence sera surmontée, il faudra continuer à observer les mêmes directives et que, la « distanciation sociale », comme on l’a appelée suivant un euphémisme significatif, sera le nouveau principe d’organisation de la société. Et en tout cas, ce que, de bonne ou de mauvaise foi, l’on a accepté de subir ne pourra pas être effacé.

Je ne peux pas, à ce point précis, puisque j’ai accusé la responsabilité de chacun de nous, ne pas mentionner les responsabilités encore plus graves de ceux qui auraient eu le devoir de veiller sur la dignité de l’homme. Avant tout l’Église qui, se faisant la servante de la science, devenue désormais la religion de notre temps, a radicalement renié ses principes les plus essentiels. L’Église, sous un pape qui se nomme François, a oublié que François embrassait les lépreux. Elle a oublié que l’une des œuvres de la miséricorde est celle de visiter les malades. Elle a oublié que les martyrs enseignent qu’on doit être disposé à sacrifier la vie plutôt que la foi et que renoncer à son prochain signifie renoncer à la foi. Une autre catégorie qui a manqué à ses devoirs est celle des juristes. Nous sommes habitués depuis longtemps à l’usage inconsidéré des décrets d’urgence par lesquels, de fait, le pouvoir exécutif se substitue au législatif, abolissant le principe de séparation des pouvoirs qui définit la démocratie. Mais dans le cas présent, toute limite a été dépassée, et l’on a l’impression que les mots du premier ministre et du chef de la protection civile ont, comme on disait pour ceux du Führer, immédiatement valeur de loi. Et l’on ne voit pas comment, une fois épuisée la limite de validité temporelle des décrets d’urgence, les limitations de la liberté pourront être, comme on l’annonce, maintenues. Avec quels dispositifs juridiques ? Avec un état d’exception permanent ? Il est du devoir des juristes de vérifier comment sont respectées les règles de la constitution, mais les juristes se taisent. Quare silete iuristae in munere vestro ?

Je sais qu’il y aura immanquablement quelqu’un pour me répondre que, même s’il est lourd, le sacrifice a été fait au nom de principes moraux. À celui-là, je voudrais rappeler qu’Eichmann, apparemment en toute bonne foi, ne se lassait pas de répéter qu’il avait fait ce qu’il avait fait selon sa conscience, pour obéir à ceux qu’il retenait être les préceptes de la morale kantienne. Une loi qui affirme qu’il faut renoncer au bien pour sauver le bien est tout aussi fausse et contradictoire que celle qui, pour protéger la liberté, impose de renoncer à la liberté.

Traduction (Florence Balique), à partir du texte italien publié sur le site Quodlibet, le 13 avril 2020

https://lundi.am/Une-question
Un autre texte du même auteur qui va dans le même sens :

La médecine comme religion

Giorgio Agamben
paru dans lundimatin#242, le 11 mai 2020


L’état d’urgence sanitaire se prolonge, inscrivant la « guerre » contre le virus dans la durée. Dans cette crise qui ne trouve pas de résolution, il semble que la société toute entière épuise ses forces vives à lutter contre un invisible ennemi dont les médias récitent les ravages. Giorgio Agamben envisage ce moment politique comme celui qui, déplaçant la croyance, consacre la primauté de la science sur le christianisme et le capitalisme. Répondant à l’impératif d’une vie saine, le nouvel hygiénisme instaure une pratique cultuelle de la médecine envahissant l’existence, au point de supplanter les anciens rites. Nous assisterions, à l’échelle mondiale, à une nouvelle forme de guerre civile, d’ordre religieux, où, sur les ruines du christianisme, le capitalisme laisserait la science régner, sans pour autant disparaître. Obstinément et sans trembler, le philosophe devra désormais témoigner contre la religion scientifique et les désastres qu’elle enfante.




Que la science soit devenue la religion de notre temps, ce en quoi les hommes croient qu’ils croient, cela est depuis longtemps évident. Dans l’Occident moderne ont coexisté et, dans une certaine mesure, coexistent encore trois grands systèmes de croyance : le christianisme, le capitalisme et la science. Dans l’histoire de la modernité, ces trois « religions » se sont plusieurs fois nécessairement entrecroisées, entrant de temps à autre en conflit et ensuite, de diverses façons, se réconciliant, jusqu’à atteindre progressivement une sorte de coexistence pacifique, articulée, si ce n’est une véritable collaboration au nom de l’intérêt commun.

Le fait nouveau est que, entre la science et les deux autres religions, s’est ravivé, sans que nous nous en apercevions, un conflit souterrain et implacable, dans lequel l’issue victorieuse pour la science est aujourd’hui sous nos yeux et détermine d’une manière inouïe tous les aspects de notre existence. Ce conflit ne concerne pas, comme il advenait par le passé, la théorie et les principes généraux, mais, pour ainsi dire, la pratique cultuelle. La science elle aussi, en effet, comme toute religion, connaît des formes et des niveaux différents par lesquels elle organise et ordonne sa propre structure : à l’élaboration d’une dogmatique subtile et rigoureuse correspond dans la pratique une sphère cultuelle extrêmement vaste et diffuse qui coïncide avec ce que nous appelons la technologie.

Il n’est pas surprenant que le protagoniste de cette nouvelle guerre de religion soit cette partie de la science où la dogmatique est moins rigoureuse et plus marqué l’aspect pragmatique : la médecine, dont l’objet immédiat est le corps vivant des êtres humains. Essayons de fixer les caractéristiques essentielles de cette foi victorieuse à laquelle nous devrons faire face dans une mesure croissante.

1) Le premier caractère est que la médecine, comme le capitalisme, n’a pas besoin d’une dogmatique spéciale, mais se limite à emprunter à la biologie ses concepts fondamentaux. À la différence de la biologie, toutefois, elle articule ces concepts en un sens gnostique-manichéen, c’est-à-dire selon une opposition dualiste exacerbée. Il y a un dieu ou un principe malin, la maladie, justement, dans lequel les agents spécifiques sont les bactéries ou les virus, et un dieu ou un principe bénéfique qui n’est pas la santé, mais la guérison, et dont les agents cultuels sont les médecins et la thérapie. Comme dans toute foi gnostique, les deux principes sont clairement séparés, mais dans la pratique ils peuvent se contaminer et le principe bénéfique et le médecin qui le représente peuvent se tromper et collaborer sans s’en rendre compte avec leur ennemi, sans que cela invalide en aucune façon la réalité du dualisme ni la nécessité du culte par lequel le principe bénéfique mène sa bataille. Et il est significatif que les théologiens qui doivent en fixer la stratégie soient les représentants d’une science, la virologie, qui n’a pas de lieu propre, mais se situe à la frontière entre la biologie et la médecine.

2) Si cette pratique cultuelle était, jusqu’à présent, comme toute liturgie, épisodique et limitée dans le temps, le phénomène inattendu auquel nous assistons est qu’elle est devenue permanente et envahissante. Il ne s’agit plus de prendre des médicaments ou de se soumettre, quand c’est nécessaire, à une visite médicale ou à une intervention chirurgicale : la vie entière des êtres humains doit devenir à chaque instant le lieu d’une célébration cultuelle ininterrompue. L’ennemi, le virus, est toujours présent et doit être combattu incessamment et sans trêve possible. La religion chrétienne elle aussi connaissait des tendances totalitaires similaires, mais elles concernaient seulement quelques individus – en particulier les moines – qui choisissaient de placer leur entière existence sous la devise « priez sans cesse ». La médecine comme religion recueille ce précepte paulinien et, en même temps, le renverse : là où les moines se réunissaient dans des monastères pour prier ensemble, maintenant le culte doit être pratiqué avec autant d’assiduité, mais en se tenant séparés et à distance.

3) La pratique cultuelle n’est plus libre et volontaire, exposée seulement à des sanctions d’ordre spirituel, mais elle doit être rendue réglementairement obligatoire. La collusion entre la religion et le pouvoir profane n’est certes pas un fait nouveau ; il est pourtant tout à fait nouveau qu’elle ne regarde plus, comme il arrivait pour les hérésies, la profession des dogmes, mais exclusivement la célébration du culte. Le pouvoir profane doit veiller à ce que la liturgie de la religion médicale, qui coïncide désormais avec la vie entière, soit rigoureusement observée dans les faits. Qu’il s’agisse ici d’une pratique cultuelle et non d’une exigence scientifique rationnelle est immédiatement évident. La cause de mortalité de loin la plus fréquente dans notre pays, ce sont les maladies cardiovasculaires et l’on sait qu’elles pourraient diminuer si l’on adoptait une forme de vie plus saine et si l’on s’en tenait à une alimentation particulière. Mais à aucun médecin n’était jamais venu à l’esprit que cette forme de vie et d’alimentation, qu’ils conseillaient à leurs patients, devînt l’objet d’une réglementation juridique, qui décrétât ex lege ce que l’on doit manger et comment on doit vivre, en transformant l’entière existence en une obligation sanitaire. C’est justement ce qui a été fait et, au moins pour le moment, les gens ont accepté, comme si c’était évident, de renoncer à leur propre liberté de mouvement, au travail, aux amitiés, aux amours, aux relations sociales et à leurs propres convictions religieuses et politiques.

On mesure ici comment les deux autres religions de l’Occident, la religion du Christ et la religion de l’argent, ont cédé la primauté, apparemment sans combattre, à la médecine et à la science. L’Église a renié purement et simplement ses propres principes, oubliant que le saint dont l’actuel pape a pris le nom embrassait les lépreux, qu’une des œuvres de la miséricorde était de visiter les malades et que les sacrements ne peuvent s’administrer qu’en présence. Le capitalisme, pour sa part, bien qu’avec quelque protestation, a accepté une perte de productivité qu’il n’avait jamais osé considérer, probablement en espérant trouver plus tard un accord avec la nouvelle religion qui, sur ce point, semble prête à transiger.

4) La religion médicale a, sans réserve, récolté du christianisme l’instance eschatologique que celui-ci avait laissé tomber. Déjà le capitalisme, en sécularisant le paradigme théologique du salut, avait éliminé l’idée d’une fin des temps, en lui substituant un état de crise permanent sans rédemption ni fin. Krisis est à l’origine un concept médical, qui désignait dans le corpus hippocratique le moment dans lequel le médecin décidait si le patient survivrait à la maladie. Les théologiens ont repris le terme pour indiquer le Jugement Dernier qui a lieu au dernier jour. Si l’on observe l’état d’exception que nous vivons, on dirait que la religion médicale conjugue ensemble la crise perpétuelle du capitalisme avec l’idée chrétienne d’un dernier temps, d’un eschaton dans lequel la décision ultime est toujours en cours et la fin est à la fois précipitée et différée, dans la tentative incessante de pouvoir la gouverner, sans pourtant jamais la résoudre une fois pour toutes. C’est la religion d’un monde qui se sent à la fin et toutefois n’est pas en mesure, comme le médecin hippocratique, de décider s’il survivra ou mourra.

5) Comme le capitalisme et à la différence du christianisme, la religion médicale n’offre pas de perspectives de salut et de rédemption. Au contraire, la guérison qu’elle vise ne peut être que provisoire, étant donné que le Dieu maléfique, le virus, ne peut être éliminé une fois pour toutes mais, à l’inverse, mute continuellement et prend toujours de nouvelles formes, pouvant être présumées plus dangereuses. L’épidémie, comme l’étymologie du terme le suggère (demos est en grec le peuple comme corps politique et polemos epidemios est dans Homère le nom de la guerre civile) est avant tout un concept politique qui se prête à devenir le nouveau terrain de la politique – ou de la non-politique – mondiale. Il est possible, même, que l’épidémie que nous vivons soit la réalisation de la guerre civile mondiale qui, selon les politologues les plus attentifs, a pris la place des guerres mondiales traditionnelles. Toutes les nations et tous les peuples sont maintenant durablement en guerre contre eux-mêmes, parce que l’ennemi invisible et insaisissable contre lequel ils sont en lutte se trouve en nous.

Comme il est advenu plusieurs fois au cours de l’histoire, les philosophes devront de nouveau entrer en conflit avec la religion, qui n’est plus le christianisme, mais la science ou cette partie de la science qui a pris la forme d’une religion. Je ne sais si de nouveau seront allumés les bûchers et si des livres seront mis à l’index, mais assurément la pensée de ceux qui continuent à chercher la vérité et réfutent le mensonge dominant sera, comme il arrive déjà sous nos yeux, exclue et accusée de diffuser des nouvelles (nouvelles, non idées, puisque la nouvelle est plus importante que la réalité) fausses. Comme dans tous les moments d’urgence, vraie ou simulée, on verra de nouveau les ignorants calomnier les philosophes et les canailles chercher à tirer profit des désastres qu’ils ont eux-mêmes provoqués. Tout cela est déjà advenu et continuera d’advenir, mais ceux qui témoignent pour la vérité ne cesseront de le faire, parce que personne ne peut témoigner pour le témoin.

Traduction (Florence Balique), à partir de l’article publié sur le site Quodlibet, le 2 mai 2020

https://lundi.am/La-medecine-comme-religion

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par menochios » mar. 12 mai 2020, 21:34

Merci Riou et Thurar pour ces textes propres à nourrir la réflexion en ces temps troublés.

Giorgio Agamben est un auteur dont j'admire le travail. Dans le premier texte, il pointe quelque chose de très juste dans la mise en retrait, d'abandon généralisé qui a été la réaction collective, hors professionels de santé qui, eux, sont montés au front. Il pointe, et c'est très intéressant, cette volonté morbide de 'distanciation sociale perpétuelle' qui pointe ici où là. D'où vient que certains, éditorialistes, bloggeurs, journalistes, semblent presque espérer une pandémie perpétuelle, chacun chez soi et tous sous masque ? Il y a là quelque chose de profondément étrange, et sans doute de tout à fait nouveau dans l'inconscient collectif. Je ne trouve rien à quoi le raccrocher, et celà m'intrigue.

Le second texte me laisse un peu sur ma faim. Il pointe une autre révélation de cette crise. Les gens croient en la médecine. C'est à dire avec une certitude absolue, ils pensent pouvoir être soignés.

Agamben parle de foi manichéeene/gnostique. Je pense que la comparaison n'est pas juste. Plutôt que de manichéisme, j'y vois du néo-protestantisme. Non une matière mauvaise dont il faut s'extraire, mais un mal qu'il faut purger pour retrouver la Grâce ( aka l'état de bonne santé ). Agamben mène une critique religieuse de la situation. Il n'a pas parlé de politique ( libéralisme, communisme ), ni de philosophie ( l'impératif kantien ) ou de psychologie ( le Moi, le Surmoi et le stade anal). Tout celà aurait pu être des clés d'analyse. Mais il a parlé de gnose et ce n'est pas innocent.

J'inclinerais à penser que le problème gnostique est moins dans sa théorie que dans sa pratique. On a vu des politiques agir sans expliquer leur plan, mentir de manière assumée pour manipuler la population, au nom d'une connaissance dont ils refusent de débattre, dont ils n'acceptent même pas de débattre. Qu'est ce, sinon une pratique gnostique ? Mais la ligne de fracture n'est pas nette. Nous avons aussi vu des médecins de terrain expliquer, donner leurs informations et accepter le débat. La Vérité compréhensible par tous. Qu'est ce celà sinon le catholicisme ? Quand le Christ enfant va débattre avec les docteurs du Temple, est ce qu'il leur parle de spectrométrie de masse avec purification par affinité ou d'inhibiteur de traduction ? La Vérité ne jargonne pas, elle se révèle.

Ce qui se produit, et qui est assez inattendu, c'est que la religion redevient plus pertinente pour analyser le monde que la science. Si la tendance se poursuit, nous allons au devant de grandes surprises.
Où Dieu m'a mis, je tiens.

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Riou
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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Riou » mer. 13 mai 2020, 1:39

Bonjour Menochios,

Les catégories religieuses totalisent l'expérience humaine, saisissent la vie dans sa globalité, dans son rapport à son contraire (la mort), mais aussi dans tous ses désirs : besoins, espérance, désir de salut, , désir de l'Autre, relations sociales, bien commun, etc. La science, et encore moins la médecine en haut lieu, ne peut pas avoir accès à cela, car comme le dit Agamben, elle ne considère de l'homme que son substrat biologique, séparant tout le reste de ce qui fait de la vie d'un homme une vie humaine. Par conséquent le seul critère des politiques et des autorités sanitaires était la circulation biologique du virus dans les corps biologiques qui en tant que tel n'ont rien de spécifiquement humain, le tout mis en rapport avec le nombre de lits de réanimation disponible. Les décisions ne se sont prises que sur la base de la dimension animale du corps humain, abstraction faite de tout le reste. C'est d'un aveuglement tel que nous en sommes venus à laisser les morts mourir seuls, et à leur refuser des funérailles avec une présence charnelle, ce qui est un marqueur anthropologique essentiel pour distinguer l'humanité de la bestialité barbare. Aussi loin qu'on remonte dans les sociétés humaines, une des caractéristiques de l'humanité est un rapport humain à la mort. Les moments où la mort n'a pas été humainement traitée sont toujours des moments d'effondrement de la civilisation, qui a effectivement sombré dans la barbarie (camps d'extermination, Goulag, etc.). Eh bien nous l'avons fait sous couvert d'une autorité sanitaire qui a tout simplement balayé de la carte tous ces marqueurs anthropologiques fondamentaux. Pauvre Antigone, son combat était vain, et Créon a pris le visage du médecin "bienveillant"... Un "mort", pour les autorités sanitaires, ça n'existe pas vraiment, c'est simplement un chiffre dans des pourcentages, un indicateur parmi d'autre de la progression biologique du virus. Angoisse? Chaleur humaine? Solitude dans l’Épreuve ultime? Amour? Présence charnelle de deux mains enlacés? Le sourire et le regard qui disent tout? La communion des silences dans la douleur? Sacrement? Connaît pas. Ce n'est pas "scientifique"...
La blouse blanche ne préserve pas de la barbarie, et cela est d'autant plus insupportable quand ça se fait sous couvert de la morale hygiéniste des autorités sanitaires. On passera sur les violations des libertés fondamentales, l'effondrement total de toute discussion politique, un matraquage médiatique qui n'informe plus mais se réduit à n'être qu'un ensemble de mots d'ordres autoritaires et infantilisants, sans parler de l'aspect hyper répressif de ce confinement. Mais ça passe et cela ne semble pas poser de véritables problèmes. On obéit aux ordres, on avance nos sacro-saintes bonnes intentions comme un document de pureté irréfutable, et on criminalise toute forme de réflexion qui désirerait faire autrement. Quant à ceux qui ont pris ce confinement en pleine figure, avec des conséquences désastreuses, on n'en parle même pas. Pas vu dans la télé, pas d'existence. C'est pratique, mais c'est là qu'on voit que le souci de "protection d'autrui" dans cette mesure de confinement est tout de même très très relatif, voire franchement douteux. C'est pourquoi je peux comprendre pourquoi Agamben ne parle pas de politique : tout simplement parce que lorsque la "transcendance" scientifique se met en place et dicte sa Loi, la politique n'existe plus du tout.
Le personnel hospitalier a fait son travail de fort belle manière, et il s'agit d'un très beau métier, d'une vraie vocation. Néanmoins j'espère qu'il saura se distinguer de cette folie sanitaire qui a donné des ordres immondes sans même qu'une discussion puisse être possible. Car laisser un homme mourir sans ses proches quand leur présence était pourtant largement possible, c'est d'une malveillance folle, d'un aveuglement tel qu'effectivement le mot barbare n'est pas de trop. Aucune autorité scientifique médicale ne devrait régenter à ce point une société humaine, et il faut savoir rester à sa place. Je ne parle même pas des conséquences terribles de ce confinement dans toutes les situations de violences domestiques, le mal logement, les personnes très fragiles psychologiquement, les crises de la faim dans les quartiers, etc. Cela, nos chères médecin du bien-être n'en avait visiblement rien à faire, tout comme leurs suiveurs moralisants. Qu'ils restent chez eux quand même, on leur mettra un petit numéro de téléphone pour se donner bonne conscience, on hébergera éventuellement les cas d'extrême urgence si possible, mais le reste n'aura qu'à se démerder. Il y a visiblement des vies qui valent moins que d'autres, et c'est aussi ça la barbarie.

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Palestrina » mer. 13 mai 2020, 18:50

Riou a écrit :
mer. 13 mai 2020, 1:39
Bonjour Menochios,

La blouse blanche ne préserve pas de la barbarie, et cela est d'autant plus insupportable quand ça se fait sous couvert de la morale hygiéniste des autorités sanitaires. On passera sur les violations des libertés fondamentales, l'effondrement total de toute discussion politique, un matraquage médiatique qui n'informe plus mais se réduit à n'être qu'un ensemble de mots d'ordres autoritaires et infantilisants, sans parler de l'aspect hyper répressif de ce confinement. Mais ça passe et cela ne semble pas poser de véritables problèmes. On obéit aux ordres, on avance nos sacro-saintes bonnes intentions comme un document de pureté irréfutable, et on criminalise toute forme de réflexion qui désirerait faire autrement. Quant à ceux qui ont pris ce confinement en pleine figure, avec des conséquences désastreuses, on n'en parle même pas. Pas vu dans la télé, pas d'existence. C'est pratique, mais c'est là qu'on voit que le souci de "protection d'autrui" dans cette mesure de confinement est tout de même très très relatif, voire franchement douteux. C'est pourquoi je peux comprendre pourquoi Agamben ne parle pas de politique : tout simplement parce que lorsque la "transcendance" scientifique se met en place et dicte sa Loi, la politique n'existe plus du tout.
Votre intervention est remarquable par sa capacité à saisir avec justesse les manquements gravissimes qui viennent d'être tolérés, sans doute pour la première fois à cette échelle et dans cette durée, par notre société. Je tenais à vous remercier M.Riou.

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Gaudens » mer. 13 mai 2020, 20:18

Bonsoir Riou:
Que voulez-vous dire exacetemnt par les phases suivantes?
"Quant à ceux qui ont pris ce confinement en pleine figure, avec des conséquences désastreuses, on n'en parle même pas. Pas vu dans la télé, pas d'existence. C'est pratique, mais c'est là qu'on voit que le souci de "protection d'autrui" dans cette mesure de confinement est tout de même très très relatif, voire franchement douteux"

Il me semble qu'on peut discuter beaucoup de mesures prises ou non prises par la plupart des gouvernements de la planète,le français en particuler mais je ne vois pas d'autre souci que la "protection d'autrui" dans la mesure de confinement,qu'on peut parfaitement discuter par ailleurs.Plus précisément il s'est agi d'étaler le plus possible le recours aux hospitalisations, lits de réanimations particulièrement:le rush simultané e, cas e non confinement aurait condamné de très nombreuses personnes dont la vie a été ainsi préservée.Mais peut-être voyez-vous là un agenda caché ?

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Altior » mer. 13 mai 2020, 21:16

Gaudens a écrit :
mer. 13 mai 2020, 20:18
Plus précisément il s'est agi d'étaler le plus possible le recours aux hospitalisations,
Alors, il faut remarquer le succès: c'est peut-être pourquoi les hôpitaux sont vides.

Mais peut-être voyez-vous là un agenda caché ?
Il y a, sans doute, un agenda caché. Nous ne savons par lequel à ce moment, mais le jour viendra où nous le saurons.

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Riou
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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Riou » jeu. 14 mai 2020, 0:50

Bonsoir Gaudens,

Je ne vois pas d'agenda caché, et je reconnais la validité de votre argument. Je pense effectivement que le confinement a été fait par souci de lisser le pic afin d'éviter un débordement. Mon problème n'est pas là.
Le confinement a bien été fait dans le souci de la "protection d'autrui". Là où je me permets de remettre en question la validité réelle de ce souci, c'est en posant tout simplement cette question : qui a-t-on protégé au juste?
Le problème est qu'on a protégé uniquement les malades ou potentiels malades du covid, en faisant abstraction de tout le reste. Le critère de décision pour ce confinement n'a été que la circulation du virus, ce qui est irresponsable, car ce confinement a causé des dégâts considérables dans la vie de milliers de gens, centaines de milliers même et, à terme, ce sont sans doute des millions qui en subiront violemment les conséquences. Pour sauver des vies du covid, on a accepté de laisser des foyers domestiques où règne la violence (et on le savait, et les travailleurs sociaux le voyaient bien) en vase clos durant des mois. Ce fut mortel pour certains enfants et certaines femmes, et sans ce confinement bien des drames auraient pu être évité. Par ailleurs ce n'est un secret pour personne si une des raisons principales de la rentrée des classes est l'urgence absolue de sortir certains enfants de situations extrêmement difficiles afin de savoir où ils en sont, et Blanquer le dit à demi mots (à peine) aujourd'hui. Des milliers de gosses complètement déstructurés sortent de cet enfer de deux mois, mais on nous dit que ça fait partie des "difficultés" qu'il faut accepter.
Je parlais aussi du mal logement (environ 9 millions de personnes), qui a rendu extrêmement difficile ce confinement pour des centaines de milliers de personnes, dont des gens en situation de détresse sociale et, pour certains, psychologiques. Pour être aux contacts de travailleurs sociaux, il y a malheureusement eu des suicides dans ce contexte. Difficile d'établir une cause univoque, mais établir une corrélation entre ce genre d'acte et le confinement est assez évident. Il y a aussi l'arrêt des soins de beaucoup d'autres pathologies, et aujourd'hui les conséquences se paient très chères : réanimation pour certains, par exemple, réa qui aurait pu être évité si on n'avait pas tout focalisé sur le covid.
Et j'en passe, des vertes et des pas mûres. Alors oui, il me semble qu'il y a des vies qui valent moins que d'autres dans cette affaire. On fait tout pour épargner des vies de cette maladie, mais en imposant une mesure globale de manière aveugle et qui a causé des dégâts très graves dans bien d'autres situations. Ce confinement s'est présenté comme une mesure morale. Je crois qu'elle ne l'est pas du tout sur bien des points, car elle ne s'est focalisé que sur le covid, comme si un pays pouvait se réduire à ça. D'où ma question : qui a-t-on protégé dans cette affaire? Je dirai le gouvernement... En prenant une telle mesure, il veut montrer patte blanche, dire "j'ai tout fait", "on a géré le mieux possible", car il a eu peur pour ses fesses, et qu'il voulait éviter des images terribles vues en Italie avec des patients affalés dans les couloirs. Au passage il décrète l'état d'urgence et instaure une véritable tyrannie. Je ne pense pas que ce soit voulu au départ, mais de fait il s'engouffre dans la brèche et ce n'est pas fini. Les charognards se nourrissent des malheurs du moment.
J'espère que la souffrance crée par ce confinement deviendra visible avec le temps, et qu'on pourra se rendre compte de l'aveuglement des autorités sanitaires et politiques. On pourra relativiser les bonnes intentions morales, je pense. Et faire les vrais comptes, car le gouvernement a bien agit selon une logique purement comptable dans une situation de panique, au final : sauver sa place "quoi qu'il en coûte".


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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Kerniou » jeu. 14 mai 2020, 11:09

Ce que vous dites , Riou est ,hélas, vrai ! Mais plusieurs vérités et nécessités différentes se chevauchent et sont à l'oeuvre au même moment, dans les mêmes situations ...Si l'Etat n'avait pris de mesure de protection, on le lui reprocherait à juste titre ...
Auparavant, les enfants en danger dans leur famille étaient regroupés dans des internats où ils étaient protégés des violences familiales ...
Mais de nombreuses protestations s'élevaient régulièrement ... pour dénoncer des mesures défavorables à l'encontre des familles modestes qui se trouvaient, ainsi, stigmatisées...
S'il existe des violences dans tous les milieux sociaux, il faut dire que dans les milieux défavorisés où l'on manque d'argent, l'insatisfaction des parents de ne pas pouvoir procurer à leur famille, une vie sans privations, reste un contexte difficile à vivre pour eux (comme pour les enfants) et qui, surtout, crée un climat propice aux déclenchements de violences ... En protégeant, la population du covid 19 qui s'est peu répandu grâce au confinement, la contrepartie de violences potentielles à l'encontre des enfants et des femmes s'est fait jour ... sous forme de violences réelles ...
Imaginez que pour protéger les enfants, on les ait accueillis "d'office" à l'école, nous aurions assisté, alors, à une massive levée de boucliers pour des raisons de discrédit à l'égard de familles en difficultés ainsi épinglées...
Sur ce plan, les mesures préventives de protection rencontrent toujours des réticences voire des oppositions face à des prises de décisions perçues comme discriminatoires ...
Il est bien difficile de gouverner ... On ne peut jamais satisfaire tout le monde même avec les meilleures intentions ... Il y a toujours des "laissés pour compte" qui se sentent, alors, montrés du doigt voire discriminés...
On crie sur les travailleurs sociaux qui "arrachent" les enfants à leurs parents et ...
avec la même vigueur, on crie, aussi contre eux, quand ils ne le font pas ! On s'en prend aux travailleurs sociaux qui exécutent des décisions judiciaires qu'ils ne prennent pas ... On s'en prend rarement aux juges pour enfants qui, eux, doivent décider des mesures de "protection de l'enfance" les mieux appropriées pour chaque enfant ...
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Cinci » jeu. 14 mai 2020, 11:53

Bonjour Riou,

C'est avec bonheur que je trouve ici ces réflexions d'un penseur que je ne connais pas, Giorgio Agamben. Merci pour votre intervention. Différents aspects du problème qu'il soulève rejoignent mes petits soucis.

:oui:

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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par AlienorTouteAMarie » jeu. 14 mai 2020, 14:00

Un texte tellement inspiré, Alleluia !

A rapprocher de ce qui est dit par Sulema sur la prochaine Illumination des consciences et le nouvel ordre mondial, etc.
La Sainte Vierge dit même que l'on va être pucé, etc.

Je vous retrouverai les passages.

Cardinal Sarah a manqué de courage mais je pense qu'il a ses raisons.

Faisons circuler ce texte !!

:dance:

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Riou
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Re: Des pasteurs de l'Eglise Catholique lancent un appel contre le Nouvel Ordre Mondial

Message non lu par Riou » jeu. 14 mai 2020, 15:06

Bonjour,

De rien Cinci.

Kerniou, je vois effectivement que vous connaissez le milieu du social. Je suis d'accord avec vous dans l'ensemble, mais je n'en tire pas la même conclusion sur certains points. Je ne pense pas qu'il aurait été discriminatoire de justifier un confinement ciblé, si on avait su présenter les choses de manière apaisée, ce qui avec les chaînes d'infos que nous connaissons tous est devenu très difficile (il est vrai), notamment avec ce morne décompte des morts au petit matin. Les répercussions de ce confinement sont tels, et seront tels à l'avenir, qu'il était possible de justifier le refus d'imposer de telles mesures et de miser sur la responsabilité morale et civique des gens, en mettant tous nos efforts sur les plus faibles et les plus sujets aux versions très graves de la maladie, et en se réservant la possibilité de prendre des mesures plus lourdes si ce virus, qu'on ne connaît pas bien, avait dû s'avérer extrêmement mortel et fulgurant dans sa progression. Les suédois l'ont fait et ils ne sont pas tous morts du virus, loin de là. Ils ont appliqué la règle de la prudence, qui est une vertu très noble dans la Tradition catholique, et qui évite les excès et les démesures maladives dans nos réactions.
Je crois que la gravité de l'épidémie n'est pas à la mesure de la démesure de la réponse (une "certaine démesure dans la réaction" comme dit Cinci), et ne peut en aucun cas justifier des actes de barbaries que nos autorités sanitaires ont imposé à tout un peuple sans que la moindre discussion soit possible (et toutes les autorités morales ont suivi, sans broncher), sans parler de tous les droits fondamentaux tombés par terre en un claquement de doigts, la négation de tous les besoins spirituels d'une population, etc.
Dans la balance des biens et des maux, il me semble qu'il y avait dès le début de très bons arguments contre ce confinement, et les autorités sanitaires, véritable tyrannie en marche et pas prête à s'arrêter, n'ont rien écouté et n'ont fait que durcir violemment les mesures (il y avait quand même des hélicoptères de la gendarmerie qui tournaient autour des plages et de certains quartiers pour vérifier que personne ne bouge...). Et en culpabilisant les français, qui plus est, si ces mesures ne devaient pas fonctionner, ce qui s'est vu dans le fait que la moindre absence de résultat était systématiquement imputée à l'indiscipline de la population, jugée pas sérieuse et pas capable de comprendre. Donc si ça marche c'est grâce à eux (les savants), si ça ne fonctionne pas c'est à cause de nous (les ploucs). La boucle est bouclée, il n'y a rien à dire.
Je trouve cette morale très immorale en son principe, car profondément méprisante envers l'être humain. Et ce ne sont pas les sourires de bienveillance qui feront oublier l'acte de laisser des morts mourir seuls quand ils pouvaient recevoir les personnes qui leur sont chères. L'homme ne peut même plus mourir humainement au nom de la science, et cela n'est pas pardonnable tant qu'ils ne demandent pas pardon publiquement et sincèrement. Si le Vatican n'a rien à dire à cela, c'est qu'il a un problème, et que la barbarie envahit un peu tout, à la manière des personnages de Ionesco qui se transforment en rhinocéros tout au long de la pièce et ne s'en rendent même plus compte.
[+] Texte masqué
Ps : la Prudence chez Saint Thomas d'Aquin :

« La prudence est la vertu la plus nécessaire à la vie humaine. Bien vivre consiste en effet à bien agir. Or pour bien agir, il faut non seulement faire quelque chose, mais encore le faire comme il faut, c'est-à-dire qu'il faut agir d'après un choix bien réglé et pas seulement par impulsion ou passion. Mais puisque le choix porte sur des moyens en vue d'une fin, sa rectitude exige deux choses : une juste fin et des moyens adaptés à cette juste fin... Pour ce qui est des moyens, il faut qu'on y soit directement préparé par un habitus de la raison, car délibérer et choisir – opérations relatives aux moyens – sont des actes de la raison. Et c'est pourquoi il est nécessaire qu'il y ait dans la raison une vertu intellectuelle qui lui donne assez de perfection pour bien se comporter à l'égard des moyens à prendre. Cette vertu est la prudence. Voilà pourquoi la prudence est une vertu nécessaire pour bien vivre. » , Somme Théologique, II.


"La prudence est dans la raison. Mais diriger et gouverner appartient en propre à la raison. C'est pourquoi il convient à chacun de posséder la mesure de raison et de prudence en rapport avec la part qu'il prend à la direction et au gouvernement. Or, il est manifeste qu'il n'appartient pas au sujet en tant que sujet, à l'esclave en tant qu'esclave, de diriger et de gouverner, mais plutôt d'être dirigé et d'être gouverné. C'est pourquoi la prudence n'est pas une vertu de l'esclave en tant qu'esclave ni du sujet en tant que sujet. Mais parce que tout homme, en tant qu'être raisonnable, exerce une part de gouvernement selon l'arbitrage de sa raison, dans cette mesure il lui convient de posséder la prudence. Aussi est-il manifeste que la prudence est dans le prince à la façon d'un art architectonique, comme dit Aristote ; et dans les sujets à la manière d'un art manuel d'exécution. ", Idem, Article 12.

"L'oubli concerne seulement la connaissance. Aussi peut-on par l'oubli perdre totalement un art, et semblablement une science, lesquels siègent dans la raison. Or la prudence ne consiste pas dans la seule raison, mais aussi dans l'appétit : car, nous l'avons dit, son acte principal est de commander, ce qui revient à appliquer une connaissance à l'appétit et à l'opération. C'est pourquoi la prudence ne disparaît pas directement par l'oubli ; elle est plutôt détruite par les passions. Le Philosophe dit en effet que " le délectable et le triste corrompent l'estimation de la prudence ". Aussi est-il dit dans Daniel (13, 56) : " La beauté t'a séduit et la concupiscence a retourné ton coeur " ; et dans l'Exode (23, 8) : " N'accepte pas de présents ; ils aveuglent même les prudents. " L'oubli toutefois peut empêcher la prudence, en tant qu'elle passe à l'acte de commander à partir d'une connaissance, laquelle peut disparaître par l'oubli. ", Idem, article 16.

"Il revient principalement à la prudence, on l'a dit plus haut, de bien ordonner une action à sa fin. Cela n'est possible que si la fin est bonne et si les éléments ordonnés à la fin sont eux-mêmes bons et adaptés à celle-ci. Mais parce que la prudence, on l'a dit, concerne l'action dans ses particularités où sont engagées beaucoup de choses, il arrive qu'un élément de l'action, considéré en lui-même, soit bon et adapté à la fin, mais devienne mauvais ou inopportun par un concours de circonstances. C'est ainsi que montrer des signes d'amour à quelqu'un, considéré en soi, semble être un bon moyen d'exciter en lui amour ; mais s'il s'agit d'une personne orgueilleuse ou qui soupçonne la flatterie, le moyen cesse d'être adapté à la fin. C'est pourquoi la circonspection est nécessaire à la prudence, en ce sens qu'il faut juger aussi d'après les circonstances ce qui est ordonné à la fin [...]

2. Les circonstances concernent la prudence en ce qu'elle doit les déterminer ; elles concernent les vertus morales en ce que celles-ci trouvent leur perfection grâce à la détermination des circonstances.

3. Comme il appartient à la prévoyance de regarder ce qui de soi convient à la fin, ainsi appartient-il à la circonspection de considérer si cette même manière d'agir convient à la fin, compte tenu des circonstances. Or, l'un et l'autre comporte une difficulté spéciale. Et c'est pourquoi l'un comme l'autre figure distinctement comme partie de la prudence. ", idem. 49, article 7.

"La matière de la prudence, ce sont les réalités contingentes relatives à l'action. De même que le vrai s'y mêle au faux, ainsi le mal se mêle au bien, à cause de la grande diversité de ces actions où le bien est souvent empêché par le mal, et où le mal prend l'apparence du bien. C'est pourquoi l'attention précautionneuse est nécessaire à la prudence pour que le bien soit accueilli de façon à éviter le mal.

Solutions :

1. L'attention précautionneuse n'est pas nécessaire en morale pour qu'on se mette en garde contre les actes vertueux ; mais pour qu'on se mette en garde contre ce qui peut empêcher ceux-ci.

2. Éviter les maux opposés et poursuivre le bien relève du même genre d'activité. Mais se soustraire à des empêchements survenant de l'extérieur, c'est quelque chose de différent. L'attention précautionneuse se distingue de la prévoyance pour cette raison, bien que l'une et l'autre concerne la même vertu de prudence.

3. Parmi les maux que l'homme doit éviter, certains arrivent le plus souvent. Il est possible de s'en faire une idée. C'est contre de tels maux qu’est dirigée l'attention précautionneuse, pour qu’on y échappe totalement ou qu'ils causent un moindre dommage. Il est d'autres maux qui n'arrivent que rarement et par hasard. Puisqu'ils sont infinis ni la raison ne peut les embrasser ni l'homme s'y soustraire entièrement. Il reste néanmoins que par l'activité de sa prudence l'homme peut ainsi se préparer à subir tous les assauts de la fortune pour en limiter les atteintes. ", idem, Art. 8.

"La précipitation se dit métaphoriquement des actes de l'âme par ressemblance avec le mouvement corporel. En ce sens, se précipiter désigne ce qui passe de haut en bas par son propre mouvement ou sous l'effet d'une impulsion reçue, sans observer l'ordre et les degrés de la descente. Or, le haut de l'âme est la raison : le bas, c'est l'action exercée par le corps ; les degrés intermédiaires, par lesquels il faut descendre en bon ordre, sont la mémoire du passé, l'intelligence du présent, la sagacité à l'égard des événements futurs, le raisonnement qui compare une chose avec l'autre, la docilité qui acquiesce aux avis des anciens : par ces degrés on descend en bon ordre selon le cours d'une délibération bien faite. Tandis que si l'on se porte à agir par élan de volonté ou de passion en sautant ces degrés, on tombe dans la précipitation. Donc, puisque le désordre de la délibération se rattache à l'imprudence, il est clair que le vice de précipitation est compris dans ce péché.

Solutions :

1. La rectitude du conseil relève du don de conseil et de la vertu de prudence, quoique de manière différente, nous l'avons dit. C'est pourquoi la précipitation s'oppose à l'un et à l'autre.

2. On appelle actes téméraires ceux qui ne sont pas gouvernés par la raison. Ce qui arrive de deux manières. Ou bien sous l'effet de la volonté ou de la passion, ou bien par mépris de la règle directrice, et c'est proprement ce qui implique la témérité. Elle semble donc provenir de la racine d'orgueil, qui refuse de se soumettre à une règle étrangère. Tandis que la précipitation vérifie les deux manières. La témérité est donc comprise dans la précipitation, bien que la précipitation concerne plutôt le premier genre d'actions.

3. Dans la délibération il y a beaucoup de particularités à considérer. D'où le parole du Philosophe : " Il faut délibérer lentement. " Aussi la précipitation s'oppose-t-elle à la rectitude de la délibération plus directement que la lenteur exagérée, qui a quelque ressemblance avec la délibération droite. ", Quest. 53, article 3.

"Nous l'avons dit plus haut, la prudence a pour objet ce qui s'ordonne à la fin de la vie entière. C'est pourquoi la prudence de la chair signifie proprement qu'un homme traite les biens charnels comme la fin ultime de sa vie. Or, il est clair que cela est péché ; de cette manière en effet il abandonne l'ordre à l'égard de la fin ultime, qui ne consiste pas dans les biens du corps, ainsi qu'on l'a établi précédemment b. C'est pourquoi la prudence de la chair est péché.

Solutions :

1. La justice et la tempérance impliquent dans leur raison même ce qui fait louer la vertu, à savoir l'égalité et la modération des convoitises ; et c'est pourquoi elles ne sont jamais prises en mauvaise part. Tandis que le mot de prudence dérive de prévoyance, nous l'avons dit plus haute. Or, celle-ci peut s'étendre même au mal. C'est pourquoi, bien que la prudence sans autre qualification soit prise en bonne part, elle peut moyennant une addition recevoir un sens défavorable. C'est ainsi que la prudence de la chair est le nom d'un péché.

2. La chair est pour l'âme, comme la matière est pour la forme, et l'instrument pour l'agent principal. Aussi aime-t-on licitement la chair pour qu'elle soit ordonnée au bien de l'âme comme à sa fin. Mais si l'on va jusqu'à établir sa fin dernière dans le bien de la chair, l'amour qu'on a pour elle sera désordonné et illicite. Et c'est de cette manière que la prudence de la chair s'ordonne à l'amour de la chair.

3. Le diable nous tente non en devenant désirable, mais par ses suggestions. C'est pourquoi, puisque la prudence implique l'ordre à une fin désirable, on ne parle pas d'une prudence du diable comme on parle d'une prudence en rapport avec quelque fin mauvaise, en raison de laquelle le monde et la chair nous tentent : car on veut dire par là que les biens du monde et de la chair s'offrent à nos désirs. C'est pourquoi l'on parle d'une prudence de la chair et aussi d'une prudence du monde, selon ce texte de Luc (16, 8) : " Les fils de ce siècle sont plus prudents entre eux, etc. " S. Paul, pour son compte, renferme tout dans la prudence de la chair, car même les biens extérieurs du monde, c'est à cause de la chair que nous les convoitons.

On peut dire néanmoins ceci : Parce que la prudence est une sorte de sagesse, nous l'avons reconnu plus haut, on peut entendre une triple prudence conformément aux trois tentations. Aussi S. Jacques (3, 15) parle-t-il d'une sagesse terrestre, animale, diabolique comme on l'a exposé plus haut en traitant de la sagesse. ", Quest. 55, art.1.

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