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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Spectateur engagé » ven. 23 août 2019, 15:58

H. Laurens a notamment dit ceci :

Aujourd’hui, Assad, Erdogan, Netanyahou, justifient leur politique par l’anti-terrorisme. Or on peut faire le constat que l’anti-terrorisme tue beaucoup plus que le « terrorisme ». Mais en un sens, c’est aussi parce que le terme terroriste est tellement vague, que l’anti-terrorisme le devient. Aussi faudrait-il peut-être revenir à des notions plus concrètes et plus précises comme les « crimes de guerre » ou « crimes contre l’humanité ». (https://journals.openedition.org/lettre-cdf/4099)

Je pense avoir suivi cette ligne d'assez près dans mes propos.

Il a aussi dit ceci :

Surtout, Moscou n’aura pas les moyens de réhabilitation. Va-t-on demander un jour aux Occidentaux de financer la reconstruction de la Syrie? Si Bachar el-Assad l’emporte, l’aideront-ils en sachant que la moitié de l’argent ira à la famille du président et non à la population et alors que sur le terrain vous aurez la continuation des rackets miliciens? Les Occidentaux tenteront sans doute de le faire car ils voudront diminuer la pression migratoire, mais cela ne va pas être chose facile. (https://www.letemps.ch/monde/henry-laur ... 19e-siecle)

Et ceci :

Sur le terrain pullulent les milices, qu’elles soient d’un côté ou de l’autre. Le régime de Bachar al-Assad n’est plus qu’un agrégat de milices. Il ne se fait pas respecter par telle milice qui contrôle telle sous-région ou telle autre. (https://www.meltingbook.com/henry-laure ... situation/)

Je m'en tiens là au niveau de ses citations, auxquelles je souscris pleinement.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Carhaix » ven. 23 août 2019, 16:06

Vous choisissez celles qui vous arrangent. Mais vous ne faites qu'enfoncer les portes ouvertes. Personne ne nie que le régime syrien est dictatorial (comme dans une grande quantité d'autres pays). De là à vouloir s'ingérer dans le processus et hausser le ton, comme vous le préconisez, il y a un pas que ne franchit pas l'éminent historien, mais que franchissent sans gêne les activistes de votre trempe. L'intérêt du peuple syrien est que cette guerre se termine et que l'ordre revienne. Vous, ce que vous voulez, c'est agraver la situation, prolonger la guerre, donc multiplier les zones de combat, les destructions, les massacres. Pour laisser la place à quoi une fois le régime mis à terre ? À une autre Libye, avec des milices qui se battent sans fin pendant des années ?

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Spectateur engagé » ven. 23 août 2019, 16:47

Figurez-vous qu'un certain nombre de nos compatriotes sont aujourd'hui prêts à remettre en cause la nature autoritaire, ainsi que les les pratiques sanguinaires du régime syrien. Il ne m'apparaît donc pas inutile de bien caler cette "porte ouverte" comme vous dites.

Pour ce qui est de s'ingérer dans ce que vous appelez pudiquement un "processus", il m'a semblé qu'Henry Laurens n'en condamnait pas nécessairement le principe, tout en appelant à la prudence. Il faut dire que cette intervention pourrait avoir quelque base légale (sans parler de morale), au regard des crimes contre l'humanité dont les autorités syriennes et d'autres acteurs se sont rendus coupables.

Du reste, vous reprenez sans trembler l'argument selon lequel le régime serait le garant de la paix et de l'ordre contre le chaos, les milices, les destructions, les massacres, etc. On entend d'ailleurs le même refrain en Algérie, en Arabie saoudite, en Egypte, au Soudan... comment ne pas voir l'évidence de la supercherie ?

Mais pourquoi ne pas vous interroger sur la responsabilité de la montée aux extrêmes qui a conduit à la guerre ? Je rappelle que l'opposition syrienne ne s'est pas militarisée avant que le gouvernement n'ait, outrageusement, commencé à torturer et tuer en masse les contestataires pacifiques, tout en libérant à dessein les djihadistes qu'il détenait dans ses prisons.

Pourquoi ne pas vous interroger aussi sur l'usage que ce même régime, dès avant la guerre, faisait de milices clandestines (les šabbīḥa) pour terroriser la population ?

Pourquoi ne pas vous interroger enfin sur le déséquilibre des chiffres, en terme de massacres et de destructions, qui différencie les crimes des autorités de ceux de l'opposition ? Non pas que ceux des rebelles soient inexistants : ils sont simplement sans commune mesure avec ce qui se pratique en face.

Par ailleurs, où avez-vous lu que je préconisais aujourd'hui une intervention militaire contre Assad ? Pour l'instant, je n'ai rien fait d'autre que de rappeler l'horreur de son régime, et de m'exprimer en faveur d'une prise de position plus ferme contre lui de la part des autorités ecclésiastiques.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Carhaix » ven. 23 août 2019, 17:36

En attendant, les milices ne se sont pas militarisées toutes seules, que je sache. Et on sait qu'elles ont été armées en partie par nous, en utilisant le discours que vous employez (Assad massacre son peuple, les pratiques sanguinaires du régime, etc.).

Donc ce que vous réclamez, c'est que l'Église abonde dans ce sens, renforçant ainsi la légitimité d'une éventuelle politique interventioniste, que l'on voit à l'œuvre depuis l'Irak, et dont le résultat est de déstabiliser progressivement cette région du monde, en détruisant les états l'un après l'autre.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Spectateur engagé » ven. 23 août 2019, 18:23

Pour ce qui est de la militarisation des groupes armés d'opposition, leur approvisionnement en armes par des gouvernements étrangers est bien établi. Les Etats-Unis, La France, le Royaume-Uni, la Turquie et certains Etats de la péninsule arabique sont concernés au premier chef.

Cela dit, je crois savoir que ce soutien a toujours été assez strictement limité, les fournisseurs occidentaux craignant à juste titre d'alimenter un trafic d'armes au profit des factions les plus radicales. Mais le caractère autrement plus dramatique de cette restriction est bien connu : l'effacement des premières organisations rebelles au profit de l'Etat islamique provenant d'Irak, ainsi que de la mouvance soutenue par le gouvernement turc au nord, l'une et l'autre étant mieux équipées et moins exposées aux forces du régime que leurs concurrentes.

Il me semble d'ailleurs que G. Dorronsoro dans son excellent livre (https://www.cnrseditions.fr/catalogue/r ... les/syrie/) a mis en lumière le fait que les premiers rebelles se sont , avant tout, équipés en pillant les ressources matérielles de l'armée et en recourant à la contrebande. Nota bene : je tire cet argument de ma seule mémoire, je tâcherai de le vérifier rigoureusement par la suite.

Le fait qui me paraît le plus important est que ce soutien, apporté depuis l'extérieur aux groupes armés d'opposition, n'a jamais approché de près ou de loin les subsides dont le gouvernement syrien a bénéficié de la part de ses alliés. L'usage criminel qu'il a fait de ces ressources est bien connu, et je crois comprendre que vous ne le contestez pas.

Pour ce qui est de l'Irak, j'ai toujours dénoncé l’intervention militaire internationale de 2003, qui ne reposait sur aucun fondement légal.

En conclusion, je ne dis qu'une chose : là où des responsables politiques commettent des ravages, l'Eglise se doit de les dénoncer sans réserve. Elle n'avait pas épargné l'URSS en son temps (à juste titre), je ne vois pas pourquoi elle épargnerait aujourd'hui un régime qui est précisément passé par l'école soviétique.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Carhaix » ven. 23 août 2019, 20:55

Je ne le conteste pas parce que j'ignore la réalité que vous décrivez. Ce que je conteste, c'est votre vision manichéenne où certains Etats représenteraient le Bien, et certains représenteraient le Mal, et comme par hasard, ça correspond complètement à la vision atlantiste promue par nos médias. Mais ce n'est pas une question de Bien et de Mal. Il y a des questions de géopolitique, d'alliance, de blocs qui se font face, et des situations locales très complexes. La Syrie, ce n'est pas d'un côté un grand méchant, Assad, et de l'autre les gentils Syriens tous opprimés par le vilain. L'opposition syrienne est loin de former un bloc uni. Je n'entre pas dans les détails. La vérité sous-jacente, c'est la course à l'hégémonie poursuivie par les Etats-Unis, cherchant à faire voler en éclat les puissances qui lui résistent encore, autrement dit la Russie et la Chine. Il se trouve qu'historiquement, l'Otan est allié aux pays sunnites, la Russie aux pays chiites. Leur guerre en Irak a eu pour effet de faire basculer ce pays dans ce qu'on appelle "l'arc chiite" : Iran, Irak, Syrie, Liban. Pour briser cet arc, ils ont manoeuvré pour faire tomber la Syrie, dont la population est majoritairement sunnite. Voilà le vrai enjeu. Et c'est pour la même raison que l'Arabie Saoudite mène une guerre au Yémen, et est intervenue au Bahrein. L'Otan n'en a strictement rien à foutre de la démocratie, des dictateurs sanguinaires, de l'usage des armes chimiques. Ils veulent surtout des prétextes, comme les armes massives en Irak, pour intervenir. Et vous tombez dans le panneau à pieds joints, en croyant mener une croisade pour le Bien, alors que vous luttez surtout pour l'hégémonie de l'Oncle Sam.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Pathos » ven. 23 août 2019, 21:22

Carhaix a écrit :
ven. 23 août 2019, 20:55
L'Otan n'en a strictement rien à foutre de la démocratie
:clap: :clap:

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Spectateur engagé » ven. 23 août 2019, 22:03

Carhaix a écrit :
ven. 23 août 2019, 20:55
Je ne le conteste pas parce que j'ignore la réalité que vous décrivez. Ce que je conteste, c'est votre vision manichéenne où certains Etats représenteraient le Bien, et certains représenteraient le Mal, et comme par hasard, ça correspond complètement à la vision atlantiste promue par nos médias. Mais ce n'est pas une question de Bien et de Mal. Il y a des questions de géopolitique, d'alliance, de blocs qui se font face, et des situations locales très complexes. La Syrie, ce n'est pas d'un côté un grand méchant, Assad, et de l'autre les gentils Syriens tous opprimés par le vilain. L'opposition syrienne est loin de former un bloc uni. Je n'entre pas dans les détails. La vérité sous-jacente, c'est la course à l'hégémonie poursuivie par les Etats-Unis, cherchant à faire voler en éclat les puissances qui lui résistent encore, autrement dit la Russie et la Chine. Il se trouve qu'historiquement, l'Otan est allié aux pays sunnites, la Russie aux pays chiites. Leur guerre en Irak a eu pour effet de faire basculer ce pays dans ce qu'on appelle "l'arc chiite" : Iran, Irak, Syrie, Liban. Pour briser cet arc, ils ont manoeuvré pour faire tomber la Syrie, dont la population est majoritairement sunnite. Voilà le vrai enjeu. Et c'est pour la même raison que l'Arabie Saoudite mène une guerre au Yémen, et est intervenue au Bahrein. L'Otan n'en a strictement rien à foutre de la démocratie, des dictateurs sanguinaires, de l'usage des armes chimiques. Ils veulent surtout des prétextes, comme les armes massives en Irak, pour intervenir. Et vous tombez dans le panneau à pieds joints, en croyant mener une croisade pour le Bien, alors que vous luttez surtout pour l'hégémonie de l'Oncle Sam.
Permettez : j'accepte volontiers que vous exprimiez des opinions différentes, mais pas que vous déformiez mes propos ou que vous m'en inventiez d'autres.

Je vais donc réécrire ce que vous n'avez pas daigné lire : en 2003, j'étais contre l'intervention militaire internationale en Irak.

Par ailleurs, si j'étais vraiment l'atlantiste borné de vos fantasmes, pensez-vous que je rangerais les dirigeants saoudiens, émiratis et égyptiens dans la même catégorie que leurs pendants syriens et soudanais ?

Ceci dit, je répondrai demain si vous le voulez bien à votre interprétation bipolaire du monde, qui, en opposant un bloc otano-sunnite à un bloc shangaïo-chiite me paraît plus rigoureusement manichéenne que la mienne.

Je vous souhaite une bonne soirée.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Cinci » dim. 25 août 2019, 14:14

Spectateur engagé :

En second lieu, je regrette que Sa Sainteté n'ait à ce jour pas montré plus de sévérité à l'égard des responsables de certains conflits en cours. Je pense notamment à la Syrie, au Yémen ainsi même qu'à l'Egypte qui, si elle n'est pas en guerre, continue incontestablement d'être en crise
Ce n'est tout simplement pas le rôle du Vatican que celui de jouer à l'arbitre international.

L'Église n'a pas à décerner des bons points au gouvernement de tel pays, des démérites aux autres et pour en appeler peut-être au renversement de tel ou tel gouvernement ou tel régime. Si cela devait être, je comprendrais alors les Chinois de vouloir mettre les évêques catholiques à fond de cale dans un navire rouillé et devant mettre le cap sur l'Italie. Idem en Iran, en Israël, en Turquie, en Arabie saoudite, etc.

Légitime que des chefs religieux chrétien à Rome puissent décider à la place des Chinois non chrétiens quel gouvernement civil devrait mieux leur convenir ? En rien. Imagine-t-on des chefs religieux musulmans du Pakistan ayant le droit de décider à la place des Suisses du genre de société qui devrait être la leur ?

Il prend juste une arrogance incroyable pour penser pouvoir décider à la place des autres ce qui devrait être bon pour eux. C'est justement cette même arrogance qui fomente les guerres bien souvent. C'est toute l'arrogance qui couvait aussi derrière l'idée de guerre préventive et soi-disant au nom de l'humanitarisme.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Cinci » dim. 25 août 2019, 14:22

Spectateur engagé :

Je pense ainsi que l'Eglise se grandirait en condamnant avec beaucoup plus de force des hommes tels que Bachar el-Assad et Abdel Fattah al-Sissi. C'est mon opinion personnelle.
Partisanerie politique. Ce faisant, l'Église ne ferait que se créer une multitude de nouveaux ennemis dans les pays concernés et absolument pour rien; en sus de heurter les catholiques qui ne partageraient pas non plus les analyses de l'évêque en haut lieu.

J'avais assisté moi-même à une suite de conférences en 2014. Le tout portait sur le problème de la Syrie entre autres. C'était organisé par l'organisation catholique de l'Aide à l'Église en détresse, avec nombre de réfugiés syriens, etc. Eh bien, il ressortait clairement des échanges que personne ne mettait en cause le régime syrien lui-même comme facteur principal de la dégradation de la situation locale et pour l'ampleur de la guerre civile en cours.

Les chrétiens sur le terrain faisaient leurs prières pour que le régime tienne le coup je vous assure. Et moi c'est bien cela que j'aurai retenu de divers témoignages de chrétiens syriens entendus; oui, même si cela allait parfaitement à l'encontre de la doxa véhiculée dans les journaux à grand tirage. De toute façon, il est très facile de comprendre pourquoi les chrétiens en Syrie n'y auront jamais vu le moindre avantage au fait d'imaginer que le régime de Bachar aurait pu être torpillé pour sombrer en catastrophe. Pour moi, l'Église catholique n'a aucune raison de se prononcer officiellement en faveur d'un quelconque "Bachar dégage !".

Elle n'aurait pas plus raison de se comporter ainsi, notre Église, mais qu'elle devrait en avoir plus de dire aux Russes "Poutine dégage !" ou aux Allemands "Merkel dégage !" et aux Français "Macron dégage !"

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Pathos » dim. 25 août 2019, 15:37

Petite digression.. je me réjouis que la ravissante épouse de Bachar soi tirée d'affaires avec son cancer.

https://www.youtube.com/watch?v=4Zs685xWZIE

Version longue
https://www.youtube.com/watch?v=prCyCR0jx44

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Spectateur engagé » mar. 27 août 2019, 13:30

Cinci a écrit :
dim. 25 août 2019, 14:14
Ce n'est tout simplement pas le rôle du Vatican que celui de jouer à l'arbitre international.

L'Église n'a pas à décerner des bons points au gouvernement de tel pays, des démérites aux autres et pour en appeler peut-être au renversement de tel ou tel gouvernement ou tel régime. Si cela devait être, je comprendrais alors les Chinois de vouloir mettre les évêques catholiques à fond de cale dans un navire rouillé et devant mettre le cap sur l'Italie. Idem en Iran, en Israël, en Turquie, en Arabie saoudite, etc.

Légitime que des chefs religieux chrétien à Rome puissent décider à la place des Chinois non chrétiens quel gouvernement civil devrait mieux leur convenir ? En rien. Imagine-t-on des chefs religieux musulmans du Pakistan ayant le droit de décider à la place des Suisses du genre de société qui devrait être la leur ?

Il prend juste une arrogance incroyable pour penser pouvoir décider à la place des autres ce qui devrait être bon pour eux. C'est justement cette même arrogance qui fomente les guerres bien souvent. C'est toute l'arrogance qui couvait aussi derrière l'idée de guerre préventive et soi-disant au nom de l'humanitarisme.
Bonjour,

Pour ne citer qu'un exemple, si vous considérez que saint Ambroise de Milan a eu tort de condamner l'empereur Théodose 1er, avec une redoutable et saine vigueur, pour le massacre de Thessalonique en 390, c'est votre droit.

Faut-il réellement faire la liste de toutes les occasions que l'Eglise a saisi de défendre, avec courage, la loi morale universelle contre des dirigeants qui, outrepassant les bornes naturelles du pouvoir qui leur avait été accordé, s'étaient rendus coupables de ce que nous appelons de nos jours des crimes contre l'humanité ?

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Spectateur engagé » mar. 27 août 2019, 14:13

Cinci a écrit :
dim. 25 août 2019, 14:22
Partisanerie politique. Ce faisant, l'Église ne ferait que se créer une multitude de nouveaux ennemis dans les pays concernés et absolument pour rien; en sus de heurter les catholiques qui ne partageraient pas non plus les analyses de l'évêque en haut lieu.

J'avais assisté moi-même à une suite de conférences en 2014. Le tout portait sur le problème de la Syrie entre autres. C'était organisé par l'organisation catholique de l'Aide à l'Église en détresse, avec nombre de réfugiés syriens, etc. Eh bien, il ressortait clairement des échanges que personne ne mettait en cause le régime syrien lui-même comme facteur principal de la dégradation de la situation locale et pour l'ampleur de la guerre civile en cours.

Les chrétiens sur le terrain faisaient leurs prières pour que le régime tienne le coup je vous assure. Et moi c'est bien cela que j'aurai retenu de divers témoignages de chrétiens syriens entendus; oui, même si cela allait parfaitement à l'encontre de la doxa véhiculée dans les journaux à grand tirage. De toute façon, il est très facile de comprendre pourquoi les chrétiens en Syrie n'y auront jamais vu le moindre avantage au fait d'imaginer que le régime de Bachar aurait pu être torpillé pour sombrer en catastrophe. Pour moi, l'Église catholique n'a aucune raison de se prononcer officiellement en faveur d'un quelconque "Bachar dégage !".

Elle n'aurait pas plus raison de se comporter ainsi, notre Église, mais qu'elle devrait en avoir plus de dire aux Russes "Poutine dégage !" ou aux Allemands "Merkel dégage !" et aux Français "Macron dégage !"
Le statut de réfugié est accordé à la personne dont il est démontré qu'elle est risque la persécution, et que les autorités de son pays ne sont pas en mesure de la protéger, qu'elles soient incapables de le faire, ou qu'elles soient elles-mêmes l'agent persécuteur. Dans un cas comme dans l'autre, vous conviendrez que le discours rassurant d'Assad sur son rôle de bouclier des peuples se heurte à la réalité des faits.

En ce qui concerne les demandeurs d'asile syriens, je crois nécessaire de rappeler que l'Eglise est concernée par le devenir de l'humanité toute entière, et pas seulement par le sort de ses membres baptisés. Personnellement, je n'ai jamais eu l'occasion d'entendre un syrien sunnite se déclarer favorablement en faveur d'Assad, bien au contraire : les contre-exemples abondent. Le régime syrien dispose pourtant de partisans au sein de la communauté sunnite, mais ils sont aujourd'hui réduits à la portion congrue du fait de sa stratégie politico-militaire, résolument axée sur la communautarisation et la cooptation des minorités.

Ceci m'amène à mon point suivant. Il serait faux de croire que les syriens chrétiens étaient, dès le départ, rangés unanimement derrière Assad. En effet, la présence de nombre d'entre eux au sein des manifestations initiales est bien documentée. C'est justement pour rompre cette dynamique post-communautaire que le régime a tout entrepris pour diviser et radicaliser les belligérants, avec un certains succès il faut le reconnaître. Ces faits ont été admirablement décrits par G. Dorronsoro (Syrie. Anatomie d'une guerre civile, CNRS), dans un livre qui a l'avantage d'avoir été écrit par un spécialiste incontesté alors qu'il était encore sur le terrain.

De fait, il est aujourd'hui plutôt rare (sans être exceptionnel) d'entendre un syrien chrétien réclamer le départ immédiat d'Assad. Mais quand on s'informe plus en profondeur de l'opinion d'une telle personne, on découvre le plus souvent qu'elle n'a pas de sympathie particulière pour le régime baathiste, au contraire. Toutefois, elle se trouve devant le fait accompli de devoir choisir entre Assad et les djihadistes, ce qui est précisément le choix impossible que le régime s'est efforcé d'imposer, au détriment de toute autre option.

Je me sens malheureux à l'idée que certains chrétiens de l'extérieur puissent être dupés par cette instrumentalisation de la communauté chrétienne de Syrie, qui relève ni plus ni moins que du chantage. Sisi n'agit pas différemment en Egypte.

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Spectateur engagé » mar. 27 août 2019, 14:40

Pathos a écrit :
dim. 25 août 2019, 15:37
Petite digression.. je me réjouis que la ravissante épouse de Bachar soi tirée d'affaires avec son cancer.

https://www.youtube.com/watch?v=4Zs685xWZIE

Version longue
https://www.youtube.com/watch?v=prCyCR0jx44
L'obscénité de ce document de propagande est tout à fait remarquable.

La focalisation de l'actualité sur la santé de l'épouse de l'homme qui, au même moment, organisait le ravage de la région d'Idlib doit nous interroger : le cynisme de Sputnik connaît-il des limites, ou alors partage-t-il quelque chose du caractère infini des plus grands mystères ?

Nous allons maintenant voir si l'Histoire permettra que ce genre de tour de passe-passe fasse oublier d'autres documents, tels que le Rapport César (https://www.hrw.org/fr/news/2015/12/16/ ... tenus-tues).

Au demeurant, je précise que je ne souhaite la mort de personne et que le cancer est une épreuve impitoyable. Puisse Asma al-Assad vivre le plus longtemps possible... peut-être jusqu'au jour où elle devra témoigner, devant l'humanité, de tout ce qu'elle aura vu, su et tu de la Syrie baathiste ?

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Re: Le Pape François analyse les enjeux entre guerres, trafics d'armes et afflux de migrants

Message non lu par Cinci » mar. 27 août 2019, 15:37

Spectateur engagé :

Pour ne citer qu'un exemple, si vous considérez que saint Ambroise de Milan a eu tort de condamner l'empereur Théodose 1er, avec une redoutable et saine vigueur, pour le massacre de Thessalonique en 390, c'est votre droit.
Vous n'y êtes pas.

Ce n'est pas le rôle du pape ou de n'importe quel évêque d'appeler au renversement du régime ou à la destitution du chef politique en place. Saint Ambroise de Milan n'appelle personne à conduire un soulèvement pour chasser Théodose du pouvoir vous remarquerez. Nul n'a jamais vu un évêque catholique encourager des factieux à participer d'une guerre civile pour substituer à l'empire de Rome, par exemple, une république, une monarchie ou je-ne-sais-quoi de prétendument meilleur.

Et à part ça, Ambroise de Milan agit de la sorte (appel à la pénitence) envers un de ses fils spirituel, si je puis dire, mais envers un membre éminent de son Église. Notre saint évêque n'agirait par de la sorte avec l'empereur de Chine ou le roi des Parthes.

Le chef du gouvernement syrien d'aujourd'hui n'est pas soumis à la juridiction du pape. Notre bon pape François n'est pas le chef religieux de Bachar-el-Assad, pas plus que d'Emmanuel Macron d'ailleurs.

Vous verriez ça d'ici, un archevêque de Paris qui appelle à chasser du pouvoir LReM et peut-être au profit d'un quelconque populiste faisant promesse de passer des lois favorables à la bonne morale chrétienne ? un populiste promettant de faire droit aux justes revendications des gilets jaunes ? "Le tyran Macron, dégage !" , reprendrait alors en choeur le saint Père du haut du balcon sur la place Saint-Pierre. Voyons ...

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