Décès de Simone Veil

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar jeje » mer. 05 juil. 2017, 16:31

bonsoir


franchement prions pour cette personne que Dieu ai pitié de son âme .

Cinci
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » mer. 05 juil. 2017, 16:56

A propos de la fameuse loi dépénalisant l'avortement :


"... avec l'Église catholique, les choses se sont mieux déroulées que j'aurais pu le craindre. [...] je me suis entretenu avec le prélat en charge de ces problèmes au sein de la hiérarchie catholique. Il n'a pas tenté de me dissuader. Il exprimait le voeu que la liberté de conscience soit assurée dans la loi et que nul ne puisse obliger un médecin soignant à pratiquer une IVG.

Quant aux Juifs et aux Protestants, je ne les ai pratiquement pas consultés, non que je ne l'aie pas voulu, mais ils étaient très divisés sur le sujet [...] certains luthériens étaient hostiles à l'avortement alors que la majorité de l'Église réformée y était favorable.

Parmi les Juifs très religieux, certains m'en ont gardé rancune. Il y a deux ans, le 27 janvier 2005, à l'occasion du soixantième anniversaire de la libération d'Auschwitz, j'ai reçu le texte d'une lettre que des rabbins intégristes de New-York, oui, de New-York, avaient adressée au président de la République polonaise pour contester que la Pologne m'ait choisie pour représenter les déportés alors que j'étais l'auteur de la loi sur l'IVG.

J'ai reçu des milliers de lettres au contenu souvent abominable, inouï. Pour l'essentiel, ce courrier émanait d'une extrême-droite catholique et antisémite. J'avais peine à imaginer que, trente ans après la fin de la guerre, elle demeure aussi présente et active. [...] Je regrette d'ailleurs que tout ce courrier, et notamment les lettres les plus agressives, ait disparu. Mes assistantes de l'époque, scandalisées, déchiraient les pires de ces lettres. C'était une erreur; il faut conserver ce genre de témoignages, afin de montrer de quoi certaines personnes sont capables, et rappeler aux esprits angéliques que les réformes de société s'effectuent toujours dans la douleur.

Finalement, la loi a été votée dans la nuit du 29 novembre [...] La victoire était ainsi plus large que nous ne l'avions imaginée et espérée. L'attitude de certains catholiques avaient été à cet égard déterminante. La position d'Eugène Claudius-Petit, par exemple , avait été très attendue. Après avoir fait part de ses hésitations face à ce que ce texte représentait pour lui, il tint à dire qu'en son âme et conscience, n'ignorant rien de la situation réelle des femmes en difficulté, entre ses propres convictions et la compassion pour elles, il faisait le choix de la compassion. Il vota donc la loi, et je suis convaincu que sa décison fit école.

A notre vive surprise, le texte passa plus facilement au Sénat, peut-être sous la pression de l'opinion désormais acquise à la réforme. Les outrances des "Laissez-les vivre", comme l'effervescence de l'extrême-droite et l'intégrisme des proches de Monseigneur Lefebvre ne parvinrent pas, bien au contraire, à convaincre les sénateurs, toujours hostiles aux excès, de faire obstacle au projet.

Après l'adoption du texte, nous avons eu la satisfaction de voir que la presse lui était presque unanimement favorable. Je ne parle ni du Nouvel Observateur, qui avait pris parti dès 1971 en publiant le fameux manifeste des 343, ni de L'Express, mais Le Figaro lui-même se fit une raison.

[...] le soutien du Premier ministre [Jacques Chirac] dans ce parcours difficile ne m'avait jamais fait défaut à l'Assemblée [...] après le vote, il m'envoya un gigantesque bouquet.


[...]

Et puis, si aucune attaque ne me touchait, c'est parce que, tout bien pesé, je n'avais pas d'état d'âme. Je savais où j'allais. Le fait de ne moi-même être croyante m'a-t-il aidé? Je n'en suis pas convaincue. Giscard était de culture et de pratique catholiques, et cela ne l'a pas empêché de vouloir cette réforme, de toutes ses forces. (p. 195)

Source : Simone Veil, Une vie, Paris, Stock, 2007, 400 p.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Kerniou » jeu. 06 juil. 2017, 1:09

Simone Veil a fait passer la durée du congé de maternité de 12 à 16 semaines (dont 2 pathologiques ) comme il l'est encore actuellement, je crois.
Dernière édition par Kerniou le mer. 12 juil. 2017, 10:35, édité 1 fois.
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar LaurentVan » jeu. 06 juil. 2017, 7:49

Voila, on a toutes les pièces du puzzle pour comprendre la mécanique employée au massacre d’innocents:

- Une majorité d’efféminés qui place les sentiments au dessus de la raison (Le substrat)
- Des victimes (Les souffrants)
- Des écritures de larmes (Imprécations)
- Des hérétiques au système (Epouvantails/Bouc émissaires)
- Soutient des figures publiques (Les élites/les grands prêtres)
- Moyen de pression sur le pouvoir décisionnel (Les Lobbies)
- Le meurtre avec la possibilité de rejeter le crime sur la majorité (Porte de sortie)

Ainsi peuvent-ils continuer à crucifier le Christ tant que leur Pons Pilate change de visage.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Christophe67 » jeu. 06 juil. 2017, 9:17

01 « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ;
02 de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera.

Matthieu 7,1-2
"Car il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille de la vérité, et se tourneront vers les fables... -- 2Timothée 4:3-4

« Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme » -- Psaume 65(66)

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » jeu. 06 juil. 2017, 19:45

Bonjour,

A lire un peu ses propos, parlant de Simone Veil toujours : je croirais comprendre que la situation de l'époque, en France, en était une où les femmes étaient décidées à se faire avorter, qu'il y avait tout un militantisme présent dans la société (MLAC, etc.) qui permettait aussi aux femmes de passer outre aux limitations de la corporation médicale. Les Françaises moyennement fortunées pouvaient prendre le car, franchir la frontière et visiter une clinique à l'étranger.

Elle rappelle que les autorités française d'avant 1975 fermaient complaisamment les yeux sur les cas d'avortements sauvages qui pouvaient se produire au pays (peu importe ici que le chiffre de 300 000 eût été de 90 000 ou même 50 000). En somme, les juges et toute la "flicaille" s'arrangeaient très bien avec le fait que les femmes se débrouillaient seules avec leur problème, La loi qui datait de 1920 n'était absolument pas respectée, personne n'aurait eu réellement le courage de la faire appliquer.

Le problème de Giscard d'Estaing : c'est ça. Il se retrouvait à la tête d'un pays dans lequel tout le monde bafouait la loi, la tournait en ridicule, avec une loi qui n'était qu'une coquille vide.

Donc, le mandat qui fut confié à Madame Veil était de rétablir la loi, le respect pour la loi, la modernisation de celle-ci afin qu'elle puisse vraiment faire sens pour la très grande majorité des Français et qu'ainsi elle puisse être respectée de même que l'autorité qui pouvait la faire promulguer. L'esprit de la loi consistait à baliser la chose, protéger la santé des femmes bien entendu, responsabiliser les personnes devant se retrouver avec un choix à faire (la loi devait faire obligation pour les femmes de rencontrer un certain comité, avant de pouvoir aller de l'avant ou pas, l'Intervention n'était pas remboursable, etc.)

Bref, on voulait permettre l'avortement sous certaines conditions, avec un coût pour les intéressées, etc. C'est dans ce sens que la loi était perçue comme procédant d'un "moindre mal". Quand le mal reste la loi bafouée, les avortements sauvages pour les plus démunies, les riches pouvant prendre l'avion pour se payer des cliniques confortables à l'étranger avec des médecins plus complaisants, etc.

Pour Simone Veil, il s'agissait d'une loi républicaine, dé-mo-cra-tique et devant tenir compte de la conscience de tout un chacun. L'acceptation tacite de l'Église catholique peut se comprendre ainsi : nul n'est forcé de se prévaloir de la loi pour avorter ni le personnel médical de se porter volontaire pour l'opération.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar PaxetBonum » jeu. 06 juil. 2017, 20:34


puisqu'on ne peut appliquer la loi et arrêter 300000 femmes par an, puisque qu'une femme par jour en meurt, on légalise.
Chère Axou,

Je connais cette théorie :

- puisque l'on ne peut pas mettre en prison tous les dealers, légalisons la drogue
- puisque l'on ne peut pas refuser des papiers à un enfant illégalement né de PMA à l'étranger, légalisons la PMA
- puisque l'on ne peut pas mettre en prison tous les voleurs, légalisons le vol
- puisque l'on ne peut pas mettre en prison tous les violeurs, légalisons le viol
- puisque l'on ne peut pas mettre en prison tous les assassins, légalisons le meurtre


Non, non et non.
Ce n'est pas parce qu'un péché serait commis par tout le monde qu'il cesserait d'être un péché
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar axou » jeu. 06 juil. 2017, 22:20

Elle rappelle que les autorités française d'avant 1975 fermaient complaisamment les yeux sur les cas d'avortements sauvages qui pouvaient se produire au pays (peu importe ici que le chiffre de 300 000 eût été de 90 000 ou même 50 000). En somme, les juges et toute la "flicaille" s'arrangeaient très bien avec le fait que les femmes se débrouillaient seules avec leur problème, La loi qui datait de 1920 n'était absolument pas respectée, personne n'aurait eu réellement le courage de la faire appliquer.

Le problème de Giscard d'Estaing : c'est ça. Il se retrouvait à la tête d'un pays dans lequel tout le monde bafouait la loi, la tournait en ridicule, avec une loi qui n'était qu'une coquille vide.

Donc, le mandat qui fut confié à Madame Veil était de rétablir la loi, le respect pour la loi, la modernisation de celle-ci afin qu'elle puisse vraiment faire sens pour la très grande majorité des Français et qu'ainsi elle puisse être respectée de même que l'autorité qui pouvait la faire promulguer. L'esprit de la loi consistait à baliser la chose, protéger la santé des femmes bien entendu, responsabiliser les personnes devant se retrouver avec un choix à faire (la loi devait faire obligation pour les femmes de rencontrer un certain comité, avant de pouvoir aller de l'avant ou pas, l'Intervention n'était pas remboursable, etc.)

Bref, on voulait permettre l'avortement sous certaines conditions, avec un coût pour les intéressées, etc. C'est dans ce sens que la loi était perçue comme procédant d'un "moindre mal". Quand le mal reste la loi bafouée, les avortements sauvages pour les plus démunies, les riches pouvant prendre l'avion pour se payer des cliniques confortables à l'étranger avec des médecins plus complaisants, etc.

Pour Simone Veil, il s'agissait d'une loi républicaine, dé-mo-cra-tique et devant tenir compte de la conscience de tout un chacun. L'acceptation tacite de l'Église catholique peut se comprendre ainsi : nul n'est forcé de se prévaloir de la loi pour avorter ni le personnel médical de se porter volontaire pour l'opération. Cinci
Bonsoir à tous,
oui je pense que Cinci a bien cerné la situation d'alors. le chiffre de 300000 avortements clandestins vient de Mme Veil elle -même. Entre le chiffre d' 1 million d'avortements clandestins par an donné aujourd'hui par les pro-choix et les 50000 donnés par les pro_vie, je pense qu'elle seule savait de quoi elle parlait, agissant non par idéologie mais par pragmatisme :
l'avortement clandestin tuait en moyenne 350 femmes par an et ce chiffre là n'est pas discuté. Elle est donc intervenue effectivement pour gérer le moindre mal. Mme Veil était une femme de droite, plutôt conservatrice tout en étant une femme libre, traçant sa route sans se soucier du jugement des autres. L'avortement était pour elle une chose grave et c'est par devoir et compassion pour les femmes qu'elle a accepté de servir ce projet de loi républicain.
Je trouve important qu'on respecte la mémoire de cette femme et qu'on ne l'accuse pas faussement d'avoir provoqué l'avortement alors qu'elle s'est engagée pour protéger les femmes qui avortaient, ce qui n'a rien à voir.

moi je ne suis pas étonnée de ce chiffre de 300000 avortements clandestins : la contraception rentrait à peine dans les moeurs et l'avortement servait pour beaucoup de ... contraception.
En 2005, pour les 30 ans de la loi, de nombreux témoignages sont passés à la télé et certaines femmes disaient avoir avorté 10 fois dans leur vie ! C'était leur manière d'espacer les naissances ! Et le manifeste des 343 femmes célèbres déclarant avoir avorté exprimait aussi à quel point le phénomène était répandu.

Aujourd'hui il reste encore 220000 avortements en France malgré la contraception et officiellement ils sont dus à 80 pour cent à des oublis de pillule ou des accidents de préservatifs...

Hors, alors qu'en France, on compte 220000 avortements pour 67 millions d'habitants, on compte en Allemagne 99000 avortements pour 80 millions d'habitants... Pourquoi une telle différence alors que la liberté de moeurs est la même ????
Il faudrait étudier la question...Il y a certainement une piste pour que la France vive aussi cette baisse !
http://www.alliancevita.org/2016/03/bai ... -allemagne

Merci Cinci pour ces extraits de la vie de Simone Veil. Je savais que les évêques d'alors lui avaient apporté une sorte de soutien mais j'ignorais que Mgr lustiger avait demandé qu'elle intervienne à son enterrement, c'est très émouvant.

Je connaissais le poids d'Eugène Claudius Petit, député catholique pratiquant, dans le vote de la loi.
Extrait de son discours : https://chretiensdegauche.com/2014/11/2 ... ius-petit/

En conclusion, et précisément parce que je n’ai pas laissé au vestiaire mes convictions spirituelles, je ne peux pas me défaire de la solidarité qui me lie à la société dans laquelle je vis. Pour obéir à mes exigences, je suis avec ceux qui souffrent le plus, avec celles qui sont condamnées le plus, avec celles qui sont méprisées le plus. Et je serai près d’elles parce que, dans le regard de la plus désemparée des femmes, dans celui de la plus humiliée, de la plus fautive, se reflète le visage de Celui qui est la vie. À cause de cela, à cause de Lui, je prendrai ma part du fardeau. Je lutterai contre tout ce qui conduit à l’avortement, mais je voterai la loi.


Bien à vous,

Axou

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Suliko » jeu. 06 juil. 2017, 23:06

L'avortement était pour elle une chose grave et c'est par devoir et compassion pour les femmes qu'elle a accepté de servir ce projet de loi républicain.
Pourquoi utilisez-vous l'adjectif républicain ?
Je trouve important qu'on respecte la mémoire de cette femme et qu'on ne l'accuse pas faussement d'avoir provoqué l'avortement alors qu'elle s'est engagée pour protéger les femmes qui avortaient, ce qui n'a rien à voir.
De fait, à cause de sa loi, les avortements se sont multipliés et banalisés et elle ne s'en est jamais repentie ni n'a jamais lutté contre ce que beaucoup nomment des abus de sa loi (je préfère parler de conséquence logique de la loi Veil...). De plus, elle a poussé le cynisme jusqu'à affirmer que le fœtus est bien un être humain, mais qu'on peut s'en débarrasser. C'est amplement suffisant pour que tout catholique digne de ce nom ne se joigne pas aux hommages envers cette personne. Et en somme, peu importe qu'elle ait été de bonne foi, qu'elle ait cru bien faire. Le fait est que sa loi était inique, insufflée par les fausses valeurs du libéralisme. On peut tout à fait mal agir de bonne foi et cette bonne foi peut être coupable, et je crois que c'est évidemment le cas ici, puisque la simple morale naturelle réprouve l'avortement.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Tristan » jeu. 06 juil. 2017, 23:36


Elle est donc intervenue effectivement pour gérer le moindre mal.
Oui, en ce sens, elle fut la parfaite représentante d'une époque naissante où la gestion de la cité se détache de l'éthique.
Mme Veil était une femme de droite, plutôt conservatrice tout en étant une femme libre, traçant sa route sans se soucier du jugement des autres. L'avortement était pour elle une chose grave et c'est par devoir et compassion pour les femmes qu'elle a accepté de servir ce projet de loi républicain.
Ouh! J'ai envie de dire : "mot compte triple", toutes les expressions creuses y passent : "femme libre", "tracer sa route" "jugement des autres", "chose grave", "projet de loi républicain". Vous vous éloignez de la réalité cruelle d'un trisomique que l'on tue au septième mois de grossesse seulement parce qu'il a ce problème chromosomique...

Vraie question que je me pose : imaginons un monde (pas si improbable) où l'esclavage redevient prédominant : moralement est-ce qu'une femme libre pourrait, sans faute de sa part, tracer sa route en défendant un projet de loi républicain de dépénalisation de l'esclavage ?

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar PaxetBonum » ven. 07 juil. 2017, 14:32

En conclusion, et précisément parce que je n’ai pas laissé au vestiaire mes convictions spirituelles, je ne peux pas me défaire de la solidarité qui me lie à la société dans laquelle je vis. Pour obéir à mes exigences, je suis avec ceux qui souffrent le plus, avec celles qui sont condamnées le plus, avec celles qui sont méprisées le plus. Et je serai près d’elles parce que, dans le regard de la plus désemparée des femmes, dans celui de la plus humiliée, de la plus fautive, se reflète le visage de Celui qui est la vie. À cause de cela, à cause de Lui, je prendrai ma part du fardeau. Je lutterai contre tout ce qui conduit à l’avortement, mais je voterai la loi.
Moi aussi.
Mais pour ma part je ne suis pas sexiste, je suis avec celle ou celui qui souffre le plus : l'innocent à qui sa propre mère refuse la vie.
Celui qui est condamné à mort par ceux qui doivent lui apporter amour et soins, sans aucune forme de procès.
Celui qui l'on méprise au point de prétendre qu'il n'est même pas humain alors qu'il est à l'image de Dieu.

Je lutte donc conte le génocide des enfants et naturellement simplement par bons sens je vote contre la loi qui l'autorise et le rembourse…
Pax et Bonum !
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » ven. 07 juil. 2017, 19:18

Suliko,
De plus, elle a poussé le cynisme jusqu'à affirmer que le fœtus est bien un être humain, mais qu'on peut s'en débarrasser.
Je doute de cette formulation des choses. Je penserais plutôt qu'elle n'aurait pas niée que l'embryon contienne bien à l'état virtuel tout ce qui fera éventuellement un être humain. Et Simone Veil se bornait à l'idée d'avortement précoce. Il y avait quand même une nuance dans son esprit. La nuance étant que l'avortement ne devrait pas intervenir au-delà de ces premières semaines où il arrive aussi que des avortements spontanées surviennent cf fausse couche.
la simple morale naturelle réprouve l'avortement.
La morale naturelle? Il faudrait nous expliquer dans ce cas pourquoi le phénomène serait si répandu dans le monde, dans d'autres sociétés ou pourquoi la tendance à autoriser l'avortement paraîtrait aussi acceptable au grand nombre (à autant de femmes en particulier), à l'inverse du vol. du viol, du mensonge, de l'assassinat, de la pédophilie, etc.

Je penserais que la morale naturelle réprouve l'infanticide post-partum, non pas ce qui serait perçu comme une sorte de mesure contraceptive de dernier recours. C'est justement là que se situe toute la difficulté de l'Église à se faire entendre. Le point de vue de l'Église paraît scolaire, abstrait, trifouillé au plus mauvais sens scolastique du terme, donc peu crédible.

On croirait surtout à une lubie intellectuelle de bonshommes en soutane, absolument pas concernés par la question ni par les conséquences de la décision dans un sens ou l'autre. La morale naturelle? Hum ... Non, je ne crois pas. La morale de l'Église n'apparaît en rien comme étant naturelle sur le sujet, bien plus comme étant une extrapolation philosophique et pouvant découler d'une révélation religieuse au départ.

Je ne dis pas que l'Église a tort de se faire un certain souci par rapport à la banalisation de la chose, à l'irrespect de la vie, à la dégradation des moeurs, à l'endurcissement des coeurs, à l'invasion d'une certaine culture de la mort, etc. Il y a du danger. Mais la situation est quand même complexe et suffisamment, je penserais, pour éviter de tomber dans des condamnations réductrices. Simone Veil n'était pas catholique or que même de nombreux catholiques supportaient et pouvaient comprendre la démarche. Quelle raison y aurait-il ensuite d'en vouloir faire spécialement une tête de turc? Absurde.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » ven. 07 juil. 2017, 19:33

Axou,
Merci Cinci pour ces extraits de la vie de Simone Veil. Je savais que les évêques d'alors lui avaient apporté une sorte de soutien mais j'ignorais que Mgr lustiger avait demandé qu'elle intervienne à son enterrement, c'est très émouvant.
Si ça pouvait être utile ...

:lecteur:



C'est vrai que c'est touchant, ce passage avec le cardinal Lustiger.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Tristan » ven. 07 juil. 2017, 20:26

la simple morale naturelle réprouve l'avortement.
La morale naturelle? Il faudrait nous expliquer dans ce cas pourquoi le phénomène serait si répandu dans le monde, dans d'autres sociétés ou pourquoi la tendance à autoriser l'avortement paraîtrait aussi acceptable au grand nombre (à autant de femmes en particulier), à l'inverse du vol. du viol, du mensonge, de l'assassinat, de la pédophilie, etc.
La morale naturelle (ou la loi naturelle) ne se définit pas comme une affaire de mode ou de majorité au cours des siècles. Ce qui est mal a toujours été et restera toujours mal, indépendamment de l'opinion que chacun peut avoir de l'acte. Il existe des actes comme l'avortement, l'adultère, ou l'apostasie qui sont et seront toujours "intrinsèquement mauvais" (cf. Veritatis Splendor).
La loi n’est pas obligée de tout sanctionner mais elle ne peut aller contre une loi plus profonde et plus auguste que toute loi humaine, la loi naturelle inscrite dans l’homme par le Créateur comme une norme que la raison déchiffre et travaille à bien formuler, qu’il faut toujours s’efforcer de mieux comprendre, mais qu’il est toujours mal de contredire. La loi humaine peut renoncer à punir, mais elle ne peut déclarer innocent ce qui serait contraire au droit naturel, car cette opposition suffit à faire qu’une loi ne soit pas une loi.

Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration sur l'avortement, 1974, n° 21
http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... on_fr.html
Tout catholique doit croire (je n'utilise pas ces mots à la légère) que l'avortement est toujours un "crime abominable" (Vatican II).

Et ce qui est remarquable et historiquement certain, c'est que l'Eglise a toujours proclamé cette vérité
La tradition de l’Église a toujours considéré que la vie humaine doit être protégée et favorisée dès son début, comme aux diverses étapes de son développement. S’opposant aux mœurs du monde gréco-romain, l’Église des premiers siècles a insisté sur la distance qui, sur ce point, en sépare les mœurs chrétiennes. Dans la Didachè, il est dit clairement : « Tu ne tueras pas par avortement le fruit du sein et tu ne feras pas périr l’enfant déjà né. » Athénagoras souligne que les chrétiens tiennent pour homicides les femmes qui utilisent des médecines pour avorter ; il condamne les meurtriers d’enfants, y compris de ceux qui vivent encore dans le sein de leur mère, « où ils sont déjà l’objet des soins de la Providence divine ». Tertullien n’a peut-être pas toujours tenu le même langage ; il n’en affirme pas moins clairement le principe essentiel : « C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître : peu importe qu’on arrache l’âme déjà née ou qu’on la fasse disparaître naissante. Il est déjà un homme celui qui le sera. »

Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration sur l'avortement, 1974, n°6
http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... on_fr.html
Mais non seulement on doit le croire, mais en plus l'Eglise demande à tout décideur politique de s'opposer à l'avortement, sous peine de commettre une grave faute morale :
Il doit être en tout cas bien entendu qu’un chrétien ne peut jamais se conformer à une loi en elle-même immorale ; et tel est le cas de celle qui admettrait en principe la licéité de l’avortement. Il ne peut ni participer à une campagne d’opinion en faveur d’une telle loi ni donner à celle-ci son suffrage. Il ne pourra pas davantage collaborer à son application.

Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration sur l'avortement, 1974, n°22
http://www.vatican.va/roman_curia/congr ... on_fr.html
Vous aurez noté que Paul VI a ordonné la publication de cette note en juin 1974, juste avant le débat parlementaire en France.

Dans la discussion on citait un "catholique pratiquant" qui a voté cette loi, en sachant donc parfaitement qu'il commettait là un acte gravement immoral...

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » ven. 07 juil. 2017, 23:55

Je ne connais pas de politiciens catholiques français que l'Église catholique aurait excommuniés à l'époque. Giscard d'Estaing? Il semble pas. Je présume que l'Église catholique laisse une marge de manoeuvre aux dirigeants en tant que législateur d'une population non catholique également. Il y a la séparation du religieux et de l'État.

Je comprend donc que l'Église catholique se contente d'empêcher les fidèles d'utiliser le service (excommunication latea sentencia) ou les catholiques d'y collaborer à l'intervention de routine en clinique, de même qu'à inciter activement les autres à se prévaloir de ce "droit". Par exemple, moi je n'ai pas le droit d'inciter des femmes de recourir à l'intervention.

En un mot ...

Si la cinquième république française était un régime confessionnel catholique, la loi Veil n'aurait jamais pu voir le jour. Mais la cinquième république française correspond à un régime profane et officiellement areligieux. L'Église ne peut pas forcer le régime profane à se plier à son agenda religieux, ni faire défense aux catholiques d'y oeuvrer dans son sein.


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