Décès de Simone Veil

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Cinci
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » sam. 08 juil. 2017, 0:26

Christian Rioux y va de son hommage dans Le Devoir d'aujourd'hui :

Silence gênés

[...]

Si, en 1974, Simone Veil a porté la loi légalisant l’avortement avec un courage exemplaire — dont on voudrait qu’il inspire nombre de nos parlementaires -, ce fut aussi avec l’aide précieuse du premier ministre d’alors, Jacques Chirac.

La chose mérite d’être rappelée, car elle illustre combien Simone Veil a, toute sa vie, mené des combats fondamentaux, tout en refusant chaque fois de frayer avec les extrémismes. On imagine que lorsqu’on a frôlé à ce point la barbarie, qu’on a échappé de justesse à la mort dans les camps, qu’on y a vu mourir ses proches, on est pour ainsi dire vacciné contre cette maladie. Contre toutes les idéologies, faudrait-il ajouter, fussent-elles brandies au nom de la droite ou de la gauche, des exploiteurs ou des opprimés, des misogynes ou des féministes, des nationalistes étroits ou des européistes, des homophobes ou des jusqu’au-boutistes LGBT.

Avez-vous observé le silence gêné de nombreuses féministes, notamment québécoises, à l’égard de Simone Veil ? On dirait que son nom leur brûle les lèvres. Car Simone Veil n’était pas une défenseure tous azimuts de l’avortement. Elle ne le brandissait pas comme une panacée ni même un droit universel. Pour elle, il s’agissait d’un acte grave et exceptionnel. Simone Veil pratiquait ce qu’on pourrait appeler un féminisme pragmatique de tradition française qui, contrairement à une certaine école américaine, ne s’enfermait pas dans la guerre des sexes. Pour elle, il s’agissait d’abord d’en finir avec ces 2500 décès annuels dus à des avortements clandestins.

Avant d’être féministe, européenne ou de tradition juive, Simone Veil était d’abord une citoyenne prenant en compte les intérêts de la nation.

[...]

C’est pourquoi aussi, en 2013, Simone Veil avait pris le parti d’éviter les anathèmes en rencontrant les opposants qui défilaient par millions dans les rues de Paris contre le mariage homosexuel. [...] Ce qui n’avait pas empêché Simone Veil de répondre ce qui suit à un journaliste qui lui demandait comment elle réagirait si elle apprenait que son fils vivait avec un homme : « Je l’inviterais à dîner ! »

Symbole vivant de la mémoire de la Shoah, Simone Veil refusait la récupération politique. [...] De même, après les années d’euphorie et l’échec du référendum de 2005 sur la Constitution européenne, avait-elle pris le parti gaulliste d’une Europe des nations. C’est du moins ce que nous apprend son compagnon d’Académie, l’écrivain Jean d’Ormesson.

Face à la concurrence des souffrances, où chacun cherche à passer pour un « survivant », l’humilité et la discrétion dont cette grande dame a toujours fait preuve à l’égard de son propre destin restent un exemple. Comme l’écrit avec justesse l’historien Jacques Julliard : « Simone Veil ne nous tire ni vers la gauche ni vers la droite : elle nous tire vers le haut. »


http://www.ledevoir.com/international/e ... nces-genes

Tristan
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Tristan » sam. 08 juil. 2017, 0:32

Je présume que l'Église catholique laisse une marge de manoeuvre aux dirigeants en tant que législateur d'une population non catholique également. Il y a la séparation du religieux et de l'État.
Vous présumez mal. Il n'y a aucune marge de manoeuvre dans ce cas précis. C'est dit explicitement dans la note de la CDF ci-dessus et dans Evangelium Vitae, que je vous encourage à relire.

Aucun être humain ne peut approuver cette loi sans commettre une faute morale extrêmement lourde, encore plus dans le cas d'un législateur responsable pour partie du destin de son pays.
La laïcité ne change rien à l'affaire. Désolé.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Suliko » sam. 08 juil. 2017, 11:05

La morale naturelle? Il faudrait nous expliquer dans ce cas pourquoi le phénomène serait si répandu dans le monde, dans d'autres sociétés ou pourquoi la tendance à autoriser l'avortement paraîtrait aussi acceptable au grand nombre (à autant de femmes en particulier), à l'inverse du vol. du viol, du mensonge, de l'assassinat, de la pédophilie, etc.
L'avortement n'était autrefois pas très répandu en terre de Chrétienté ! De plus, les fausses doctrines et religions peuvent évidemment favoriser le non respect de la loi naturelle. C'est évident et c'est ce que nous constatons actuellement : non éclairés par la lumière de la vraie foi, nos contemporains considèrent comme acceptables des comportements allant à l'encontre de cette loi.
Quant à vos autres exemples, je suis désolée de le dire, mais nombre de civilisations (non chrétiennes) ne condamnent que partiellement le vol, le viol, le mensonge, l'assassinat, voire la pédophilie, parce qu'elles n'en ont pas une définition totalement juste.
Vous sous-estimez les conséquences du péché originel, qui peut évidemment éloigner de plusieurs points de la morale naturelle des sociétés entières. Avez-vous d'ailleurs une définition correcte de la morale naturelle ? Parce qu'à vous lire, j'ai l'impression que pour vous, morale naturelle = morale acceptée par le plus grand nombre de gens...Ce qui en est une définition erronée.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar PaxetBonum » sam. 08 juil. 2017, 12:48

Axou,
Merci Cinci pour ces extraits de la vie de Simone Veil. Je savais que les évêques d'alors lui avaient apporté une sorte de soutien mais j'ignorais que Mgr lustiger avait demandé qu'elle intervienne à son enterrement, c'est très émouvant.
Si ça pouvait être utile ...

:lecteur:



C'est vrai que c'est touchant, ce passage avec le cardinal Lustiger.

Je rappelle aussi que Mgr Lustiger ne manquait pas de rappeler le crime de l'avortement aux divers ministres de la santé.
Je ne sais plus à laquelle il avait défendu le fait que 'ce n'est pas une maladie contagieuse, on ne tombe pas enceinte comme on attrape un rhume'
Du bon sens tout simplement… ce qui fait le plus défaut à notre époque totalement pétrie d'idéologies contradictoires…
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » sam. 08 juil. 2017, 21:04

Suliko,
... non éclairés par la lumière de la vraie foi, nos contemporains considèrent comme acceptables des comportements allant à l'encontre de cette loi [naturelle]
... qui pourrait être l'indice de ce que je dis. En dehors de la religion, le grand nombre trouverait plutôt acceptable des idées comme la contraception ou l'idée de pouvoir arrêter une grossesse dans ses débuts. Les gens auraient plutôt bien du mal à découvrir un "crime abominable" là-dedans.

On ne peut pas faire intervenir la loi naturelle partout, tout le temps; un peu comme si cette fameuse loi devrait n'être qu'une doublure profane de tout ce que l'Église dit, Suliko. Ce serait bien trop commode pour l'Église!

Non

Il n'existe pas de loi naturelle qui dicte aux gens d'aimer leurs ennemis. Quand bien même ce serait la chose à faire pour des chrétiens, le mieux, l'idéal, la perfection. Quand même c'est ce que Dieu voudrait à la fin!

L'amour des ennemis procède de la charité et qui est elle-même comme une vertu théologale (un don de Dieu, une grâce). Or depuis toujours les gens croient plutôt qu'il faut se venger des ennemis, leur faire payer cher leur hostilité. La morale naturelle des iroquois serait plutôt d'aller lever quelques chevelures chez l'ennemi, comme la morale naturelle des caïds ou du syndicat des travailleurs du port. Un certains sens inné de la justice tirerait plutôt les gens vers la vision de la balance : oeil pour oeil, dent pour dent. Il n'y a pas de loi naturelle qui impose aux gens de penser, sentir et agir comme le père de la Parabole de l'enfant prodigue! Ou de se comporter comme le patron qui donne même salaire à tout le monde!

La loi naturel fonctionne pour le vol. Parce que même si Al Capone ne verrait pas d'inconvénient à voler les autres, en revanche il tolérerait très mal qu'on aille le dépouiller, lui. Le vol est clairement un mal, et même un mal potentiellement passible de la peine de mort (quand on s'appelle Capone et qu'on serait soi-même la victime). La pédophilie est clairement un mal et un mal qui réclame la peine capitale ... selon les experts en loi naturel que sont les prisonniers du bloc B à sécurité maximale. L'homosexualité aussi contreviendrait à la loi naturelle (tout comme les union homosexuelle), en sorte que les crânes rasés de l'Alabama ne verraient pas d'Inconvénient non plus à imiter le comportement des miliciens de l'État islamique et jeter les délinquants du haut des édifices.

Sauf que le concept de loi naturel ne fonctionne pas avec l'avortement précoce (style : boire une "potion magique" qui délivre la femme d'une grossesse non voulue). Le concept est invalide dans ce cas 1) A peu près personne n'irait tenir la femme agissant ainsi pour une meurtrière, de la même façon que personne tiendrait une femme victime de viol et qui se fait avorter ensuite pour une criminelle. 2) C'est la famille qui bien souvent encourage la femme à avorter (père, mère, grand-mère, soeurs ... mari, amant ...)

Le geste consistant à sauver l'enfant d'abord, - surtout l'enfant encore au stade embryonnaire, envers et contre tout, au risque même que la femme y laisse sa peau - : ce n'est pas là un geste perçu comme étant bien normal, naturel, attendu, mais héroïque, incroyable et complètement dingue à quelque part, outrancier ... une folie totale ... une folie "probablement digne de la Croix et contraire aux idées du monde", pourrions-nous dire.

Le concept de loi naturel

Il fonctionne avec l'idée de l'infanticide. Entendre : une femme qui tue de ses propres mains son enfant à peine né. Parce que le geste est assimilable à un assassinat, une volonté de défier la loi des hommes, dans l'indifférence du sentiment des autres (parents, époux, voisins, figure d'autorité en général). Il ne fonctionne pas avec l'idée de contraception.

Vous sous-estimez les conséquences du péché originel, qui peut évidemment éloigner de plusieurs points de la morale naturelle des sociétés entières.
C'est moi qui vous trouverais un peu confuse ici, Suliko.

Le péché qui est un concept religieux à la base (oui, même s'il doit nous renvoyer à une réalité), qui implique que les hommes auraient la tendance inconsciente à repousser Dieu, malheureusement jusqu'à y engager souvent aussi leur pleine volonté entière, dans un refus conscient de se soumettre à la volonté de Dieu, lorsque cette volonté divine serait connue bien entendu (connue et surtout reconnue en son fors intérieure comme étant bien "la" volonté de Dieu; "Je le sais, je reconnais que Dieu existe et qu'il a bien commandé ceci ... mais moi je veux faire le contraire, etc."). Cf, péché de David qui commet l'adultère avec Bethsabée ... sachant ce qu'il faisait, brisant avec la volonté de son Dieu et avec lequel il était lié par un lien d'intimité et de confiance.

Le concept de péché concerne la liaison consciente d'un pacte établi avec Dieu ("notre" Dieu, celui avec lequel j'accepte d'échanger, celui que je veux aimer et envers lequel je dois me soumettre). Il n'en concerne pas tellement une loi de nature.

La nature

Sur le plan naturel, les rapports sont inconscients. C'est un peu comme l'instinct. Même les animaux supérieurs peuvent parfois posséder un certain sens inné de la "balance de justice". Des animaux sociaux comme des singes peuvent ressentir comme incorrect tel geste qui violerait la loi du groupe. Mais l'on ne trouverait pas là-dedans l'idée de la conscience vraie de l'autre, comme celle de Dieu, comme celle d'un vrai pacte libre et volontaire à respecter avec une personnalité divine.

La loi naturel peut tout au plus être comme un "reflet de l'activité divine chez les êtres crées" dans ce que nous appelons "la nature", mais qui demeure incognito chez les sujets (Ici c'est ours, lion, singe, dauphin, homme ... peu importe!) Ainsi, la loi naturelle voudrait que la femelle s'occupe de sa portée, comme d'une mère de son enfant. Toutes les mères du monde (religieuses ou pas) s'occupent généralement de leurs enfants ... mais une fois nés. D'où l'inacceptation universelle de l'infanticide. La contraception vise à éviter de devoir procéder à un infanticide (en trichant avec le calendrier) et de là une plus grande tolérance universelle pour l'intervention précoce.

Il n'y a pas de loi naturelle qui impose aux femmes de se sacrifier pour un embryon. Soyons sérieux! Si c'était le cas, aucune femme n'aurait plus jamais le moindre mérite à mener une grossesse à terme dans n'importe quelle condition! Absurde.

C'est pourquoi l'on ne peut pas parler de loi naturelle touchant des enfants à l'état embryonnaires. Non, mais en revanche des chrétiens qui ont la foi peuvent témoigner, eux, qu'ils seraient capables de garder des enfants dans toutes les conditions, témoignant héroïquement, par amour pour Dieu, parce que Dieu leur demanderait à eux de manifester un grand amour de charité.

Dans une république d'incroyants et de sans-Dieu : il en reviendrait à Suliko en personne de se sacrifier, elle, le cas échéant. Il ne ferait aucun sens d'expédier au bagne des incroyants et au motif que ces derniers contreviendraient au commandement d'un Dieu qu'ils ignorent, parce qu'ils mépriseraient la pensée spéciale de l'archevêque. La coercition est bonne parmi la "république des croyants", dans le royaume de France et où 90% des gens sont baptisés, et où l'on prend pour acquis que toutes les familles des gens du peuple veulent se soumettre à la loi divine.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » sam. 08 juil. 2017, 23:05

Paxetbonum :
Je rappelle aussi que Mgr Lustiger ne manquait pas de rappeler le crime de l'avortement aux divers ministres de la santé.
... ce qui est parfaitement normal.

Parce que l'archevêque rappelle alors ce qui est le point de vue de l'Église, et alors que pour "nous" (croyants catholiques) la plupart de ces interventions abortives correspondent à un mal grave qui ne serait pas du tout inévitable - non pas à raison de l'existence ou pas d'une mesure légale dans le code civile, mais parce que la conscience des gens serait littéralement endormie, leur sens moral émoussé, le coeur endurci, etc. Parce que l'irresponsabilité des jeunes adultes se donnerait libre cours dans une société de plaisir et de consommation, etc.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Suliko » sam. 08 juil. 2017, 23:48

Cinci,

Je vous répondrai dans quelques jours sur la question de la loi naturelle, car je ne suis pas sûre que vous en ayez saisi la définition...
Parce que l'archevêque rappelle alors ce qui est le point de vue de l'Église, et alors que pour "nous" (croyants catholiques) la plupart de ces interventions abortives correspondent à un mal grave qui ne serait pas du tout inévitable
Non, ce que vous dites ne correspond pas à l'enseignement de l'Eglise, mais au libéralisme le plus total. L'avortement est un péché pour tout le monde, pas que pour les catholiques. De plus, tous les avortements sont des péchés mortels, pas seulement "la plupart"... Et peu importe le régime politique : aucun catholique n'a le droit de soutenir l'avortement, même s'il ne le pratiquera jamais lui-même.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Boris_II » dim. 09 juil. 2017, 17:07

Bonjour,

Claude Tresmontant, au sujet de l'avortement faisait remarquer que c'est un problème de philosophie générale.
Selon lui, la communication de l'Eglise s'était fourvoyée quand elle annonçait "pour nous chrétiens", l'avortement est inacceptable. C'était l'erreur fatale, disait-il. Car, en réalité, c'est inacceptable en dehors de toutes confessions, c'est inacceptable pour l'humanité.
Mais la formulation laissait à penser que le problème n'était pas pour les "sans religion".
Suliko a raison de ce point de vue.

Le développement ici :

http://www.claude-tresmontant.com/artic ... 15160.html

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » dim. 09 juil. 2017, 21:16

Suliko,
Non, ce que vous dites ne correspond pas à l'enseignement de l'Eglise, mais au libéralisme le plus total. L'avortement est un péché pour tout le monde, pas que pour les catholiques.
Quand je dis que c'est le point de vue de l'Église : je n'affirme pas un caractère d'irréalité à la chose. Je ne parle pas d'une réalité inqualifiable que l'on pourrait juger tantôt bonne, tantôt mauvaise, selon des perceptions tout à fait subjectives des individus.

Non

C'est que, - selon la compréhension qui est celle de l'Église -, la plupart ou la quasi-totalité des avortements relèvent d'une matière grave. Et lorsque réalisés par des baptisés, par des "croyants au Christ" naturellement, la pratique abortive vaudrait à ces derniers l'excommunication séance tenante. Il n'y a pas de libéralisme le plus total dans ce que je raconte. Si je tiens à demeurer un membre vivant de l'Église, sans perdre l'état de grâce, je ne vais ni pratiquer des avortements ni inciter les autres à recourir à cette pratique.

Le problème ici c'est que l'avortement a beau demeuré un "geste grave" peu importe les idées confuses ou l'incroyance de la personne intéressée, la gravité en soi de l'acte qui vaut l'excommunication à l'un, ne signifie pourtant pas que l'athée ignorant - qui ne sait vraiment ce qu'il fait - devrait perpétrer, par là, un péché mortel de son côté. L'ignorance réelle de l'individu atténue sa responsabilité dans toute l'opération, comme on le dirait de la responsabilité atténuée de la jeune fille subissant les pressions de son milieu, des menaces, etc.

Le problème est re-doublé du fait de notre système politique et son mode de fonctionnement. Ce système représente un interface qui module les liens entre les citoyens. Un catholique ne peut pas faire comme si ce système n'existait pas. Beaucoup de catholiques s'expriment comme s'ils pouvaient nier purement et simplement la réalité politique, comme si les curés devraient être tout-puissants, capable d'Imposer à tous la vérité du credo.

De plus, tous les avortements sont des péchés mortels, pas seulement "la plupart"...
Je ne crois pas.

Une femme n'est pas tenue de risquer sa vie* dans le cas où existerait un très sérieux risque de complications. Il y a quand même des limites. Il y a les cas aussi où l'enfant présenterait une malformation importante avec toutes les chances de ne pas pouvoir vivre très longtemps. Dans des cas de viols, il n'est pas dit non plus que la responsabilité de l'acte ne serait pas à reporter sur le violeur lui-même, non pas sur la victime. Le viol correspondant ni plus ni moins qu'à une pression indue exercée sur un autre.

Un geste a beau être grave, immoral, malsain, incorrect, criminel en fonction des lois de la cité sainte de Dieu, de la Jérusalem céleste : on parle de péché mortel lorsque la conscience des intéressés peut suffisamment leur permettre de saisir la nature criminel du geste qu'ils réalisent en acte. On l'a suffisamment dit. Il prend la volonté de réaliser un acte que l'on sait soi-même correspondre à une violation coupable du commandement divin, sachant soi-même que Dieu existe pour commencer, que Jésus est le vrai Dieu, etc.

* Aucun chrétien n'est forcé de se livrer au martyre.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Cinci » dim. 09 juil. 2017, 22:48

Suliko.
Je vous répondrai dans quelques jours sur la question de la loi naturelle, car je ne suis pas sûre que vous en ayez saisi la définition...
Très bien. Je verrai vos explications.


Merci à Boris II. Je viens juste d'apercevoir le message.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Pastelline » dim. 09 juil. 2017, 22:56

L'avortement est un acte très grave c'est vrai et Simone Veil en était parfaitement consciente. Cependant elle a voulu légaliser pour que les femmes qui se faisaient avorter clandestinement,et même en mourraient, puissent avoir accès à des soins convenables.
L'avortement pour elle n'était pas un droit mais une autorisation dans des cas extrêmes. Malheureusement cette loi a dégénéré et ouvert la portes à des nombreux avortements "de confort" qui sont inadmissibles.
Au delà de ça, je continue à estimer cette femme qui a vécu de grandes souffrances dans sa vie et qui a voulu agir pour le bien des femmes, elle ne se doutait peut-être pas que sa loi donnerait lieu à de tels abus.

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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar PaxetBonum » lun. 10 juil. 2017, 8:09

L'avortement est un acte très grave c'est vrai et Simone Veil en était parfaitement consciente. Cependant elle a voulu légaliser pour que les femmes qui se faisaient avorter clandestinement,et même en mourraient, puissent avoir accès à des soins convenables.
L'avortement n'est en rien un soin convenable, c'est une mise à mort.
Au delà de ça, je continue à estimer cette femme qui a vécu de grandes souffrances dans sa vie et qui a voulu agir pour le bien des femmes, elle ne se doutait peut-être pas que sa loi donnerait lieu à de tels abus.
SI tel était le cas elle aurait fait savoir haut et fort son regret d'avoir participé à ce génocide qui dépasse de loin celui auquel sa famille a été soumis.
Pax et Bonum !
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Suliko » lun. 10 juil. 2017, 20:07

Bonjour Cinci,

Il faut bien comprendre que dissocier la loi naturelle de la loi divine me semble dangereux, car les conséquences du péché originel font qu'hélas, les hommes non éclairés par la foi errent sur des pans entiers de la morale naturelle. Citons à titre d'exemple ce qu'enseignent respectivement le catéchisme du concile de Trente et l'encyclique Humani generis de saint Pie XII (c'est moi qui souligne) :
DIEU AUTEUR DU DÉCALOGUE.

Mais dans ces sortes d’explications, le Pasteur doit rechercher, tant pour lui-même que pour les autres, les motifs les plus propres à obtenir l’obéissance à cette Loi. Or, parmi ces motifs, le plus puissant pour déterminer le cœur humain à observer les prescriptions dont nous parlons, c’est la pensée que Dieu Lui-même en est l’Auteur. Bien qu’il soit dit [9] « que la Loi a été donnée par le ministère des Anges », nul ne peut douter qu’elle n’ait Dieu Lui-même pour auteur. nous en avons une preuve plus que suffisante, non seulement dans les paroles du législateur que nous allons expliquer, mais encore dans une multitude de passages des saintes Ecritures, qui sont assez connus des Pasteurs.

Il n’est personne en effet qui ne sente au fond du cœur une Loi que Dieu Lui-même y a gravée, et qui lui fait discerner le bien du mal, le juste de l’injuste, l’honnête de ce qui ne l’est pas. Or la nature et la portée de cette Loi ne diffèrent en rien de la Loi écrite, par conséquent il est nécessaire que Dieu, Auteur de la seconde, soit en même temps l’Auteur de la première.

Il faut donc enseigner que cette Loi intérieure, au moment où Dieu donna à Moise la Loi écrite, était obscurcie et presque éteinte dans tous les esprits par la corruption des mœurs, et par une dépravation invétérée ; on conçoit dès lors que Dieu ait voulu renouveler et faire revivre une Loi déjà existante plutôt que de porter une Loi nouvelle. Les Fidèles ne doivent donc pas s’imaginer qu’ils ne sont pas tenus d’accomplir le Décalogue, parce qu’ils ont entendu dire que la Loi de Moïse était abrogée. Car il est bien certain qu’on doit se soumettre à ces divins préceptes, non pas parce que Moïse les a promulgués, mais parce qu’ils sont gravés dans tous les cœur », et qu’ils ont été expliqués et confirmés par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même.
On ne peut s'étonner, il est vrai, que mésententes en ces domaines et éloignement de la vérité aient toujours sévi, en dehors du bercail du Christ. En effet, si, en principe du moins, la raison humaine est, par sa propre force et à sa seule lumière naturelle, apte à parvenir à la connaissance vraie et certaine d'un Dieu unique et personnel, qui par sa Providence protège et gouverne le monde, et à l'intuition aussi de la loi naturelle inscrite par Dieu en nos âmes, nombreux, pourtant, sont les obstacles qui empêchent cette même raison d'user de sa force native efficacement et avec fruits. Et de fait, les vérités qui concernent Dieu et qui ont rapport aux relations qui existent entre Dieu et les hommes ne transcendent-elles pas absolument l'ordre du sensible? et, passées dans le domaine de la vie pratique qu'elles doivent informer ne commandent-elles pas le don de soi et l'abnégation? Or, l'intelligence humaine, dans la recherche de si hautes vérités, souffre d'une grave difficulté en raison d'abord de l'impulsion des sens et de l'imagination et en raison aussi des passions vicieuses nées du péché originel. Voilà comment les hommes en sont venus à se pénétrer si facilement eux-mêmes de ce principe que, dans ce domaine, est faux ou pour le moins douteux tout ce qu'ils ne veulent pas être vrai.
C'est pourquoi il faut tenir que la révélation divine est moralement nécessaire pour que tout ce qui n'est pas, de soi, inaccessible à la raison en matière de foi et de moeurs, puisse être, dans l'état actuel du genre humain, connu de tous promptement, avec une certitude ferme et sans mélange d'erreur (1).
Morale de l'histoire : il me paraît plus qu'hasardeux de "laïciser" totalement la loi naturelle, parce que, de fait, en raison du péché originel, sa connaissance en est obscurcie dans bien des consciences humaines. Le faire vous pousserait presque automatiquement à définir (faussement) la morale naturelle comme le résultat d'un consensus humain. Serait donc moral ce que la majorité des gens, toutes époques confondues, considérerait comme moral. Le souci, c'est que dans la pratique, les gens tomberont d'accord sur bien peu de choses... On le voit bien actuellement, avec la collision de la morale islamique et de la morale laïcisée de nos pays occidentaux...
Donc, pour en revenir à notre sujet, qui est l'avortement, tout catholique se doit de refuser absolument sa légalisation et de le considérer comme gravement contraire à la loi naturelle et divine, qui ont toutes les deux Dieu pour source, et non pas un quelconque consensus. De plus, il est faux de penser que le seul devoir d'un catholique, dans une société sécularisée telle que la nôtre, est de ne pas soi-même pratiquer ou subir un avortement. Tout homme, qu'il refuse ou non la Loi divine, est tenu de ne pas avorter et tout Etat devrait s'opposer à un tel acte. Ce n'est pas le cas actuellement ? Certes, mais n'en déduisez pas que les catholiques devraient pour autant renoncer à clamer l'importance de la loi naturelle pour toute l'humanité.
Vous avez aussi trop tendance à dédouaner de toute responsabilité les non catholiques qui ne se conforment pas à la loi morale. Il y a aussi une culpabilité à ne pas faire l'effort de rechercher la vérité et de demeurer dans l'indifférentisme. Certes, le climat actuel n'aide pas à chercher Dieu, mais de là à prétendre que l'ignorance serait presque toujours innocente, il y a un pas que je ne franchirai pas.
J'aimerai également revenir sur des cas tels que celui d'Eugène Claudius Petit ou des évêques français de l'époque de la promulgation de la loi Veil : le premier, catholique pratiquant, a sciemment soutenu une loi mauvaise et qu'il savait contraire à tout l'enseignement de l'Eglise. Où est son innocence ? Même constat pour les évêques : à l'époque, le catholicisme était encore assez fort en France pour que le ferme discours des évêques empêche la promulgation de la loi. Mme Veil elle-même le reconnaissait...
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

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Marc Oh
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar Marc Oh » mar. 11 juil. 2017, 11:43

L'avortement n'est en rien un soin convenable, c'est une mise à mort.
Votre intervention me conduit à une réflexion sur le "soin":
Je distingue au moins 2 victimes: l'enfant à naitre et la femme qui le porte. Pour l'enfant c'est en effet une mise à mort et même pire car c'est tuer l'espérance de sa naissance. Je n'y voie pas de soin. Tuer l’espérance n'as pas la même signification pour un croyant et un mécréant car les premiers croient en un Dieu tout puissant alors que les autres croient au hasard qui nie Dieu. Tuer le fruit du hasard... c'est pas vraiment tuer, c'est se prendre pour Dieu ou le hasard.

Pour la mère on soigne quoi au juste? La grossesse? certainement pas car c'est pas une maladie et même un plutôt un signe de bonne santé.
Je pense que l'on soigne les blessures infligé par l'assassin et ceux qui sont dernière et le soutienne, ceux qui n'ont pas soutenu les futures mères, ceux qui on confondu jouir et se donner totalement.

misères!
miséricorde!
Marc Oh!
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Re: Décès de Simone Veil

Message non lupar PaxetBonum » mar. 11 juil. 2017, 13:48

Cher Marc Oh,

C'est exactement pour cela que je milite afin que le corps médical n'ait plus rien à voir avec ce génocide.
Le serment d'Hippocrate leur interdit :

" Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion ; semblablement, je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif. Je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté."

et actuel :

" J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité.(...)
Je ne provoquerai jamais la mort délibérément."

Il faut former des bourreaux qui seront chargés dans des centre d'extermination de pratiquer ce que la loi française considère comme normal.
Rendre le corps médical complice c'est ajouter une faute au crime.
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"

St François d'Assise


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