Persécution des coptes d'Égypte

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Suliko » mar. 30 mai 2017, 22:11

Seriez-vous en train de nous dire que la grâce sanctifiante n'existe pas dans les éléments séparés de l'Eglise catholique, qui confèrent des sacrements reconnus comme valides? C'est une hérésie, ça...
La question n'est pas là. La grâce sanctifiante peut exister en dehors de l'Eglise visible et effectivement, des gens non matériellement membres de l'Eglise peuvent être sauvés. Cependant, ce ne sont pas des choses dont nous pouvons juger. Nous sommes donc obligés de nous en tenir à ce que nous constatons, à savoir l'hérésie matérielle (qui peut, comme j'ai bien fait attention de le préciser, être de bonne foi!). La question de la responsabilité du schisme et de l'hérésie ne se pose donc même pas en ce qui concerne le sujet de ce fil. (Et d'ailleurs, si l'on élargit votre raisonnement sur la responsabilité, force est de constater que les musulmans ne sont pas plus responsables d'être musulmans que les monophysites ne le sont d'être monophysites, etc...)
Je suis désolées, mais l'enseignement de l'Eglise est trop clair sur la question du martyr des non catholiques - et ce déjà dans les écrits des Pères - pour que je puisse le passer sous silence. Prenez par exemple le concile de Florence: "Personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s'il verse son sang pour le nom du Christ, s'il n'est pas demeuré dans le sein et dans l'unité de l'Eglise catholique."
Notez bien que jamais je ne me serais permise d'aborder cette question délicate - surtout vu le contexte actuel - si vous n'aviez pas appelé les catholiques à demander l'intercession de ces pauvres coptes sauvagement assassinés. Il me semblait juste de tenter, peut-être un peu maladroitement, de remettre les choses au clair face à ce qui me paraissait être un abus de votre part. Ceci étant dit, il est évident que l'enseignement traditionnel de l'Eglise n'enlève absolument rien au courage admirable de ces chrétiens qui ont préféré mourir plutôt que de réciter la shahâda !
Personnellement, j'aurais tendance à avoir bon espoir de salut pour ces coptes assassinés (et je ne parle même pas des enfants), mais hélas pas de certitude absolue. Je ne disais rien de plus et n'avais certainement pas le désir de heurter qui que ce soit. Mais le fait de ne pas être catholique n'est pas juste un détail pour le salut. Ne l'oublions pas.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Relief » mer. 31 mai 2017, 1:25

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar archi » mer. 31 mai 2017, 12:51

La question n'est pas là. La grâce sanctifiante peut exister en dehors de l'Eglise visible et effectivement, des gens non matériellement membres de l'Eglise peuvent être sauvés. Cependant, ce ne sont pas des choses dont nous pouvons juger. Nous sommes donc obligés de nous en tenir à ce que nous constatons, à savoir l'hérésie matérielle (qui peut, comme j'ai bien fait attention de le préciser, être de bonne foi!).
Qui n'existe pas pour les coptes, comme je l'ai rappelé plus haut. Les coptes ont une foi reconnue comme orthodoxe par l'Eglise, qui ne correspond pas à l'hérésie monophysite dont ils étaient jadis accusés.
La question de la responsabilité du schisme et de l'hérésie ne se pose donc même pas en ce qui concerne le sujet de ce fil. (Et d'ailleurs, si l'on élargit votre raisonnement sur la responsabilité, force est de constater que les musulmans ne sont pas plus responsables d'être musulmans que les monophysites ne le sont d'être monophysites, etc...)
Si vous ne faites aucune différence entre une Eglise séparée - qui conserve une foi orthodoxe et des sacrements valides - et la religion musulmane, effectivement...
Je suis désolées, mais l'enseignement de l'Eglise est trop clair sur la question du martyr des non catholiques - et ce déjà dans les écrits des Pères - pour que je puisse le passer sous silence. Prenez par exemple le concile de Florence: "Personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s'il verse son sang pour le nom du Christ, s'il n'est pas demeuré dans le sein et dans l'unité de l'Eglise catholique."
Ladite définition suppose évidemment, pour être tenable, une conception "élargie" et augustinienne de l'Eglise catholique.

Pour ce qui est du martyre des schismatiques, il est régulièrement nié par les Pères, mais il est important de situer le contexte et les raisons qu'ils en donnent. Notamment St Augustin, d'après ce que j'en ai trouvé (je n'ai pas retrouvé la citation directe), qui écrivait à l'époque du schisme donatiste (qui se glorifiait de ses martyrs face aux évêques catholiques "traîtres" alliés à l'Empire romain), expliquait qu'un schismatique mort pour le Christ ne pouvait être martyr à cause du péché mortel commis contre la charité par le fait de s'associer au schisme.

Il est clair qu'un schisme est le résultat d'une atteinte - gravissime - à la charité ecclésiale, et qu'il cause du scandale en donnant au monde le spectacle d'une Eglise traversée par la désunion. Il devrait être clair également que la situation d'un "schismatique" donatiste ou même anti-chalcédonien il y a 1500 ans, n'a rien à voir avec la situation des membres actuels des Eglises chrétiennes désunies, qui ont hérité de cette situation, et qu'on n'a aucun fondement à accuser en bloc de péché mortel. C'est certes confortable intellectuellement de simplifier la réalité en mettant tous les "schismatiques" dans le même sac et en leur appliquant sans distinction les mêmes définitions dogmatiques, mais justement ça ne colle pas à la réalité et ça contribue à rendre incompréhensible le dogme, à cause des contradictions inévitables.

Le problème des schismes, c'est que l'expérience montre qu'ils ne se résorbent jamais, sauf à ce qu'une volonté politique forte s'impose pour faire taire les querelles (Constantin au IVe Siècle contre les ariens - enfin au début -, Sigismond Ier au Concile de Constance, Vladimir Poutine pour l'Eglise russe d'aujourd'hui...). En-dehors de ces cas, les efforts de réconciliation des uns (appartenant à tous les bords) sont régulièrement contrés par d'autres (appartenant également à tous les bords) soit par les anciens anathèmes qu'on continue de s'échanger alors que les fautifs sont morts depuis longtemps, soit par de nouvelles querelles de dirigeants qui relancent l'ancien schisme à l'occasion de leurs querelles individuelles (c'est arrivé quelques fois dans les Eglises orientales réunies à Rome), etc... Le péché mortel contre la charité, il est là, et il est donc commis non pas par ceux membres (extérieurement) d'une Eglise contre ceux d'une autre, mais à ceux qui entretiennent savamment des haines qui n'ont plus lieu d'être.

Notez bien que jamais je ne me serais permise d'aborder cette question délicate - surtout vu le contexte actuel - si vous n'aviez pas appelé les catholiques à demander l'intercession de ces pauvres coptes sauvagement assassinés. Il me semblait juste de tenter, peut-être un peu maladroitement, de remettre les choses au clair face à ce qui me paraissait être un abus de votre part. Ceci étant dit, il est évident que l'enseignement traditionnel de l'Eglise n'enlève absolument rien au courage admirable de ces chrétiens qui ont préféré mourir plutôt que de réciter la shahâda !
Aujourd'hui, le danger principal qui menace les chrétiens est le terrorisme islamique. Les chrétiens vivant au Proche et Moyen-Orient sont les premiers visés, mais ne nous faisons pas d'illusions, le fait de vivre "confortablement" en Occident nous protégera de moins en moins. L'islam est une religion qui se définit notamment par son rejet - et sa haine affichée dans le Coran - de l'essentiel de ce qui fait la foi catholique depuis le début de l'Eglise, c'est-à-dire la divinité du Christ - et le dogme trinitaire, Sa mort et Sa résurrection.

Alors, de grâce, plutôt que de continuer à entretenir les vieilles querelles, à entretenir les haines nées de différends anciens qui s'avèrent après coup avoir largement été de querelles politiques ou des querelles de vocabulaire, sachons reconnaître que nous sommes unis sur l'essentiel, cet essentiel auquel l'islam s'oppose précisément et auquel le jihadisme s'en prend activement, et que ceux qui parviennent à confesser cet essentiel face à la mort méritent la couronne suprême qui est celle des martyrs.

(Au passage, je ne crois pas que personne soit concerné ici par cet abus, mais ça me fait penser que l'utilisation du terme "martyr" pour désigner les islamistes qui se font sauter est tout à fait impropre. A moins de considérer bien sûr qu'en semant la terreur, ils donnent un témoignage vraiment authentique de leur religion...)

In Xto,
archi.
Nous qui dans ce mystère, représentons les chérubins,
Et chantons l'hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité.
Déposons maintenant tous les soucis de ce monde.

Pour recevoir le Roi de toutes choses, Invisiblement escorté des choeurs angéliques.
Alléluia, alléluia, alléluia.

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Suliko » mer. 31 mai 2017, 14:06

Qui n'existe pas pour les coptes, comme je l'ai rappelé plus haut. Les coptes ont une foi reconnue comme orthodoxe par l'Eglise, qui ne correspond pas à l'hérésie monophysite dont ils étaient jadis accusés.
Je n'en suis pas convaincue. A ma connaissance, le clergé coptes séparés n'est toujours pas prêt à signer sous les textes du concile de Calcédoine (et des suivants). Ce n'est pas parce qu'ils se déclarent non pas monophysites, mais miaphysites, en se basant sur une phrase de saint Cyrille d'Alexandrie, que leur interprétation de ladite phrase est pleinement orthodoxe. En quoi leur foi diffère-t-elle de celle des Éthiopiens et des Arméniens pré-calcédoniens ?
Ladite définition suppose évidemment, pour être tenable, une conception "élargie" et augustinienne de l'Eglise catholique.
Je ne sais pas où vous allez chercher cette vision élargie de l'Eglise chez saint Augustin, mais bon...
Il devrait être clair également que la situation d'un "schismatique" donatiste ou même anti-chalcédonien il y a 1500 ans, n'a rien à voir avec la situation des membres actuels des Eglises chrétiennes désunies, qui ont hérité de cette situation, et qu'on n'a aucun fondement à accuser en bloc de péché mortel.
Et c'est bien parce que la situation des chrétiens séparés d'aujourd'hui est différente de celle des auteurs des schismes que j'ai bien précisé que tout ce que nous pouvions constater, c'est l'hérésie ou le schisme formels, sans préjuger du salut de tel ou tel non catholique mort assassiné. Vous persistez à placer la question du point de vue de la responsabilité personnelle des victimes, alors que ce n'est pas cela qui doit être pris en compte pour le sujet qui nous intéresse. Peut-être bien que tous ces coptes sont à présent auprès de Dieu (je l'espère), mais l'Eglise ne peut pas les porter sur les autels et laisser penser qu'il est correct de demander l'intercession de non catholiques, car au moins formellement - et peut-être seulement formellement ! - , ils ne font pas partie de l'Eglise.

Et en passant, je précise qu'il ne s'agit pas d'entretenir de vieilles haines (je n'en ressens point), mais de clarifier les choses d'un point de vue théologique. Ce n'est pas parce que tous les chrétiens sont persécutés de manière indifférenciée par les musulmans que les différences théologiques devraient devenir sans aucune importance. Chercher une unité en dehors de celle créée par la foi catholique me semble vain.
L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait:"N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi." Mais l'autre, le reprenant, déclara:"Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il disait:"Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume." Et il lui dit:"En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis."

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Cinci » mer. 31 mai 2017, 15:15

Hors de l'Église, point de salut

"... que certains justes, qui n'appartiennent pas encore corporellement au Christ et à l'Église, leur appartiennent déjà spirituellement, d'une manière initiale, latente, tendancielle, mais immédiatement salutaire : ils sont pareils à ces brebis de bonne volonté qui, entravées par quelqu'une des formes de l'ignorance invincible, sont en marche, sans toujours le savoir, vers le seul troupeau régi par le seul berger.

La nécessité de l'appartenance au Christ et à son Église, que nous révèle l'Écriture, est un mystère unique et simple, mais si profond, que nous ne pouvons le saisir que par une suite de propositions complémentaires, contraignant l'intelligence du croyant à passer par-delà jusqu'au silence d'un regard de foi.

Pour ceux qui ne s'élèvent pas si haut, qui, distinguant réellement l'Église et le corps du Christ, disjoignent ainsi la cause de l'Église et celle du Christ et de sa grâce, ou qui conçoivent l'Église sur le patron des pures sociétés humaines, l'axiome : hors de l'Église, pas de salut, perd aussitôt toute sa lumière. Il ne peut plus être qu'un slogan dont s'emparent en des sens contraires, pour le durcir ou le répudier, des fanatiques.

[...]

La distinction entre le péché d'hérésie, qui fait les hérétiques, et le patrimoine d'une hérésie, qui fait les dissidents, est esquissée par le saint docteur dans le passage où il est dit que "celui qui défend son opinion, encore qu'elle soit erronée et perverse, mais qui la défend sans s'y obstiner, surtout quand elle n'est pas le fruit de son audacieuse présomption, mais héritée de parents tombés dans l'erreur, et qui cherche la vérité avec scrupule, prêt à se rendre à elle quand il la connaîtra, n'est pas à ranger parmi les hérétiques". (Augustin, Epist. XLIII, no.1)

Ailleurs, il déclare que plusieurs de ceux qui ont été baptisés dans les sectes, hors de l'Église, peuvent cependant porter des fruits de charité; alors, ils sont pareils à ce rameau vivant d'olivier que la colombe, vers le soir, amène à l'Arche. (Augustin, Contra Faustum, livre XII, ch.XX)



Quelques traits de la synthèse augustinienne

"Aucun de ceux qui ont la charité ne peut être schismatique ou hérétique." Contra Cresconium. livre II, ch. XIII

"Je ne doute pas que ce ne soit par un dessein divin, afin que nous apprenions par ce seul exemple, qu'il a pu se trouver, dans les autres nations, des homme selon Dieu et agréables à Dieu, appartenant à la Jérusalem spirituelle." De civitate Dei, livre XVIII, ch.XLVII

Source : Charles Journet, L'Église du Verbe incarné, p. 1768

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Cinci » dim. 29 juil. 2018, 6:52

Sur l'origine de l'association chrétiens/croisés et la démonisation des chrétiens

... à l'enseignement traditionnel de la haine envers les chrétiens tel que le perpétue la tradition islamique orthodoxe ou salafiste s'ajoute, de nos jours, une christianophobie encore plus violente, qui provient des guerres ayant opposé des siècles durant l'Europe chrétienne au monde islamique et qui oppose aujourd'hui l'islam et l'Occident autour des questions palestinienne, irakienne, syrienne, afghane, etc. Dans ce contexte, même si l'assimilation des Églises d'Orient aux missionnaires occidentaux est absurde, les chrétiens orientaux paient fort cher le fait d'avoir la même religion que les "croisés occidentaux" et les "envahisseurs" américains, etc.

Certes, comme toute propagande démonisante, l'accusation des islamistes repose en partie sur une vérité factuelle extrapolée et détournée de son contexte, car certaines communautés chrétiennes autochtones ont parfois scellé, au cours des siècles, une alliance avec les croisés et, plus tard, avec les puissances européennes (France, Grande-Bretagne, Russie, Autriche surtout) afin d'échapper à la dhimmitude et d'être affranchis.

Rappelons que les États européens protecteurs des chrétiens, lorsqu'ils pouvaient dominer des puissances musulmanes ou faire pression sur elles, réclamaient des régimes particuliers en faveur des chrétiens en terre d'islam. Sous l'empire ottoman déclinant, ce régime de protection alimenta le ressentiment anti-chrétien chez les nationalistes et les islamistes qui accusaient les chrétiens de demeurer les "complices de l'ennemi croisé".

De façon quasi-obsessionnelle, les musulmans anti-occidentaux rappellent le traumatisme fondateur des croisades, auxquelles les chrétiens d'Orient auraient pris part, "trahissant" ainsi leurs maîtres. En fait, ce fut afin de secourir les chrétiens d'Orient, malmenés par les Turcs Seldjoukides, que le Pape Urbain II prêcha la croisade à l'issue du concile de Clermont. Ainsi, lors de la première croisade, les populations chrétiennes arabes aidèrent parfois les croisés, qui les délivraient de leur statut dégradant de dhimis. Les chrétiens de Syrie et du Liban servirent ainsi de guides aux chevaliers européens. Lors de la création des États latins de Terre Sainte, les chrétiens d'orient et les croisés cohabitèrent en bonne intelligence. Les mariages mixtes furent nombreux et l'on vit même apparaître des chevaliers d'origine arménienne ou syrienne. Les chrétiens orientaux eurent enfin le droit de construire ou de restaurer leurs églises et redevinrent des citoyens à part entière.

Mais en 1187, Saladin fit capituler Jérusalem, et la reconquête turco-musulmane mit fin à cette période de renaissance chrétienne. Les chrétiens allaient payer très cher leur "collaboration" et ils la paient encore ...

En réalité, la collaboration des chrétiens d'Orient avec les croisés ne fut ni générale ni systématique. Elle ne fut qu'une tentative d'échapper au joug humiliant de la dhimma.

Les chrétiens d'Orient de rite orthodoxe, c'est à dire liés à Byzance, furent par exemple les cibles des croisés latins, qui les considéraient comme pire que les musulmans. Ainsi, en 1206, les croisés détruisirent la capitale de l'empire gréco-byzantin, Constantinople. Cette croisade contre la chrétienté orthodoxe fut certes dénoncé par le Vatican, mais elle fut organisée par des États catholiques, dont la République de Venise, concurrente commerciale de Byzance. Contrairement aux dires des islamistes, non seulement nombre de chrétiens choisirent la loyauté envers leurs dominateurs musulmans mais, par la suite, de nombreux intellectuels chrétiens arabophones adoptèrent l'identité arabe au point de devenir les premiers concepteurs de la renaissance littéraire et du nationalisme arabe, fortement connoté d'anti-impérialisme. De sorte qu'à l'ère moderne, l'accusation de complicité avec l'Occident est aussi absurde qu'injuste.

L'absurdité des accusations contre les chrétiens : leur contribution à l'arabisme

L'idée chère aux islamistes, selon laquelle les chrétiens d'Orient seraient les agents des "impérialistes" et des "sionistes", donc des ennemis des Palestiniens et des musulmans, ne tient pas. Car la contribution des Arabes chrétiens à la renaissance du monde arabe est indéniable, qu'il s'agisse de leur rôle dans la création des partis panarabes en lutte pour l'Indépendance, de leur combat en faveur des Palestiniens, ou de la renaissance culturelle arabe. On peut en effet citer une liste innombrable de figures historiques de l'arabisme et du propalestinisme de confession chrétienne : l'universitaire Edward Saïd, Monseigneur Hilarion Capuchi, archevêque grec melkite catholique de Jérusalem, emprisonné pour son soutien à la cause palestinienne, Georges Habache, chef du Front Populaire pour la Libération de la Palestine, ex-leader du Mouvement Nationaliste arabe, tombeur du protectorat britannique d'Aden; le poète Kamal Nasser, porte-parole de l'Organisation de LIbération de la Palestine, assassiné par un commando israélien en 1973, le célèbre créateur du parti Baas, le chrétien grec-orthodoxe syrien Michel Aflak, Ibrahim Souss, ancien proche de Yasser Arafat et cadre de l'OLP. Monseigneur Atallah Hanna, évêque grec orthodoxe de Jérusalem et bien sûr Mgr Sabbah en Palestine, supérieur de l'Église catholique palestinienne, connu pour ses positions plus que sévères envers Israël.

Rappelons que dès 1870, la majorité des périodiques politiques arabes, installés au LIban et en Égypte, étaient dirigés par des chrétiens syro-libanais ayant fait leurs études dans les écoles françaises ou américaines. Les maronites syro-libanais, trop souvent qualifiés d'ennemis de l'arabisme, furent les premiers à développer l'idée d'une nation arabe sécularisée, face à l'empire turco-ottoman islamique. Le vaste mouvement de renaissance arabe, la nahda, envisageait de réconcilier les chrétiens et les musulmans arabophones autour d'une arabité rénovée et affranchie de la légitimation théologique musulmane.

Dans la première moitié du XXe siècle, des partis politiques nationalistes ou socialistes de tendance laïque, ont été fondés par des chrétiens grecs-orthodoxes : le parti socialiste du renouveau arabe (Baas), fondé à Damas à la fin des année 1930 par Michel Aflak, déjà cité, ou encore le parti populaire syrien, fondé en 1932 par Antoine Saada, partisan d'une grande Syrie et dont le parti a fusionné ensuite avec le Baas. Parmi les grands intellectuels, artistes ou politiques chrétiens chantres de l'arabité, on peut aussi mentionner Boutros Boutros Ghali, ancien secrétaire général de l'ONU, puis son neveu Youssef, ex-ministre de Hosni Moubarak ; l'ex-ministre et bras droit de Saddam Hussein, Tareq Aziz, peu soupçonnable de pro-américanisme ou de sionisme ... ; puis l'écrivain libanais Khalil Gibran, auteur du livre Le Prophète, peu suspet d'islamophobie, tout comme le plus grand dénonciateur des croisades, Armin Maalouf, chrétien libanais, auteur de Les croisades vues par les Arabes; la chanteuse libanaise Feyrouz, chantre de la "grandeur arabe", Julia Boutros, passionnera de la résistance libanaise au Sud-Liban [...] ou encore le général chrétien maronite Michel Aoun, chef du Rassemblement pour le Liban, allié majeur du Hezbollah ...

Le moins que l'on puisse dire est que de tous ces noms arabes chrétiens, figures du nationalisme arabe et de l'anti-impérialisme, aucun ne peut servir de près ou de loin à attester le caractère "traître", "pro-occidental", "pro-sioniste", "néo-croisé" des chrétiens d'Orient que dénoncent les islamistes et autres christianophobes des pays arabes.

tiré de

A del Valle, Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ?La nouvelle christianophobie, p.61

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Cinci » dim. 29 juil. 2018, 8:13

Archi a écrit :
L'islam est une religion qui se définit notamment par son rejet - et sa haine affichée dans le Coran - de l'essentiel de ce qui fait la foi catholique depuis le début de l'Eglise, c'est-à-dire la divinité du Christ - et le dogme trinitaire, Sa mort et Sa résurrection.
Arabie saoudite

L'Arabie saoudite, monarchie absolue et islamique peuplée de 23 millions d'habitants, qui gère les deux lieux saints de l'islam et le pélerinage, est l'État qui réprime le plus le christianisme. L'islam saoudien, de rite wahhabite, est non seulement la religion officielle du pays mais la seule autorisée. La conversion d'un musulman à une autre religion est passible de la peine de mort. La possession d'une Bible vaut la prison. Les autorités saoudiennes interdisent toute construction ou aménagement du moindre lieu de culte non musulman sunnite, y compris une chapelle privée dans un appartement ou une cave. Le christianisme et le judaïsme sont totalement interdits dans le royaume, sous le prétexte que la péninsule arabique, terre sainte de l'islam, est analogue à une mosquée.

La Mecque et Médine, accueille les sièges des grandes organisations panislamiques mondiales (Ligue islamique mondiale, Organisation de la Conférence islamique, etc.), puis supervise l'enseignement salafiste professé dans les mosquées du pays et les universités de Médine, haut lieu de la fanatisation et de l'endoctrinement islamiste. Hélas, la christianophobie en Saoudie n'est pas seulement le fait de l'État totalitaire, mais aussi du fanatisme ambiant et des réactions intolérantes des populations civiles. C'est ainsi, exemple parmi tant d'autres, qu'une jeune Saoudienne dénoncée par son frère en 2008 pour avoir osé évoquer sa profession de foi chrétienne sur son blog, a été brûlée vive par son père.

Les persécutions visent d'abord les chrétiens non-occidentaux , principalement les immigrés chrétiens (Philippins, Arabes). Ceux-ci ne peuvent prendre part à aucune messe, aucun office religieux, aucune réunion publique liée à la foi, sous peine de perdre immédiatement leur emploi et de condamnation gravissimes. Certes, des tolérances existent à l'intérieur de certains périmètres bien délimités appartenant à des compagnies étrangères occidentales puissantes et donc réservées aux diplomates et hommes d'affaires occidentaux. Mais cette tolérance n'est pas accordée au prolétariat quasi esclave : Indonésiens, Indiens ou Philippins. Les chrétiens d'Arabie saoudite sont privés de toute pratique religieuse et sont en danger s'ils montrent quelque signe extérieur que ce soit de leur appartenance chrétienne. Une simple croix autour du cou ou le port d'un rosaire ou d'une Bible peut suffire à être arrêté. Les Bibles et autres livres religieux non musulmans sont immédiatement confisqués lorsqu'ils sont trouvés, y compris dans les chambres d'hôtels des étrangers. Ils sont ensuite empilés et brûlés par la police religieuse saoudienne. Le simple fait de prier en privé avec d'autres chrétiens ou de fêter Pâques est totalement illégal.

Tout prosélytisme chrétien, même le plus discret, entraîne l'expulsion immédiate s'il s'agit d'un étranger, et la mort s'il s'agit d'un Saoudien ou d'un ressortissant d'un pays musulman. Les chrétiens coupables de prosélytisme ou de pratique illicite d'une religion non autorisée sont fouettés en public. Les chrétiens surpris à prier sont incarcérés sans avoir droit d'être libérés sur caution en attandant un procès qui de toute façon sera inique ... car le témoignage d'un chrétien ne peut être opposé à celui d'un musulman.

La christianophobie dans la théologie islamique

L'intégralité de l'être de l'infidèle (kafir) est impure, explique l'islamiste pakistanais Mawdoudi, qui inspire la plupart des intégristes du Pakistan prônant l'élimination des non-musulmans, "chaque organe de son corps - son cerveau même, ses yeux, son nez, ses mains, ses pieds - se plaindra de l'injustice et de la cruauté qu'il leur impose. Chaque partie de son être le dénoncera devant Dieu qui, étant la source de la justice, le récompensera avec le plus grand châtiment qu'il mérite. Cela est la conséquence misérable du Kufr.

C'est d'ailleurs cette impureté intrinsèque des non-musulmans qui fonde l'interdiction par le Coran (IX, 29), de leur présence sur les deux territoires sacrés et interdits de La Mecque et Médine, réservés aux seuls musulmans.

Enfin, le christianisme est encore plus dangereux aux yeux des musulmans que le judaïsme, car il a vocation d'évangéliser l'humanité. Partout en effet en pays islamique, l'un des mobiles des violences anti-chrétiennes est le prosélytisme, véritable phobie des religieux musulmans.

Source : A. del Valle


Dans la mesure où la religiosité musulmane reprend du poil de la bête en Égypte, les musulmans d'Égypte ne peuvent pas manquer de subir l'influence radicale des islamistes d'Arabie saoudite. Et si l'Égypte se radicalise ... (Cinci)

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Kerniou » dim. 29 juil. 2018, 8:50

Merci, Cinci, pour toutes ces informations qui, si tristes soient-elles, ont, hélas, besoin de nous être rappelées.
Gardons toujours dans nos prières, le sort de nos frères chrétiens d'Orient et du moyen-orient ...
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.

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Re: Persécution des coptes d'Égypte

Message non lupar Cinci » dim. 29 juil. 2018, 14:51

Sur les Coptes ...


"L'Égypte abrite depuis le premier siècle de notre ère, l'une des plus anciennes communautés chrétiennes : les Coptes. A l'époque de l'empereur Constantin (272-337), l'Égypte était l'une des provinces les plus christianisées de l'empire byzantin naissant. Les Coptes sont les descendants des populations autochtones de l'Égypte antique. Leur langue liturgique actuelle, non parlée, est une survivance de la civilisation pharaonique. Depuis le IIIe siècle avant Jésus-Christ, elle est transcrite en caractères grecs, auxquels ont été ajoutés sept lettres "démotiques" typiquement égyptiennes. Champollion a compris les signes hiéroglyphiques grâce à son décryptage.

En fait, à l'origine, le pays des peuples de la vallée du Nil était connu sous le nom de Het Ka Ptah, qui signifie "demeure de l'esprit de Ptah", l'un des cinq grands dieux de la mythologie égyptienne. Sous la présence grecque, ce nom devint aiguptos ("Égyptien" en grec), puis Coupt, sous les Arabes, d'où le nom "copte" qui désigne la population autochtone restée chrétienne.

Au total, les chrétiens d'Égypte sont évalués entre 8 et 15 millions (10 à 20% de la population. Mais le clergé orthodoxe-copte affirme que le vrai chiffre pourrait se situer entre quinze et vingt millions). Évangélisés selon la tradition par saint Marc, qui fonda l'Église d'Alexandrie et y mourut martyr en 68, les Coptes sont les inventeurs du monachisme chrétien. Les saint Antoine, Pacôme et Macaire, fondateurs du monachisme, sont particulièrement vénérés.Les Coptes ont une grande dévotion pour la Sainte Famille, qui séjourna en Égypte. Par ailleurs, Alexandrie est depuis l'Antiquité un haut lieu de la théologie chrétienne.

Les conquérants arabes musulmans sont arrivés en Égypte au début de l'Hégire (VIIe siècle) et furent, dans un premier temps, plutôt bien accueillis par les Coptes, qui étaient en conflit politique et spirituel avec l'Église grecque orthodoxe de Byzance. Mais les nouveaux maîtres musulmans réduisirent vite les chrétiens au rang inférieur de dhimis et les persécutèrent durement dès le XIe siècle. Malgré cela, la chrétienté copte demeura majoritaire en Égypte jusqu'au XIIIe siècle. Son existence fut même un temps favorisée sous la dynastie chiite des fatimides (969-1171) et celle ayyoubide (1169-1250) fondée par Saladin. La situation des Coptes se dégrada de nouveau sous les Mamelouks (1250-1517), qui firent allégeance, sous Sélim 1er, à l'empire turco-ottoman, adepte d'un islam sunnite plus rigoureux et intolérant.

L'Église copte connut une brillante renaissance , dès 1811, sous le règne du célèbre réformateur musulman Méhémet-Ali, qui instaura un régime plus libéral et combattit les fanatiques wahhabites d'Arabie. Elle représentait alors 15 à 20% de la population et défendait l'idée d'une civilisation "pharaonique" propre à l'Égypte et différente de la culture arabe. Au milieu du XIXe siècle, l'influence occidentale gagna les Coptes, souvent francophones et plus ouverts à l'étranger, comme les Juifs et les Grecs également présents en Égypte depuis des siècles, que le reste de la population.

Comme partout ailleurs en terre chrétienne orientale, les protecteurs des chrétiens étaient les Russes pour les orthodoxes, les Anglo-Saxons pour les protestants et les Français, les Autrichiens puis les Italiens pour les catholiques. Dans un contexte de réformisme et de modernisme en Égypte (expédition napoléonienne, règne éclairé de Méhémet-Ali, monarchie pro-occidentale jusqu'à la fin du règne du roi Farouk, etc.), les Coptes ont parfois représenté, lorsque les puissances coloniales protégeaient les chrétiens, jusqu'à 50% du parlement égyptien.

Au début du XXe siècle, l'un des leurs, Boutros Boutros Ghali, grand-père de l'actuel Boutros Boutros Ghali, fut même Premier Ministre d'Égypte sous la monarchie. Mais il fut assassiné en 1910 par un fanatique musulman ... Toujours est-il que c'est grâce à l'intervention de Boutros Boutros Ghali qu'un patriarcat copte catholique fut crée en 1895.

Sous les patriarches Kyrillos et Chenouda III (depuis 1971), la communauté copte connut un renouveau important, ceci en dépit même de la montée de l'islamisme radical, dont l'Égypte moderne est le foyer idéologique majeur."

p. 126


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