Viré d'une université "catholique"...

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axou
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Re: Viré d'une université "catholique"...

Message non lupar axou » lun. 24 avr. 2017, 18:35

(...)
, ce serait introduire tout autre chose que ce dont il était question au départ, avec le souci de Suliko plus axé sur le fait du comportement de l'institution scolaire ou universitaire qui censure (oui, d'une manière) un de ses employés, celui tenant un discours catholiquement correct sur le fond. Suliko se désolait du fait que même les évêques n'étaient capables de se montrer solidaire publiquement d'un catholique pouvant tenir un discours pourtant conforme à l'esprit que l'on trouve présent dans le document de Vatican II. Les évêques donnent l'impression de se ranger du bord des censeurs de leur propre doctrine (!) Cinci
(....)
Cher Cinci, j'ai bien compris les arguments de Suliko et les raisons pour lesquelles elle est déçue que ce professeur ne soit pas soutenue par sa hiérarchie et les évêques de Belgique. Personnellement, je comprends et soutiens les positions de ces derniers.

Voici la lettre écrite par les évêques de Belgique répondant à une pétition en faveur de S. Mercier :


Suite à la réaction de nombreux catholiques à l'éviction du Pr Mercier de l'Université catholique de Louvain, les évêques de Belgique ont tenu à préciser :

"Chère Madame, cher Monsieur,

Vous avez envoyé aux évêques francophones de Belgique une pétition lancée par la Fédération Pro Europa Christiana à propos de M. Stéphane Mercier, chargé de cours invité à l’Université catholique de Louvain (UCL). Vous nous écrivez que S. Mercier « ne fait qu’exprimer la position officielle de l’Église catholique en ce qui concerne l’avortement ». Or, M. Mercier précise dans ses notes de cours : « Ce qui est proposé ici est un argument philosophique, pas un argument théologique » (La philosophie pour la vie. Contre un prétendu ‘droit de choisir’ l’avortement, § 2). M. Mercier se situe au point de vue philosophique.

Le point de vue de l’Église implique, par contre, une approche théologique et pastorale. Ainsi le pape François écrit-il, dans sa lettre apostolique « Misericordia et misera » (2016), au § 12, qu’il accorde à tout prêtre la faculté d’absoudre du péché d’avortement ; il ajoute : « Je voudrais redire de toutes mes forces que l’avortement est un péché grave, parce qu’il met fin à une vie innocente. Cependant, je peux et je dois affirmer avec la même force qu’il n’existe aucun péché que la miséricorde de Dieu ne puisse rejoindre et détruire quand elle trouve un cœur contrit qui demande à être réconcilié avec le Père. »

Telle est la position de l’Église. M. Mercier ne la développe pas car son objectif est d’ordre philosophique et non théologique. C’est pourquoi les évêques de Belgique francophone, formant le pouvoir organisateur de l’Université catholique de Louvain, appuient les autorités académiques de l’UCL dans leur démarche consistant à vérifier si M. Mercier a répondu aux exigences pédagogiques du cours d’initiation à la philosophie qu’il devait donner. Les autorités académiques n’ont pas à se prononcer sur une question théologique ou religieuse, mais sur la mise en œuvre d’un cours de philosophie. Cela est parfaitement conforme à la Constitution apostolique de S. Jean-Paul II « Ex corde ecclesiae », sur le fonctionnement et la mission des Universités catholiques. Dans cette optique les évêques ont publié ce 28 mars le communiqué suivant.

Déclaration des évêques francophones suite à la suspension des cours de M. Stéphane Mercier, chargé de cours invité, à l’UCL.

« Concernant la suspension des cours de M. Stéphane Mercier, chargé de cours invité à l’UCL, les évêques font confiance à la procédure interne menée actuellement par l’UCL.

Les évêques espèrent que la discussion qui vient de surgir contribuera à une discussion sereine sur l’avortement dans la société. »

« Les évêques sont opposés à l’avortement en raison du respect pour la vie. Selon le droit belge, il n’existe pas de droit à l’avortement. La loi prévoit que l’avortement peut être pratiqué moyennant certaines conditions stipulées par la loi sans entraîner de poursuites pénales. La loi prévoit ainsi dans quels cas l’avortement est autorisé ou non. Mais comme tel, l’avortement est un délit et relève toujours du droit pénal. »

« Même si l’Eglise est opposée à l’avortement, elle fait la distinction entre la personne et l’acte. L’Eglise comprend que certaines femmes en arrivent à décider d’un avortement quand elles sont dans des situations pénibles, difficiles voire désespérées. La gravité de l’avortement est un drame pour l’enfant, pour ses parents et pour la société. Par compréhension pour ces situations dramatiques, les évêques tiennent à ce que l’on parle toujours avec nuance et tact des personnes et des couples qui font le choix de l’avortement. Bruxelles, le 28 mars 2017. »
Les évêques resteront vigilants par rapport à la mise en œuvre de cette déclaration.

En vous remerciant de votre contribution à la clarification de cette question très actuelle, nous vous prions d’agréer, chère Madame, cher Monsieur, l’expression l’expression de nos salutations distinguées.
Les évêques francophones de Belgique"


Reprenons : Telle est la position de l’Église. M. Mercier ne la développe pas car son objectif est d’ordre philosophique et non théologique. C’est pourquoi les évêques de Belgique francophone, formant le pouvoir organisateur de l’Université catholique de Louvain, appuient les autorités académiques de l’UCL dans leur démarche consistant à vérifier si M. Mercier a répondu aux exigences pédagogiques du cours d’initiation à la philosophie qu’il devait donner.

Donc, les évêques précisent que la position officielle de l'Eglise catholique se situe dans une démarche théologique et pastorale, ce qui n'est pas le cas de la démarche d'un professeur de philosophie qui est censé avoir une démarche pédagogique avec mission d'éveil à la philosophie. Laquelle démarche pédagogique est très justement évaluée par la hiérarchie de l'UCL.

Vous êtes mieux placé que moi, Prodigal, étant vous-même professeur, pour expliquer en quoi M. Mercier n'a pas répondu ici aux exigences pédagogiques demandées par l'UCL. Pour moi c'est évident mais je peine à expliquer clairement comment le CONTEXTE, le CADRE et la MISSION concernant ce cours de philosophie dans l'UCL rendent le cours de S. Mercier non conforme aux attentes de son employeur, même catholique. (cela dit, les évêques sont assez clairs, même avec l'effort de diplomatie charmant dont ils font preuve, comme à leur habitude).

Bien à vous,

Axou

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Re: Viré d'une université "catholique"...

Message non lupar prodigal » lun. 24 avr. 2017, 19:45

Chère axou,
j'avoue que je ne trouve pas le communiqué très clair quant aux reproches qui seraient adressés à M. Mercier.
En revanche, il me paraît très clair qu'il entend réfuter l'accusation dont l'UCL est l'objet, à savoir d'avoir sanctionné un professeur parce qu'il aurait enseigné la doctrine catholique. Ce n'est pas pour cette raison que ce professeur n'a pas été repris, car de toutes façons sa mission n'était pas d'enseigner la doctrine catholique mais la philosophie morale, et c'est en tant que professeur de philosophie qu'il n'a pas fait l'affaire.
Car c'est ce que j'ai compris (grâce à Suliko) des déclarations de M.Mercier lui-même : il n'a pas été sanctionné à proprement parler, il a seulement été jugé insuffisant, et donc non repris.
Si ces faits sont exacts, je ne vois pas comment nous pourrions juger la qualité des cours de M.Mercier, sauf à y avoir assisté. Ce n'est pas mon cas, je ne me prononcerai donc pas.
Mais si l'on me demande de juger le texte d'une quinzaine de pages, que je n'ai pas lu en entier mais tout de même parcouru, en notant bien que ce n'est pas la même chose que le contenu réel de son enseignement oral, je trouve que ce n'est pas de la philosophie proprement dite, c'est-à-dire une recherche désintéressée de la vérité, mais de la rhétorique, c'est-à-dire une argumentation destinée à favoriser ce que son auteur juge être la bonne cause. La rhétorique a sa valeur, mais elle ne poursuit pas les mêmes fins que la philosophie, peut-être est-ce une raison qui a poussé à désapprouver l'enseignement de M.Mercier.
Maintenant je veux bien jouer un peu aux devinettes. Si je me trompe complètement j'en demande pardon par avance, et on me corrigera. Je crois que la rhétorique de M. Mercier voulait défendre une position politique, celle qui dit qu'il faut pénaliser l'avortement, et peut-être même en cas de viol. Je subodore que ce n'est pas une opinion que l'UCL a envie d'inculquer à ses étudiants. On comprend donc qu'il est logique de ne pas avoir voulu donner suite à la collaboration de M.Mercier.
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Re: Viré d'une université "catholique"...

Message non lupar Cinci » mar. 25 avr. 2017, 0:29

Axou, Prodigal,

Je savais que les évêques laissaient "tomber" Stéphane Mercier parce qu'il opère sans lien direct avec l'Église. Il inscrit sa démarche dans un cadre de considération philosophique. Il n'a pas été embauché comme théologien ni mandaté par l'Église pour défendre ses enseignements. Ce sera la justification de l'absence de couverture ecclésiale

Toute l'anecdote revêt donc une dimension politique plus qu'autre chose.


Maintenant

On comprendrait mieux que Stéphane Mercier ne soit pas réembauché, si celui-ci se serait fait une habitude d'agir comme un propagandiste religieux dans un cours de philosophie, promoteur actif de l'abolition de la loi belge actuelle au profit de mesures répressives plus musclées visant les femmes qui vont recourir à l'avortement, etc. Oui, le professeur n'aurait pas raison de transformer son cours de philo en tribune politique et pour vendre le programme religieux pro-vie ou autre.

Un problème apparaît malgré tout s'il s'agissait d'un exercice de rhétorique seulement (ce que j'ai cru comprendre depuis le début) visant à "provoquer" les étudiants, sollicitant leurs réactions afin que ceux-ci construisent leur propre argumentation en retour. Peu importe ici quelle serait leur position philosophique sur la question.

Or il n'est ni justifié ni expliqué pourquoi un professeur de philosophie serait écarté du simple fait qu'il aurait dû emprunter l'argument des catholiques "intégristes" dans le cadre d'un exercice ponctuel. Pour les fins de son travail : il aurait pu aussi bien ramasser un argumentaire de nihiliste sur l'inexistence de Dieu. Le principe aurait été le même. La missive des uns ou la réaction des autres ne nous éclairent pas au sujet du fondement de la décision.. Que des évêques disent "faire confiance à l'administration" n'éclaire personne sur la justesse qu'il y aurait à remercier le professeur à cause du "bruissement provoqué" et à cause du matériel utilisé pour l'exercice.

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Re: Viré d'une université "catholique"...

Message non lupar Cinci » mar. 30 mai 2017, 19:14

Bonjour,

Juste pour faire remarquer qu'il y a les autres articles sur le blog référencé par Suliko en page 1.

http://reinformation.tv/interview-steph ... s-68352-2/

(en bas de l'article de Stéphane Mercier)

Les autres "cas" de professeurs ennuyés par l'administration sont plutôt croustillants. Je pense, par exemple, à celui du professeur de l'université dite "catholique" de Marquette aux États-Unis, et alors empêché de travailler pour avoir soutenu publiquement un étudiant sur son blogue (!)

L'étudiant avait formulé un commentaire en classe favorable au "mariage de toujours" (homme/femme), face à une collègue lui signalant en retour qu'elle ne tolérerait plus les remarques "racistes" (discriminatoires) dans sa classe. Dire que "le mariage correspond à ce que l'Église catholique en dit" est maintenant une "opinion raciste à censurer" dans une université catholique ... Et l'administration de l'université est capable d'organiser un "tribunal administratif" pour châtier l'autre professeur, celui rajoutant un commentaire sur son blogue et allant dans le sens de l'étudiant fautif.

:roule:

La loi du silence ...



Au passage ...

Une petite recension de l'ami Arnaud Dumouch et ayant été réalisée, en avril dernier, dans la foulée de l'affaire Mercier à l'Université de Louvain.

http://belgicatho.hautetfort.com/archiv ... 30904.html

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Re: Viré d'une université "catholique"...

Message non lupar Cinci » mar. 30 mai 2017, 20:54

Autre cas :
L’Université catholique de Fordham refuse de licencier le professeur de théologie homosexuel et « marié »


Pour justifier son refus de défendre l’enseignement de l’Eglise, l’Université catholique s’est empressée de rappeler que les employés, élèves et anciens élèves de l’Université ont « droit à la dignité humaine sans discrimination basée sur la race, la croyance, le genre ou l’orientation sexuelle ». A ce compte-là, en effet, l’enseignement de l’Eglise n’a plus la moindre existence publique. Surtout si l’on accepte de confondre les hommes et leurs actes, faisant rejaillir le respect de leur dignité vers leurs comportements.
C'est l'enseignement même de l'Église qui est jugé moralement indéfendable par ... par qui? des catholiques?

L’université des Jésuites félicite son professeur pour son contre-mariage homosexuel


Cela dit, l’université jésuite de Fordham n’en est pas à son coup d’essai. Elle s’est déjà tristement illustrée en accueillant nombre de personnalités pro-avortement. Des positions anticatholiques donc, contre lesquelles l’Université n’a pas voulu prendre position.

Mais sur la question du « mariage » homosexuel, l’Université est particulièrement lâche, comparée à de nombreux autres établissements à travers les Etats-Unis.

Ainsi le collège « Mont de Sales » à Macon, en Géorgie, a refusé de renouveler le contrat d’un de ses professeurs qui a décidé de contracter un « mariage » homosexuel. Les médias locaux ont affirmé que ni le contrat d’embauche ni le règlement du collège n’interdisaient le « mariage » homosexuel et qu’il s’agissait donc d’un licenciement abusif. L’école et le diocèse ont tenu bon. D’autant que le règlement de toutes les facultés catholiques stipule que le licenciement peut être prononcé en cas de « délinquance morale grave et de conduite morale apportant le scandale »…
C'est plutôt instructif.

On voit que les décisions tiennent réellement à la personnalité de ceux qui occupent les fauteuils de l'administration. Il est possible également que bien des membres du personnel occupant des postes-clés n'aient aucunement la foi, compris parmi les clercs et membres religieux appelés à se prononcer. Ils n'ont plus la foi ou ils ont l'esprit obscurci.

[...]

Stéphane Mercier n'a pas été viré quant à lui. Simplement, il n'est pas réengagé. Il fait donc l'objet d'une forme de censure molle de la part de l'administration en place en quelque sorte. Il reste que ce n'est pas une attitude normale ou saine de la part d'une institution universitaire soi-disant catholique. Anormal. Pas normal que la direction fasse plus cas des états d'âmes de groupuscules progressistes que de la liberté académique de ses professeurs; que le premier prétexte venu puisse être bon pour se couper d'un membre du corps enseignant capable visiblement d'enseigner la doctrine catholique.

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Re: Viré d'une université "catholique"...

Message non lupar MarieLyon » mer. 07 juin 2017, 23:27

Bonsoir,

Pour ceux qui sont intéressés, il y a une pétition...

http://belgicatho.hautetfort.com/archiv ... 25324.html
"Aime et fais ce que tu veux." St Augustin

"Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde." St Matthieu 28,16-20

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Re: Viré d'une université "catholique"...

Message non lupar Cinci » jeu. 08 juin 2017, 17:43

Merci!


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